Voilà un OS, un immense OS en vérité puisqu'il fait la taille d'une fan fiction. Je n'avais pas la fois de le découper en partie car pour moi, cette histoire est très bien ainsi.

Cette fanfiction est assez particulière, comme vous pourrez le constater.

Attention, elle comporte beaucoup de scènes explicites, et des moments de violences qui peuvent pas forcément être faciles à lire.

Elle parle d'une parenthèse, d'un moment cachés auquel on aurait pas forcément eu droit d'assister. Se situe dans le livre IV, pour être plus précise.

Je vous laisse découvrir tout ça, et n'hésitez pas à me donner votre avis. C'est la première fois que je m'essaie à ce style dans ce fandom !

xXx

Clandestins

Gueniévre était allongée dans son lit de fortune, au beau milieu de la forêt. Oh, elle aurait pu être heureuse, elle n'avait jamais vraiment aspiré au luxe que lui offrait le statut de reine. Et puis, avec Lancelot, elle avait appris beaucoup, comme penser à elle, à ses propres aspirations avant celles des autres. Il s'intéressait tellement à elle, alors elle se devait de lui donner un peu matière à conversation.

La jeune femme soupira et tourna son visage vers le chevalier, du moins, l'ancien chevalier. Fut un temps où il n'avait pas eu tord, sur plusieurs conseils avisés qu'il avait pu lui offrir ainsi que d'autres perspectives, à propos de sa vie et de son quotidien. Elle n'avait jamais songé à autre chose qu'au bien être de son mari, de sa famille, de tous ceux qui l'entourait, que ce soient ses servantes comme les maîtresses d'Arthur. Peut-être avait-elle été stupide, de penser ainsi. Mais elle se disait parfois, que si les gens autour d'elle étaient heureux, alors elle le serait.

Elle s'était bien trompée. Toutes les aventures intimes vécues par Arthur, elle les avait vu comme une occasion à ce qu'il soit plus heureux, quitte à se trouver incapable de lui offrir ce bonheur-ci. Mais n'y avait-elle pas droit, elle aussi ?

Lorsqu'elle l'avait vu avec Mevanwi, elle s'était sentie trahie, vraiment trahie. Elle était la femme d'un chevalier, et Arthur lui, pouvait avoir toutes celles qu'il voulait, y compris… elle ! Mais il devait toujours franchir un interdit, pourquoi allait-il chercher la femme du voisin alors qu'elle n'attendait que lui, chaque nuit ? Oh avant, elle pensait qu'elle n'était simplement pas son style. Après tout, les maîtresses de son mari avaient toutes les cheveux noirs, la peau mat pendant qu'elle, hé bien, elle était tout l'inverse ! C'était qu'il n'avait pas eu le luxe de a choisir. Mais Mevanwi était blonde, son regard vert et son teint encore plus pâle que le sien. Alors, elle s'était senti bafouée. S'il avait été jusqu'à franchir cet interdit ultime avec la femme d'un chevalier qui était si loin de ses standards habituels, c'est bien qu'il l'aimait, non ? Et elle… elle n'était rien. Il lui avait bien dit.

Ces mots la hantaient depuis qu'elle les avait entendu et, passés les premiers instants d'excitation avec Lancelot, la réalité l'avait rattrapé. Ses intentions étaient appréciables, ses fleurs, ses mots doux, mais elle ne pouvait se sortir Arthur de la tête, Arthur et le château, Arthur et ses habitudes, son lit, sa chaleur, sa voix qui lui grognait dessus du matin au soir.

Lancelot gigota sur place en grommelant avant de se tourner dos à elle. Guenièvre le regarda un temps, l'air triste. Son confident, son ami… ça avait été plaisant d'avoir quelqu'un qui vous écoutait, mais il lui manquait aussi tellement, il leur manquait tellement. Les valeurs du chevalier étaient nobles, peut-être, mais pas ce qu'elle attendait d'un homme. Elle ne voulait que de la simplicité, juste quelqu'un pour l'aimer, rien de plus, vraiment rien… Tout ce qu'elle souhaitait, c'était compter pour quelqu'un, et lui, hé bien, pour lui, elle n'était pas suffisante, pas assez, comme avec Arthur. Que lui manquait-elle ?

L'ancienne reine sentit une certaine forme de colère prendre forme au fond de son abdomen, et elle serra les poings avant de s'en aller discrètement de la cabane. Il fallait qu'elle prenne l'air, peut-être que la nature l'aiderait à apaiser sa rage.

Elle évita avec habilité les quelques gardes rodant dans le camp avant de parvenir à sortir de là, non sans un soupir de soulagement.

Tout cet environnement l'oppressait. Et puis, elle était partie comme ça, sans rien dire… Cela faisait plus de trois mois qu'elle avait déserté le château. Le bruit s'était répandu, à propos du changement d'épouse, et malgré cela, chaque jour, son coeur se serrait un peu plus au lieu de se gonfler pour son nouveau prétendant.

Il y avait un problème, il y en avait forcément un. Alors, la jeune femme prit une profonde inspiration avant de regarder le ciel.

Le camp de Lancelot n'était qu'à trois heures de marche du château. Si elle osait…

xXx

Arthur sortit de sa chambre avec toute la discrétion de l'univers.

C'était que sa nouvelle femme était légèrement tatillonne sur tout ce qui concernait le grignotage nocturne. Et puis, il n'arrivait pas à fermer l'oeil de toute façon.

Il avait l'impression qu'il lui manquait quelque chose… Ce qui était bien bizarre. Enfin quoi, il avait eu cette idée d'échange d'épouse, du moins, peut-être y avait-il été un peu poussé par l'idée de tuer Karadoc, chose qu'il n'avait eu aucune envie de faire. Mais ça roulait, à peu près depuis, non ? Mevanwi était une femme agréable et il était plutôt comblé sur le plan sexuel.

Arthur soupira en fermant les yeux. Peut-être hormis le fait qu'il devait se planquer comme un voleur pour bouffer un bout de barbaque, et qu'il craignait un peu ses réprimandes, ses nombreuses réprimandes.

Le roi avança alors à pas de loup le long des couloirs du château, descendant les escaliers sur la pointe des pieds sur deux étages avant d'atteindre enfin le corridor adjacent aux cuisines. Il avait un peu pressé le pas, parce qu'il n'avait franchement aucune envie qu'on le croise ici, que quiconque le voit ici.

Le regard rivé sur ses pieds, le roi fonça tête baissée vers les cuisines, avant de percuter quelque chose, ou plutôt, quelqu'un, de plein fouet.

Bordel, mais qui était l'individu qui traînait ici à cette heure ?

« Oh non… entendit-il en un murmure. »

Arthur cligna plusieurs fois des yeux, avant de brutalement froncer les sourcils.

« Vous ?! s'exclama-t-il, choqué. »

Guenièvre lui faisait face, plus sonnée encore sans doute que lui. Elle n'avait plus ses robes élégantes sur le dos, ni ce genre de coiffures tirées à chaque épingles. Les cheveux lâchés, dégagée de toute trace d'artifice, elle lui faisait face, avec cette expression de petit animal apeuré.

Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas vu, il ne pouvait empêcher son estomac de se serrer à la vue de cette femme, qui n'était plus vraiment son épouse. Elle manqua de prendre ses jambes à son cou avant qu'il ne se rue sur elle pour l'en empêcher. Alors, il lui plaqua les bras le long du corps, et elle s'entortilla autour de sa poigne comme une anguille.

« Bon sang, mais arrêtez de vous débattre, grogna-t-il.

_ Lâchez-moi, marmonna-t-elle en se secouant dans tous les sens.

_ Chut, je ne veux juste pas que vous criiez, lui murmura-t-il.

_ Je ne crierais pas, soupira-t-elle en s'arrêtant soudain de bouger, l'air blasé. Mais enfin pour qui vous me prenez ? Une sauvage ?

_ Jurez-le moi alors.

_ Si j'avais l'intention de rameuter tout le château, je ne me serais pas faufiler ici en douce figurez vous, murmura-t-elle d'une voix autoritaire. »

C'était un bon point.

Arthur soupira alors en lâchant petit à petit sa prise. Guenièvre fit la moue en se frottant nerveusement les bras.

« Vous voulez manger un truc ? finit-il par demander d'une voix faible.

_ Vraiment ? demanda-t-elle. C'est que je voudrais pas déranger. »

Arthur haussa les épaules de dépit avant d'ouvrir la porte donnant sur les cuisines.

« Remarquez, maintenant que Karadoc s'est barré, on a bizarrement plus d'opportunités d'avoir la paix ici. »

Guenièvre ne put retenir un souffle amusé de sortir de son nez. Arthur leva un sourcil vers elle, avant de cacher son faible rictus et de s'asseoir sur une des chaises hautes donnant sur plusieurs victuailles, des restes du repas du midi.

Guenièvre regarda tout cela un instant, d'un air hésitant.

« Quoi ? demanda Arthur.

_ C'est que… soupira l'ancienne reine, c'est que c'est un peu saugrenue comme situation vous trouvez pas ?

_ Oh vous savez, dans le genre grotesque, j'ai vécu pire, croyez-moi. »

La jeune femme se pinça les lèvres avant d'oser se saisir d'une grappe de raisin, dans un silence étrangement confortable.

« Vous allez bien ? osa demander l'ancienne reine.

_ Peut-être que je devrais plutôt vous retourner la question à vous, demanda plus doucement le roi.

_ Je ne crois pas que ce soit si important, lâcha-t-elle avec gêne.

_ Vous êtes sure ?

_ Je préfère ne pas en parler.

_ D'accord. »

D'accord ?

Guenièvre émit un profond soupir. Elle songea qu'elle n'était pas revenu à Kaamelott pour se plaindre. Elle n'était pas non plus revenu pour rester, en fait, elle ne savait pas pourquoi elle était là. Mais Arthur lui, elle avait l'impression qu'il savait mieux qu'elle la raison de sa présence, vu sa décontraction.

« Vous avez fait le chemin jusqu'ici toute seule ?

_ Oui, répondit-elle timidement.

_ Vous deviez être morte de trouille.

_ Vous savez, maintenant, je suis habituée aux bruits de la forêt. Ce n'est pas si effrayant qu'il n'y parait. Et je connais le chemin.

_ Alors vous avez plus de courage que Bohort, quel comble. »

Guenièvre resta silencieuse un instant, avant que Arthur ne lui jette un coup d'oeil en biais, et qu'ils ne rirent un peu d'amusement tous les deux.

« Une fois, il est venu jusqu'au camp et j'entendais ses jambières claquer ls unes contre les autres alors que j'étais à peine réveillée, plusieurs mètres plus loin dans mon lit. »

Arthur rit cette fois plus franchement en grignotant avec un peu plus d'entrain.

« Imaginez maintenant quand j'ai du partir à la chasse au dragon des tunnels avec lui.

_ Je paris sur le fait qu'il se soit sauvé, souleva Guenièvre.

_ Pile dans le mille ! Sauf qu'il n'est pas rentré au château, il s'était planqué dans un tunnel en pensant que le dragon était dehors.

_ Et où était-il ?

_ Dedans. »

D'un regard complice, ils rirent encore. Guenièvre mangea avec un peu plus d'appétit au fil des minutes. Ils discutèrent, de l'amitié singulière entre Léodagan et Bohort, celle qui liait Karadoc à Perceval, sans doute motivé par un besoin viscéral de compagnie, de confidence. La discussion dériva vers un sujet plus profond, et vite, Guenièvre réalisa que jamais elle n'avait eu ce genre d'échange auparavant, ni avec son époux, ni avec le chevalier Lancelot.

Arthur quant à lui, était… satisfait, plus satisfait qu'à son arrivé du moins.

Parler de choses légères, mais aussi de sujets n'ayant rien à voir avec ses responsabilités de roi, avec la politique, cela lui faisait un bien fou. Peut-être était-ce pour cela, qu'il l'avait accueilli, comme si de rien n'était ?

Il n'avait pas envie d'être seul ce soir, seul devant sa miche de pain, seul et comme un voleur dans son propre château. Et puis, la revoir, sa femme… cela lui avait emplit le coeur d'un certain soulagement. C'était que la dernière fois qu'il avait croisé son regard, elle avait eu l'air si triste, si désemparée. Puis, il l'avait surpris, et elle était passée du chagrin à la peur.

Dire qu'il s'en était voulu était un doux euphémisme. Cet endroit, il l'avait construit avec elle, juste après son mariage. Il ne voulait pas qu'elle pense que ce n'était pas chez elle. Il savait ce que ça faisait après tout, d'être loin de tout, déraciné. Guenièvre… n'avait fait que tenter sa chance en partant, comment lui en vouloir ? Elle lui avait évité le déshonneur, à lui comme à elle. Il la trouvait téméraire pour cela. Elle leur avait même presque retiré une épine du pied à tous les deux ! Mais maintenant qu'il la revoyait, il se rendait compte que la plaie était peut-être encore un peu là, sans vouloir bien se l'admettre.

Guenièvre s'accouda sur la table, pensive avant de jeter un regard vers la fenêtre.

« Je… je crois que je devrais rentrer, finit-elle par dire gravement.

_ Si vous avez faim… vous savez où venir désormais.

_ Oui, répondit-elle en un faible rictus mal à l'aise. »

L'ancienne reine se leva, avec un peu moins de manière qu'auparavant. Arthur quant à lui, n'osa la regarder bien en face. Elle se tritura les mains, toujours cette mauvaise habitude songea-t-il, avant de se retourner une dernière fois, hésitante.

« Vous savez, je ne suis pas venu ici pour manger. »

Arthur resta silencieux.

Il tritura le dernier morceau de fromage de son assiette, un peu confus.

« Je crois que moi non plus, murmura-t-il. »

Guenièvre déglutit difficilement, avant de se sauver, sans un regard, ni un mot.

xXx

Arthur soupira, le regard rivé sur le plafond. De grosses cernes lui barraient le regard alors que son appétit devant son déjeuner quotidien n'avait jamais été aussi mauvais.

Il paraissait malade, de l'extérieur, et Mevanwi pensa qu'il couvait sans doute quelque chose. Mais lui, se doutait bien qu'après avoir grignoté toute la nuit en taillant le bout de gras avec son ex-femme, aussi bizarre soit-il, hé bien ça ne lui donnait pas envie de manger de nouveau quatre heures plus tard.

« Sire, est-ce que tout va bien ? s'inquiéta-t-elle.

_ A merveille.

_ Je ne vous ai pas vu cette nuit quand je me suis réveillée. »

Depuis l'échange d'épouse et sur un coup de tête idiot, Arthur avait viré ses maîtresses du château. Autant dire qu'il n'avait pas dix milles excuses à lui offrir pour expliquer son absence.

« Insomnie, marmonna-t-il.

_ Vous avez pas encore été grignoté durant la nuit j'espère. »

Le roi balança sa fourchette sur la table, agacé.

« Quoi ? demanda-t-elle. Ce n'est pas pour vous embêter, juste pour que vous ne vous tassiez pas !

_ Je ne me tasse pas, merci bien, gronda-t-il. Et au pire, qu'es-ce que ça peut bien vous foutre à vous ?

_ On dit que ça n'est pas très élégant au combat, ni devant les autres chefs de clan, c'est une question de tenue.

_ J'vous en foutrais de la tenue moi, personne m'a jamais emmerdé avec mon « élégance », c'est pas maintenant que ça va commencer.

_ Mais enfin, vous êtes roi non ? »

Arthur grogna, agacé.

xXx

« Est-ce que j'oserais vous parler de quelque chose ? »

Bien évidemment, Guenièvre était revenue.

Pourquoi ? Elle préférait ne pas y songer. C'était plus plaisant de penser que sa venue n'était motivé que par un ennui mortelle, et non… autre chose.

Arthur s'était rendu de nouveau, au même endroit, à la même heure. Il avait vu l'alcôve par laquelle elle était arrivée, et ils s'étaient tus en se trouvant l'un l'autre, préférant ajouter une touche de normalité à cette seconde rencontre, encore plus bizarre que la première.

« Allez-y.

_ Vos maitresses… comment vous dire. Les désiriez-vous systématiquement ?

_ Alors vous, niveau question, vous faites pas dans la dentelle.

_ Je suis désolée, marmonna-t-elle en faisant la moue. Oubliez ça… »

Arthur prit une profonde inspiration, avant de se racler la gorge en remuant sur sa chaise.

« Le désir, ce n'est pas sur commande, souffla-t-il.

_ Oui, je comprends bien, mais… je sais pas, faisaient-elles quelque chose de particulier ?

_ Ça dépend, oui, enfin, c'est pas… pourquoi ?

_ Je me pose juste des questions. Vous savez, je suis tellement ignorante sur bien des domaines, dont celui-ci et vous, hé bien, vous vous y connaissez beaucoup plus que moi. »

Arthur cligna des yeux vers Guenièvre, laquelle continuait de fixer ses doigts avec nervosité.

« On parlait, voilà, lui glissa-t-il enfin.

_ Pardon ?

_ Je pars du postulat qu'on ne peut pas désirer quelqu'un qu'on ne connait pas et avec lequel on ne s'entends pas.

_ Ça a du sens, d'une certaine manière.

_ Je sens que notre discussion est très orientée ce soir, souleva le souverain.

_ Je me demande juste si je ne suis pas désirable parce que je manque de quelque chose.

_ C'est-à-dire ?

_ Je ne sais pas… de la conversation par exemple ou des centres d'interêt spécifique, à moins que ce ne soit physique. J'essaie de me remettre en question, car je pense que ça vient de moi.

_ Vous vous trompez, ça n'a rien à voir avec vous.

_ Vous, ensuite Lancelot. Quelque chose ne tourne pas rond chez moi, c'est sûr, nia-t-elle.

_ Lancelot ?! »

Guenièvre ferma la bouche, interdite, honteuse aussi.

« Excusez-moi, souffla-t-elle. Je n'aurais pas du… je crois. »

Guenièvre se leva pour se sauver, mais elle fut retenu, comme la nuit précédente, par une main portée sur son bras, moins dure néanmoins.

« Lancelot est un chevalier avec beaucoup de principes. »

La jeune femme se tourna vers Arthur, le regard pétillant.

« Vous êtes trop gentil avec moi, souleva-t-elle.

_ Je vous retourne la remarque. C'est moi qui ai fauté le premier.

_ Et moi la seconde, ajouta-t-elle.

_ Que je sache, vous ne l'avez pas encore fait en vérité. »

Guenièvre soupira dans le vide, avant de se rasseoir à sa place, mal à l'aise, un peu triste aussi.

« Effectivement, murmura-t-elle. Peut-être est-ce une question de manque d'expérience, mais je pense que c'est plus profond que cela.

_ Que voulez-vous dire ?

_ J'ai toujours imaginé que vous auriez été le premier, le seul et l'unique. Un peu comme dans les contes de fées, vous voyez. Comme si, une fois qu'on aimait quelqu'un, le reste coulait de source. »

Maintenant, c'était à lui de se sentir mal.

« Je suis vraiment une idiote, soupira-t-elle en se massant le front, les paupières closes. En plus je parle de ça avec vous, j'ai vraiment perdu l'esprit.

_ Parce que vous voulez en parler avec qui, Angarad ? Laissez-moi rire s'il vous plait, elle n'est même pas fichue de faire comprendre à Perceval qu'elle en pince pour lui.

_ Oui, mais Perceval est con comme une bille, ça n'aide pas. »

Arthur rit, une fois encore.

Tiens, c'était nouveau ça d'ailleurs.

« Lancelot est amoureux de vous, murmura Arthur. A partir de cet instant…

_ Il n'y connait rien, et moi non plus.

_ Heureusement que les premiers hommes n'ont pas raisonné comme vous. Ecoutez, commencez par la base, je suis sur que vos romans ont bien su décrire la façon dont le prince embrasse sa bien aimée avant toute chose, non ?

_ Si je vous dis que j'aurais l'air d'une crétine, il va me prendre pour une folle.

_ S'il vous aime vraiment, alors je vous assure que non.

_ J'ai peur de mal m'y prendre, marmonna-t-elle. J'ai jamais été douée pour ce genre de choses vous le savez très bien.

_ Vous vous y prendrez comme vous le sentez, car tout le monde a sa propre façon de faire. C'est ainsi que l'on sait qui nous conviens, et qui ne nous conviendra jamais. Le reste, ça viens après. Ne mettez pas la charrue avant les boeufs. »

Guenièvre soupira de dépit.

Dire qu'elle allait devoir prendre les choses en main, elle n'avait vraiment pas envie de ça. C'était déjà elle qui était partie, elle qui l'avait rejoint dans un élan de désespoir, elle qui faisait cet effort considérable de changer les habitudes de toute une vie.

« Je suis pas gâtée hein, chuchota-t-elle.

_ Bien. Alors venez par là, et imaginez que je suis Lancelot.

_ Vous êtes dingue ?

_ Pas du tout. Je vous dois bien ça, non ? »

L'ancienne reine dévisagea un temps son ex-époux.

« Je suis mal fagotée, remua-t-elle sur place, marmonnant dans sa barbe.

_ La tenue n'a rien à voir là dedans. Il est vrai que je n'ai jamais abordé ce sujet avec une femme, puisque je suis le plus souvent, l'investigateur de ce genre de choses, mais croyez-moi que j'ai vu bien pire que ce que vous portez. Les femmes ne sont que rarement habillée comme des bourgeoises quand je les rencontre. »

Guenièvre hocha timidement la tête, fuyant son regard.

« Si vous commenciez par me regarder un peu ? »

La jeune femme leva alors deux yeux étincelants d'un trouble perceptible. Elle avait cet air si craintif que cela en était presque effrayant. Arthur ressentit de nouveau ce sentiment confus en sa présence, celui de la protéger de tout, même de lui, surtout de lui. Mais elle n'attendait rien de sa part, il n'était plus son époux. Alors, cela lui donna le recul nécessaire pour l'aider, juste l'aider se convainquait-il, parce qu'il estimait lui être redevable, avec tout ce qu'il lui avait fait subir.

« Vous devez avoir confiance en vous, lui chuchota-t-il. Les yeux sont la première chose qui happe quelqu'un, n'importe qui. C'est la porte de votre âme, et puis… vous êtes la reine.

_ Je ne suis justement plus la reine, lui murmura-t-elle.

_ Tout dépend, il faut croire que vous l'êtes encore au regard de la majorité des gens.

_ Mais plus du votre, nia-t-elle, d'une petite voix. »

Arthur prit une inspiration, qu'il bloqua dans sa poitrine.

« J'en sais rien, ma langue bifurque encore un peu trop à ce sujet. »

Guenièvre sourit un peu, les joues rosies et Arthur leva les sourcils.

« Ça c'est bien.

_ De quoi ?

_ Cette expression, désigna-t-il.

_ Oui, sauf que ça ne se contrôle pas. »

Arthur balaya sa remarque de la main.

« Dites vous que vous en êtes capable, même si vous êtes persuadée du contraire. Persuadez vous que vous êtes irrésistible.

_ N'importe quoi, se moqua gentiment la jeune femme. SI je le suis, je ne vois pas pour quelle raison vous êtes resté de marbre face à moi toutes ces années.

_ C'est donc cela qui vous bloque. OK, très bien. »

Arthur se positionna mieux devant elle, un peu plus proche aussi. Guenièvre eut un léger mouvement de recul du visage, plus par surprise qu'autre chose.

« Imaginez que j'ai très envie de vous, enfin, que j'ai pu éprouvé du désir pour vous.

_ C'est le cas ?

_ On s'en fiche. Vous avez juste à imaginer que ça puisse être vrai.

_ D'accord… répondit-elle avec hésitation, et après ?

_ Vous feriez quoi, vous ?

_ Je ne sais pas, soupira-t-elle en tapant du pied sur le sol, frustrée.

_ Faites un effort. Vous n'êtes plus une enfant qui avait été amené sur le trône par vos parents, vous êtes une femme, face à un homme qui vous désire, rappela-t-il. »

Guenièvre réfléchit un instant, puis pris une profonde inspiration. Elle osa darder ses orbes vers celles de son ancien époux, et il n'y avait plus vraiment d'hésitation, un peu plus de blessures, peut-être, mais aussi un brin de force.

