Pas la moindre chance
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Par Saeshmea
Traduction Calidora Black
Béta Drennae
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Je ne mange et ni dors de la nuit et, au matin, je dois me faire violence pour descendre prendre le petit déjeuner si je ne veux pas que quelqu'un – Roland, en particulier – ne vienne toquer à ma porte pour vérifier que je vais bien.
Maintenant que mon problème de maître mystérieux est résolu, je dois retourner à ma routine quotidienne : du travail, du travail et encore du travail. J'ai beaucoup de cours à organiser et de hiboux à envoyer et le dimanche est le meilleur jour pour cela.
…
"Minerva !" Le directeur m'appelle avant que je n'ai passé le coin du couloir, je me retourne pour le voir se diriger vers moi, avec un journal dans la main. "Nous risquons d'avoir un petit problème" dit-il et il me donne sa copie de la Gazette du Sorcier de ce matin, ouverte à la page qu'il lisait.
"Je vous avais prévenu que ça risquait d'arriver Albus." Dis-je en le regardant d'un air consterné. "Et nous n'avons pas de problème, vous en avez un."
"Mais vous allez m'aider, n'est-ce pas?" demande-t-il et pendant un court instant, j'aurais voulu qu'il ne soit pas mon supérieur et ami pour le planter là comme un enfant capricieux. Il me fait sortir de mes gonds.
"Vous aider comment?" Je demande en faisant un gros effort pour rester calme.
"Je vais subtiliser tous les exemplaires de l'école avant que quiconque ne les lisent" Il m'explique son projet avec une telle confiance qu'il a l'air crédible.
"Même si vous pouviez faire ça," Je laisse échapper un rire "J'ai peur que ça ne soit trop tard, Filius aime lire son journal avant son petit-déjeuner pour pouvoir discuter avec Horace et je ne pense pas que vous pouvez aller voler son exemplaire chez lui"
"Horace est parti pour le week-end."
"Vous avez raison mais Filius est un homme d'habitudes." Quand je lui dis ça, Dumbledore repart dans le Grand Hall à grands pas et je continue mon chemin avec l'exemplaire de la Gazette dans la main.
Apparemment, une journaliste qui s'appelle Skeeter a décidé qu'il serait bon pour les lecteurs de savoir quels sont les Mangemorts qui ont échappés à Azkaban et, non contente de décrire les crimes qu'ils ont commis, elle a inclus une liste de leurs noms et leurs photographies. Et malheureusement, il y en a une du nouvel occupant de l'école.
Dumbledore pensait qu'il pourrait garder cette information secrète pour l'équipe et surtout pour les élèves mais maintenant tout le monde le sait. Les parents vont l'apprendre et il va recevoir des dizaines de hiboux demandant des explications et auxquels je vais devoir répondre.
…
La conversation durant le petit déjeuner est totalement absente de la table des professeurs. Pour le moment, les élèves ont l'air d'ignorer la nouvelle car je ne vois personne jeter de regard à M. Snape. Il est assis à sa place, buvant son thé et grignotant des toasts, une copie de la Gazette à côté de son assiette, lisant nonchalamment comme s'il n'était pas mentionné dans cet article.
Comment fait-il ? Comment garde-t-il son calme à un moment pareil ? Il n'est pas énervé ou stressé ?
Soudain, je me remémore la chambre à La Maison et je me souviens du moment où j'ai oublié d'être respectueuse. Je pensais qu'il me frapperait mais il m'a seulement parlé très calmement.
Je me demande ce qu'il pense en ce moment. Je suppose qu'il s'imagine en train de fesser Rita Skeeter avec la ceinture de sa robe. Soudain, il lève les yeux du journal et me fixe. Quelque chose dans son attitude me dit que ce n'est pas exactement la reporter qui est l'objet de son fantasme et je rougis. Très bien, je n'en ai peut-être pas fini avec mon problème de maître mystérieux.
…
Apres le petit-déjeuner, Albus a l'idée de génie d'organiser à la dernière minute une réunion pour parler du « problème Mangemort » à tout le monde. Après deux longues heures, notre cher directeur réussit à convaincre tout le monde que Mr. Snape mérite d'avoir une chance ? ; un discours auquel je prête peu d'attention. Je devrais cependant écouter car il dit quelque chose à propos des fondateurs, d'honneur et de dragées surprises de Bertie Crochue. Tout un tas de mots dépourvus de sens qui visent à éviter une émeute dans l'école mais qui seront inutiles face aux parents.
« C'est pour cela que nous allons prendre les devants et envoyer un hibou à chaque famille et membre du conseil avant que la nouvelle ne soit rendue publique. » Me dit-il quand nous discutons après la réunion.
« Quand vous dites-nous… » Je murmure en essayant de dissimuler mon agacement. « Vous voulez dire moi, c'est ça ? »
« Oh, je suis désolé ma chère, je dois aller en parler à Millicent, que je sache si nous avons son soutien. »
« Vous ne la trouverez pas au Ministère un dimanche après-midi, Albus. »
« Je sais, c'est pourquoi je vais chez elle. » Dit-il d'un ton qui sonne presque comme une excuse.
