Disclaimer : Magnificent Century Kösem est l'oeuvre de Yılmaz Şahin.

Résumé : Ou l'aube d'une nouvelle. Sinon, comment expliquer qu'Osman se soit retrouvé dans sa vie d'avant ? [Magnificent Century : Kösem]

Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : 50 nuances de personnages historiques (42/50) + Personnage historique du 16/12/20222 au 23/12/2022 : Osman II dit Genç Osman (1604-1622, règne de 1617 à 1622) + Osman II + Prénom 202 : Osman + Scorpion : Osman II + Défi sauvetage 531 : Osman II + Baiser 620 : Un baiser d'un sultan + Écrire sur Osman qui a le droit à une seconde chance (Recyclage) + Titre du 26/03/2023 : Le crépuscule de sa vie

Le crépuscule de sa vie

Chapitre 1

Il hurle si fort qu'un goût de sang envahit sa gorge rauque. C'est à peine s'il sent la corde passée autour de son cou et ce n'est que quand elle serre qu'il réalise qu'on l'étrangle. C'est donc ainsi qu'il va finir... martyrisé. Humilié, battu, brimé... Il n'a plus aucune force alors qu'il veut se battre, il ne veut pas mourir, pas comme ça. Il a fait des erreurs mais il ne mérite pas ça...

-Shezade ?

La Mort doit commencer à l'étreindre. Il entend faiblement la voix de Meleksima. Par Allah, Meleksima ! Il la voit encore courir derrière cette charrette, tendre la main, crier son nom. Il a gâché sa vie : elle a perdu leur bébé par sa faute, elle a eu à souffrir son mariage politique et là, elle va vivre au Vieux Palais en tant que concubine d'un sultan déchu. Le rencontrer a été le pire des jours pour elle et comme tout ce qu'il a pu toucher, il l'a détruite.

-Mon prince, m'entendez-vous ?

Il est épuisé, son être entier lui fait mal, il se sent glisser.

La douleur s'efface quelques instants...

Avant que son corps ne le brûle plus fort encore que les fournaises de l'Enfer.


Un gémissement s'échappe de ses lèvres asséchées et il ouvre les yeux. Cela lui demande un effort surhumain tant ses forces l'ont quitté. Il les referme presque aussitôt par réflexe. Ses sens reviennent peu à peu.

-Mon prince ! Docteur, venez vite, le sehzade Osman revient à lui !

Meleksima...

Il ne réalise pas qu'il a prononcé ce prénom tant chéri. Aussitôt, il sent ses douces phalanges caresser ses cheveux.

-Je suis là, mon prince.

Prince ? Il essaye de se réveiller. Sa vue n'est pas très assurée mais il reconnaît sa chambre à Topkapi. Les lumières des bougies dansent sur la mèche et jouent aux ombres chinoises sur les murs. La pièce est affairée. Il devine les uniformes du corps médical. Ses boucles noires lui collent au front, il a l'impression qu'un incendie le dévore. Sa gorge lui fait mal et sa zone pénienne est à l'agonie. La concubine se décale, laisse la place aux professionnels. Ce n'est que là qu'il constate que celle qu'il aime semble plus petite... Plus menue aussi. Il voudrait réfléchir, trouver du sens mais il s'en trouve incapable tant son corps entier est en flammes. Il voit la bassine d'eau sur la table d'appoint, les linges... et surtout, de la glace. Des morceaux de glace. Son regard parcourt son torse. Il s'avère qu'il en est entouré, enroulés dans des linges pour ne pas le blesser.

-Meleksima...

Il est surpris qu'elle l'ait entendu. Elle se rapproche, se place de manière à ne pas déranger les soigneurs qui l'auscultent.

-Que...

Elle lui sourit avec tendresse.

-Vous avez eu un malaise, mon prince. Vous ne vous sentiez pas très bien ces derniers jours. Mais aujourd'hui, alors que vous me montriez les jardins, vous vous êtes effondré.

-Et...

-Nous ne savons pas réellement de quoi vous souffrez. Mais vous avez une très forte fièvre qui s'est déclarée d'un seul coup. Vous ne réagissiez plus. On sentait à peine votre pouls et les battements de votre cœur...

Il entend sa voix trembler et d'instinct, il cherche sa main, sa peau, pour la toucher, la rassurer.

-Quel jour...

-Nous sommes le 20 mai, mon prince.

-L'année ?