Arthur prit une inspiration plus difficile, et descendit son regard vers ses bras, nus et frissonnants.

« D'accord, dit-elle, plus convaincue. Et après ? demanda-t-elle en portant ses mains vers sa bouche.

_ Après tout dépend du sujet que vous voulez aborder. Je veux dire, vous pouvez pas entrer dans le lard comme ça. »

Guenièvre ferma la bouche en expirant bruyamment.

« Quoi ?

_ C'était plus simple avec vous.

_ C'est-à-dire ? demanda Arthur, perdu.

_ Vous êtes naturel. Avec vous, les choses viennent toutes seules.

_ Ah bon ?

_ Vous savez bien, les histoires de pureté de coeur, de beauté, ce genre de choses… ça n'aide pas à avoir des conversations un peu profondes. Depuis que je suis partie du camp, les robes luxueuses et les heures passées à me faire coiffer, je crois que vous pouvez constater vous-même que ce n'est plus vraiment ma priorité, alors je ne vais pas m'éterniser sur l'esthétique de ma toilette non plus.

_ Et si vous parliez de ce que vous voulez, de votre enfance, des livres que vous avez lu, de ce que vous aimez ?

_ Vous plaisantez ? Le chevalier Lancelot a l'esprit si noble qu'il refuse d'entendre parler de ce genre de fantaisie.

_ Les livres, des fantaisies ?

_ Pas tout les livres, appuya-t-elle en reprenant place sur sa chaise habituelle. Mais ceux que j'aimais, oui.

_ Forcément, vous appréciez les romans d'amour et d'aventure en tout genre, appuya Arthur qui revint prés d'elle. Notre chambre en débordait.

_ Ah c'est sur qu'on n'est loin de la bibliothèque du père Blaise qui regorge de textes de loi, ou de celle de Merlin et ses formules magiques.

_ Ouais enfin, c'est un peu chiant aussi leurs trucs, soyons honnête. »

Au fil des minutes, ils en vinrent à comparer leurs lectures, se perdant un peu dans leur fil de discussions initiales avec une aisance telle que le roi commença à imager sa dernière lecture à l'aide de ce qu'il trouvait à table. Guenièvre le regarda faire en souriant, avant de s'accouder à la table et de rire plus franchement.

Arthur finit par s'arrêter en soupirant.

« Pourquoi vous vous êtes arrêté ? J'aimais beaucoup cette histoire.

_ Oh parce que, balbutia-t-il en posant son morceau de pain sur le côté. Enfin, qui ça intéresse, ce genre de gaminerie.

_ Hé bien moi. »

Arthur jeta un coup d'oeil un peu surpris vers sa femme, avant de lever les yeux au ciel.

« Je me demande bien ce que penserait les gens de la cour s'il me voyait imiter la voix d'un chevalier avec un os de poulet.

_ Oh beaucoup de choses sans doute, mais heureusement qu'ils ne sont pas là, pas vrai ? »

Le roi finit par lui sourire, d'un rictus en coin amusé. De fil en aiguilles, ils tissèrent ainsi quelques histoires de leurs enfances respectives, mais aussi de lectures plus récentes. Guenièvre aimait l'écouter, il l'amusait tellement. C'était autre chose que les explications stratégiques barbantes de Lancelot, ça c'est sur.

Arthur quant à lui, se sentait plus léger, il avait l'impression de se sentir… mieux, beaucoup mieux que tout à l'heure, et encore plus que la veille. C'était que ses responsabilités pouvaient parfois être si pesante, qu'il en oubliait ce que c'était, que de rêver, et de vivre dans l'insouciance des lendemains.

Guenièvre ne voyait plus le temps passée, et c'est un peu dans l'affolement qu'elle remarqua la fin de la nuit approcher. Elle ignorait quand Lancelot remarquerait son absence et ses sorties nocturnes. Elle n'avait aucune envie qu'il ne le fasse, pas tout de suite.

Revenir au château, revoir Arthur, cela lui faisait beaucoup trop de bien. Elle qui pensait naïvement qu'en partant d'ici, elle se sentirait plus libre… La charge des attentes sur elle n'avait pourtant pas tari depuis, bien au contraire.

« Merci, finit-elle par souffler en posant sa main sur la sienne.

_ Pour ?

_ Ça, désigna-t-elle avec simplicité. »

Guenièvre lui accorda un rictus timide, mais avant qu'elle ne s'en aille, son ancien mari retourna sa paume pour lui serrer les doigts.

Il avait envie de lui demander de revenir demain, juste encore une fois. Il n'osa pas. Les mots, ce n'était pas fait pour lui, surtout avec elle. Alors, il passa son pouce sur ses phalanges en une douce caresse furtive. La jeune femme le regarda faire l'espace d'une seconde, avant d'attraper son pouce, puis sa main, et de la caresser à son tour, un peu troublée.

Sans un mot et dans un silence un peu gênant, Guenièvre se détacha de lui et repartit de nouveau.

xXx

Arthur commençait à doucement s'agacer.

Dans les couloirs, il faisait un froid de canard et avec sa pauvre chemise en flanelle, il se les caillait sévère, mais en plus, elle n'était toujours pas encore là alors qu'il l'attendait depuis, oh, un bon quart d'heure au moins !

Lorsqu'il entendit des pas, il se figea alors en se tendant, du haut de ses cheveux jusqu'aux orteils.

« Alors vous êtes là, soupira Mevanwi en arrivant d'un pas hâtif.

_ Qu'est-ce que vous me voulez ?

_ Ne me dites pas que c'est ici que vous avez passé ces dernières nuits tout de même.

_ Et si je vous disais que j'ai besoin de souffler un peu ?

_ Souffler ? Et moi alors, de quoi ai-je l'air avec un mari qui déserte le lit conjugal pour s'empiffrer ?

_ Donc vous êtes venu ici pour me réprimander comme un enfant plutôt que de, je sais pas hein, vous proposer de m'accompagner ?

_ Hé puis quoi encore ? Quelle drôle d'idée.

_ Une drôle d'idée de vous proposer de passer ce temps avec moi plutôt que de me planquer comme un voleur. Ah ça c'est sur que ça vous parait bizarre, à vous.

_ Mais enfin, vous m'en poser des questions, soupira Mevanwi.

_ Bon, la barbe, coupa brutalement Arthur.

_ Ah mais je vais mettre les choses au clair tout de suite avec vous : vous ne me parlerez pas de la même façon dont vous vous adressiez à l'ancienne reine, je vous préviens.

_ Ne vous avisez pas de parler de ma femme, c'est compris ?

_ Mais vous l'avez laissé partir, votre femme figurez-vous.

_ Et alors ? la coupa-t-il. J'aurais peut-être du la tuer pour la garder ou l'empêcher de se sauver ?

_ Peut-être qu'un bon roi aurait fait le choix de lui ôter la vie plutôt que de la laisser devenir une traitresse. Alors si vous voulez, je peux plutôt parler de vos choix à vous. »

Enragée, Mevanwi partit du couloir, non sans lui jeter un coup d'oeil assassin.

Ce n'est qu'à peine une trentaine de secondes plus tard que Guenièvre arriva en courant, si essoufflée qu'elle ferma vite la porte cachée de l'alcôve, la main sur la poitrine.

« Enfin, gronda Arthur tout bas en faisant un pas vers elle. Mais qu'est-ce que vous faisiez ?

_ Je suis désolée, c'est juste que j'ai entendu un bruit et… oh je ne voulais pas vous faire attendre et vous mettre dans l'embarras. »

Guenièvre reprit son souffle avant de jeter un coup d'oeil vers Arthur.

« Vous n'êtes pas resté ici trop longtemps j'espère ? finit-elle par lui demander.

_ Non, finit-il par soupirer en mentant au passage.

_ Faites attention à vous quand même, vous allez attraper froid. »

Arthur soupira en la suivant.

« Pourquoi fallait-il que vous soyez si gentille ? murmura-t-il en fermant la porte. »

Guenièvre se retourna vers Arthur, les sourcils froncés, comme si elle ne comprenait absolument pas de quoi il voulait parler.

« Moi, gentille ? N'importe quoi. »

La jeune femme retira son sac en bandoulière qui lui lacérait un peu l'épaule en grimaçant, avant d'ôter la peau de bête mise sur ses épaules pour la tendre vers le roi.

« N'importe quoi, hein ? répéta-t-il en le prenant pour le mettre sur ses épaules. »

Arthur prit une profonde inspiration. Le vêtement était chaud, et portait une odeur différente de la sienne, plus fine et fleurie.

« C'est-à-dire que je suis en retard, je vous fais attendre dans le froid et vous me dites que je suis gentille, c'est déstabilisant à la fin.

_ Vous avez l'air d'oublier que c'est vous qui vous taper les 30 bornes allez-retour depuis 3 nuits d'affilés.

_ Je dors dans la journée, dit-elle simplement en haussant les épaules. Vous, vous avez des responsabilités.

_ Et têtue, en plus de ça. »

Guenièvre lui tira la langue et Arthur leva les yeux au ciel.

Il s'apprêta à l'entraîner à s'asseoir, mais la vit se frotter les poignées et fronça les sourcils. D'un pas, il s'avança vers elle et lui saisit les mains. La jeune femme tenta de se soustraire à sa prise, mais il avança ses doigts jusqu'à ses avant bras et elle grimaça.

« Qu'est-ce que vous avez fait ? »

Sa voix était si paniquée, la vérité la frappa alors et elle n'osa rien en dire.

C'était que la veille, Lancelot avait remarqué son absence à la fin de la nuit. Inquiet, il l'avait attaché une partie de la journée, effrayé selon ses dires, qu'elle ne soit enlevé. Oh comme une idiote, pour oublier la douleur des liens, elle avait bien tenté d'entamer une discussion, aussi futile soit-elle. Il s'était alors contenté de la regarder avec un maigre sourire faussement tendre avant de lui taper sur la tête et de retourner à ses propres lectures politiques, lui accordant juste un « mmmh » de temps à autre.

Guenièvre avait ainsi soupirer dans le vide. Au moins, il avait ôté les cordes pour la nuit et l'homme était si épuisé par ses soucis qu'il ne remarquait pas les moments où elle s'éclipsait.

« Rien, je me suis prise dans les ronces. Le chemin pour venir est difficilement praticable. »

Arthur soupira, en passant son pouce sur ses marques. Le souffle de la jeune femme se fit plus court et il ne put passer à côté de la chair de poule qui se ressentait sur ses bras.

« Je crois qu'il y a de l'onguent quelque part ici.

_ Merlin cache ses préparations dans les cuisines maintenant, souffla-t-elle.

_ Disons que depuis qu'il a décrété que la purée de châtaigne aidait pas mal pour ce type de blessures, il les laisse trainer ici parfois. Enfin vous savez, c'est Merlin… »

La jeune femme émit une expiration amusée avant de voir le roi fouiller les placards et mettre la main sur un bol en terre cuite dans lequel marinait une préparation peu ragoutante.

« C'est dégoutant, grimaça Guenièvre en le voyant poser cette mixture sur sa peau rougie.

_ Ça vous évitera de chopper une merde.

_ Alors ça, j'en suis pas si sure figurez-vous. »

Pendant que le roi s'appliquait à masser la préparation sur les blessures superficielles entourant les poignets de sa femme, enfin, son ex-femme, il dardait son regard sur sa peau. Elle était encore si blanche malgré le soleil qu'elle prenait. Et pourquoi frissonnait-elle ? Sans doute parce qu'elle lui avait donné sa fourrure.

« Alors vous avez essayé d'entamer quelque chose avec Lancelot ?

_ Et vous dites que c'est moi qui ne fait pas dans la dentelle.

_ C'est que je cherche juste à vous rendre service. »

Guenièvre serra un peu les poings prisonniers de la poigne du roi.

Oh oui, elle avait bien essayé de discuter avec son foutue chevalier, mais en dehors de la prendre pour une plante verte, il avait un tel mépris pour ses histoires dites « futiles » qu'elle n'avait pas cherché à s'acharner franchement. Et que dire lorsqu'elle avait eu l'outrecuidance de lui réclamer un baiser ? Lancelot avait parlé de pureté, de chasteté et de valeurs chevaleresques, certes, mais peu en adéquation avec ce qu'elle cherchait, elle.

Alors, non seulement il ne l'avait pas touché, mais en plus, il la traitait comme une sainte, entendons par la une véritable sainte tout droit descendue du paradis céleste.

Dans l'ordre des choses, il serait une hérésie de céder a de quelconques animaleries charnelles avec elle, comme si elle « méritait mieux ». Ce qui était absurde, quand elle y songeait.

« Il ne veut pas me toucher, il m'estime trop.

_ Pas vous toucher… ?

_ Me tenir la main est déjà beaucoup.

_ Attendez, vous êtes sérieuse ?

_ Vous parlez d'un homme qui n'a jamais penser à une femme de sa vie, qui me hisse au rang de déesse vivante. Cette vénération à ses points faibles. Me couvrir de fleurs et avoir « la chance » de partager ma couche représente presque le graal pour lui.

_ Mais vous avez essayé de faire quelque chose au moins ? »

Cette fois, Guenievre manqua de croiser les bras de contrariété, mais Arthur la retint juste à temps, histoire qu'elle se mette pas de l'onguent partout.

« Figurez vous que c'est plus compliqué qu'il n'y parait ! Si se tenir la main flirte avec la dépravation, imaginez l'idée de m'embrasser.

_ Je vois.

_ Au moins, vous, vous ne risquez pas d'avoir ce problème étant donné votre expérience, votre nouvelle femme et sans compter vos maîtresses.

_ Mes maîtresses je les ai virés et Mevanwi et bien… c'est compliqué. »

Compliqué, c'était bien le mot.

Ils avaient bien eu leur phase « lune de miel » avant qu'il ne redescende de son nuage. Ça avait commencé par des discussions toujours orientées sur le royaume, sur la trésorerie, les lois, les clans… Pendant que Guenievre lui parlait de broderie, elle l'assommait de suggestions sur sa manière de régner. Au début, son aide était louable, maintenant, elle était carrément devenue étouffante.

Quant à la vie intime, il n'y avait la rien qui différait de sa vie d'avant, hormis qu'il couchait avec son « épouse » plutôt que ses maîtresses, mais sans y prendre un pied d'enfer pour autant. Il commençait déjà à se lasser. Mais cela, jamais il ne se l'admettrait. Les femmes n'étaient pas des jouets, il refusait de les considérer en tant que tel. Mais il ne savait pas pourquoi, il manquait quelque chose, depuis toujours d'ailleurs. Ça avait été plus ou moins fort, et enchaîner les conquêtes lui avait permis de ne pas y penser, mais ce sentiment s'intensifiait de plus en plus au fil des jours.

« Vous faites tout ce qu'il faut au moins ? demanda-t-elle d'un air dur, en écho à sa propre phrase.

_ Bien sûr que oui, mais le sexe ne fait pas tout figurez-vous.

_ Je crains ne pas comprendre. Ne m'avez vous pas dis que la conversation, le fait de bien s'entendre était aussi important ?

_ Ça l'est.

_ Et vous vous êtes toujours bien entendu.

_ En effet.

_ Alors qu'est ce qu'il vous manque ?

_ J'en sais rien.

_ Vous êtes compliqué, on vous la déjà dis ? »

Arthur grogna mais, avant qu'il ne se détache d'elle, elle lui attrapa le bras.

« Vous avez besoin de temps, lui chuchota-t-elle. »

S'il avait besoin de temps, alors pourquoi est ce que ça empirait au juste ?

« Peut être que ça ne va jamais s'arranger.

_ Ne soyez pas défaitiste. Je ne suis plus là, mais vous avez maintenant une épouse que vous avez choisi, non ?

_ Peut-être.

_ On se chamaillait beaucoup tous les deux, souleva-t-elle. Notre mariage n'était pas un conte de fées.

_ J'étais injuste avec vous.

_ Nous ne nous sommes pas choisi, c'est un fait. C'était dur, peut être, mais pas injuste de le soulever. »

Arthur tritura son index sur le noeud de bois de la table. Cette fois, ils n'utilisaient plus l'excuse de la nourriture, pour se parler.

« Alors, que prévoyez vous de faire ? demanda le roi, histoire de changer de sujet.

_ J'en sais rien. Comment pourrais-je m'y prendre pour me détacher de cette image de la sainte vierge vous croyez ?

_ Vous avez qu'à vous désaper. »

Guenievre rit de nouveau en s'asseyant sur une des chaises disponibles.

« Je crains que cette méthode ne soit un peu trop brutale.

_ Vous n'avez qu'à saisir l'excuse d'une promenade et en profiter pour l'embrasser. Enfin, sans fioriture quoi, les choses simples se suffisent à elle même.

_ L'embrasser ? Vous êtes dingue. C'est trop compliqué pour moi ces histoires.

_ Oh j'vous en prie. »

Arthur leva les yeux au plafond. Elle l'exaspérait ! Il se leva d'un bond et tendit la main vers elle.

« Bon, imaginez que je sois Lancelot. Je me tiens là et je vous attends, je sais pas, en bas de votre cabane.

_ Lancelot ne m'attend jamais en bas de la cabane.

_ On s'en fout, c'est pour l'image.

_ Si vous voulez que j'y arrive, va falloir faire quelque chose d'un peu plus réaliste, le réprimanda-t-elle.

_ Ok alors imaginez qu'on est en balade, j'en sais rien moi ! Je vais pas faire tout le boulot. »

Guenievre ferma sa bouche. Il ne l'emmenait pas en balade non plus.

Elle était tout bonnement cloîtrée dans son lit une bonne partie de la journée, à attendre qu'il ait fini ses affaires.

« D'accord, finit-elle par soupirer.

_ Approchez-vous. »

Guenièvre fit un pas vers Arthur, qui l'observa un peu plus intensément qu'il n'avait l'habitude de faire.

« Et maintenant ? »

Le roi prit avec délicatesse la main de son épouse. Elle était un peu plus fraiche que la sienne, ses doigts étaient longs, et sa peau douce malgré sa vie devenue presque celle d'une clandestine. Comment faisait-elle pour cela, au juste ?

Guenièvre observa ainsi la paume du roi, chaude et réconfortante contre la sienne, ainsi que son pouce caressant machinalement ses phalanges. Elle leva ensuite doucement ses yeux, l'air plus sérieux et concerné qu'elle n'aurait jamais pu avoir. Elle sentit sa gorge s'assécher, et Arthur mena machinalement la main de Guenièvre vers son visage, déposant un simple et chaste baiser sur ses doigts sans quitter son regard. Guenièvre ferma les paupières un instant, son souffle se coupant dans sa poitrine avant qu'elle n'ose affronter de nouveau les iris de son ancien époux.

Elle fit remuer ses doigts avec délicatesse, avant de les libérer un peu, et d'effleurer la bouche du roi. Son regard tomba sur ses lèvres, sa barbe drue sur lesquels elle fit courir son index. Puis, elle glissa le long de sa moustache, jusqu'à son menton. Hypnotisé, Arthur ne détacha ses yeux de ceux de cette femme qui fixait son visage avec tant d'attention, le flattant de son toucher délicat, presque furtif, comme si une part d'elle se l'interdisait. Cette sensation le prit de court. Il se saisit lui-même calmement de son avant bras, ne tenant même pas compte de la crème qui salissait sa main, alors qu'il guidait lui-même les doigts de Guenièvre de nouveau jusqu'à sa bouche, avant d'oser embrasser son index, puis chacun de ses doigts avec une lenteur presque obscène.

Guenièvre manqua d'hoqueter de surprise autant que de plaisir, alors qu'un doux courant électrique lui parcourut l'échine. Sa respiration se hacha un peu et elle le regarda de nouveau, troublée elle aussi. Sa bouche charnue, chaude, ses mouvements si lents sur ses doigts, tout cela faisait battre son coeur à une force telle qu'elle en ressentait les pulsations dans ses tempes… Elle passa alors elle-même son pouce sur sa lèvre inférieure.

« Et maintenant ? répéta-t-elle en un une voix murmurante, tremblotante, quasi inaudible. »

Arthur lui jeta un regard intense, avant que ses lèvres ne viennent effleurer sa paume. Il parcourut ainsi les lignes de sa main avant de descendre jusqu'à ses poignets. Cette fois, la jeune femme se sentait vraiment haletante alors qu'après chaque inspiration de plus en plus rapide, elle retenait un gémissement de plaisance. De centimètre en centimètre, elle s'approchait encore et encore jusqu'à n'être plus qu'à un demi pas du roi.

Elle ne voulait rien faire paraître de son trouble, préférant se murer dans le déni. Mais tout cela fichu presque le camp lorsque se fut la langue de son mari qui prit le relais, parcourant ses blessures presque guéris par cette espèce de purée de châtaine concoctée par Merlin.

« Arthur, soupira-t-elle, les yeux mi-clos. »

A son tour, ce fut lui qui ferma les paupières alors que la voix de sa femme raisonnait en lui, un peu comme un appel envoutant. La jeune femme frissonna de nouveau lorsqu'elle sentit ses dents passer sur la peau fine de ses poignets, avant de terminer d'ôter toute trace de crème. L'homme lui jeta de nouveau un regard étrange, comme s'il attendait d'elle un accord tacite. La bouche entrouverte, Guenièvre sentait son estomac se tirailler, entre cette envie, terrible envie, et le fait qu'elle ne pouvait tout simplement pas faire une chose pareille, pas après avoir tout abandonné, pas après être parti, pas après avoir rejoint Lancelot. Il s'agissait de sa dignité, non ?

La jeune femme prit une profonde inspiration tremblante, avant d'entrouvrir la bouche, sans parvenir toutefois à émettre un son quelconque. Elle n'avait plus la force de parler, sa gorge se trouvait tout simplement nouée, et celle du roi tout autant. Peut-être n'en paraissait-il rien, mais il se sentait au bord, tout au bord d'un profond précipice. Il ne contrôlait plus rien, et c'était pire, tellement pire qu'avec Mevanwi. C'était même incomparable.

« Que ressentez-vous ? lui murmura-t-il.

_ Quoi ? demanda-t-elle d'une voix aussi basse.

_ En vous, ajouta-t-il, la bouche si proche de sa peau qu'elle sentait les syllabes formées par ses lèvres accompagnées de son souffle chaud. Qu'est-ce que vous ressentez ?

_ Je… j'ai… se perdit-elle, se sentant tout à coup idiote au point d'en perdre son latin.

_ Oui ? s'amusa-t-il.

_ Ce n'est pas si évident quand vous faites ça figurez-vous, s'agaça-t-elle.

_ Alors dites-le, lâcha Arthur en levant les épaules.

_ Dire quoi ?

_ Que je vous trouble. »

Guenièvre fronça soudain les sourcils dans sa direction pendant que son ancien mari lui offrait un rictus moqueur.

« Vous êtes fier de vous, n'est-ce pas ?

_ Non… »

Guenièvre leva un sourcil, comme si l'évidence lui sautait aux yeux. Depuis le temps, elle le connaissait bien assez.

« Bon, peut-être un peu. »

La jeune femme fit rouler ses yeux au ciel, mais Arthur ne lui donna pas le temps de répliquer lorsque sa bouche se posa de nouveau sur son bras, remontant jusqu'au pli de son coude avec une lenteur se muant en frustration.

« Alors ? demanda-t-il de nouveau.

_ Vous… chuchota-t-elle.

_ Je ? »

Arthur prit une inspiration tendit que son parfum, cette flagrance qu'il avait toujours senti à ses côtés mais plus depuis tant de temps, lui monta au nez et sembla envahir son être tout entier. Sa langue passa alors un temps sur sa peau douce, et un peu salée avant d'entendre le souffle de la jeune femme s'accélérer de nouveau.

« Vous me… troublez… »

Arthur leva un regard sombre vers celles suppliante de passion de son ex-femme.

« Sire, ajouta-t-elle en un murmure. »

Depuis quand l'appelait-elle « sire » ?

