POV Ron

Contexte Tome 4


A deux parchemins de toi


La salle commune de Gryffondor est déserte à cette heure-ci. Le feu dans la cheminée commence à faiblir, signe que l'heure du couvre-feu approche.

Hermione fait mine de réviser encore un peu pour ne pas me laisser finir mes devoirs seul, mais je sais qu'elle n'a pas besoin de bachoter. Elle devrait plutôt aller se reposer pour être en forme demain.

Mes parchemins sont éparpillés sur la table entre nous et j'ai du mal à identifier la copie à rendre des bouillons. Le Professeur Trelawney nous a demandé deux pages sur les Prophéties, mais ce soir, je sèche. Pas parce que je ne sais pas quoi écrire (raconter un ramassis de sottises en Divination est devenu ma spécialité), mais parce qu'Hermione me déconcentre. Quand elle remet une mèche de cheveux derrière son oreille, quand elle griffonne quelque chose dans la marge, je ne peux pas m'empêcher de la regarder. Et quand je m'efforce de ne pas la regarder, elle occupe quand même mes pensées. Elle est juste là, de l'autre côté de la table. Je sens le parfum sucré de ses cheveux quand elle bouge et si je tend le bras, je pourrais lui prendre la main, sentir la chaleur de sa peau sous la mienne, être là avec elle...

"Ron, tu as besoin d'aide ?"

Sa douce voix me ramène à la réalité. Je perds contenance à chaque fois que mon prénom franchit ses lèvres. Je me racle la gorge.

"Tu as abandonné la Divination, je te rappelle."

Un brin de déception traverse son visage et je m'en veux instantanément. Je sais qu'elle aurait aimé suivre tous les enseignements de Poudlard mais je suis plus que soulagé de savoir qu'elle a rendu le Retourneur de temps à Dumbledore. J'avais du mal à saisir le fait qu'elle pouvait être à deux endroits à la fois, se dédoubler. "C'est impossible, Hermione est unique !" avais-je dit malgré moi à Harry. Mais depuis qu'elle s'est séparée de l'artefact, j'ai la certitude que quand je suis avec elle, elle est avec moi et pas ailleurs, et je me sens privilégié.

"C'est très gentil, Hermione, mais j'ai bientôt fini. Tu devrais aller te coucher."

Elle me regarde, dubitative. Elle n'a pas encore refermé le manuel d'arithmancie ouvert devant elle.

"Tu es sûr que tout va bien ? Tu n'as rien écrit depuis près de dix minutes...

— C'est parce que je réfléchis ! Ça m'arrive de temps en temps."

Elle lève les yeux au ciel et je me retiens de sourire bêtement. Quand un bâillement lui échappe, elle se décide à ranger ses affaires. Mon cœur s'emballe, je réalise qu'elle va s'en aller. La peur du manque, l'impatience de la prochaine fois.

"Bonne nuit, Hermione. Et merci pour ta compagnie.

— Je t'en prie. Bonne nuit à toi aussi, Ron."

Je la regarde disparaître dans l'escalier en spirale et fixe un moment le vide qu'elle a laissé derrière elle avant de me remettre au travail.

Il m'a fallut trois heures pour écrire un rouleau de parchemin et dix minutes pour écrire le second. Dix minutes de supplice. Mais je pourrais passer ma vie entière à étudier, si c'est à ses côtés.