Elle ne semble pas comprendre mais lui répond tout de même : le 20 mai 1617. Comment est-ce possible ? Ils sont bien le 20 mai mais 1622 ! Quand il essaye de se redresser, Meleksima l'arrête aussitôt. Cependant, il aperçoit tout de même son reflet dans la psyché. Seule la douleur qui ne cesse de lui battre les muscles lui confirme que ce n'est pas un songe. Les rêves, aussi réalistes puissent-ils être, n'ont pas ce degré de souffrance physique. Et physiquement, il n'est plus le même.

Avant que les janissaires ne le prennent pour commencer son humiliation, il était plus grand, ses cheveux étaient ras, il avait l'ombre d'une barbe.

Là, il fait bien en-dessous de son habituel mètre soixante-dix-neuf.

Il est aussi moins élancé, moins musclé, plus imberbe.

Ses cheveux sont légèrement plus long et ondulent sur ses tempes.

S'ils sont en 1617, rien d'étonnant à ce que Meleksima lui paraisse différente : elle aurait, comme lui, quatre à cinq ans de moins. Ils ne se sont jamais unis. Ömer n'est pas là, n'a jamais été conçu... Oh Seigneur, Ömer... son petit garçon... Qu'est-il arrivé à Mustafa et à Zeynep ? A Akile ? Un haut-le-cœur le prend et sa compagne a tout juste le temps de s'emparer d'un baquet pour lui permettre de vomir. Lorsqu'il se redresse, il croise à nouveau son reflet. Autour de sa nuque, une trace rouge demeure, vive, qui l'orne tel un collier.

-Elle est apparue ce matin. Lui dit son âme-soeur comme si elle devinait la question qu'il n'osait pas poser. Nous ne savons pas pourquoi. Personne ne s'en est pris à vous pourtant...

-Attention ! Sa Majesté, le sultan Ahmed et la sultane Kösem !

Meleksima se lève, les docteurs se poussent et tous saluent l'entrée de leur padichah. Osman le regarde sans comprendre : son père est mort... mort depuis longtemps... sauf si... Son cœur se serre, n'osant pas respirer cette brise d'espoir. Est-il revenu dans le passé ? Allah a-t-il eu pitié de lui et l'a-t-il renvoyé quelques mois avant la mort de l'auteur de ses jours ? Quand il le voit réveillé, les traits de l'adulte s'illuminent, le soulagement peint sur son visage. Kösem, elle, a des larmes de joie aux yeux.

-Mehmed a donc dit vrai... Murmure-t-elle

Mehmed...

Qu'il a fait exécuter...

Il est vraiment dans le passé. Il l'est... Pourquoi ? Comment ? Il l'ignore ? Mais il y est. Sinon, comment expliquer que ces morts soient en vie ? Comment expliquer toutes les peines qu'il ressent ?

-Osman...

Le sultan fond sur lui et l'enlace, embrassant son front trempé, se souciant peu d'attraper ce dont il pourrait souffrir. L'adolescent passe difficilement ses bras autour de lui. C'est bien lui... C'est bien lui, c'est bien son parfum si particulier, c'est bien la tendresse de ses étreintes. Les larmes montent, il essaye tant bien que mal de les retenir.

-Que sont ces marques sur ses poignets ? Remarque-t-il

-Mon prince. Dit une doctoresse. Tout à l'heure, vous avez demandé à Meleksima Hatun la date du jour. Mais aussi l'année...

-Notre sehzade est tout simplement confus. Répond son confrère. N'importe qui le serait à sa place, avec une telle poussée de fièvre.

Pour autant, elle ne se démonte pas.

-Des marques aussi parfaites de géométrie, le soudain malaise, la fièvre qui monte bien trop vite. Mon cher confrère, je pense que les paroles de notre sehzade ne sont pas à mettre sur le plan de la confusion.

Elle se tourne vers le malade.

-Quel âge avez-vous, mon prince ?

-J'ai dix-sept ans.

Tout le monde l'observe et il aimerait que la terre s'ouvre pour le dévorer. Il déteste être ainsi scruté.

-Osman, mon chéri... Tu en as douze. Tu en auras treize en novembre. Le reprend sa mère adoptive

-J'en ai dix-sept, Mère.

Kösem observe les marques sur la peau de son fils, lesquelles lui évoquent des brûlures de cordes. Pourtant, personne ne l'a attaché.

-Laissez Esmahan examiner le prince. Ordonne-t-elle

Ahmed se plie aux volontés de sa favorite.

Seule Meleksima restera avec lui afin de ne pas l'effrayer.