Il détestait qu'on le nomme de cette façon, mais dans cette situation, dans cet instant et de sa bouche à elle ? Arthur grogna avant de glisser, un peu rudement, un bras derrière la taille de la jeune femme qui se trouva prise entre lui et le mur derrière elle. Elle eut un léger cri de surprise avant de fondre lorsqu'il s'attaqua à son cou, perdant le temps d'une seconde le contrôle de lui-même.

Guenièvre gémit, puis se cambra, sa main trouvant naturellement le chemin des cheveux d'Arthur lorsqu'il parsema sa nuque de baisers appuyés, si intenses que ses dents l'effleuraient, comme s'il était sur le point de la dévorer véritablement.

« Arthur, gémit-elle de nouveau, un peu plus fort.

_ Dites moi… empêchez-moi, s'il vous plait, demanda-t-il, réclamant cet ordre dont il avait cruellement besoin.

_ Arthur… gémit-elle à contrecoeur, Arthur, arrêtez. »

Avec cette respiration haletante, sa voix suppliante, il pouvait parier qu'elle ne réclamait pas vraiment à ce qu'il s'arrête, là, maintenant.

Lorsque son bas ventre commença à s'irradier d'une chaleur qu'elle n'avait envie jamais connu, Guenièvre se mordit la lèvre inférieure en serrant les poings, luttant contre ces sensations-ci, beaucoup trop affriandantes. Elle savait qu'il luttait, lui aussi, son instinct le lui hurlait, mais elle n'était pas encore sure qu'il n'était pas juste encore en train de se moquer d'elle.

Peu importait, quelque part, puisque c'était si… si bon, mais elle ne pouvait pas, et lui non plus. Elle était partie, nom d'un chien.

Elle n'était plus sa femme.

Dans un sursaut de réalisation, Arthur se stoppa, juste avant de tomber dans ce fameux précipice. Il posa son front contre son épaule, ne décollant pourtant pas sa prise autour d'elle, les yeux clos.

Avait-il perdu la raison ?

« Si vous lui dites ça, il ne résisteras pas. Si vous faites ça, alors vous aurez tout ce que vous voudrez, chuchota-t-il. »

Guenièvre déglutit en hochant frénétiquement la tête, tentant de se raisonner afin de calmer sa respiration qui avait pris une cadence effrénée. Petit à petit, elle lâcha elle aussi sa main qui s'était perdue dans la chevelure sombre de son ex-mari, ses boucles longues glissant entre ses doigts. Elle avait l'impression d'avoir couru un marathon. Oh oui, elle était épuisée, et dire qu'elle allait devoir rentrer sur le camp… comme ça !

« Puis-je vous poser une question délicate ? demanda-t-elle, reprenant peu à peu le contrôle d'elle-même alors qu'Arthur avait toujours le nez niché dans son cou.

_ Oui ? demanda le roi avant de se redresser.

_ Comment puis-je faire maintenant avec… ça ? »

Guenièvre déglutit avant de rire nerveusement, s'entortillant sur place comme une anguille. Elle n'osait affronter son regard, et fort heureusement. Il avait vraiment peur que s'il tombait sur ses pupilles sans doute bien plus dilatées qu'elles ne le devraient, il finirait par lui sauter dessus comme un animal. Et il n'en avait vraiment, aucune envie.

Guenièvre était son ancienne femme et il avait pris de bonnes résolutions pour ce nouveau mariage, viré ses maitresses et tout le reste ! Merde, il n'allait quand même pas finir par se la taper alors que ça faisait plus de cinq ans qu'il la repoussait comme si elle avait la gale ! Sans compter sur les dieux, qui finiraient par se demander si vraiment il ne se foutait pas de leur gueule à la fin.

« Je ne vais pas vous apprendre à… enfin, hum, vous voyez. laissa-t-il trainer en se raclant la gorge.

_ Voir quoi ?

_ Faire passer l'envie toute seule.

_ Toute seule ? répéta Guenièvre, suspicieuse.

_ Hé bien, quand vous êtes… seule. Je veux dire, oh merde, ça devient gênant là, balança Arthur en se pinçant l'arête du nez.

_ En même temps, vous n'êtes pas très claire ! finit par s'agacer Guenièvre en tapant du pied au sol.

_ Quand vous êtes seule, vous avez bien trouvé l'occasion d'expulser vos envies, non ?

_ Pas franchement, non, et je n'ai même jamais ressenti… ce genre de choses, cingla-t-elle en grimaçant.

_ Attendez, quoi ? Jamais ?

_ Non ! s'emporta-t-elle. Bon, faites quelque chose.

_ Quoi, moi ? Mais non enfin, il en est hors de question !

_ Alors dites-moi au moins ce que je dois faire.

_ Mais bordel, je vais pas faire ça !

_ S'il vous plait, minauda-t-elle.

_ Non.

_ Si je rentre au campement dans cet état, ils vont se poser des questions.

_ Trois heures dans le froid, ça va vous remettre les idées en place je pense.

_ Et si ce n'est pas le cas, mmmh ? »

Arthur soupira de dépit.

Soudain, il comprenait son enthousiasme lorsqu'elle s'était barrée du château : Guenièvre avait toujours eu le chic pour le mettre mal à l'aise en toute circonstance.

« Ok, vous voulez le détail ?

_ Oui.
_ Vous êtes sure ?

_ Oui.

_ Sure de sure ?

_ Mais oui je vous dis ! »

Arthur grogna. Il s'approcha alors de nouveau d'elle, et elle se plaqua d'elle-même contre le mur en pierre froide soulageant un temps la chaleur torride qui envahissait son corps tout entier. Arthur l'approcha pour glisser sa bouche vers son oreille, sous un ton si bas qu'elle dut s'arrêter de respirer pour l'entendre.

« Vous me soulevez ce foutue jupon, et vous allez faire exactement la même chose que ce que je vous ai fais, mais… ailleurs.

_ Ailleurs ? demanda-t-elle en un murmure. »

Arthur soupira. Il prit une inspiration, et osa de lui-même glisser sa main vers sa cuisse, soulevant le tissu de sa robe pour accéder à un autre vêtement, plus près de son corps, plus léger afin de presser directement sa main vers son entrejambe.

Guenièvre eut un sursaut de surprise, suivit de près par un halètement sonore avant de s'accrocher subitement à l'épaule du roi.

« Maintenant, vous voulez un dessin, ou pas ? »

Guenièvre nia de la tête, sans un mot, avant que Arthur n'ôte sa main et la retire de sous son jupon, le lissant au passage nerveusement.

Guenièvre s'éloigna en se raclant la gorge, mal à l'aise à son tour. Elle était, vraiment, dans tous ses états. Paniquée, elle regarda un peu autour d'elle avant de voir la nuit, avancé, certes, pas autant que la précédente, mais tout de même… elle ne se sentait pas de rester d'avantage, surtout face à un Arthur qui semblait si… maitre de lui-même.

Oh, elle se sentait si inexpérimentée, si idiote, face à lui qui semblait figé, presque stoïque, alors qu'il évitait son regard de pudeur avant de lui faire dos.

« Ex-excusez-moi, prit-elle congé en reculant, prenant sa besace puis, la tenant fermement contre elle.

_ Faites, soupira Arthur en s'accoudant à la table, le front pressé contre sa main.

_ Je… je vous tiendrais au courant, hein. »

Guenièvre se retourna enfin, pressée de prendre ses jambes à son cou.

« Euh, bonne nuit. »

Ce n'est que lorsqu'il entendit la porte brutalement se fermer que Arthur se permit d'expirer bruyamment l'air qu'il avait contenu dans ses poumons. Il fondit ainsi sur sa chaise, les mains pressées sur son visage.

Il avait été trop loin, beaucoup trop loin ! Alors, il attendit, une minutes, deux, dix, quinze, trente… rien à faire. Elle l'avait rendu taré.

Arthur sortit soudain des cuisines avec tant de brutalité que la porte menaça de sortir de ses gongs. Merde, il avait besoin d'un verre… ou d'autre chose.

xXx

Arthur soupira dans le vide, les yeux clos. Il était exténué. Sa nuit avait été courte, comme les trois précédentes. Elle l'avait été d'autant plus qu'il s'était comme, rué sur Mevanwi à son arrivée dans sa chambre.

Oh, elle n'avait pas franchement protesté, ça c'était sûr. Mais pour la première fois, il avait insisté pour laisser les torches éteintes, pour la première fois de sa vie, il avait fermé les yeux comme un con pour imaginer… imaginer… hé bien, quelqu'un d'autre ! Et il en n'était pas franchement fier.

Il avait eu honte de lui avoir sauté dessus de la sorte, honte d'avoir voulu entendre une autre voix exprimer son bon plaisir, et d'avoir rêver de croiser un autre visage que celui de sa « femme », sa nouvelle femme. Dire qu'il avait failli dire le mauvais prénom quand il avait atteint l'extase, quel bordel ça aurait créé. Il avait vraiment fait fort et honnêtement, peut-être un poil de trop lorsqu'il avait remarqué les serviteurs l'éviter du regard toute la journée, sans compter sur le fait que ses chevaliers, du moins, les derniers encore présents lui avaient meumeumé un « bonjour » furtif avant de décarrer. Seule Mevanwi semblait ravie, tant qu'elle lui avait à peine adressé la parole, sauf pour lui demander pourquoi il avait de la crème de marron dans les cheveux.

Au dehors de ça, personne n'était venu le faire chier, ce qui était déjà un bon point. Alors, après ce désastre, il aurait été de bonne augure d'arrêter le massacre, et de ne pas revenir en cuisine le soir-même, non ?

Non ?

xXx

Guenièvre avait mis tellement plus de temps à rentrer au camp. Le retour avait été atroce, au demeurant.

En vérité, elle n'avait pas tenue. Devait-elle l'avouer, à peine sorti du château, il lui avait été impossible de mettre un pied devant l'autre sans être rendue obsédée par ce qu'il venait de se passer.

Sa bouche, ses mains, sa voix contre son oreille, sa respiration haletante, sa perte de contrôle… ça avait été trop pour elle. Alors, elle s'était sauvé dans les bois, et, adossée contre un arbre, avait hésité pas moins d'une demi seconde avant de remonter le bas de sa robe et de laisser tomber sa tête en arrière.

La chaleur qu'elle avait ressenti alors avait pris une ampleur telle que de caresser cette zone inexplorée de son corps, comme il le lui avait indiqué, était devenu un besoin viscéral. Les cuisses serrés, elle avait gémit, encore et encore son plaisir avant que sa respiration ne se coupe, que le prénom d'Arthur ne se bloque dans sa gorge alors qu'une explosion de sensations intenses avaient envahi son être tout entier.

Perturbée, l'esprit embrumée et le corps fatigué, elle avait mit plusieurs minutes à s'en remettre. Ce n'est qu'au prix d'un effort incommensurable qu'elle avait rebroussé chemin, d'avantage mue par la peur des conséquences de son absence que par une envie réelle. Elle s'était couchée les mains tremblantes cette nuit là, d'une sensation nouvelle, intense, de la force qu'elles lui avaient donnés mais aussi, par l'angoisse de la perceptive qui lui était offerte. Elle ne pouvait plus retourner à Kaamelott, et elle se promit de ne plus le faire.

Le lendemain, elle avait pêché Lancelot au pied du lit, quémandant une ballade matinale avec tant de ferveur qu'il lui avait été impossible de refuser. Il lui avait cueilli des fleurs, récité un poème. C'était beau, touchant. Puis, elle lui avait effleuré la main, et le regard rond, il avait balbutié des choses bizarres avant de se sauver en quatrième vitesse.

Lorsqu'elle avait trouvé le moyen de lui remettre le grappin dessus, il s'était étalé sur sa beauté, sur à quel point il était chanceux, avant de s'excuser platement de sa maladresse, et qu'avoir l'honneur de croiser son regard était déjà un privilège rare. Ne s'étant pas laissé démontée, elle avait pris sa main de nouveau, plus franchement avant de porter sa bouche sur le plat de celle-ci, mais Lancelot l'avait retiré rapidement, effrayé. Quand elle avait insisté, il lui avait demandé ce qui lui prenait et l'avait regardé comme si… comme si elle sortait d'une pyramide, ou quelque chose du genre. Elle s'était sentie dépravée, alors qu'elle n'avait rien fait. Un sentiment fort d'injustice lui avait étreint la gorge.

Guenièvre avait alors soupiré de dépit, avant de laisser tomber.

Le soir-même, l'insomnie avait reprit le dessus sur ses bonnes résolutions.

xXx

Déboulant de derrière cet accès privé qu'elle était seule à connaître, elle avait sursauté lorsqu'elle avait vu Arthur, planté là, juste devant elle, à quelques centimètres à peine.

« Bon sang, vous m'avez fait peur, s'exclama-t-elle, la main posée sur la poitrine.

_ Qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il d'une voix basse.

_ Si vous préférez que je parte, vous n'avez qu'à le dire. »

Son ton était cinglant, et son regard dardé droit dans le sien semblait le mettre au défi de la chasser de là.

Qu'il appelle la garde, si ça lui chantait. Dans le fond, elle savait qu'il ne le ferait pas, non par lâcheté, ni par pitié, mais peut-être par curiosité.

Il avait besoin de comprendre quelque chose à propos d'elle, de son comportement. Ses venues demeuraient inexpliquées, et sa propre attitude à lui aussi. Il continuait à revenir ici, à continuer de lui parler sans aucune raison.

« Alors ? demanda-t-il finalement, sans reculer pour autant.

_ Alors quoi ? répéta Guenièvre, peu sure de comprendre.

_ Ça a marché ? »

La question était volontairement floue, et la jeune femme plissa les yeux vers lui en expirant l'air par son nez.

« Avec Lancelot, non, s'obligea-t-elle à préciser. «

Arthur prit une inspiration qu'il expira lentement, las.

« Je crois qu'il m'a pris pour une dévergondée, parce que j'ai osé utiliser ma bouche autrement que pour raconter des banalités. Je me suis contentée de lui tenir la main, mais je crois qu'il me considère différemment maintenant.

_ Vous savez ce que vous êtes, non ?

_ Entre vous qui me preniez pour une crétine, lui pour une sainte, devenue maintenant une débauchée, je commence à me poser des questions en vérité.

_ Je ne vous prends pas pour une crétine. Je vous trouve hé bien, courageuse, de faire ce que vous faites. »

Guenièvre lui jeta un coup d'oeil timide, les joues roses.

« Vraiment ?

_ Vous faites tout ce chemin, pour vous enquérir de conseils afin de vous donner une chance. Beaucoup d'autres à votre place se seraient laisser aller, et n'auraient même pas quitté le château pour troquer une vie de luxe contre une vie de paria.

_ Ça ne m'a jamais vraiment intéressé, le luxe vous savez.

_ Oui, mais vous n'avez connu que ça… non ?

_ C'est justement pour ça que j'ai voulu partir. Ce château, le royaume, il est à vous, pas à moi. Tout ce que je possède, c'est… c'est mon honneur.

_ Vous savez bien que je n'ai pas voulu le bafouer.

_ Je sais, vous ne contrôliez plus rien, et je ne peux vous en vouloir d'avoir cherché à souffler. Tout ce temps, vous avez juste voulu quelqu'un qui ne vous enquiquinait pas avec ses histoires de broderies, de balade et de statues grecques ramenées de dieu sait où, marmonna-t-elle en se triturant les mains. »

Elle ne méritait pas de se torturer, lui qui avait naïvement cru qu'en partant, elle avait laissé sa culpabilité au placard. Arthur soupira, avant de poser sa main sur les siennes, afin qu'elle cesse ce mouvement incessant autour de ses ongles.

Guenièvre se stoppa alors, non par ce geste que par le rappel de ce qu'il s'était passé la veille.

« Ne faites pas ça, ne put-elle s'empêcher de dire d'un ton grave.

_ Quoi ?

_ Ecoutez, je n'ai pas envie de me sentir conne encore une fois, ça vous va ?

_ Conne ? »

Arthur répéta ce mot, un peu hébété, sans pour autant lâcher la main de la jeune femme.

« Vous n'êtes pas conne, mais vous me dites que vous lui avez tenu la main, c'est un bon début non ?

_ Oh à ce rythme, avec un peu de chance, j'en aurais pour une dizaine d'années avant d'avoir une accolade.

_ Honnêtement, si le problème vient de là, vous devriez y aller plus doucement pour qu'il vous découvre.

_ J'ignore comment je pourrais aller encore plus lentement, c'est impossible.

_ Prenez mes mains. »

Guenièvre s'exécuta, et Arthur put sentir le léger tremblement dans ses gestes.

« Si je ne vous ai jamais touché, alors je ne suis pas censé savoir où les poser. Peut-être n'ose-t-il pas. Peut-être devez-vous le guider. »

La jeune femme hocha un peu la tête, distraitement. Elle prit une légère inspiration, avant de faire glisser les mains si grandes et toujours aussi chaudes du roi dans les siennes. Avec langueur, elle les amena à elle, jusqu'autour de sa taille.

Arthur retint son souffle alors que les doigts de Guenièvre se trouvaient entre les siens. Il n'amorça aucun mouvement, mais elle pouvait voir le trouble, cette fois, l'envahir. Les lacets de son corset étaient à portée de mains, ainsi que la couture du haut de sa jupe. Elle les guida de son dos jusqu'à son ventre, puis resta ainsi, figée pour ne pas aller plus loin.

« Comme ça ? demanda-t-elle en un murmure chevrotant.

_ Oui, répondit-il simplement, d'un ton si troublé.

_ Et… ensuite ? »

Arthur ferma les yeux, le souffle court, avant de saisir à son tour les mains de la jeune femme. Il remonta ainsi ses doigts, de plus en plus haut, jusqu'à sa poitrine, sa gorge, sa mâchoire, sa bouche, fixant ses yeux sur son visage. A son tour, Guenièvre ferma les paupières un instant, saisit par l'intensité de ses gestes, alors qu'elle sentait le relief de sa robe sous ses doigts, un peu comme s'il lui faisait découvrir son propre corps. Enfin, il prit sa main pour la poser sur son coeur a lui, protégé par son par dessus en cuir.

« Ensuite, c'est à vous, glissa-t-il. »

A son tour, l'ancienne reine remonta le long de son vêtement pour atteindre son visage dont elle effleura chaque trait.

Puis, son pouce s'attarda sur ses lèvres, avant que, par audace certainement, il ne les entrouvre. Elle sentit ses dents contre sa peau la mordiller un peu, et elle en eut le souffle coupé. Puis, elle glissa jusqu'à sa nuque. Arthur caressa lui aussi cette partie de son corps, hypnotisé comme elle l'était, parcourant juste le haut de sa poitrine, l'autre main restante chastement sur sa taille.

« Vos vêtements me gênent, lui murmura-t-elle. »

A son tour, Arthur la guida jusqu'à ses épaules. Il l'amena à retirer les boucles retenant son plastron, sur le dessus, puis sur le côté. Ses gestes étaient lents, calculés, alors que la pièce de son armure tomba par terre en un bruit léger, étouffé par le cuir contre la pierre. L'étoffe qu'il portait au dessous était aussi épaisse, et elle osa effleurer le bord de son col, jusqu'à ce qu'il sente ses mains fraiches sur une partie de son torse.

Elle pouvait sentir les battements de son coeur, si forts contre ses doigts. Mais sans s'arrêter là, elle glissa ses mains jusqu'à sa taille, ôtant son ceinturon. Cette fois, s'en était trop pour Arthur qui, sans parvenir à se contrôler d'avantage, la plaqua contre le mur de l'alcôve, avant qu'elle n'hoquéte de surprise.

Puis, il se fit plus doux lorsqu'il reposa lentement sa main vers son cou, détachant le tour de sa cape qui s'effondra au sol avec le reste.

« Arthur, murmura-t-elle de nouveau.

_ Utiliser ses mains est parfois pire que le reste, souffla-t-il, terrifié par l'envie qui lui tordait les tripes.

_ Je… je n'en suis pas si sure, dit-elle d'une voix aspirante. »

Dans un élan, elle porta la paume du roi vers son visage, avant de sentir à son tour son pouce caresser ses lèvres. Arthur avait un appui un peu plus ferme, et elle s'ouvrît quant à elle, juste assez pour oser glisser furtivement sa langue contre son doigt.

Arthur sentit l'air lui manquer, et ce fut à lui de suffoquer à ce geste vraiment, d'une obscénité sans pareille, geste qu'il rêvait de sentir de nouveau. Il était sous un choc tel que ses yeux se fermèrent eux aussi.

« Guenièvre, gémit-il sans le vouloir. »

Galvanisée, elle enroula plus franchement sa langue contre sa peau salée, avant qu'il ne pénètre son pouce dans sa bouche, approchant son visage du sien pour cacher son trouble, en vain. Arthur posa son front contre celui de sa femme qui se sentit gémir elle aussi, lorsque son mari sortit son doigt de sa bouche pour former un sillon de ses lèvres jusqu'au milieu de sa gorge.

« Vous avez raison, dit-il en un faible rire à la fois gêné et honteux. Les mains ne sont pas le pire.

_ Imaginez le temps qu'il me faudra pour arriver à cela, murmura-t-elle, pensive et troublée, elle aussi.

_Tiendrez-vous le coup ?

_ Je… je ne sais pas. »

Guenièvre rata une inspiration, lesquelles devenaient de plus en plus aléatoires. Arthur ouvrit enfin les paupières, baissant les yeux vers sa poitrine avant de le regretter dans l'immédiat, le tissu fin de sa robe ne laissant aucune doute sur l'état dans lequel elle se trouvait. Ce fut presque machinalement que sa main descendit alors contre son sein, son pouce effleurant son téton érigé qui la fit se cambrer en un long halètement un peu trop sonore.

« Je retire ce que j'ai dis, souffla-t-elle. »

Arthur sourit d'amusement, avant de se baisser et de poser sa bouche au dessus du tissu, passant sa langue sur le lin de sa robe couleur crème, autour de son mamelon rendu hyper sensible. Cette fois, sa voix ne pu retenir un léger cri de surprise face aux sensations que sa langue provoqua en elle.

« Arthur, arrêtez, chuchota-t-elle, les yeux clos en une expression extasiée.

_ Désolé. »

Il remonta alors le long de sa poitrine avant de poser sa bouche sur sa gorge, puis sa nuque. Pour autant, Guenievre ne cessait ses soupirs de plaisir.

« Désolé, répéta-t-il. »

Ses lèvres se posèrent de nouveau sur la naissance de sa mâchoire, tout près de son oreille avant qu'il ne s'arrête un instant, perdant tout à fait le contrôle de lui-même.

« Désolé, reprit-il une troisième fois, perdu. »

C'était presque effrayant tant l'air semblait lui manquer. Oh, ça n'avait rien à voir avec tout ce qu'elle n'avait jamais connu, et elle doutait sentir un jour Lancelot lui offrir une chose pareille. Tant d'érotisme dans ces échanges lui paraissaient impossible, le chevalier était bien trop prude pour se laisser aller à cela.

« C'est different des… des embrassades habituelles, n'est ce pas ?

_ Oui, en effet, chuchota-t-il, le front contre son épaule dénudée.

_ Est-ce cela… le baiser à la romaine ?

_ Oh non, rut-il nerveusement contre sa peau.

_ Vous… me montriez ? »

Arthur hoqueta a son tour, et il lui fallut un énorme contrôle de lui même pour ne pas lui sauter dessus comme un enragé. Il se persuadait que c'était pour elle, pour qu'elle sache le faire, pour Lancelot, ce qui relevait franchement d'une connerie sans nom.

« Vous savez ce que c'est au moins ? Demanda Arthur en se redressant enfin, l'air sérieux.

_ J'en ai juste entendu parler par vos maîtresses, mais elles n'ont jamais voulu m'expliquer vraiment, ou alors c'était… flou.

_ Dans ce cas, pourquoi ?

_ Parce que je me souviens juste que certaines disaient que c'était devenu indispensable.

_ Indispensable, je n'irais pas jusque là. Et puis, tout le monde n'aime pas ça.

_ Je ne peux pas savoir si ça va me plaire tant que je ne connais pas, souleva-t-elle avec justesse.

_ C'est… c'est vraiment une pratique très intime vous savez.

_ Pas autant que d'être au lit avec un homme, non ?