« Ça va, Albus. Nous nous sommes vues pendant les vacances de Noël. Nous sommes en bon termes. »
« J'en suis heureux. Bien, dans ce cas, je laisse l'école entre vos mains. » C'est sa façon de dire au revoir, une phrase que j'ai entendue jours après jours pendant la guerre, quand il dirigeait l'ordre en me laissant la conduite de l'école, et que j'espérais ne plus avoir à entendre après. Mais cela fait presqu'une année scolaire et rien n'a changé.
Une fois dans mon bureau, je prends un parchemin et utilise un sort de copie – une des meilleures inventions de Filius – et tout ce que j'écris sur un exemplaire est immédiatement reproduit sur tous les autres. De cette manière, je n'ai à penser qu'a deux versions : une pour les parents, expliquant que la présence de Mr. Snape au sein de l'école ne va pas en affecter la sécurité, et une autre pour le Conseil, leur rappelant l'importance d'être un exemple pour la communauté magique en donnant une seconde chance à un ancien Mangemort qui a appris de ses erreurs.
Je ne crois pas à ce que j'écris. Comment puis-je être sure qu'il ne représente pas de danger pour l'école quand je ne sais pas s'il n'en représente pas un pour moi-même ? Comment puis-je parler sincèrement de lui donner une seconde chance, quand je ne lui en ai pas donné de première hier ? Il m'a observé pendant le diner, il a remarqué que je n'avais pas touché à mon assiette, il m'a amené à manger et en a profité pour me coincer dans mes propres appartements. Je me demande s'il a vraiment pensé que je dirais oui, s'il s'est imaginé que je retirerais mes vêtements et que je m'agenouillerais face à lui comme si nous étions dans cette saleté d'endroit où j'ai perdu la tête.
Je quitte mes appartements. Je dois envoyer les lettres et le trajet jusqu'à la volière va peut-être m'aider à éloigner Mr. Snape de mes pensées pendant un moment.
J'essaie de penser à Albus. Il doit maintenant être arrivé chez les Bagnolds, assis sur leur magnifique canapé et mangeant un sorbet au citron après avoir refusé le thé.
Mr. Bagnold est un auror à la retraite, du même âge que Dumbledore, un homme de la vieille école qui partage son temps entre les cigares et sa femme : Millicent Bagnold. Pas plus jeune, ancienne auror aussi, notre actuelle ministre de la magie et la sœur de ma mère.
Tante Millie a toujours été mon modèle, elle était ma confidente, courageuse et puissante, mais qui n'a jamais négligé sa beauté et son élégance de femme. Je voulais être comme elle et ma mère et ma tante ont été extrêmement fières quand je suis devenue auror. Ca a toujours été mon but mais, une fois que j'y suis parvenue, je ne me sentais pas à ma place, donc j'ai démissionné. Millie n'aurait pas pu être plus déçue. Elle était chef du bureau des aurors à ce moment-là et a pris cela très personnellement. Elle m'a accusé d'avoir déserté et ne m'a pas seulement bannie du ministère mais aussi de toute sa vie.
La dernière fois que nous nous étions vues remontait à plusieurs années, aux funérailles de ma mère, où nous avions convenu que nous étions une famille et que nous devions rester en bons termes. Les choses ne sont jamais revenues comme avant mais nous pouvons rester en présence l'une de l'autre. Je suis là quand elle a besoin de moi et je sais que l'inverse est aussi vrai. Merlin sait combien cette relation a été utile pour l'Ordre et encore plus récemment pour influencer le Magenmagot quand il s'agissait d'envoyer une certaine personne à Azkaban. Bien sûr, Millicent désapprouvait ce genre de choses mais ce n'est pas moi qui lui ai demandé, mais Dumbledore. La seule fois que j'ai demandé quelque chose à ma tante pour mon propre compte était quand je voulais que le bureau des aurors paie pour la prothèse qu'Alastor a reçue cette semaine.
Albus sait tout cela et c'est pourquoi il avait ce ton d'excuses quand il m'a dit qu'il allait chez Millicent. Je ne lui en voulais pas moins.
…
Après avoir envoyé les douze lettres aux membres du conseil et quatre cent vingt-sept lettres aux parents d'élèves, divisés et organisés en vingt zones dans le pays, de manière à confier un paquet de lettres à chaque hibou et pas une seule à chaque fois, je retourne dans mon burea, afin de faire mon propre travail. Je suis tellement épuisée que je m'endors sur ma table.
…
Commencer la semaine en me réveillant avec de l'encre maculant mon bras droit n'est pas le signe qu'elle va être plus calme que la précédente. Quand j'arrive dans la Grande Salle, mes craintes se confirment.
« Qu'entendez-vous par 'c'était une décision soudaine' ? » J'entends Horace demander au directeur d'une voix plus forte que d'habitude. « Vous ne pouvez pas offrir un apprentissage à un Mangemort comme ça et encore moins me le confier à moi et à personne d'autre. »
« Horace, je vous assure que Mr. Snape… » Dumbledore tente de le calmer. Ils sont en haut des escaliers et ne m'ont pas encore vue.