-Je sais que cela paraît inconcevable, Majesté. Les cas sont rares. Mais tout concorde ! L'apparition des marques le jour fatidique, le malaise, le cœur que l'on entendait à peine, la fièvre...

L'un des médecins crie que c'est confondre magie et science et qu'à ce tarif, autant faire venir une sorcière pour soigner le sehzade ! Kösem, elle, a pu parler avec son fils après l'examen et il lui a dit des choses que personne ne peut savoir. Des choses qu'elle n'a dites à personne, des choses dont elle se serait ouverte à lui bien après.

Il lui a dit qu'il savait qu'elle voulait abolir la loi du fratricide.

Qu'il savait qu'elle essayait de convaincre son père.

Il lui a parlé de sa peur que s'il prend le trône, il fera exécuter Mehmed car leur mésentente est si profonde que le moindre doute effacerait tout sentiment de vérité en eux.

Il sait qu'elle rencontre les pashas, les janissaires.

Et surtout, il lui a dit qu'il savait que son père était malade.

Que les médecins le disent condamné.

Que c'est un mal qui touche son ventre et qui le fait souffrir.

Pour l'amour du Ciel, il lui a dit quand allait être inaugurée la Mosquée Bleue alors que seuls Ahmed et elle sont au courant !

-Notre sehzade a été renvoyé ici par Allah pour lui permettre de vivre une seconde vie. Les livres sont clairs : le cas est déjà arrivé ! Le médecin d'Osman, le fondateur de la dynastie, en a fait état ! Bala Hatun, sa femme, l'a vécu et cette fièvre lui a permis de porter la vie, elle qui était stérile ! Le Ciel l'a renvoyée avant cette horrible attaque !

Ahmed sent son cœur tomber à ses pieds.

Cela signifie que son fils, son enfant chéri, est mort jeune et dans des conditions atroces à en juger par les stigmates sur son épiderme. Osman n'a pas évoqué comment sa première vie s'est achevée. Mais si son prince est mature pour son âge, il n'a jamais parlé ainsi. Il parle comme un jeune homme et non plus comme un garçon sortant de l'enfance.

Pourquoi ?

Comment ?

Il l'ignore.

Ce qui est certain, c'est que ces cas si rares présagent souvent d'une immense souffrance ou d'un destin injustement cruel et brisé. Il les a bien sentis, les sanglots de son fils, quand il l'enlaçait.

-Et que se passe-t-il désormais ?

-Notre prince est encore fragile. Son état est instable. Il lui faut du repos, éviter toute excitation pour son esprit.

-Mais comment le protéger si nous ne savons pas ce qui lui est arrivé avant ?


Osman s'est endormi. Pour une fois, il a l'air paisible, même si la fièvre le ronge toujours. Meleksima est à ses côtés. Il n'a pas voulu répondre à ses questions. Il n'a pas voulu lui dire ce qu'il s'était passé pour lui, pour eux, là-bas. Elle sent bien pourtant que cela s'est fini en tragédie. Jamais son prince ne lui cacherait quelque chose. S'il se tait, c'est pour la préserver. Il lui a simplement dit que cela s'était mal terminé.

Et que pour son bien, il la libérait et la laissait s'en aller.

Que si elle restait, il allait ruiner sa vie.

Le doux idiot.

Comme si elle allait l'abandonner à son sort quand il avait besoin d'elle ? Il l'a sauvée. Et elle l'aime. On se doit à l'être aimé.

-J'ai été horrible, Meleksima. Indigne de mon rang...

Peut-être.

Cela ne mérite pas de finir dans la violence, la peur et le sang.

Elle éponge son front, rajuste ses couvertures.

Elle ignore que la confession qu'il lui a faite, la seule qu'il ait osé exprimer, a été espionnée.

« J'ai fait exécuter Mehmed... et j'ai provoqué le courroux d'Allah... Mon frère m'a maudit en mourant... Je l'ai fait exécuter sur la foi de fausses preuves que j'ai crues vraies... »

Mehmed s'éloigne, le poids serré, la bile dans la gorge, la haine au cœur : Osman l'avait fait exécuter. Il ne l'avait pas cru. C'est lui qui a raison depuis le début et sa mère, qui favorise cet enfant pourtant né d'une autre, ne veut rien entendre :

Osman est un danger.

Une honte pour leur dynastie et leur famille.

Lui, il est de son sang.

Lui, il mérite vraiment le trône.

Une idée s'empare de lui.

Un sourire mauvais s'étire sur ses lèvres.

A Suivre