_ Non, bien sur, mais…

_ Alors dites moi, peut être que ça peut désamorcer les choses.

_ Soit, mais permettez moi d'en douter. »

Guenievre plissa les yeux, perplexe.

Arthur soupira et posa sa main sur la mâchoire de la jeune femme qui continuait de le regarder avec attention.

« Embrasser à la romaine, ça n'a rien de banal, murmura-t-il. Vous posez… vos lèvres sur celle de votre partenaire. »

A ces mots, Arthur caressa la bouche de la jeune femme qui retint de nouveau son souffle.

« Ensuite, vous les pressez, juste un peu. »

Hypnotisés l'un par l'autre, le roi approcha son visage de celui de Guenievre qui, dans un élan, s'exécuta contre le pouce de son assaillant. Il déglutit, songeant qu'il n'avait jamais vécu de moment aussi érotique de toute son existence, lui qui avait eu tant de maîtresses, lui qui avait déjà été marié une première fois, une seconde, une troisième, lui qui était censé avoir tout vu et vécu, ou presque.

Il sentit l'inspiration que prit Guenievre, son souffle chaud et manqua vraiment de flancher.

« Puis, vous glissez votre langue contre les lèvres de l'autre afin de chercher la sienne.

_ Ma langue, contre une autre ? C'est un peu bizarre non ? Sursauta-t-elle.

_ Ça peut paraître singulier, mais croyez moi, cela provoque des sensations que vous ne trouverez pas autrement.

_ Mais comment l'autre devine que…

_ C'est une question de compréhension, et de douceur. Sans ça, c'est complètement nul. C'est pour cela qu'on ne fait pas ça avec n'importe qui.

_ Et si je suis trop brutale ? Et si, je sais pas, je le mords sans faire exprès ? »

Arthur rit un peu, amusé par cette remarque. On ne lui avait jamais faites celle la.

« Quoi ? Je suis capable de faire vraiment n'importe quoi quand je m'y mets vous savez, s'affola-t-elle. Je ne crois pas que ce soit une bonne idée finalement. »

Arthur soupira. Il caressa la lèvre inférieure de celle qui auparavant, partageait chastement sa couche. Elle eut un sursaut d'hésitation, le regard fixé dans le sien.

« Allez-y, lui murmura-t-il. »

Guenievre déglutit avant d'embrasser de nouveau le pouce du roi. Son regard passa alors de l'amusement à une lueur plus sombre.

Elle ne détacha pas ses yeux des siens lorsqu'elle glissa sa langue au bord de ses lèvres, effleurant son doigt avec une sensualité telle qu'il en aspira l'air difficilement. Ce spectacle ci le rendait fou, alors qu'il venait d'approcher son visage jusqu'à ce que leur nez ne se frôlent.

« Guenievre arrêtez, chuchota-t-il, troublé. »

Sa supplique accentua plus encore la chaleur qu'elle ressentait de nouveau entre les jambes et elle serra les cuisses pour soulager la pression, tremblante. Arthur le remarqua et grogna, perdant de plus en plus le contrôle de lui-même.

« Vous savez que c'est une mauvaise idée, declara-t-il d'une voix basse.

_ Je sais, murmura-t-elle, excusez moi. »

Mais ses excuses semblaient loin lorsqu'il appuya sur sa mâchoire, introduisant son pouce en elle qu'elle mordilla un peu avant de le lécher avec lenteur.

« Oh merde, laissa-t-il échapper, remuant lui aussi a force de se sentir bien à l'étroit dans son pantalon.

_ Allez la rejoindre, demanda-t-elle soudain en prenant son poignet. »

Guenievre l'éloigna d'elle, enfin, tenta de le faire mais la main du roi glissa de son visage jusqu'à la naissance de sa poitrine, d'où il sentait les battements erratiques de son cœur, sur le point d'exploser.

Sa bouche n'était plus qu'à quelques millimètres de la sienne.

« Pour quoi faire, murmura-t-il pendant qu'elle gémissait à l'entente de sa voix sur elle.

_ Vous savez, pourquoi.

_ Je pourrais vous montrer, juste une fois.

_ Une fois ? repeta-t-elle, envoûtée.

_ Juste une… »

Lentement, Arthur avança sa bouche jusqu'à la sienne.

« Juste une, reprit-elle, en un souffle. »

C'est alors qu'il posa ses lèvres contre celle de Guenievre, simplement, au début. Ils gémirent de concert, avant que dans un élan, Arthur ne se presse, puis se mette à suçoter sa lèvre inférieure tout en lenteur et en sensualité.

Elle était si timide, Arthur grogna en prenant plus rudement les mains de la jeune femme pour la coincer la, contre cette porte dérobée qui trembla sous leur mouvement.

Elle amorça un mouvement léger, avant qu'il ne sente sa langue s'aventurer au bord de ses lèvres. Arthur appuya alors son pouce contre son menton, la faisant ouvrir plus encore sa bouche et entra en elle avec plus d'assurance.

Guenievre gémit en lui, et il ne put s'empêcher de descendre sa main jusqu'au dessous de sa fesse, lui remontant sa jambe pour mieux se mouvoir contre elle.

Ses mains a elle se pressèrent contre sa nuque, se raccrochant à lui comme un pilier. Aux premières secondes, ses mouvements demeuraient timides mais au fil des minutes, il la sentit plus assurée, pressant sa langue, l'entourant, la caressant sensuellement jusqu'à atteindre une passion qui les prirent de court tous les deux. La tête d'Arthur tourna, tant il avait oublié de respirer.

Guenievre se colla plus encore à lui, et il était certain qu'elle ne pouvait maintenant ignorer le renflement dans son pantalon. Pour autant, elle ne sembla pas s'en soucier alors qu'elle semblait le savourer avec appétence.

« Arthur, gémit-elle entre deux baisers, juste le temps pour eux de reprendre leur respiration avant de s'embrasser de nouveau. »

Guenievre songea à quel point ce baiser était bon, meilleur que tout ce qu'elle n'aurait jamais pu imaginer. Elle comprenait mieux ses maîtresses, elle comprenait mieux pourquoi il en avait eu tant besoin alors qu'Arthur songea que jamais ça ne s'était déroulé de cette façon.

Ce baiser bousculait toutes ses convictions.

C'était un habitué, il en avait embrassé des centaines de femmes, mais la, la c'était différent. Il pensait qu'avec Mevanwi, la passion était présente. Or, ce sentiment semblait soudain si fade comparé à ce instant, hors du temps, hors de lui, d'eux.

Leurs mouvements se firent moins calculés, moins doux, plus pressants alors qu'il éprouvait le besoin viscéral de la sentir, partout contre lui. Ce sentiment partagé, Guenievre mordilla sa lèvre et il serra ses cheveux bouclés dans sa main, juste un peu avant de se retrouver à prendre appuis entre ses jambes, pile à cet endroit de son anatomie.

Cet empressement plongea Guenievre dans une euphorie telle qu'elle associa à cette sensation celle qu'elle avait déjà éprouvé en abusant un peu trop du vin. Son cœur battait si fort, elle avait peur qu'il ne rompe. Mais soudain, elle se sentit coupable, si coupable vis à vis de Lancelot, de sa décision sur laquelle elle ne pouvait décemment revenir.

Arthur se détacha soudain de sa bouche, comme s'il avait lu en elle, comme si elle n'était plus sa femme pour de bon et qu'il venait de… trouver une nouvelle maîtresse, ce qui était idiot en plus d'être impossible vu le tempérament de Mevanwi.

Guenievre, sa maîtresse… en voilà une ironie. Non, elle restait sa femme, même si techniquement…

Le roi se détacha d'elle et recula d'un pas. Sa robe était dérangée, ses cheveux décoiffés, ses joues rouges, son regard bien sombre et son souffle si court que sa poitrine se soulevait à intervalle irrégulier. Oh Dieu, elle était belle.

Elle n'était plus que charmante, non. Elle était splendide, vraiment superbe. Un instant, Guenievre sentit le regard de son mari sur elle, si chaud, si envieux.

Mais soudain, un bruit de pas les interrompit, et c'est paniquée, sans un mot, sur la jeune femme se retourna pour se sauver par la porte dérobée de l'alcove. Le roi ferma les yeux avant de s'appuyer contre le mur, totalement ébranlé.

Les pas s'approchèrent encore et il se retourna pour se figer devant nulle autre que Dame Séli.

« Oh bah c'est vous, qu'est ce que vous foutez ici ? »

Arthur prit une inspiration sans la regarder. Il n'oserait pas.

Il était dans tous ses états et en plus, il avait vraiment failli prendre sa fille au beau milieu de ce couloir.

« Rien, dit-il d'une voix forte avant de se baisser, prendre dans les bras son plastron, la cape de Guenievre et sa fierté au passage. »

Le roi se sauva en quatrième vitesse avant de s'enfermer dans la première chambre libre devant laquelle il passa.

Il tentait de calmer sa respiration erratique, les battements de son cœur, toute l'excitation qui venaient d'envahir son corps avant de grogner.

Il pourrait bien foncer dans la chambre royal, mais il était hors de question de refaire la même chose que la veille, ne serait-ce que par respect.

Arthur grogna et tenta d'inspirer, puis d'expirer, une fois, deux fois, dix. Il serrait le bout de tissu de Guenievre dans ses poings avec intensité puis soupira. Ça ne passait pas, ça ne passait foutrement pas !

Qu'à cela ne tienne, il baissa brutalement son pantalon, sans cérémonie pour se soulager autrement.

Il se sentait de nouveau comme un ado, jeune centurion idiot qui venait de croiser le regard d'une jolie jeune femme. Sans parvenir à le contrôler, ses mouvements étaient raides, désespérés alors qu'il venait d'enfouir son visage dans la cape de Guenievre. Les effluves de son parfum l'envahirent en même temps que le souvenir de sa présence, et il répéta son prénom d'un ton misérable encore et encore avant de céder enfin à cette horrible passion.

Jamais il n'avait fait ça en pensant aussi intensément à quelqu'un. Oh merde, pourvu qu'elle ne vienne pas demain.

xXx

Ça avait été affreux.

Guenievre avait tenté naïvement de cueillir Lancelot par surprise. Elle avait profité d'un moment seul pour se ruer sur ses lèvres et il avait été tremblotant avant de brutalement l'éloigner de lui en la tenant par les épaules.

« Mais qu'est ce qui vous prends ? »

Cette question l'avait tellement prise de court qu'elle s'était figée, incapable de répondre.

« Ma mie, finit par commencer Lancelot d'une petite voix doucereuses.

_ Désolée je… je croyais, minauda-t-elle.

_ Votre empressement me touche, vraiment. C'est même adorable, je l'apprécie croyez moi. Mais ne pensez-vous pas qu'il nous faille faire les choses bien ?

_ Mais pour quoi mon ami, soupira Guenievre. J'aimerai vous embrasser au moins une fois.

_ C'est une question de respect enfin, d'honneur.

_ N'êtes vous pas épris de moi ? Demanda-t-elle d'une petite voix, inquiète.

_ Bien évidemment, mais je me dois de suivre les règles strictes que je me suis imposé. J'aspire à vous être fidèle jusqu'à la fin de mes jours ma dame. Nous avons toute la vie pour cela, mais avant, je dois regagner votre honneur.

_ Regagner mon honneur ?

_ Vous êtes toujours mariée à Arthur. »

Guenievre cligna des yeux plusieurs fois. Elle craignait de comprendre.

« Vous me considérez toujours comme une femme de chevalier ?! N'avez vous pas eu vent de l'échange d'épouse procédé par lui ? Il se fiche de notre relation à nous, ce n'est que l'étiquette !

_ « Que » l'étiquette ? Repris Lancelot d'une voix plus grave. Mais sans les règles, le monde part à volo. Sans un règlement strict, c'est le chaos.

_ Alors quel est votre plan ? Confronta-t-elle. Me rejeter encore et encore jusqu'à ce que vous trouviez le moyen de tuer mon ex mari ? Nous méritons un peu d'amour tous les deux, ne pouvons-nous pas juste, passer au dessus de tout cela, ne pouvez vous pas abandonner votre statut de chevalier pour moi ?

_ C'est plus compliqué qu'il n'y parait.

_ Je pensais que vous m'aimiez, souffla-t-elle.

_ Je vous aime Guenievre, répéta Lancelot avec sincérité. Et c'est pour cela que je ne peux vous manquer de respect, c'est pour cela que je dois vous conquérir. »

La jeune femme serra les poings. Il ne voyait pas le mot « conquête » de la même façon qu'elle.

« Je ne peux pas accepter que vous envisagiez de lui faire du mal.

_ Mais enfin, il a pris Dame Mevanwi pour femme, rappela Lancelot avec effarement.

_ Arthur a été malheureux toute sa vie, le défendit-elle avec ferveur. Il a tellement de responsabilités, tellement de poids sur les épaules alors qu'il ne l'a même pas choisi. Vous ne savez pas ce que c'est que d'être roi, vous ne le saurez jamais ! »

Lancelot, sur une impulsion colérique, leva la main, sur le point de la frapper de rage. Elle n'avait pas le droit de dire ça, car il l'aurait bien mérité dans le fond, d'être roi ! Car Arthur n'est roi que parce qu'il est l'élu, sur un critère terriblement arbitraire, et rien d'autre. Guenievre le défia du regard sans broncher, alors qu'il resta ainsi, la main levée durant une trentaine de secondes avant de l'abaisser brusquement.

« Ma mie, je ne veux plus aborder ce sujet avec vous. »

xXx

Elle ne devait pas pleurer, elle ne pouvait pas pleurer.

Pleurer reviendrait à exprimer sa tristesse, l'exprimer reviendrait à l'admettre. Lorsqu'elle avait été vers Lancelot, c'était par désespoir, n'est-ce pas ? C'était parce que Arthur l'avait trahi, c'était parce qu'il ne la considérait plus, même si elle ne lui voulait aucun mal. Enfin, après tout, son départ n'aurait pas pu le rendre plus heureux, la preuve : il avait fait de Mevanwi sa femme, juste après.

Arrivée devant la porte en bois dérobée de Kaamelott, cachée derrière un buisson, Guenievre eut un moment d'hésitation. Elle resta plantée la, avant de sentir les larmes lui monter aux yeux. Elle regarda alors tout autour d'elle, et finit par s'asseoir près d'un rocher pour évacuer sa peine. Elle ne pouvait pas affronter Arthur dans cet état, elle ne pouvait pas le voir, pas ce soir.

xXx

Arthur marchait de long en large dans le couloir où il avait désormais l'habitude de se rendre. Cela faisait presque une heure qu'il attendait ici. Et il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.

Une partie de lui avait peur de l'avoir trop effrayé ou pire encore, qu'elle soit parvenu à convaincre Lancelot d'être intime avec elle. Alors, il y avait des chances qu'elle ne revienne plus jamais. Mais son instinct lui disait que ce n'était peut être pas le cas, mais qu'elle demeurait une femme marchant seule en pleine nuit dans les bois et qu'il aurait pu lui arriver n'importe quoi.

Motivé par son tourment, Arthur finit par soupirer et pousser la porte que Guenievre empruntait habituellement.

Il ne pensait pas que ces couloirs étaient aussi glauques et effrayants. Rien ici n'était entretenu, l'humidité formaient des gouttelettes ruisselantes sur la pierre, et il n'y avait aucune torche, sans parler des escaliers à l'équilibre précaire.

L'état de délabrement de cet endroit lui donna encore plus de motivation à continuer de descendre, plus vite encore jusqu'à arriver devant une grosse porte en bois massif qu'il poussa sans ménagement. Son empressement fit qu'il manqua presque de tomber en arrivant en bas, sans compter sur le fait qu'il venait de se prendre les pieds dans les ronces.

Mais il se stoppa avant même de grogner quand il entendit un sanglot.

« Guenievre ? »

La jeune femme se redressa tout de suite et le regard d'Arthur capta le mouvement. Ses yeux trouvèrent les siens dans l'immédiat. Il semblait vraiment affolé.

« Arthur, dit-elle en se redressant, et en séchant ses larmes.

_ Bougez pas, j'arrive. »

La jeune femme s'exécuta bien a contre coeur, lorsque le roi enjamba les plantes rampantes et les épines pour la rejoindre là, sur ce rocher minable. Lorsqu'il arriva, il n'eut aucune hésitation à prendre son visage en coupe et à darder ses orbes dans les siennes.

« Vous allez bien ? Vous vous êtes fait mal, on vous a attaqué ? »

Guenievre sentit ses yeux se brouiller de nouveau. Il s'était vraiment inquiété pour elle.

« De quoi avez vous besoin, dites le moi, chuchota-t-il. »

De lui.

Elle avait besoin de lui. Elle avait besoin qu'il l'embrasse, elle avait besoin qu'il lui montre qu'elle comptait, finalement, elle avait besoin de se sentir en sécurité.

« Je… je me suis fais mal la cheville en venant, et j'avais peur de ne pas réussi à monter les escaliers, mentit-elle en un sanglot. »

Arthur lui caressa les cheveux avec attention. Ces paroles le convainc définitivement sur le bien fondé de sa décision de descendre.

« Tenez, agrippez vous. »

Guenievre approcha ses bras des épaules du roi, puis il l'a fit basculer pour la soulever. Cela lui rappela tristement son mariage, et elle sentit sa gorge se serrer de nouveau.

« Je vous tiens, dit-il avec un sourire satisfait. »

Sourire que Guenievre lui rendit soudain en un regard attendri.

« Comme toujours, lui murmura-t-elle. »

S'il savait.

« Vous devriez dormir ici.

_ Je ne peux pas, souffla-t-elle, Lancelot apprendra mon absence et si c'est le cas, il… il ne va pas très bien le vivre. »

Arthur soupira a son tour.

« Alors je vous ramène.

_ Vous n'allez tout de même pas me porter durant trois heures enfin, protesta-t-elle.

_ Le trajet prendra une heure de plus dans ce cas, qu'est ce que ça change ?

_ Votre femme va s'inquiéter elle aussi, et que vont penser les gens s'ils l'apprennent ?

_ Je les emmerde, je fais ce que je veux. »

Guenievre rit doucement. Il commença alors à marcher, s'aventurant en lisière de la forêt avant d'y entrer plus franchement. Arthur fut soulagé en constatant qu'elle empruntait un sentier plutôt discret, mais assez dégagé.

Ils marchèrent ainsi en silence. Guenievre rougissait de gêne, surtout en sachant qu'elle était pleinement capable de se déplacer seule. Elle savait d'avance qu'elle ne le laisserait pas faire toute cette route de cette façon, mais chercha un moyen de le lui dire.

« Comment vous vous êtes fait ça ? lui demanda-t-il en interrompant ses interrogations.

_ Je ne sais pas, j'ai trébuché sur une souche.

_ La prochaine fois, je vous amène un cheval.

_ Un cheval ? Se moqua-t-elle.

_ Oui, je pourrais le laisser à mi chemin, qu'en pensez vous ?

_ J'en pense que vous êtes fou. »

Arthur rit contre elle en la serrant un peu plus.

« Peut être bien. Disons que je veux pas qu'il vous arrive une bricole.

_ Comment pouvez vous penser à ce genre de choses alors que je suis partie de Kaamelott, et que vous devriez n'en avoir rien à foutre de mon sort.

_ Vous avez été à mes côtés durant beaucoup trop d'années pour que je me fiche de vous Guenièvre. »

La jeune femme eut un léger sursaut d'amusement. Elle remua lentement sa cheville soit disant blessée, et profita encore quelques secondes du contact d'Arthur la tenant fermement avant de glisser sa main contre sa joue.

« Arthur, je crois que je peux marcher, murmura-t-elle. »

L'homme redirigea ses yeux vers elle.

Autant il avait été troublé qu'elle l'appelle « sir », autant il l'était tout autant qu'elle utilise son prénom, là où personne d'autre à la cour ne le faisait, même Mevanwi qui partageait pourtant sa couche depuis plusieurs mois maintenant, et encore moins ses maitresses. Tant de familiarités, cela lui donnait le sentiment de se décharger un peu de ce poids, juste le temps d'un instant.

« Vous voulez retourner au château ? lui glissa-t-il. »

Guenièvre secoua négativement la tête et, même s'il parut déçu par cette décision, il l'accepta.

« Alors qu'est-ce que vous voulez ? »

La jeune femme garda son regard droit vers celui du roi. Il était bien le seul à lui poser cette question. Mais elle resta indubitablement silencieuse.

« Vous voulez que je vous pose ? »

De nouveau, elle secoua la tête, et Arthur fronça les sourcils.

« Alors quoi ?

_ Je veux… je veux que vous m'embrassiez. »

Cette fois, c'était à lui d'être déstabilisé.

« Je ne suis pas sur que ce soit raisonnable, nia-t-il.

_ Nous ne sommes plus mari et femme, contrairement à ce que pense Lancelot, et je ne suis pas mariée à lui non plus.

_ Vous êtes partie parce que vous ne vouliez plus de ce mariage justement, lâcha Arthur en la posant enfin par terre. »

Le roi serra les dents.

Enfin, il admettait que cette situation ne le convenait pas, même s'il avait sautillé de joie comme un gamin au constat de son départ précipité, même s'il s'était remarié dans l'espoir que cela efface sa tristesse, juste un peu. Il avait toujours attribué ce sentiment à son enfermement avec Guenièvre dans cette union morbide, cette prison.

Maintenant qu'il commençait à comprendre que tout n'était pas de sa faute, une partie de lui lui en voulait égoïstement. Elle était partie, foutrement partie, elle et ses broderies stupides, elle qui lui épongeait le front quand il était malade, elle et ses sourires réconfortants, ses rêves, sa candeur, sa joie de vivre, elle et sa façon de s'offrir à lui avec une sincérité touchante, elle et sa peau albâtre, son regard innocent, sa passion contenue.

« Je suis partie parce que vous avez préféré vous taper Mevanwi, l'épouse de Karadoc, celle dont j'ai entendu les gosses pleurer du matin au soir au dessus de notre chambre, une femme mariée à un de vos chevaliers. Je suis partie parce que je ne valais rien pour vous !

_ Je vous ai faites reine de Bretagne, est-ce cela votre définition du « rien » ?! s'agaça-t-il. Et votre père ? Et votre frère ?

_ Mais je me fiche de ce titre, s'emporta-t-elle.

_ Plusieurs auraient tué pour l'avoir, figurez-vous, protesta-t-il.

_ Parce qu'il est sur qu'être roi de Bretagne est quelque chose auquel vous avez toujours aspiré vous, ironisa-t-elle, les mains croisés sur sa poitrine.

_ Ce n'est pas la question, trancha-t-il.

_ La question est tout à fait là mon ami. »

Voilà qu'elle l'appelait de nouveau « mon ami », encore un tic de langage qui risquait de doucement le faire chier.

« Votre ami vous emmerde.

_ Alors ça, c'est pas très joli, lâcha-t-elle en un plissement d'yeux se voulant sévère.

_ C'est pas très joli ? Et le fait que vous vous barriez, que vous vous plaigniez alors que je vous ai donné un titre, je vous ai donné une piaule, de la nourriture, de la liberté, que j'ai mis votre père et votre frère à la table ronde, et ça, c'est joli peut-être ?

_ Mais vous ne comprenez vraiment rien de rien vous. Vous auriez viré mon père dans le champ d'à côté que je n'en aurais eu rien à faire mon ami, appuya-t-elle de nouveau. Parce que j'étais censé être votre femme, parce que j'aurais été traire les vaches tout les matins que ça ne m'aurait posé aucun problème tant que vous m'embrassiez en retour, tant que vous m'auriez dit des choses gentilles. J'étais heureuse avec vous, bizarrement heureuse, même si vous aviez votre sale caractère à foutre le camp dehors, parce que justement, vous essayiez de compenser. Je vous trouvais des excuses sans arrêt. Combien ai-je vécu de diners calamiteux en compagnie de mes parents, à vous voir vous crêper le chignon ? Combien de fois ai-je du vous défendre, défendre votre honneur, rappeler aux autres que c'était vous le roi, que vous étiez respecté, que vous le méritiez même, ce respect ? Et toutes ces fois où j'ai essayé de faire naitre quelque chose ? J'ai même affronté votre mère pour vous. Alors ne venez pas me dire que je n'ai pas subi, moi non plus. Ne venez pas me reprocher d'essayer d'être heureuse maintenant.