« Non. Je ne veux pas savoir à quel point ses notes étaient bonnes. Vous l'avez mis avec moi car j'étais le seul absent lors de cette réunion. »
Ne voulant pas être prise à parti dans cette discussion, je tente de passer à côté d'eux discrètement en utilisant ma forme Animagus et, heureusement pour moi, ça fonctionne.
…
Pendant le petit-déjeuner, la tension est palpable à la table des professeurs. Le discours d'Albus a peut-être calmé mes collègues mais ne leur a certainement pas fait oublier qu'ils partagent désormais leurs repas avec un assassin et un tortionnaire. Ces pensées me font réaliser que je suis la seule à cette table à savoir qu'il est aussi un Maître, un maître dans un domaine dont ils ignorent tout. Je rougis et je ferme les yeux en croyant stupidement que, de cette manière, personne ne remarquera que mes joues ont viré à l'écarlate. Quand je les rouvre, je remarque qu'il me fixe depuis son siège solitaire, à l'autre bout de la table.
…
Le reste de la semaine se déroule dans une normalité différente. Je dis différente car il ne se passe rien de réellement extraordinaire mais il y a plusieurs choses anormales qui surviennent. Par exemple, le flot constant de hiboux de la part des parents qui répondent à ma lettre. Une nouvelle expression qui apparaît sur le visage d'Horace et que je ne parviens pas à décrypter. Est-ce de la peur, de la colère ou un mélange des deux ? Une nouvelle habitude de la part des professeurs est apparue aussi. Ils quittent systématiquement la pièce quand Mr. Snape entre dans celle-ci.
Je n'ai pas vraiment fait attention à cette dernière chose jusqu'à ce mardi. Je suis dans la salle des professeurs en train de corriger des copies de troisième année concernant la transformation d'un solide en liquide. J'entends différentes conversations autour de moi, comme une musique que je suis habituée à entendre quand, soudain, un profond silence se fait et chacun commence à prendre ses affaires et à partir. Quand je lève la tête pour savoir ce qu'il se passe, je vois que Mr. Snape vient juste d'entrer. Je ne bouge pas.
J'étudie l'expression de son visage mais il n'y a rien. Je me demande s'il tire une quelconque fierté du comportement de mes collègues.
« Vous n'êtes pas obligée de rester. » dit-il.
« Je sais. » Je réponds et je retourne à la correction de mes copies pendant qu'il prend le siège opposé au mien mais garde une certaine distance.
Dans un moment de faiblesse, je lève les yeux des papiers que je lis et je réalise qu'il me fixe. Je rougis et il retourne à son travail. Cet évènement se répète au moins deux fois avant que je ne finisse par suggérer une partie d'échecs.
« Ce n'est pas mon genre de jeu. » Sa voix claque avant que je ne le vois retourner à ses parchemins. Je roule des yeux et soupire. Il me met sur les nerfs. Je le mets à la porte de mes appartements et il répond gentiment alors que, lorsque je lui parle aimablement, il devient grossier.
« Si vous gagnez, » dis-je en repoussant mes affaires et déterminée à capter son attention, « Je ferai tout ce que vous voulez. » Je le fixe sachant qu'il ne laissera pas passer une occasion pareille.
« Tout ? »
« Oui, Monsieur. » Je lui réponds en insistant sur le dernier mot pour le faire réagir, ce que je n'arrive bien sûr pas à faire. Il sait parfaitement se contrôler.
« Je pensais vous avoir prévenu concernant le danger qu'il y avait à utiliser ce mot devant moi. »
« J'ai déjà pris le risque une fois. Pourquoi pas deux ? »
« Etes-vous sûre de vous ? » Me demande-t-il à nouveau en me fixant, pensant que je vais me rétracter, mais non, c'est hors de question.
« J'en suis sûre. »
« Jouons, alors. »
J'utilise ma baguette pour faire apparaître le plateau sur la table pendant qu'il se déplace sur la chaise en face de moi. Nous commençons le jeu.
A chaque fois que je lève les yeux du jeu, je le surprends à me fixer et je sais qu'il pense à ce 'tout' que j'ai dit.
Il est un bon joueur d'échec, je dois l'admettre mais, heureusement, je suis meilleure. Soudain, je comprends tout l'intérêt des lectures que m'a donné Alastor sur la stratégie. Je le laisse croire qu'il gagne pendant les vingt premiers tours jusqu'à ce que je décide que ce 'tout' devienne 'rien'.
Après quatre-vingt-sept minutes de jeu, je remporte la victoire.
Hello!
J'espère que ce chapitre vous a plu. Si c'est le cas, j'aimerais tellement avoir vos réactions, que ce soit concernant la fic ou la traduction. si vous avez des idées concernant ce qu'il va se passer dans la suite, je suis vraiment curieuse des connaitre.
Merci d'avoir lu, et à bientôt !
Calidora