_ Et vous, vous ne comprenez pas que c'est ce que je veux aussi, pour vous ! s'emporta finalement Arthur. Vous êtes revenu pour que je vous aide, et je vous aide, alors que je risque littéralement ma peau et la votre. Je vous aide à conquérir un autre homme, vous mesurez la folie de ça ?

_ Alors c'est ça, hein ? Vous ne faites que « m'aider » ? Trop aimable, mais merci, je vais me débrouiller, je n'ai pas besoin de ça.

_ Alors vous vous barrez encore, c'est ça ?

_ Parfaitement ! »

Guenièvre souleva sa robe et se retourna afin de prendre le sentier, d'un pas énergique, énervée. Arthur la regarda faire en prenant une grande inspiration, le coeur serré. Il se retourna mais, avant d'avoir eu le temps de rebrousser chemin, il grogna et secoua ses mains dans tous les sens pour suivre Guenièvre.

Il ne pouvait pas la laisser partir comme ça tout de même. Il courut alors à sa suite, se rendant compte qu'elle marchait à une vitesse un peu trop élevée.

Il l'appela une première fois sans qu'elle se retourne, et grogna encore avant de lui saisir le bras. Elle se retourna aussi sec, prête à l'envoyer sur les roses, lorsque Arthur lui prit le visage pour l'embrasser.

Ainsi espérait-il la faire taire. N'était-ce pas ce qu'elle voulait ?

Mais le baiser était si brutal qu'elle l'interrompit en s'éloignant avant de lui mettre une gifle qui raisonna dans la forêt toute entière.

Ils restèrent ainsi silencieux. Arthur se redressa un peu, la main sur ma mâchoire, choqué alors que Guenièvre était essoufflée par les émotions qui la tourmentaient.

« Je ne suis pas une femme que vous pouvez entourlouper, je ne suis pas un objet dont vous pouvez vous servir pour expier vos fautes, je ne suis pas quelqu'un avec qui vous pouvez vivre par procuration. »

Arthur la regarda soudain, l'air ébahi avant de sentir son coeur battre tellement fort dans sa poitrine, il en eut les oreilles qui sifflaient.

« Et si ça n'avait rien à voir ? Et si nous ne parlions justement pas de procuration, mais de tout l'inverse ? »

Guenièvre resta un instant silencieuse, elle aussi surprise par sa question à peine murmurée.

« Et si je vous veux, là tout de suite ?

_ Vous ne me voulez pas, rit-elle jaune. Vous ne l'avez jamais fais.

_ Et vous ?

_ Quoi, moi ?

_ Me voulez-vous ?

_ N'ai-je pas été assez claire lorsque je me suis enfuit du château ?

_ Je ne parle pas en tant que mari, ça j'ai commencé à comprendre que j'avais été lamentable. Je vous parle d'autre chose. »

Guenièvre détourna le regard, les joues rouges malgré elle.

« Ne m'appelez plus « mon ami », demanda-t-il avec une étrange douceur.

_ Je vous frappe, et vous me demandez de ne plus vous nommer de la sorte ? minauda-t-elle.

_ La situation est déstabilisante pour nous deux. Mais ce nom là me sort par les oreilles. Je comprends votre colère, je n'ai jamais agit comme un ami envers vous, jamais. Réservez ce nom pour celui qui l'a été par le passé, pas moi. »

La jeune femme sentit des larmes obscurcir sa vue, et détourna ses yeux à temps pour ne pas les laisser couler.

« Vous aviez raison, sur cette autre chose.

_ Laquelle ?

_ J'ai envie de vous, balança Guenièvre sans préambule, le regard soudain franc. »

Arthur franchit alors un pas, qui ne la fit pas reculer.

« Mais je m'en sens pas légitime, ajouta-t-elle.

_ Parce que vous croyez que c'est le cas pour moi ? »

Guenièvre fronça les sourcils, perdue.

« Je vous veux, c'est clair ? Je vous veux vraiment, d'une force que vous ne pouvez imaginer. J'ai baisé ma femme en vous imaginant à la place le premier soir, parce que je ne suis qu'un sale petit lâche. »

Cette fois, ce fut le coeur de Guenièvre qui manqua de flancher. Elle en rougit tellement de pudeur.

« Je suis désolé, finit-il par soupirer. Je sais que je suis quelqu'un de compliqué, je comprendrais si vous m'envoyez sur les…

_ Vous ne faites que m'apprendre les rouages de l'amour avec Lancelot, non ? »

Arthur fronça soudain les sourcils, un peu perdu devant une Guenièvre qui se triturait les cuticules, comme toujours. Elle leva un regard timide vers son ex mari.

« Dans ce sens, il est normal de ressentir des envies qui nous dépassent, c'est purement physique.

_ Vous tentez de me rassurer ?

_ Vous ne m'avez jamais désiré durant toutes ces années, pourquoi est-ce que ça commencerait aujourd'hui ? Nous vivons juste une situation exceptionnelle, j'en suis sure.

_ Ça c'est rien de le dire. Pour autant, est-ce raisonnable de continuer sur cette pente glissante ?

_ J'aimerai que l'on continue. »

Arthur déglutit difficilement, son nez envahit du parfum de Guenièvre qui ne se trouvait plus qu'à quelques millimètres de lui. Elle ne donna pas plus d'explication, continuant de se murer dans un déni à peine voilé. Mais Arthur lui, il hésitait tant.

Même si Lancelot était parti, il continuait de l'apprécier, de le voir comme un ami, un vrai, il ne voulait pas le trahir, pas plus qu'elle… mais il la sentait désemparée. Et merde, il n'avait pas envie de dire non à ça, pas à ce regard suppliant, ni au reste.

Qu'il était faible…

« Personne ne doit savoir, dit-il d'une voix sombre.

_ Ce sera notre petit secret, ajouta-t-elle. Mais s'il vous plait, ne faites plus passer cela pour de la charité, c'est blessant.

_ D'accord. »

Arthur souffla par le nez, un peu amusé par l'ironie de la situation.

« Arthur, j'étais venue parce que… parce que je n'arrive pas à faire quelque chose et croyez-moi, je suis sérieuse cette fois.

_ Vous ne l'étiez pas tout à l'heure ? »

Arthur lui sourit alors, amusé et elle le lui rendit.

« M'avez-vous déjà vu nue ? »

Soudain, le roi perdit son sourire et son teint devint blême.

« Qu-quoi, bégaya-t-il.

_ Nue, répéta-t-elle, imperturbable. Comme vous pouvez le voir, les températures fraiches de la foret n'aident pas, mais j'ai toujours été très pudique sur mon corps. Or, je pense que cela ne m'aide pas à faire avancer les choses. Qu'en pensez-vous ? »

Arthur prit une profonde inspiration en gonflant les joues. Il haussa les épaules, décontenancé.

« Bah c'est-à-dire que c'était ma suggestion de base, dit-il d'une petite voix.

_ Et ce serait simple pour n'importe qui, sauf pour moi qui n'ai même pas réussi à me foutre à poil devant vous en plus de cinq ans de mariage et d'intimité.

_ Je ne peux pas vous juger là dessus. J'ai croisé de nombreuses femmes avec ce problème. »

Arthur se retourna, et prit place sur un rocher pour se reposer. Cette dispute et cette demi heure de marche l'avait terrassé. Il allait devoir rebrousser chemin dieu sait quand, alors autant ne pas se fatiguer d'avantage.

« Vraiment ? demanda Guenièvre en prenant place à ses côtés.

_ A Rome, les tenues sont plus légères, les femmes moins pudiques. Je veux dire, c'était culturel vous voyez ? Les orgies, ce genre de trucs.

_ Les… orgies ?

_ Laissez tomber. Tout ce que je veux dire, c'est que quand je suis arrivé ici, j'ai croisé tous ces gens avec trois couches de fringues en laine sur eux, qui faisaient idéaliser les hommes sur les corps que les femmes devraient avoir. Nulle surprise que vous ayez peur de décevoir après avoir entrevu les critères de certains.

_ Pourtant, Lancelot vante beaucoup ma beauté, dit-elle, pensive.

_ Peu importe son avis, seul le votre compte.

_ Je ne me suis jamais posé franchement la question, mais vos maitresses… elles étaient toutes si jolies, avec leur teint hâlé et leur cheveux noirs alors que moi, hé bien je suis tout l'inverse.

_ Mes maitresses n'ont jamais été un idéal universel de beauté, souleva Arthur.

_ Pourtant, elles se ressemblaient toutes alors que moi, je suis tout l'inverse.

_ J'ai du désir pour vous pourtant, cela signifie bien quelque chose, non ?

_ Oh oui, que vous me désirez uniquement parce que nous nous sommes embrassés une fois et que vous avez vu de quoi j'étais capable. »

Arthur rit cette fois plus franchement. Il avait l'impression qu'elle essayait de prouver quelque chose. Mais lui, savait la vérité sans parvenir à la dire pour autant. Il ne l'avait pas désiré car il se l'était interdit, il ne l'avait pas désiré pour une promesse rendue désormais caduc. Une fois qu'elle n'était plus sa femme, techniquement, alors il a pu se rendre compte d'à quel point il pouvait avoir envie d'elle. Ce désir était déjà présent avant mais si refoulé qu'il l'avait combattu en la combattant, elle. A travers Mevanwi, il l'avait entrevu, c'était pour cela qu'il avait cédé avec elle. C'était tordue, sans doute, mais c'était ce qu'il en avait conclus.

« Guenièvre, vous n'êtes pas laide. Levez-vous.

_ Je ne suis pas sure…

_ Vous voulez que je vous aide, oui ou non ? Levez vous, répéta-t-il. »

La jeune femme marmonna dans sa barbe avant de s'exécuter. Elle se protégea maladroitement les bras devant la poitrine, clopinant sur place.

Arthur se leva à son tour, et posa Excalibur ainsi que ses armes sur le côté avant de commencer à ôter son plastron.

« Qu'est-ce que vous faites ? s'affola soudain Guenièvre.

_ Je me désape.

_ Quoi ? Non. Non, non, non, paniqua-t-elle.

_ Vous allez bien voir qu'il n'y a rien de si terrible.

_ Mais Arthur, protesta-t-elle en tapant du pied sur le sol.

_ Oh vous n'allez pas commencer à me gonfler hein, surtout qu'on est dehors, qu'il fait un froid de canard, je risque pas d'être à mon avantage.

_ Pourquoi ? demanda-t-elle soudain.

_ Parce que les hommes, quand il fait froid… hé bien… bon, bref. Fermez là et déshabillez vous, je veux pas être le seul à geler les miches. »

Guenièvre était sur le point d'en pleurer de désespoir, se plaignant alors qu'elle ôtait avec difficulté les lacets dans son dos.

« Vous pourriez… m'aider ? »

Arthur, déjà torse nue et frigorifié, soupira. Elle lui fit alors dos, et il porta sa chevelure sur le côté afin de retirer avec méticulosité les lanières de son corsage. Ses gestes se firent oins empressés, d'une part car la tâche n'était pas si simple, mais aussi parce qu'il se sentait de nouveau beaucoup trop troublé.

« Vous êtes belle, lui glissa-t-il au creux de l'oreille. »

La jeune femme déglutit avec difficulté.

« Comment pouvez-vous le savoir si vous ne m'avez jamais vu ? »

C'est ainsi qu'après avoir fait tomber son corset, Arthur déplaça une de ses bretelles le long de sa clavicule, la faisant frissonner au passage. Le souffle de la jeune femme se coupa alors que, sentant un de ses seins se mettre à nue, elle porta machinalement ses bras devant eux.

Mais, dans des gestes lents et doux, Arthur les écarta avant de caresser ses bras. Puis, il fit tomber la seconde bretelle et du vraiment faire preuve d'un self-control exemplaire lorsque son regard tomba sur sa poitrine.

« Vous ne m'aidez vraiment pas, souffla-t-il, dépité.

_ Comment ça ?

_ Vous êtes si… »

Arthur grogna en glissa ses doigts contre son ventre nu, ces formes qu'il ne voyait que rarement chez une femme.

« Je n'ai pas le ventre plat comme ces autres femmes, ni… ni leur silhouette.

_ Je préfère vous épargner les détails de ce à quoi j'aime me raccrocher quand… »

Gueniévre retint un hoquet lorsqu'elle sentit les doigts d'Arthur presser sa taille et ses hanches généreuses. Elle ferma soudain les paupières, troublée. Jamais elle n'avait vu les choses sous cet angle.

Arthur s'éloigna de son dos pour la contourner et, d'un pas, elle ouvrit doucement les paupières pour capter son regard sur elle, parcourant son corps avec tant d'attention, tant d'envie aussi.

« Et dire que je dormais à côté de vous tout ce temps. »

Gueniévre ne put s'empêcher de rire un peu avant de se triturer nerveusement les cheveux.

« Alors… alors je suis désirable ?

_ Putain que oui, balança-t-il sans hésitation, le regard un peu niais. »

Cette fois, la jeune femme rit plus franchement avant de se stopper, la bouche pincée.

« Et… et vous me désirez, vous ?

_ Vous avez pas idée de ce que j'ai envie de vous faire, lâcha-t-il comme un automate.

_ Dites toujours, défia Gueniévre, taquine, loin d'imaginer la réalité qui se cachait derrière ses propos.

_ Un truc que seul les hommes désirant une femme sans pour autant briser leur chasteté peuvent faire, balança-t-il sans réfléchir.

_ Je crois que je ne comprends pas trop. Comment peut-on faire quoique ce soit sans briser la sacro sainte virginité d'une femme ? »

Le coeur du roi battait fort, si fort, comme jamais il n'avait pu le sentir auparavant.

« Vous allez me tuer là, murmura-t-il, dépassé.

_ Je suis désolée, souffla-t-elle. Je veux juste… savoir.

_ Pour cela, vous devez accepter que… je vous touche, que je touche des endroits que vous n'avez que rarement touché. Ce n'est pas quelque chose que je suis habitué à faire.

_ Pourquoi ?

_ Parce que je n'en ai pas souvent envie, dit-il sans préambule. C'est que, vous comprenez, les femmes que je côtoie aiment souvent que ce soit plus direct, et rapide.

_ Pas moi, balança vite Gueniévre.

_ J'avais remarqué, ricana Arthur.

_ C'est mal ?

_ Oh que non. »

Arthur fit un pas vers une Gueniévre toujours aussi timorée.

« C'est même… très bien, murmura-t-il. »

Elle lui sourit enfin, soulagée alors qu'il s'approchait d'elle jusqu'à ne plus se trouver qu'à quelques centimètres à peine.

« J'ai… j'ai envie… j'aimerai… articula-t-il difficilement.

_ Oui ? murmura-t-elle.

_ Gueniévre, vous ne m'aidez pas, supplia enfin Arthur, les yeux clos, trépignant de frustration.

_ Arthur… »

La jeune femme ouvrit la bouche, avant de le voir serrer les poings avec force.

« Je ne voulais pas vous faire souffrir, dit-elle avec culpabilité.

_ C'est une douce souffrance, ne vous inquiétez pas, souffla-t-il.

_ Je ne pensais pas… que vous pourriez me désirer à ce point. »

Arthur grogna avant de lui prendre la main et de la porter vers son entrejambe gonflé. Gueniévre sursauta de surprise avant qu'il ne presse sa paume là, sur la sienne, juste posée sur son pantalon fin ne laissant aucune place à l'imagination. Gueniévre sentit l'air lui manquer et eut soudain peur qu'il ne voit à quel point ce geste la troublait.

« Et là, vous comprenez ? demanda-t-il d'une voix sombre. »

Gueniévre ne lâcha pas sa prise et se rapprocha plus encore de son ex époux, sentant soudain son entrejambe s'échauffer, elle aussi.

« Vous ne m'avez pas dit comment un homme peut s'y prendre, pour ne pas briser la chasteté d'une femme. »

Arthur posa sa bouche simplement sur sa clavicule et elle frissonna, non de froid cette fois. Il remonta ainsi jusqu'à son cou ainsi que son oreille.

« Vous rappelez-vous quand je vous embrasse ? lui susurra-t-il.

_ Oui, lâcha Gueniévre, gémissante. »

Arthur ne parvint qu'à prendre une aspiration tremblante alors que ses lèvres descendirent vers l'orée de sa poitrine. Machinalement, Gueniévre pressa la nuque d'Arthur de ses mains fines, s'arquant contre son visage pour mieux capter ses lèvres.

« Arthur, murmura-t-elle, passionnée.

_ Empêchez moi, s'il vous plait, empêchez moi de le faire. »

Sans pour autant s'arrêter, le roi troqua sa bouche contre sa langue qu'il fit courir le long de sa peau jusqu'à son sein.

« Arthur, cria soudain Gueniévre, dont le corps ne répondait plus à rien. »

Cette fois, ses barrières s'abaissèrent pour de bon. Il ne pouvait plus résister, plus après qu'elle ait crié son nom, plus après avoir sentit sa peau contre la sienne. Il n'était plus roi, elle n'était plus son épouse. Il n'y avait ni foret, ni de chevalerie, plus qu'elle, nue contre lui, elle qui le voulait, et lui qui la désirait tant, comme jamais il n'avait désiré une autre femme. Il parsema sa poitrine de baisers, papillonnant ainsi de nouveau jusqu'à sa gorge alors qu'elle s'offrait, sans retenue.

« Vous êtes belle, tellement belle, dicta-t-il en la soulevant contre lui. Comment voulez-vous que je résiste à ça ? »

Gueniévre finit par rire contre lui avant d'enrouler ses jambes autour de sa taille et de prendre son visage pour l'embrasser. Arthur sentit son coeur se gonfler, répondant à son baisers par une multitudes d'autres, toujours plus appuyés, plus nombreux.

« Heureusement qu'on est là, dit-il soudain en la menant vers un arbre, jetant dans l'herbe sa couronne d'un geste brusque.

_ Pourquoi ?

_ Oh mais parce que vous allez crier, vous allez putain de crier mon nom. »

Guenivre rit encore avant de retrouver ses pieds sur le sol et qu'Arthur ne parcourt son corps tout entier de sa bouche. Elle gémit alors qu'il léchait sensuellement sa nuque, sa clavicule, puis de nouveau ses seins, passant sur l'un, prenant en coupe l'autre, avec douceur et brutalité à la fois.

« Vous vous mettez à poil devant moi et vous vous attendez vraiment à ce que je vous laisse partir comme ça, balança-t-il soudain. »

Gueniévre continua de rire encore, appelant Arthur à ne rien arrêter de ses baisers. Mais son rire se perdit dans sa gorge alors qu'il pressa sa main sur une de ses fesses, puis sur les deux. Il avait envie de l'exciter, encore, d'entendre son prénom, ses gémissements, ses cris.

Alors il l'embrassa pleinement, sa langue retrouvant la sienne comme une vieille amie, lui accordant une danse que seuls eux semblaient connaitre. Arthur sentit la voix de Gueniévre raisonner dans sa propre gorge alors qu'il entama un vicieux mouvement de va et viens dans sa bouche. Il avait bien vu la première fois que ce geste la rendait particulièrement réceptive, et dieu, il ne s'était pas trompé.

La jeune femme commença ainsi à onduler tout contre lui. Son corps si nu, il aurait bien été à deux doigts de rompre sa promesse, là, tout de suite. Mais ce n'était pas ce qu'il voulait, non par fidélité, cette fois.

Il voulait qu'elle connaisse ça. Il voulait la sentir, alors qu'elle aurait son premier orgasme, il voulait qu'elle atteigne ce sommet qu'elle n'avait jamais atteint avec quiconque. Et si ce con de Lancelot ne se décidait pas, lui, le ferait. Il saisit ainsi ses cheveux un peu fermement, pas trop non plus. C'était qu'elle était sans expérience, et il ne s'agirait pas de l'effrayer.

« Arrêtez de vous dandiner sur moi, dicta-t-il sombrement.

_ Prends-moi, soupira-t-elle, les paupières closes et les lèvres pincées.

_ Quoi, murmura-t-il, troublé.

_ S'il te plait… »

Même sa propre mère ne l'avait jamais tutoyer. Quelle étrange sensation… L'estomac d'Arthur se contracta et son coeur menaçait vraiment de s'arrêter à tout moment. C'était dit, elle allait le tuer.

Arthur descendit ainsi sa bouche avec plus de douceur, et ses gestes se faisaient plus tendre, moins empressés jusqu'à ce qu'il vienne entre ses jambes.

Il saisit ainsi ses fesses à pleine mains avant d'embrasser ses lèvres basses, sans cérémonie. Gueniévre cria, de surprise d'abord. Puis, son dos s'étira sous le choc, avant qu'elle ne suffoque.

« Arthur, appela-t-elle. »

Pas peu fier de lui, l'homme se mit à sourire avant de glisser sa langue lentement entre son bijou, et avec plus de langueur encore quand il tomba en son centre. Il sentit la main de Gueniévre agripper ses cheveux avec force tandis que l'autre pressait son visage, transpirant d'excitation. Commença alors un ballet envoutant, sa langue s'affairant à gouter chaque parcelle de son étroite ouverture tandis qu'elle l'appelait, encore et encore. Il se joua d'elle ainsi un long moment, aspirant, léchant, se fendant des effets qu'il lui provoquait tandis qu'il la sentait au bord de s'évanouir. Cet endroit si précieux qui n'avait jamais été parcourut, oh quel con il avait été.

Gueniévre appuya plus encore sur son crâne, mais il recula un instant, juste un petit pour la regarder. Gueniévre ouvrit ainsi lentement les yeux pour le fixer, perdue et extasiée à la fois. Comme défiant, il revint à sa place initiale, ne quittant son regard du sien tandis qu'elle peinait à maintenir ce contact visuel.

La jeune femme se mit alors à gémir de nouveau, n'ayant plus que son prénom à la bouche alors qu'il continuait de s'abreuver autour de la source de son plaisir, y mettant plus de force, plus de passion encore. Voir ses yeux changer d'expression fit monter son plaisir à lui aussi, tandis qu'il serrait plus encore la peau de ses fesses, à deux doigts de se soulager à son tour. Il aurait tant aimé graver cet instant dans sa tête à tout jamais. A cet pensée, il se sentit plus ardent encore, et les cris de Gueniévre laissèrent présager le sommet qu'elle était en train de franchir, pallier par pallier.

Ses expirations bruyantes étaient si saccadées, son prénom ne suffisait plus, et ce n'est plus que des oui encourageant qu'il pouvait entendre et qui le galvanisait vraiment. Arthur remua imperceptiblement sur place, se sentant lui aussi au bord de jouir dans son pantalon comme un gosse. Il leva vite une de ses jambes vers son épaule pour qu'elle ne s'effondre pas avant qu'elle ne jouisse enfin, à peine une seconde plus tard.

Et dieu, il n'aurait rien voulu rater d'un spectacle pareil.

Bordel, c'était un ange, un véritable ange quand elle avait un orgasme. Son visage n'était plus que pure félicité, son dos arqué, ses mains pressant ses cheveux, ses yeux clos et sa bouche mordante, elle était magnifique. Alors que son plaisir redescendait au fil des secondes, elle avait ce sourire indéfinissable sur le visage, et son prénom qu'elle répétait avec tendresse.

Arthur remonta le long de son corps, et la pris dans ses bras. Elle était désormais frissonnante, et il chercha désespérément sa robe du regard. Elle n'était pas très loin d'eux.

« Je suis désolée, lui murmura-t-elle, le front posé contre le sien et sa main sur sa joue.

_ Pourquoi, vous êtes dingue, lui chuchota-t-il à son tour, à bout de souffle.

_ J'ai crié votre nom, rit-elle doucement.

_ Je vous l'avais bien dit, non ?

_ En plus, je vous ai tutoyé, c'est… indécent.

_ Vous rigolez… »

Arthur ouvrit soudain les yeux, et les planta dans les siens avant de passer une main dans son cuir chevelu.

« J'adore ça. »

xXx

Dès le lendemain, à peine était-elle entrée dans le château ce soir-la, qu'elle sentait son intimité s'échauffer, l'envahissant d'une attente doucereuse. Mais lorsqu'elle arriva dans le couloir, il n'y avait personne.

Elle soupira de frustration en laissant tomber ses bras le long de son corps. Où était-il passé ?

Arthur quant à lui, soupirait lui aussi, secouant nerveusement sa jambe sous la table ronde tant il se sentait impatient.

Bien vite, son esprit était envahi du visage de Guenievre, de ses gémissements, ses rires, comme un appel douloureux. Père Blaise continuait son long monologue à propos d'il ne savait quoi, il avait arrêté d'écouter. Arthur regarda nerveusement le début de la nuit se profiler derrière la fenêtre.

Les réunions à rallonge arrivaient parfois, et la plupart du temps, ça ne posait pas problème. Et si elle repartait ? Et s'il la ratait ? Comment allait-il pouvoir tenir ?

« Bon, vous abrégez ?! s'emporta soudain Arthur.

_ Pourquoi, vous êtes pressé ? ironisa Père Blaise.

_ Assez oui.

_ Ces réunions sont sacrées je vous le rappelle.

_ Est-ce que ça peut attendre demain ? le coupa le roi. »

L'homme de foi parut outré, mais les autres chevaliers présents, eux, plissèrent les yeux de surprise. Seul Léodagan parut vraiment intrigué par l'attitude du roi qui n'avait pas du tout l'habitude d'abréger les réunions de la table ronde. Mais personne n'était prêt à lutter contre sa décision, et c'est d'un pas pressé qu'il fut le premier sorti de la salle.

Arthur parcourut les couloirs avec frénésie, avant de descendre les escaliers avec une énorme précipitation.

Mais lorsqu'il arriva près des cuisines, il ne vit pas Gueniévre. Le roi jura alors tout haut avant de parcourir les dédales de l'étage dans lequel il se trouvait.

« Gueniévre ? appela soudain Arthur, sans réfléchir. »

La jeune femme fronça les sourcils en entendant son prénom. Cet étage, elle le connaissait peu et il était possible qu'elle se soit un peu égaré. Auparavant, ça n'aurait pas été un problème, mais à cette heure, il n'y avait plus aucun domestique, ni personne à cet endroit de Kaamelott.

« Arthur ? murmura-t-elle. »

Bizarrement, l'homme l'entendit et ses pas le portèrent jusqu'à l'intersection de deux couloirs. Puis, il se tourna et la vit au loin.

« Bordel, j'ai cru que vous étiez parti, balança-t-il en levant les bras en l'air. »

Gueniévre se retourna et un immense sourire fut plaqué sur son visage. Elle s'avança jusqu'à lui d'un pas précipité.

« Oh et moi je croyais que vous m'aviez oublié.

_ Vous oublier ? Allons bon, ça n'est jamais arrivé en… »

Gueniévre se hissa jusqu'à son cou avant de l'embrasser avec passion. Il sentit son sourire sur sa bouche, et songea que bon sang, jamais au grand, jamais il ne s'était senti aussi heureux. Pour la première fois, ce fut lui qui gémit de plaisir avant de la serrer contre lui, son élan l'emportant un peu plus loin alors qu'il la faisait tourner à la recherche d'une pièce, n'importe quoi les mettant à l'abri des regards indiscrets.

« Vous êtes une rapide vous, balança-t-il en se détachant un peu d'elle.

_ Désolée, mais je vous ai assez attendu comme ça, balança Gueniévre en déboutonnant son chemisier.

_ On est à Kaamelott je vous le rappelle.

_ Non, vraiment ? Dire que je suis entrée dans un château au hasard, posé là sur mon chemin. »

Arthur rit contre elle avant d'ouvrir la porte donnant sur la salle d'eau de cet étage.

« C'est que la dernière fois, vous auriez tout aussi pu rameuter le pays tout entier.

_ Oh mais ce n'est pas mon tour ce soir.

_ Quoi ?

_ Vous vous souvenez ? Je dois apprendre, lui susurra-t-elle.

_ Non, trancha Arthur, le doigt levé.

_ Oh que si.

_ Hors de question.

_ Pourquoi ? minauda Gueniévre d'une moue faussement triste.

_ Parce que personne ne me fait ça, c'est moi qui commande.

_ Oui bien sûr, parce que vous êtes le roi. Mais vous savez quoi ? Vous n'êtes plus le roi quand nous nous rejoignons, et moi, je ne suis plus la reine. Vous voyez ? »

Arthur soupira.

« Si seulement, lui glissa-t-il. »

Gueniévre ne se laissa pas démonter. Elle lui retira doucement sa couronna et la fit tomber par terre en un bruit sourd, juste devant la porte.

« Plus de roi ! »

Elle le rendait vraiment dingue.

Toutes les femmes qu'il avait rencontré avant étaient toujours charmés par son statut de roi, sauf une, une fois. Mais elle était un peu bizarre. Et il n'y avait pas eu une si belle alchimie que ça.

Il se sentit mieux encore que toutes les jours qui avaient précédés, si mieux. Quand il était avec elle, il avait l'impression que la vie se déroulait avec moins de désagrément, comme s'il pouvait souffler, enfin.

La jeune femme ôta entièrement le vêtement d'Arthur qui se laissa faire, protestant peut-être un peu en son for intérieur. Il n'aimait pas se dévoiler comme ça, et en plus, hé bien, il se sentait beaucoup trop vulnérable pour faire ce genre de choses.

Mais la bouche de la jeune femme courrait sur sa pomme d'Adam, et elle se mit ainsi à lécher sa peau avec appétit tout en déboutonnant le reste de ses vêtements.

« Vous avez vraiment perdu l'esprit, murmura-t-il.

_ Vous n'aviez qu'à pas me le montrer.

_ C'est vous qui avez insisté ! protesta-t-il. Et en plus, en plus c'est moi qui vous l'ai fais.

_ Raison de plus, n'est-ce pas le genre de gestes qui réclame qu'on le rende ? »

Arthur fronça les sourcils avant de lui éloigner les épaules doucement.

« Gueniévre, je l'ai fais parce que ça me faisait plaisir, parce que je voulais que vous connaissiez ça, et parce que j'en avais envie.

_ Qu'est-ce que vous voulez dire ?

_ Que vous ne me devez rien. »

La jeune femme prit une inspiration avant de passer amoureusement ses mains dans ses cheveux.

« Et si j'en ai envie, moi aussi ?

_ C'est juste que… »

La jeune femme plissa les yeux en voyant son ex mari s'embourber dans ses explications bancales.

« Vous avez peur, avouez.

_ Quoi ? Non, bafouilla-t-il.

_ C'est parce que je ne l'ai jamais fais ? demanda-t-elle d'une petite voix.

_ Non, bien sûr que non.

_ Je suis désolée, je… tout ce que je voulais, c'était… Laissez tomber. »

Gueniévre soupira, ennuyée.

« C'était quoi, l'interrompit-elle en posant une main sur sa joue.

_ Arthur, je… hier, vous m'avez… »

La jeune femme bafouilla avant de sourire nerveusement.

« Dites-moi, dit-il avec une douceur qu'elle ne lui connaissait pas. »

Les yeux de la jeune femme s'embrumèrent. Elle n'arrivait pas à exprimer tous ces sentiments qui l'avaient bouleversés, et elle les avait même tellement contenu en elle.

« Gueniévre, appela-t-il de nouveau.

_ Ça a l'air si simple pour vous.

_ Croyez-vous ? murmura-t-il. J'y ai pensé toute la journée, ça fait des jours que je ne dors plus, je n'arrive plus à me concentrer, je suis… paumé. »

Gueniévre renifla à son tour, sentant deux larmes couler le long de sa joue, avant qu'elle ne hoche la tête en silence, la gorge nouée.

« Je sais.

_ Vous venez après que j'ai fais… cette immense connerie, vous revenez vers moi après tout ce que j'ai pu vous faire subir, alors que je n'éprouvais rien à l'époque et que je vous faisais tourner en bourrique. Je ne voulais pas vous faire du mal, mais je ne mérite pas votre présence, je ne mérite pas ce que vous voulez me donner.

_ Je vous ai détesté pour ce que vous avez fait, oui, mais… mais j'ai besoin de vous. C'est comme ça, si vous croyez que je le contrôle ! »

Gueniévre soupira en détournant les yeux, honteuse aussi.

« J'aimerai que les choses soient aussi simples que je les voyais il y a plusieurs mois. Vous ne m'aimez pas, je pars vers un autre qui m'aime. Simple, non ? »

Arthur ne pipa mot. Alors elle continua.

« Mais vous me manquiez. Au début, je suis venue parce que j'ai regardé Lancelot dormir à côté de moi, et je me suis rappelé de toutes ces fois où je veillais un peu plus tard pour vous regarder vous assoupir, je me souvenais des fois où je me réveillais et que la première chose que je voyais, c'était vous, d'une façon ou d'une autre. Parfois, c'était dans notre lit, d'autre, c'était lorsque vous sortiez de la chambre d'une de vos maitresses, mais je n'entrevoyais pas ma journée si je n'avais pas ce « bonjour » matinal de votre part. L'assurance que vous alliez bien me suffisait, vous comprenez ? Vous étiez mon mari, et j'ai réalisé que j'avais été bête de croire que j'étais capable de faire une croix là dessus aussi facilement. Je n'avais… aucune prétention quand je suis venue ici la première fois, juste l'envie de m'assurer que vous alliez bien. Puis, j'ai réalisé que je n'étais plus votre femme. Mais ça, je crois que vous l'avez réalisé, vous aussi. »

Arthur affronta enfin son regard, perturbé.

« Oui, murmura-t-il.

_ Est-ce pour cela ? Est-ce que c'est parce que je ne suis plus votre épouse Arthur ?

_ C'est une histoire compliquée, mais… parfois, il faut perdre quelque chose, pour se rendre compte vraiment. Et que vous ne soyez plus reine, m'a ôté d'un poids sur les épaules. J'aime ne plus être roi, ce n'est possible qu'avec vous. J'aime que vous compreniez cela. Vous en êtes la seule capable. J'aime… »

Arthur soupira.

« Il y a des choses qui ne s'expliquent pas, et je sais que ça, ça ne s'explique pas. On ne l'a pas fais exprès enfin !

_ C'est ce que j'essaie de me dire. Mais maintenant que je me suis lancée dans cette histoire avec Lancelot, je dois assumer cette responsabilité. Je ne peux pas le laisser tomber.

_ Est ce une façon douce de me dire que vous ne reviendrez plus ? »

Guenievre secoua la tête, pleurant encore.

« Non, sanglota-t-elle. Je n'y arrive pas. Je ne veux pas vous quitter.

_ Je ne vous aide pas trop hein.

_ Non, rit-elle au milieu des larmes, en effet. »

Arthur la prit alors doucement dans ses bras.

« Je profiterais de vous jusqu'à ce que vous en ayez marre.

_ Vous m'en voudrez ?

_ Jamais je ne vous en voudrais Guenievre. »

Au milieu de ce petit visage triste, elle lui offrit un sourire sincère.

« Pourquoi étiez vous en retard ? Lui demanda-t-elle soudain.

_ Une réunion, mais j'aimerai que vous arrêtiez de m'attendre dans le couloir. Imaginez un peu si quelqu'un tombe sur vous. Et puis, Lancelot ne se rends pas compte de vos absences ?

_ Non, soupira-t-elle. Je suis discrète.

_ Croyez vous qu'il soit possible pour moi de vous rejoindre ailleurs ?

_ Ailleurs ? Je ne vois pas où, le camp est entouré de gardes. Mais pourquoi ?

_ Parce que nous ne tiendrons pas bien longtemps avec ce niveau de fatigue.

_ Je viendrais une fois par semaine désormais. »

Arthur ouvrit la bouche, près à protester.

« Vous avez raison, le coupa-t-elle.

_ Une heure par semaine, rappela-t-il.

_ Je vous rappelle qu'avant, je vous voyais tous les jours et vous en aviez marre. »

Oui, mais ça, c'était avant.

Avant de connaître sa bouche, avant d'entendre ses soupirs, avant de voir l'expression de son visage pendant que lui avait le sien coincé entre ses jambes.

« Trois fois, contra-t-il. »

Le seul réflexe qu'eut la jeune femme fut de rire.

« Quoi ? Vous allez me faire croire que vous pouvez tenir une fois par semaine ? Répliqua Arthur d'un sourire moqueur.

_ Bien sûr. »

Arthur s'approcha et commença à baiser son épaule, descendant le long de son bras avant de remonter lentement.

« Vous êtes sûre ? Murmura-t-il. »

Guenievre soupira en fermant les paupières.

« Oui, dit-elle d'un ton tremblant et peu convainquant. »

Arthur sourit contre sa peau avant qu'elle ne suive son mouvement et se colle à lui.

« Mais vous, allez vous tenir ?

_ Bien évidemment.

_ Vous semblez bien sur de vous. »

Guenievre prit ainsi les mains d'Arthur pour les presser dans son dos. Elle se servit de ses doigts pour ôter la fermeture de sa robe.

« J'ai besoin de prendre un bain, murmura-t-elle, vous savez ce que c'est, la vie en forêt, c'est pas très glamour. »

Guenievre sentit sa robe tomber au sol, tout en sachant qu'elle ne portait rien en dessous.

« Alors ça, c'est pas très gentil, marmonna Arthur, les yeux plissés. »

Le roi se retint de ne pas la regarder et porta presque ses mains devant ses yeux.

« Je vais… chercher de l'eau.

_ Pourquoi vous vous cacher les yeux ? Demanda Guenievre en croisant les bras sous sa poitrine.

_ Parce que sinon, ce n'est pas un bain que vous allez prendre. »

La reine ne put s'empêcher de se mordre les lèvres pour ne pas rire.

« Je… je reviens, balança-t-il en n'y voyant rien du tout.

_ Arthur attention ! »

Le roi en se retournant, se prit le seau qui était par terre dans les pattes et manqua de se casser la figure.

« Merde ! Jura-t-il. »

Cette fois, elle rit vraiment avant qu'il ne pointe son index dans sa direction, toujours dos à elle néanmoins.

« Vous la ferme. »

Guenievre pouffa encore avant que Arthur ne parvienne à s'en aller, bien difficilement.

xXx

« Six gallons de flotte. Vous m'avez fait descendre six gallons de flotte ! »

Guenievre lui tira la langue alors qu'elle pénétrait dans la baignoire remplie d'eau chaude.

« Vous auriez peut être préféré demander à un domestique de le faire, histoire qu'il fasse une crise cardiaque en me découvrant la.

_ Sans façon. »

Guenievre jeta une coup d'œil curieux vers Arthur qui commença à se déshabiller.

« Qu'est ce que vous faites ?

_ Je viens.

_ Ah non alors, je suis sale et en plus…

_ En plus quoi ? Écoutez je viens de me farcir six aller retour sur deux étages alors je viens, point. »

Guenievre s'enfonça dans l'eau et rougit lorsque Arthur se mit complètement nu à son tour. Elle jeta un coup d'œil timide vers son entrejambe et préféra reléguer au loin ses tribulations.

« Ce n'est pas très pratique, marmonna-t-elle.

_ Tournez vous. »

Guenievre s'exécuta et atterrit entre les jambes du roi, son dos contre son torse.

« Vous aviez l'habitude de prendre vos bains avec vos maîtresses ?

_ Juste avec Demetra.

_ Pourquoi seulement avec elle ?

_ Je trouve ça un peu intime.

_ Et… votre nouvelle femme ? »

C'était la première fois qu'ils abordaient vraiment le sujet. Arthur détourna les yeux, mal à l'aise.

« Excusez moi, c'est indiscret.

_ N'allez pas imaginer que c'est idyllique, lâcha Arthur en passant l'éponge sur le bras nu de Gueniévre.

_ Qu'est-ce que vous voulez dire ?

_ Ce que je veux dire, c'est que je ne voulais pas tuer Karadoc, c'est tout.

_ Oui, mais êtes vous heureux ? »

Arthur soupira. Il posa sa tête sur la sienne, et fit courir ses doigts sur sa peau frissonnante.

Depuis qu'elle était revenu, qu'elle n'était plus sa femme dans sa tête, oui, ça allait putain de mieux. Il avait moins de pression, moins de responsabilités, comme si le poids de sa promesse était la pierre de trop dans le sac à dos qu'il se trainait.

« Parfois oui. Ces derniers temps, j'ai l'impression de l'être. »

Gueniévre ne comprit pas le sous entendu d'Arthur, s'imaginant qu'il était mieux sans elle en tant qu'épouse. Mais c'était mieux que rien.

« Et vous ?

_ C'est difficile, plus difficile que je ne le croyais. En fait, j'imaginais naïvement que les choses seraient plus simples à mon départ, que je finirais par faire pousser des tomates au pied de la cabane me servant de maison, et qu'on finirait par faire installer une cheminée à la longue. »

Arthur observa son profil, intrigué.

« Ah mais vous ne voulez vraiment plus être reine en fait ?

_ Pas si vous ne le voulez pas non plus.

_ Mais enfin, le confort, la cour, le prestige, énuméra-t-il, perdu, se rendant compte de la sincérité effarante de la jeune femme.

_ Je ne crois pas que cela suffise à rendre heureux. Sinon, vous l'auriez été, vous, je me trompe ?

_ Non, non… souffla-t-il.

_ Alors j'en ai conclus que ce n'était pas mon rôle de reine qui suffirait à mon bonheur. On va dire qu'après, je me suis tournée vers l'option la plus simple.

_ L'amour ?

_ L'amour, l'amour, ça va bien quand vous vous retrouvez avec un homme qui ne vous touche pas sous couvert de votre pureté. »

Et qui vous laisserait tomber sans hésiter, songea Arthur, morbide.

Mais il n'avait pas le coeur à briser ses belles illusions. Pourquoi anéantir son rêve, une fois encore ? Il ne voulait tellement pas lui faire de mal, surtout pour parler d'une situation qui ne se produirait peut-être jamais. Peut-être que ce n'étaient que des paroles en l'air lorsque Lancelot qui avait fait part de ce crédo, durant leur dernier face à face.

Tout abandonner en trente secondes…

Arthur observa enfin Gueniévre, avant de lui embrasser la joue simplement. Elle lui sourit un peu et, alors qu'il songea que Lancelot était le roi des cons, la porte s'ouvrit brutalement.

« Ah ha ! J'le savais !

_ Papa, s'exclama soudain Gueniévre, rouge comme une pivoine et paniqué.

_ Putain mais qu'est-ce qui vous prends à rentrer comme ça dans la salle de bain des gens ?!

_ Gueniévre ? chuchota soudain Léodagan, choqué. »

Arthur, qui cachait la poitrine nue de Gueniévre à l'aide de ses bras, prit soudain un linge pour la recouvrir maladroitement devant le visage déconfit de son paternel, qui semblait vraiment au bord de l'attaque cardiaque.

« Vous et ma fille, gronda-t-il, devenant soudain rouge de rage.

_ Alors, je peux tout vous expliquer, tenta Arthur.

_ M'expliquer que vous vous la taper alors qu'elle s'est barrée de Kaamelott, ça me f'rait mal ! se mit-il à hurler.

_ Tout d'abord, je ne me la tape pas bafouilla Arthur.

_ Vous vous foutez pas un peu de ma gueule, si ? Vous êtes à poil dans la même baignoire.

_ Ce n'est pas ce que vous croyez, même si j'admets que les apparences sont trompeuses.

_ Pas ce que je crois ? Oh mais vous voulez que je vous dise, moi ce que je crois ? Je crois que vous voulez le beurre, l'argent du beurre, et le cul de la crémière, la crémière étant en l'occurrence, ma bien chère fille, gueula Léodagan, hors de lui. Maintenant, si vous voulez que je vous tue, dites le directement et on se rejoins dans la cour dans cinq minutes !

_ Papa ! Maintenant, tu arrête sinon je me lève ! s'exclama Gueniévre d'une voix si forte qu'il se tue dans l'instant. »

Pour la première fois de sa vie, Léodagan resta coi, incapable de bouger.

« Je t'interdis de le menacer, dicta Gueniévre, son index pointé vers son père.

_ Mais enfin…

_ Je vois encore Arthur pour… des histoires personnelles.

_ C'est comme ça que vous avez décidé d'appeler ça vous, accusa-t-il de nouveau d'une voix plus calme.

_ C'est moi, toute cette histoire est arrivée à cause de moi.

_ Oh bah on va voir ce qu'elle va en penser, ma femme de tout ce bazar. Et la votre, d'ailleurs ? Je parie qu'elle n'est pas au courant.

_ Ne lui dites rien. »

Arthur ferma les paupières. Il avait dit cela d'un ton un peu trop suppliant, qui surpris Gueniévre sans qu'elle ne le montre pour autant.

« S'il vous plait, articula Arthur d'une voix néanmoins ferme.

_ Papa, murmura la jeune femme, à son tour.

_ Est-ce moi qui perds la tête ou tout le monde ici est devenu zinzin ?

_ Laissez-nous encore un peu de temps, murmura Arthur. On ne quitte pas sa femme de la sorte du jour au lendemain, vous croyez peut-être que c'est simple ? Hé bien figurez vous que non, pas du tout ! On est juste dans une situation de merde, parce que j'ai essayé de changer les choses.

_ Et sinon, je peux savoir depuis combien de temps ça dure cette histoire ? Vous vous voyez comme ça souvent ?

_ Tous les jours, marmonna Gueniévre.

_ Tous les jours ?! Mais vous êtes marteau ou quoi ?!

_ J'avais justement l'intention de ne venir plus que tous les mardi, alors ça suffit maintenant.

_ En plus, on n'a pas besoin de votre avis. Toujours est-il que… hé bien, on tente de se demerder comme on peut, voilà, trancha Arthur.

_ Papa, garde le secret. S'il te plait, je ne t'ai jamais rien demandé, jamais. »

Léodagan se passa une main nerveuse sur le visage.

« Vous avez vraiment l'art et la manière de vous mettre dans une panade, marmonna l'homme, se pinçant l'arête du nez.

_ Tu va le faire, oui ou non ?

_ Oui, ça va ! s'emporta Léodagan. Mais ne comptez pas sur moi pour vous protéger non plus, je vais juste fermer ma gueule, point à la ligne. J'm'appelle pas Bohort moi. Putain, dire que je croyais que vous cachiez une nouvelle maitresse, ça m'apprendra à vouloir vous faire chier. »

Gueniévre regarda une dernière fois son père qui marmonna dans sa barbe avant de s'en aller comme un vieux ronchon.

Ils restèrent ainsi silencieux une longue minute, s'évitant du regard.

« Du coup, vous allez vraiment rester là dessus pour enquiller sur une semaine d'absence ou ?

_ Je me débrouillerais pour venir avant.

_ Bien. »

Gueniévre soupira avant de rester muette, une fois encore.

« Vos parents ont toujours eu l'art et la manière de tout gâcher, balança Arthur sans préambule.

_ Vous croyez que c'est pour ça que vous ne m'aviez jamais touché avant que je ne parte du château ?

_ Franchement ? Je commence à avoir des doutes. »

Léodagan quant à lui, venait de parcourir les couloirs en jurant dans sa barbe. Bordel, voilà que ces deux là se décidaient au pire moment qui soit. Mais comment allait-il faire pour regarder sa femme dans les yeux maintenant ? Parce que ce qu'il avait vu là bas, ce n'était pas qu'un moment d'égarement. Sa fille, il la connaissait bien et son gendre encore mieux. Leur regard ne trompait qu'eux.

Mais enfin, Gueniévre, il ne l'avait pas élevé comme ça. Pourquoi ne revenait-elle tout simplement pas ? C'était à n'y rien comprendre. Mais soudain, il tomba justement sur nulle autre que Dame Mevanwi, en train de descendre les escaliers menant…

« Oh vous, qu'est-ce que vous faites là ? la questionna-t-il.

_ Je cherche mon mari, mais…

_ Il est pas là. »

Putain, dire qu'il s'était promis de ne pas les protéger ces deux-là. Léodagan pesta contre lui-même. Elle allait le prendre pour un taré.

Mevanwi quant à elle, plissa les yeux. Sire Léodagan était un homme qui lui adressait à peine la parole, qui ne daignait même pas la regarder en temps normal.

« Ecoutez, on a eu une réunion qui a duré des plombes figurez-vous, et je suis pas une brute, je voulais pas vous laisser continuer à crapahuter dans tout le château. Alors Arthur, il est encore avec quelques chevaliers, en train de peaufiner sa prochaine mission, et faudrait voir à ne pas le déranger parce que j'ai déjà failli m'en prendre une.

_ Oh.

_ Vous allez quand même pas déranger le roi en pleine affaire politique, si ?

_ Non, non, bien sûr que non.

_ Super. Alors, dites-moi, vous allez pouvoir me tenir au courant des bruits qui courent en ce moment au château, hein ? Parce que figurez-vous que j'ai entendu parler d'une espèce de réunion de femmes de chevaliers qui se déroulerait tous les mardi… »

xXx

C'était la première fois qu'elle partait en pleine journée.

Mais il fallait la comprendre : cette fois, Lancelot l'avait mise hors d'elle.

Elle était exclue de tout désormais, et Lancelot n'était même pas capable de faire en sorte d'imposer sa présence à ses côtés. Pourquoi était-elle là au juste ?! Elle n'y comprenait rien.

D'abord, elle avait cru qu'il n'était pas intéressé par le Graal. Ensuite, elle avait aussi pensé qu'il avait décidé d'être indépendant, de mener une vie simple. Il lui avait promis mont et merveille, qu'elle serait sa promise, qu'ils seraient ensembles et tout ça pour quoi ?! Elle qui détestait son rôle de reine, elle se retrouvait à présent dans une position où elle était presque celle de son camp, la considération en moins. Tout le monde la traitait comme « l'ex femme d'Arthur », elle avait même entendu le roi Loth la comparer à son épouse, la « catin » comme il disait, celle sur qui la moitié de la Bretagne était passée. Elle était là, la goutte de trop.

Comment pouvait-elle tolérer cela ?

xXx

Dieu qu'il était sur les nerfs.

Cette histoire de réduire les visites de Gueniévre à tous les mardi, ça commençait à lui courir sur le haricot. Mais, alors qu'il arrivait pour tenir une des réunions de la table ronde, il entendit son prénom.

Non… non ?

Arthur se figea avant de se précipiter vers un des couloirs.

« Vous êtes où ? »

Mais il ne fit face qu'au silence. Il devait devenir dingue.

Arthur soupira.

Depuis quand voyait-il des fantômes ?

Il rebroussa chemin d'un regard suspicieux.

« Depuis quand vous me reconnaissez quand je pleure ?

_ Je savais bien que j'avais pas rêvé, murmura-t-il pour lui-même, quasi soulagé. »

Mais bien vite, son soulagement fit place à une angoisse supplémentaire. Il la retrouva rapidement, et pris son visage en coupe.

« Qu'est-ce qu'il se passe, il vous ai arrivé quelque chose ? s'affola-t-il.

_ Non, renifla-t-elle. Enfin… non, mais j'allais tellement mal. Je ne savais pas où aller. »

Arthur fronça les sourcils. Il avait envie de l'engueuler comme une malpropre. Venir ici en plein jour, elle devait avoir perdu la tête ?! Sans compter qu'elle était monté jusqu'à ce couloir, quitte à se faire repérer par les gardes, par les serviteurs, par sa femme merde !

Mais quand il fit face à son regard humide, il n'eut pas la force de gronder. Parce qu'en plus, cela faisait des jours qu'il ne l'avait pas vu, que ça le torturait.

« Venez, dit-il en prenant sa main.

_ Arthur, vous avez des choses à faire, je n'aurais pas du.

_ J'ai dis venez, vous êtes vraiment une têtue vous. »

Gueniévre hocha la tête et le suivit discrètement, jusqu'aux chambre d'amis. Il y entra, avant de poser un panneau devant la porte et de la fermer.

« Qu'est-ce que c'est ?

_ Une fois, je me suis retrouvé au pieu avec un prêtre. Du coup depuis, j'ai fais installé un système pour faire comprendre aux gens que les chambres étaient occupés.

_ Au lit avec un prêtre ?

_ Longue histoire. »

Gueniévre sourit un peu, avant de sécher à la main les sillons humides formés sur ses joues.

« Arthur, je ne veux pas en parler, finit-elle par dire. »

Elle avait honte, si honte. Parce que Lancelot était obsédé par ses mission de chevalier, par le fait d'être le meilleur, irréprochable, qu'elle le sentait capable de la mettre sur la sellette pour ses affaires, qu'il ne défendait et défendrait jamais qu'une chose : son honneur. Pour lui, la chevalerie passait avant tout, avant tout le reste, avant elle. Tout ce qu'elle voulait, c'était compter. Et pourtant, oui, elle l'aimait lui aussi. Elle ignorait de quelle façon, mais Lancelot avait été là pour elle dans les pires moments, et ce genre de choses rapprochaient les gens, non ?

Gueniévre se sentait perdu, avant de voir sa main pressée dans une autre. Arthur venait de s'asseoir à coté d'elle.

Il la sentait triste, et bordel, la tristesse, ça le connaissait.

Il se disait naïvement lui aussi, que elle devait être triste vis à vis de Lancelot, que les choses ne se concrétisent pas, qu'elle ne connaisse pas cet amour qu'elle convoitait tant. Mais les choses étaient en vérité bien plus compliquées.

« Je comprends, se contenta-t-il de répondre. »

Il avait été dans cette situation un paquet de fois. Autant dire qu'il n'avait jamais eu franchement envie de s'épancher sur ses problèmes.

« Reposez-vous, dit-il alors en se levant.

_ Quoi ? Non, restez avec moi, supplia-t-elle.

_ Alors là, il en est hors de question.

_ S'il vous plait !

_ Mais non enfin !

_ Pourquoi ?

_ Vous avez besoin de vous reposer, vous êtes triste et je n'ai pas envie d'avoir l'impression de profiter de vous.

_ Quoi, mais qu'est-ce que vous racontez ?

_ Vous voulez que je fasse quoi ? demanda soudain Arthur. Je vous écoute, je suis présent, je suis là, sans parler même, et puis vous cédez en m'embrassant, on fini par faire nos petites affaires ? Non, désolé mais c'est exclu, je vous respecte bien trop pour profiter d'un état de faiblesse de votre part.

_ Mais avant, quand j'étais triste, vous restiez avec moi, minauda-t-elle.

_ Oui, sauf que… bah…

_ Quoi ?

_ J'arrivais à me retenir, voilà. »

Gueniévre fronça les sourcils, les bras croisés.

« Ça fait une semaine qu'on ne s'est pas vu, souleva Arthur.

_ Pas tout à fait.

_ Peu importe. Vous vous pointez et en plus, on se retrouve dans le même lit.

_ Oh d'accord, je crois que je commence à comprendre maintenant. »

Arthur soupira en levant les yeux au ciel, soulagé.

« Vous croyez que je vais recommencer à vous gonfler.

_ Mais pas du tout, râla-t-il.

_ Vous voyez ? A peine on se retrouve dans la même chambre qu'on recommence à se disputer.

_ Ça vous dit quelque chose, l'idée de tension ?

_ Mais on ne fait rien, enfin, presque rien, reformula-t-elle. En plus, comment pouvez vous être tendu si je ne suis plus là pour vous taper sur le système.

_ Vous captez pas que c'est ça, le truc ?! »

Non, cette fois, elle était vraiment perdue.

« Plus le temps avance, plus vous me rendez dingue, vous pigez ? Si vous croyez que c'est simple. Vous me rendez fou, et pas dans le sens où vous l'entendez, alors oui, je deviens un poil irritable à la longue, et ça date pas d'hier.

_ Quoi, vous êtes imbuvable parce qu'on ne fait rien ensemble, c'est ça ? »

Arthur resta planté là, silencieux avant d'évacuer ça d'un geste de la main.

« Bref, vous avez ce qu'il vous faut, je vous laisse.

_ On pourrait éviter de se disputer, s'il vous plait ? Je sais qu'on n'a pas eu un mariage heureux, j'ai compris que notre union était voulu pour le bien du peuple et pas le notre, mais vous êtes le seul dont la présence me permet d'être moins triste. Ne cherchez pas à comprendre, je ne me l'explique pas, c'est juste comme ça. »

Arthur la regarda avec sincérité, avant de sentir son estomac se serrer de nouveau. Il était à deux doigts de céder. Comment ne pas le faire, face à quelqu'un vous parlant de cette façon ?

« Gueniévre, vous êtes fatiguée, vous êtes venue en pleine journée, j'ignore pourquoi, mais je veux votre bien, je veux que vous vous reposiez. Je vous promet de revenir rapidement, quitte à tanner votre père pour qu'il me couvre, ça vous va ? »

Timidement, la jeune femme lui accorda un simple rictus, avant qu'il ne s'éloigne et ne ferme la porte.

Elle l'observa ainsi longuement, avant de soupirer et de s'allonger dans les draps. Ce confort, elle ne l'avait pas connu depuis bien longtemps.

Mais son coeur se serra encore, quand elle repensa à Lancelot. L'aimait-il vraiment ? Est ce que la quête du Graal aurait raison de ces deux hommes si chers à son cœur ? Si elle demandait à Lancelot de tout abandonner, il n'en ferait rien. Pourtant, il pourrait, pas vrai ? Il n'était pas l'élu, lui. Il ne comprenait pas que les fleurs et les poèmes, elle s'en fichait. Quand elle se plaignait d'Arthur, de son manque de romantisme, de ses aspirations romanesques envers toutes sauf elle, ce n'était guère de cela dont il était question. Elle se fichait de ce genre de détails dans le fond, et finalement, ce que lui donnait Arthur depuis qu'elle l'avait quitté était suffisant. Il prenait soin d'elle.

Il l'avait toujours fais, en y repensant. Quand il la prenait dans ses bras la nuit, quand il calmait ses peurs, quand il lui donnait l'occasion d'être seule, quand il bousculait son programme lorsqu'elle était triste et qu'elle voulait qu'il dorme avec elle…

Arthur ne l'aimait peut être pas de la façon dont elle le voulait, mais elle ne pouvait pas dire qu'il n'avait rien fait, bien au contraire. Il s'était même trouvé plus d'une fois conciliant, là où Lancelot demeurait si intransigeant, si autoritaire et pointilleux.

Mais Dieu, Arthur lui avait tant fait de mal aussi, quand elle l'avait surpris ce soir la. Sa légèreté l'avait fat souffrir. Et elle ignorait qu'elle pouvait souffrir autant. Avec Lancelot, c'était plutôt différent.

Lorsqu'elle souffrait de sa situation avec son époux, elle avait l'impression qu'il voulait la sauver, mais maintenant qu'elle s'en était extirpé, seule d'ailleurs, c'était comme si elle avait perdu de l'intérêt à ses yeux. Pire encore, il ne lui laissait aucun droit à l'erreur. Le coeur de Genièvre se serra plus encore. Quelle ironie, elle se sentait désormais piégé dans les attentes idéalisés et sévère de Lancelot, ainsi que dans ses sentiments ambigües envers son ancien mari.

Sans qu'elle s'en aperçoive, ses yeux tombèrent d'eux même et elle s'assoupit après avoir pleurer une dernière fois.

xXx

Autant dire que la situation avait été difficile à gérer.

Arthur avait annulé les doléances du jour, deux réunions, il avait aussi relégué une d'entre elle à Léodagan, prétexté un déplacement imaginaire et tout cela dans le dos de sa femme. Il n'en était pas fier, mais il avait du lutter pour ne pas laisser entrevoir son inquiétude à la vue de Gueniévre le matin-même.

Elle avait vraiment l'air bouleversé.

Ayant pris soin de noter dans quelle chambre il l'avait laissé, Arthur revint à peine deux heures plus tard, il n'avait pu faire mieux. Lorsqu'il était entré dans la pièce, il était tombé sur elle, dormant au dessus des draps, les bras s'entourant elle-même. Ses joues étaient rouges, et il jurait que ses yeux le seraient aussi à son réveil.

Prenant garde à ne pas faire un bruit, le roi la regarda un instant, avant de s'asseoir sur le matelas, juste à côté d'elle.

La situation lui avait drôlement échappé ces derniers temps. Il avait mis cinq ans à la rejeter de toutes ses forces, tant il lui en voulait d'avoir pris cette place de reine. Il était si bien avec Aconia, et puis elle était arrivée là, s'imposant dans sa vie, elle, Gueniévre, cette femme beaucoup trop simple, aux antipodes de sa première femme.

Elle avait les cheveux clairs, elle avait des formes, le teint pâle, elle n'était pas aussi instruite ni gracieuse, c'était une femme simple et un peu cruche. Toutes ces années, la comparaison était si éloignée que ce constat s'était imposé à lui, et de là aussi, sa promesse à laquelle il n'avait pas voulu faire l'impasse.

Arthur avait aimé Aconia, il l'avait choisi, elle. L'amour ne pouvait s'imposer.

Mevanwi était dans un mariage malheureux, comme lui. Il n'irait pas jusqu'à comparer Karadoc à sa femme, loin de là. Mais son mari était aux antipodes de ses espérances à elle, tout comme Gueniévre l'était de lui. Alors, il avait pensé qu'elle l'aurait compris, qu'ils auraient pu être heureux ensembles de cette façon. Mevanwi était de la même trempe, amatrice de belles lettres, de finesse, appréciant la vraie valeur des choses… Alors pourquoi était-il retourné vers Gueniévre ? Pire que cela, pourquoi commençait-il à devenir intime avec elle ?

Il devait avoir un sérieux problème avec l'engagement.

Ce qui lui faisait le plus mal, c'était l'idée de trahir Lancelot, ce qui était plutôt idiot quand on pensait au fait que c'était techniquement lui qui lui avait piqué sa femme. Enfin, qu'à cela ne tienne, Arthur n'était pas intéressé par la reine de Bretagne, il voulait juste… Gueniévre. Là où sa candeur l'agaçait avant, désormais il la voyait comme un moyen d'échapper à des responsabilités trop lourdes, et son innocence était une chose si rare qu'elle méritait d'être protégé. Il avait un peu l'impression d'avoir failli à sa mission d'époux avec elle. Le respect, l'honneur, il ne lui avait pas franchement accordé, et pourtant, elle était resté. Oui, elle était resté, jusqu'à ce qu'il lui dise qu'elle n'était rien, jusqu'à ce qu'il bafoue son propre honneur de souverain en s'acoquinant de de la femme d'un chevalier, jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'il ne l'aimait définitivement pas, qu'il finisse par se montrer définitivement indigne d'elle.

Pour cela, il ne s'en voudrait jamais assez, car elle méritait définitivement mieux. Il avait juste tellement été aveuglé par son propre malheur qu'il avait occulté le sien. Et pourtant, quand elle était revenue, il l'avait accueilli comme une amie, et elle l'avait écouté, comme un ami. Alors, ils n'avaient peut-être pas tout à fait bafoué leurs respects mutuels, ce qui était rassurant en un sens, car jamais il ne lui avait voulu du mal. Mais quelque chose d'autre s'était imposé à lui, quelque chose qu'il n'avait pas prévu du tout : du désir.

Arthur désirait Gueniévre, il l'avait toujours désiré, parce qu'elle était gentille, drôle, loyale, fragile, et avec son charme à elle. Il l'ignorait simplement lorsqu'elle était sa femme car il avait emporté sa rancoeur avec lui le jour de son mariage. Mais maintenant, peut-être entrevoyait-il la possibilité de lui faire comprendre qu'il pouvait aussi arrêter de lui en demander tant, arrêter de lui mettre tout sur le dos ? De toute façon, pour ça, ce serait bien difficile étant donné qu'elle n'était plus là. Qui plus est, il ne pouvait pas reporter ce schéma avec Mevanwi, vu qu'il l'aimait. Enfin, surement, pour ce qu'il en savait, de l'amour.

Un jour, Gueniévre lui avait dit qu'il était incapable d'être amoureux, ça l'avait fichu dans une rage folle. Mais maintenant, il commençait sérieusement à se demander si elle n'avait pas raison.

Gueniévre remua sur place avant de grogner. Elle posa sa main sur la cuisse d'Arthur, sans même ouvrir les paupières.

« Vous grincez des dents, chuchota-t-elle d'une voix semi endormie.

_ Quoi ?

_ Vous grincez des dents, répéta-t-elle. Vous faites ça quand vous êtes préoccupé. »

Cette fois, il vit ses yeux papillonner avant qu'ils ne se posent sur lui.

Et oui, ils étaient rouges, un peu.

« Vous allez mieux ? demanda Arthur d'une voix douce.

_ Et vous, vous allez mieux ? répéta Gueniévre. »

Elle s'était toujours préoccupée tellement de lui, allant jusqu'à s'oublier elle même.

« Pourquoi pleuriez vous ce matin ? Demanda Arthur.

_ Vous… vous allez trouver ça bête.

_ Je vous jure que non.

_ C'est à cause du roi Loth. »

Arthur fronça les sourcils. Qu'est ce que ce clampin venait faire la dedans ?

« Il… il a dit que j'étais une catin.

_ Quoi ?! S'exclama soudain Arthur, hors de lui.

_ Plus précisément « une salope ». Il disait cela car je suis venue vers Lancelot après avoir été avec vous, ça m'a blessé.

_ Mais et Lancelot, qu'est ce qu'il a dit ?!

_ Rien, c'est… politique, soupira-t-elle.

_ Comment je lui aurais defoncer sa tête, lâcha Arthur, soufflé.

_ Ça m'a touché car c'est la toute l'ironie : je suis encore vierge. Et pourtant même ainsi, je me trimbale une mauvaise réputation. J'ai commencé à mettre beaucoup de choses en questions.

_ Il est le seul à penser ce genre d'atrocités, soyez en sûre. De toute façon, je connais la vérité, vous aussi et Lancelot également. »

Arthur posa sa main sur celle de Gueniévre. Il se pencha sur elle, puis hésita, alternant son regard entre sa bouche et son regard.

« Vous n'êtes pas une catin, et le roi Loth est un sale con.

_ Merci Arthur. »

Il lui sourit alors doucement, avant de caresser le plat de sa main de son pouce. Ses yeux l'observant elle avec une certaine envie, il n'arrivait pas à penser à autre chose qu'à l'embrasser, la tout de suite.

« Pourquoi on fait ça ? demanda-t-elle d'une petite voix.

_ Faire… quoi ? murmura Arthur, hésitant. »

Gueniévre comprit ce que Arthur proposait à travers cette question simple : une parenthèse sur laquelle ils fermeraient volontairement les yeux. Jusqu'à quand ? Aucun des deux ne le savait.

Mais c'était simple, tellement plus simple de faire comme si, de se cacher derrière des questions rhétoriques plutôt que d'admettre quoique ce soit, d'un côté comme de l'autre. Avouer, c'était prendre des responsabilités, avouer, c'était prendre le risque de lui faire du mal sans réussir à se pardonner.

Gueniévre se sentait vraiment oppressée par sa vie au camp, par les attentes de Lancelot. Elle avait besoin de ça. Elle voulait ça, ne plus être considéré comme une déesse mais comme une femme ordinaire. Pour une fois, c'était tout ce à quoi ils aspiraient : être ordinaire.

« Rien, souffla-t-elle en approchant sa bouche de la sienne. »

Avec ce simple mot, elle venait d'accepter sa proposition.

Arthur suivit son mouvement, gardant son regard fixé sur ses lèvres jusqu'à ce qu'elles ne touchent les siennes. Alors, il ferma les yeux, savourant chaque seconde de cet instant, prenant une inspiration pour mieux sentir son parfum et une main dans ses cheveux pour qu'elle reste encore un peu, juste un peu. Il n'y avait aucune passion là dedans, et pourtant, cette simplicité lui faisait un bien fou.

Gueniévre pressa ses lèvres pendant qu'il remuait les siennes, et Arthur entoura ses doigts dans ses boucles avant qu'elle n'entrouvre enfin la bouche, l'appréciant enfin et lui donnant l'occasion à lui de le faire, chose pour laquelle il ne se fit pas prier.

Ainsi, la jeune femme s'enfonça dans son oreiller tandis que Arthur se pressa contre elle, caressant sa langue autour de la sienne alors qu'ils gémissaient de concert. Lentement, Arthur commença à retirer sa ceinture sur laquelle étaient accrochés ses armes, et la fit tomber au sol en un bruit sourd. Toujours sans quitter ses lèvres, elle l'aida à retirer son armure. Ses gestes, lents et calculés, l'étaient de moins en moins au fil des secondes.

La revoir après une si courte absence pourtant, cela avait ravivé de nouveau cette flamme en lui qu'il ne voulait reconnaitre. Il avait définitivement lâché les armes de ce côté là.

Enfin merde, il s'était décarcassé pour la repousser, ne lui donner aucune affection et tout ça pour quoi ? Echouer lamentablement à le faire détester. Il ne voulait profiter de ses sentiments à son égards, mais merde, ne méritaient-ils pas un peu de souffler ?

Arthur grogna en sentant Gueniévre serrer son cuir chevelu, et entama malgré lui, un lent mouvement alors qu'il l'écrasait de tout son poids. Leurs deux bassins emboîtés, c'était si lubrique que leurs respirations devenaient hachés. La jeune femme émit un léger râle de plaisir, avant de se figer un peu.

Tremblant, Arthur se détacha avec difficulté d'elle, essoufflé.

« Tout va bien ? lui demanda-t-il, déglutissant face à toute cette envie tiraillante qui le saisissait, luttant pour ne pas continuer ce qu'il faisait.

_ Oui, souffla-t-elle. Enfin… j'ai… je n'y connais rien et je ne veux pas faire… n'importe quoi.

_ Vous ne ferez pas n'importe quoi.

_ Comment est-ce que vous le savez ? minauda-t-elle.

_ Parce que je le sais, c'est tout. En plus, vous savez qu'on ne peut pas se permettre de le faire vraiment.

_ Ça ne va pas me suffire, ça.

_ Ai-je l'habitude de faire n'importe quoi, moi ?

_ Non… mais…

_ Tant que vous êtes avec moi, ça ne risquera pas, alors ne vous inquiétez pas, d'accord ? »

Gueniévre, malgré toutes ses blessures, avait toujours eu une foi aveugle envers son mari, et il le savait. Elle avait besoin de lui, elle avait besoin de se reposer sur lui et lui, avait besoin de ce qu'elle lui offrait.

Il n'était pas encore prêt à rompre sa promesse. Psychologiquement, il ne se sentait pas d'attaque à faire table rase de son passé et de cette blessure d'avoir été abandonné par son premier véritable amour. Mais Gueniévre, elle, elle ne pouvait vivre la même chose que lui, pas vrai ? Alors, il lui fallait parvenir à maintenir sa promesse, la maintenir et la combler, elle aussi.

Lentement, Guenièvre ôta le dernier vêtement qu'Arthur portait, alors qu'il s'occupait de sa robe légère. Lorsqu'il sentit leur deux torse nus collés l'un à l'autre, leur coeur battant à l'unisson, Arthur l'embrassa de nouveau avec la même passion qu'elle lui offrit. Ses lèvres tremblaient un peu, mais ses mains elle, serraient de plus en plus ses cheveux, ce qui le rendait fou de seconde en seconde. De nouveau, Arthur la plaqua contre le lit, et Gueniévre sentit sa dureté se frotter contre elle avec empressement.

Après un sursaut de confiance, elle parvint à le basculer pour l'enjamber. Elle le regarda avec une drôle d'étincelle dans le regard, comme si elle hésitait, comme si elle n'osait répondre à l'appel que son corps lui hurlait. Arthur se redressa alors un peu et guida sa main vers son entrejambe à lui avant qu'il ne plonge son visage dans sa poitrine. Guidés par les sensation que sa bouche provoquait en elle, Gueniévre commença à lentement parcourir la longueur du roi, et il l'a mena dans ses mouvement avant de soupirer son plaisir et de la presser plus encore autour de lui. Elle avait peur de lui faire mal. Seulement, des grognements et gémissements la confortait dans le fait de ne pas arrêter, et elle entama un lent va et viens. Arthur ôta sa main et quitta sa poitrine pour haleter, son visage dans son cou.

« Gueniévre, gémit-il.

_ J'ai envie de vous, murmura-t-elle. »

Le roi Arthur baissa sa main alors vers les plis de son ancienne femme, puis trouva le centre de son plaisir qu'il s'amusa à titiller à son tour. La jeune femme aspira soudain son air, transportée par cette sensation lui rappelant de délicieux souvenir d'elle, en pleine forêt, puis de lui, contre un arbre, entre ses jambes.

Il avait tellement eu l'air d'aimer cela, et elle aussi, voulait lui donner ce plaisir. Sa main quitta l'endroit dans laquelle elle l'avait laissé pour se concentrer sur son torse qu'elle parsema de baisers.

Troublé, Arthur eut de plus en plus du mal à se concentrer alors qu'elle semblait descendre, encore et encore.

« Qu'est-ce que vous faites, chuchota-t-il. »

Mais Gueniévre ne lui laissait toujours guère le temps de songer à tout cela alors que sa bouche continuait son chemin vers son ventre, puis plus bas encore.

« Oh merde, murmura-t-il, les yeux révulsés. »

Timide et entreprenante à la fois, elle fit courir ses baisers sur toute sa longueur, les appuyant avant de simplement sortir sa langue et de le découvrir.

« Vous allez me tuer, je jure, vous allez me tuer, répéta Arthur. »

Gueniévre rit contre lui de ses effets, avant d'avoir une once d'hésitation, puis se le prendre en elle, juste un peu.

« Oh non, ne me faites pas ça… »

Lentement, la jeune femme caressa sa grosseur de sa bouche, de sa langue, la parcourant avant d'entamer un rythme certain. Arthur prit sa main avant de la guider vers la troisième pièce qui constituait ce qui faisait de lui un homme. Gueniévre les pressa juste un peu avant d'entourer sa verge de sa main pour qu'elle suive son mouvement.

Elle entendit Arthur répéter son prénom comme une prière, se tortillant. Elle leva les yeux, et sourit un peu fièrement lorsqu'il trouva les siens. Elle continua un temps ses applications en ne le quittant du regard avant qu'il ne grogne et ne l'amène de force à sa hauteur en la prenant sous les aisselle, n'ayant aucune pudeur à la renverser sous lui pour l'embrasser avec une intensité inégalable. Frénétiquement, il se prit en main lui même pour se frotter entre ses lèvres plus basses, et dieu, c'était si fort, si cru et bestial, si fiévreux qu'elle se sentit venir en quelques secondes à peine. Sentir sa dureté titiller ainsi son entrejambe la rendait totalement folle de désir.

Gueniévre cria son prénom, comme un appel une première fois alors qu'il plaqua sa main sur sa bouche, histoire qu'elle n'ameute pas tout le château. Elle se raccrocha à sa main avant de garder dans sa gorge, le fruit de son plaisir, qu'elle n'arrivait plus à retenir elle même. Ce son étouffé fit gémir son roi encore et encore, avant que sa respiration ne devienne rapide et qu'il ne murmure son prénom, à elle aussi. Il n'allait pas tenir longtemps si elle continuait de prendre autant son pied.

« Gueniévre, gémit-il encore, arrêtez, arrêtez, supplia-t-il. »

Mais il était bien trop tard pour cela, alors qu'elle atteignait un orgasme lui faisait voir les étoiles, sa voix ne parvenant à s'échapper et restant étouffée par la main de son mari plaqué sur sa bouche. Arthur sentit les vibrations de son cri décharné, ainsi que son con trempé et il ne put s'empêcher de tout abandonner en un sale et dernier appel vers elle, brutal, animal. Son orgasme fut tellement ravageur qu'il termina sur elle sans même parvenir à se contrôler, finissant par un râle salvateur avant de s'écrouler, esseulé. Sa main était restée sur la bouche de Gueniévre, et il la retira lentement, essoufflé. Quand il le fit, il remarque qu'elle l'était tout autant, et qu'elle semblait revenir peu à peu sur terre.

Ils étaient tant hors d'haleine qu'ils restèrent ainsi un long moment, incapable de parler, tentant de prendre le contrôle de leur respiration.

« Est-ce que… entama Gueniévre, difficilement, est-ce c'est toujours… comme ça ?

_ Non… répondit Arthur, sérieusement avant de finir par rire doucement. Non. »

Doucement, Gueniévre finit par rire à son tour, évacuant toute la pression qu'elle avait accumulé, tout comme lui. Ils ne pensaient plus à rien et cela leur faisait tant de bien. Arthur finit par poser sa tête sur sa poitrine et elle caressa ses cheveux d'un air rêveur. Voilà qui était quelque chose qu'il ne faisait jamais. Mais les battement du coeur de Gueniévre le plongeait dans une paix singulière, une paix qu'il n'avait jamais connu encore.

« Désolée, soupira-t-elle. Je n'ai pas écouté quand vous m'avez supplié d'arrêter.

_ Ce n'était pas une vraie demande en réalité, j'avais juste…

_ Peur ? »

Arthur se redressa alors pour la regarder.

« Vous aviez peur de perdre les pédales ?

_ Un peu. C'est quand je suis impulsif que je fais le plus de gaffe.

_ Vous n'en avez pas fais.

_ Pas aujourd'hui, mais j'en ai fais. Avec Mevanwi. Et je veux pas trahir un ami après vous avoir trahi, vous. »

Gueniévre lui donna un mince sourire avant de lui embrasser la joue. Puis, elle se leva.

« Vous allez où ?

_ Aux toilettes pardi, vous croyez vraiment que je vais rester au lit comme ça ? »

xXx

A sa grande surprise, Arthur était encore là quand elle était revenue dans la chambre. Il l'avait regardé revenir à côté de lui dénudée et lui, en silence. Elle avait vu son regard sur son corps, comme s'il avait encore envie de partager un moment avec elle, ce qui était un peu impossible, non ?

« Quoi ? murmura-t-elle.

_ Rien, vous êtes juste…

_ Gauche ?

_ Confiante, un peu, précisa-t-il.

_ Oh. »

Elle n'avait pas remarqué de changement particulier, et soupira.

« Ça se voit pas trop j'espère ?

_ Non, enfin, j'en sais rien. Pourquoi ?

_ Je veux que personne ne soupçonne quelque chose.

_ Tant que personne ne vous voit à poil, c'est l'essentiel. »

Gueniévre rit un peu avant de se blottir contre Arthur.

« Personne… ne vous voit à poil, n'est-ce pas ? »

Cette fois, sa nature possessive reprit le dessus et Arthur ferma les yeux de dépit. Gueniévre eut un léger rictus triste en y songeant.

« Non, finit-elle par répondre. »

Comme si la réalité venait de prendre le relais, ils finirent par retourner dans leur bulle respective, leur monde fait de responsabilités, et d'un micmac de noeuds relationnels entremêlés.

« Il n'y a que vous, osa-t-elle préciser. »

Gueniévre remonta ses yeux en même temps qu'Arthur baissa les siens.

« Il n'y a toujours que vous, répéta-t-elle. »

Arthur la regarda avec une émotion étrange avant de poser sa main sur sa joue et de se jeter sur ses lèvres de nouveau. Leur baiser devint plus passionné encore, avant qu'il mordille sa lèvre inférieure, la serrant contre lui un peu plus.

« Tu es à moi, marmonna-t-il contre sa bouche exquise dont il ne pouvait se lasser.

_ Oui, trembla-t-elle contre lui avant qu'il ne reprenne l'assaut de son corps. »

Arthur descendit cette fois plus franchement entre ses jambes qu'elle ouvrit d'emblée pour l'accueillir. Sans ménagement, il lécha avec avidité son organe, papillonnant, appuyant, glissant sur chaque parcelle de sa peau pour finir par la pénétrer de sa langue. Gueniévre en eut le souffle si coupé qu'aucun son ne sortit de sa gorge. Puis, elle perdit de nouveau à le contrôle de sa respiration. L'acharnement de sa langue s'afferant à lui arracher ce plaisir charnelle la rendait dingue et ses gémissements furent de moins en moins contenus. Elle le sentit, traverser ses plis, insister sur ses zones les plus sensibles dans le but de la propulser vers ce pallier tant attendu.

« N'arrête pas, supplia-t-elle, encore, encore »

Et Arthur se sentir près à exploser lui aussi. Si elle continuait a l'appeler ainsi, il allait faire une connerie. Si elle ne jouissait pas la, tout de suite, il la ferait sienne. Alors, ses mouvements devinrent plus lascif et sensuel avant qu'il ne passe une dernière fois sa langue de son bouton et qu'elle presse sa main juste à temps sur sa bouche pour retenir un hurlement. Il la sentit jouir contre lui. Il resta ainsi quelque seconde encore contre son corps tremblant, puis se détacha enfin de son entrejambe, fier d'avoir résister à l'envie de la prendre et tout autant de l'avoir délivré.

« Arthur, Arthur, répéta-t-elle d'une voix basse, essoufflée, et remuante dans tous les sens. »

L'homme rit de nouveau contre elle avant de remonter et d'oser prendre ses fesses dans ses mains, son corps collé au sien.

« Oh vous allez m'achever, se plaigna-t-elle, toujours aussi prompt à s'agiter sur place. Et en plus vous en êtes fier. »

Arthur rit et s'amusa à glisser sa langue sur sa peau transpirante. Elle avait le gout salé de l'amour et ça ne la rendait que meilleure. Il pourrait la dévorer sans état d'âme s'il le pouvait et cet élan singulier envahissait son esprit.

Alors il mordilla doucement sa peau et elle se tortilla en riant des chatouilles qu'il lui provoquait.

« Peut-être que je le suis un peu, avoua-t-il.

_ C'est déloyal, puisqu'il n'y a que vous.

_ Ne le redites pas ou je vais vraiment finir par céder.

_ Mais c'est vrai enfin ! accusa-t-elle.

_ Je crois que c'est le tutoiement qui doit… jouer, j'en sais rien. »

Arthur finit par se mettre sur le côté, sans détacher pourtant la jeune femme de lui. Il sentait son humidité sur sa cuisse tandis qu'elle le regardait embrasser amoureusement son bras, allant et venant jusqu'à son épaule. Elle frissonna alors, troublé de nouveau. Arthur cessa un instant et se mit sur le dos, songeur.

« Vous savez ce qui serait dingue ? Murmura-t-elle en posant sa tête sur son pectoral.

_ Non… lâcha Arthur, méfiant.

_ Qu'on le fasse, mais en même temps, dit-elle en mimant la chose avec des mains.

_ Quoi, s'exclama-t-il en se redressant un peu, mais comment voulez vous qu'on… »

Soudain, Arthur réalisa ce qu'elle sous entendait et eut un coup de chaud. Son regard s'arrondit et sa bouche s'assécha. Guenievre qui le regardait, se pinça la lèvre de gêne et de curiosité à la fois.

« Oh Seigneur, jura Arthur en retombant sur le matelas.

_ Quoi, vous voulez pas essayer ?

_ Vous rigolez ou quoi. »

Arthur prit une inspiration profonde.

« Bien sur qu'on va le faire, maintenant que vous m'avez fichu cette image dans la tête ! »

Cette fois, elle rit franchement avant de lui donner de tendres baisers tout près de l'oreille et qu'il ne soupire a son tour.

« Vous et vos idées… »

xXx

Guenievre chantonnait en ramassant des fleurs, l'air ravi. Mais Lancelot, du haut de sa cabane, la regardait avec suspicion.

Elle avait disparu durant près de quatre heures la semaine dernière. Il le savait car il avait fouillé le camp tout entier à sa recherche. Lorsqu'il l'avait retrouvé, elle avait prétexté une balade en forêt d'un air colérique après avoir évoqué les propos abjectes qu'elle avait entendu de la bouche du roi Loth. Quand il s'était apprêté à contre argumenter, il avait été frappé par une chose : son parfum. Il aurait juré sentir le même que celui d'Arthur.

L'homme l'avait côtoyé durant de nombreuses années et pouvait se targuer de reconnaître cette odeur si particulière, du cuir mélangé au savon. Mais il s'était dit que sa tête lui jouait forcément des tours.

Seulement ce matin, le doute était revenu. A son réveil, cette odeur lui avait de nouveau pris au nez alors que Guenievre dormait à poings fermés.

Il avait ainsi décidé de l'épier toute la journée. Ça n'avait rien donné de probant, hormis qu'il la trouvait étrangement… joyeuse.

Et Lancelot trouvait cela suspect.

Était-ce possible que Arthur la visite ? Il n'osait songer à une atrocité pareille. Du temps de son mariage, jamais il ne l'avait touché.

Mais s'il voulait l'atteindre lui, c'était ce qu'il pouvait indéniablement faire.

Il fallait qu'il sache, il ne supporterait pas que cet homme vienne de nouveau bousculer sa vie et ses principes au sein même de son camp, qu'il y insinue ses idées et sa présence comme un serpent.

Car c'était bien ce qu'il était n'est-ce pas ? Un serpent.

Alors, Lancelot se tourna gravement vers son second et le héla.

xXx

« Que se passe-t-il mon ami ? Demanda Guenievre en entrant dans sa cabane, curieuse.

_ Rien de grave, ne vous inquiétez pas, rassura Lancelot d'un sourire sincère. Puis-je vous parler de quelque chose ? »

La jeune femme acquiesça et prit place sur un siège, à ses côtés. Lancelot prit sa main dans la sienne. Elle songea immédiatement qu'il était bizarre aujourd'hui, elle le connaissait bien assez pour cela.

« Vous a-t-on déjà parler du diable ?

_ Le diable ? Repeta Guenievre, les sourcils froncés.

_ Oh vous êtes si innocente ma mie, je suis contrarié d'évoquer cette chose abominable en votre présence. »

Gueniévre fronça les sourcils, les yeux fixés droit devant elle. Ça lui disait quelque chose cette histoire, au milieu des sermons à rallonge du Père Blaise.

« Je vous parle de tentation.

_ Oh… Mon ami, si c'est à propos de la dernière fois, commença Gueniévre, gênée.

_ La dernière fois ?

_ Quand j'ai essayé de vous embrasser, rougit-elle.

_ Oh non, il ne s'agit pas de ça, sourit-il. »

Gueniévre lui sourit alors, soulagée.

« Alors de quoi voulez-vous me parler mon cher ?

_ Je vous parle de votre mariage avec… Arthur. »

Lancelot ferma les paupières de dépit. C'était la première fois qu'il prononçait de nouveau son nom, et il n'aimait vraiment pas ça.

« Je crains de ne pas comprendre.

_ Etes-vous sur qu'il ne vous ait jamais touché ?

_ Mais enfin, Lancelot, vous ne le savez malheureusement que trop bien… Après tout ce que nous avons pu nous dire durant toutes ces années, murmura-t-elle en se triturant les doigts.

_ Et depuis ces dernières semaines ? »

Gueniévre fronça de nouveau les sourcils, mais sentit son coeur battre un peu plus fort. Elle espérait qu'il ne l'entende pas.

« Gueniévre, je vous soupçonne de continuer de le voir.

_ C'est ridicule, trancha-t-elle. Arthur a une nouvelle femme maintenant, dans quel but voudrais-je reprendre contact avec lui ?

_ C'est justement de ça dont il est question : la tentation. Je connais cet homme, et je peine à croire que vous séparer de votre mari soit chose si aisée. Pire encore, il a une forte inclination pour les femmes qui lui échappent me semble-t-il. »

La jeune femme sentit ses oreilles bourdonner, de rage, de peine. Insinuait-il qu'elle ne l'intéressait que parce qu'elle n'était plus à lui, comme un enfant face à un jouet ? Arthur l'avait toujours respecté, même s'il avait été infecte avec elle par moment.

« Est-ce que ma parole vous suffit ? Parce que je vous jure Lancelot, que je suis encore bel et bien préservée.

_ Voyez-vous encore Arthur, oui ou non ? »

Gueniévre soupira en baissant les yeux au sol, comme une gosse pris en faute.

« Il m'est arrivé de le revoir, oui. Je suis désolée. Mais je n'ai fourni aucune information sur vous, soyez-en sur… Je voulais juste m'assurer qu'il aille bien. »

Lancelot soupira alors de dépit.

« Je vous crois ma mie. »

Cette fois, elle souffla de soulagement.

« Malheureusement, c'est en lui que je n'ai aucune confiance. »

C'est après cette parole que le seigneur Galessin entra timidement dans la tente du couple, suivit de près par un homme qu'elle avait déjà vu trainer au camp une fois ou deux, lequel ferma les tentures les couvrant de l'extérieur.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?

_ Mon amie, je dois vérifier que ce que vous dites est vrai.

_ Mais enfin, je vous le jure. »

Lancelot resta impassible, et doucement, le regard de Gueniévre devint à la fois perdu et terrifié.

« Lancelot, s'il vous plait, supplia-t-elle. Arthur ne m'a rien fait.

_ Il représente la tentation même ! s'emporta le chevalier. Cet homme a eu des maitresses, il ne vous a jamais respecté, il accueille n'importe qui à sa cour. Ses idées sont arriérés, et sans respect pour le code d'honneur de la chevalerie.

_ Arthur est un roi respecté, lança Gueniévre en se levant soudainement de sa chaise.

_ Mais est-il respectable ? Je ne crois pas.

_ Et moi ? N'est-ce pas le plus important ? Doutez-vous de mon honnêteté ? Doutez-vous de ma capacité à vous être respectable ?

_ Non, bien sur que non, répondit-il, de nouveau avec un rictus qui lui donnait maintenant d'horribles frissons.

_ Alors vous n'avez pas besoin de vérifier quoique ce soit.

_ Malheureusement, lorsque nous parlons d'Arthur, il est question de tout vérifier ma mie. »

La jeune femme tourna son regard vers les deux hommes, avant de tenter de se sauver. Malheureusement, pauvre femme fragile contre deux hommes entrainés, elle n'avait aucune chance et se sentit prise au piège comme une vulgaire poupée de chiffon.

Gueniévre se débattit de toutes ses forces et, lorsqu'elle tenta de crier, effrayée, Galassin lui mit machinalement la main sur la bouche pour couvrir sa voix.

« Monsieur, dois-je… ? demanda-t-il, un peu perdu.

_ Gueniévre, appela doucement Lancelot, se voulant rassurant. »

Le regard auquel il eut droit fut si incendiaire qu'il n'osa continuer d'avancer, au risque qu'elle s'en prenne physiquement à lui. Mais tout cela, c'était pour son bien. Si sa pureté était prouvé, deux homes seraient prêts à en attester. Il pourrait ainsi même faire d'elle, une sainte !

« Ça ira vite, je vous le promet. »

Le regard de Gueniévre, toujours aussi meurtrier commença à se brouiller de larmes, larmes de colère, de peur, de désillusion, de trahison. Elle se secoua la tête pour signifier son désaccord avec toute cette pratique, si barbare et invasive. Personne ne l'avait jamais touché à cet endroit, personne, et elle avait toujours imaginé que ce serait Arthur qui le ferait, qu'il était le seul en le droit de le faire, le seul en qui elle avait confiance. Un sanglot s'échappa de sa gorge, étouffé par la main du chevalier qui l'allongea de force sur le matelas de cette horrible cabane.

Lancelot resta là, debout comme un spectre, ses mains jointes au dessus de son menton comme lors d'une prière.

La robe de Gueniévre se fit légèrement soulevé, et elle tourna soudain son regard noir vers le visage de Lancelot. L'homme sembla soudain troublé par ce geste, mais elle ne décoléra pas. C'était comme s'il venait de la perdre à cette seconde précise, sans qu'il ne veuille l'admettre.

Pas une seule fois elle ne regarda les deux chevaliers qui maintenaient ses quatre membres cloués au lit. Elle ne cilla presque pas quand cette main, cette horrible main ganté de cuir blanc s'insinua sous son vêtement. Elle ferait tout pour oublier cet instant, tout, mais elle refusait de détacher son regard incendiaire du visage du responsable de ce carnage, pour que lui, n'oublie jamais.

Quand deux doigts s'insinuèrent en elle sans cérémonie, Gueniévre émit un son de douleur étouffé, tentant une ultime protestation avant qu'un sanglot ne se bloque dans sa gorge.

« Allez y doucement, gronda Lancelot.

_ Vous êtes marrant, mais c'est pas quelque chose qu'on fait dans la dentelle.

_ J'ai dis doucement, sinon je vous fais écarteler, c'est clair ? »

Voilà que maintenant, il se faisait passer pour son sauveur. Gueniévre en eut un haut le coeur. Où était son ami, celui qui lui donnait cette épaule sur laquelle pleurer, celui qui la suivait dans toutes ses extravagances, notant avec minutie les anniversaires des gens du château avec elle, la faisant sourire et rire quand elle avait envie de pleurer, n'oubliant jamais sa fête, l'écoutant chaque jour et chaque nuit. Où était cet homme ? Lancelot, du moins, cette partie de lui lui manquait terriblement. Et de nouveau, Gueniévre sentit la solitude s'abattre sur elle comme un couperet.

Galessin remua ses doigts en elle alors qu'elle recommença à s'agiter. Il lui faisait si mal, c'était de loin la plus horrible expérience qu'elle n'avait jamais vécu.

Puis, Gueniévre finit par quitter le regard de Lancelot et le fixa sur le plafond. Elle ne se débattait plus, attendant sa sentence, la fin de cette souffrance avec passivité.

Elle qui avait tout abandonné pour cet amour qu'elle avait idéalisé, elle qui avait lâché son statut de reine, elle qui n'avait jamais été capable de plaire à son mari, de faire la seule chose qu'on lui demandait de faire, elle était maintenant cloué dans une cabane morbide au fond des bois, un inconnu trifouillant son intimité afin de vérifier l'état de sa virginité après plus de cinq ans de mariage. Elle se sentait si misérable.

La douleur resta un temps, avant que le chevalier ne retire ses doigts, lui arrachant une dernière vague de douleur. Elle eut le réflexe de serrer les jambes juste après qu'il lève son gant vers Lancelot, un gant taché de petites gouttes de sang.

« Toujours vierge. »

Ces mots raisonnaient en elle comme un coup de plus, un coup de trop. Gueniévre ferma les paupières.

Elle se jura de ne plus jamais repenser à cet instant, de tout faire pour l'oublier, quitte à le reléguer tout au fond du tiroir de ses pensées, là où personne n'irait jamais fouillé.

« Ma mie, je suis désolé, vraiment désolé, se précipita Lancelot à son chevet, alors que les chevaliers relâchaient leur prise et s'en allaient solennellement. Je jure de ne plus jamais vous quitter, plus d'une semelle. Je renforcerais les gardes dans le camp, et vous ne serez ainsi plus tenté par cet horrible personnage ! Votre pureté est ce qu'il y a de plus cher ici, soyez en sur, je la préserverais à tout prix. Je suis si fier de vous. »

xXx

Son absence fut un coup dur, un terrible coup dur. Il l'avait longuement attendu la première fois, puis le lendemain, et encore le surlendemain.

Force avait-il été contraint d'accepter l'inévitable : Gueniévre ne reviendrait pas.

Durant plusieurs jours, des images avaient envahi ses nuits.

Avait-elle consommé son union avec Lancelot ? S'était-elle fatiguée de leur brève histoire ? Une partie de lui était heureux de lui avoir offert cela, mais une autre, cachée, souffrait en silence. Jamais Arthur n'admettrait la vérité, mais elle était bien là, planquée derrière une myriade de sarcasme, de lassitude et de tristesse : elle lui manquait. Sa femme, lui manquait.

Il se déroula encore deux semaines de la sorte, durant lesquelles Arthur se remettait à ne dormir que quatre heures par nuit, durant lesquelles il fixait Mevanwi parfois avec une sensation de culpabilité écrasante. Il se devait d'être heureux avec elle, il avait été beaucoup trop loin. Avec le temps, Arthur se persuada que Gueniévre était elle aussi, beaucoup plus heureuse ainsi.

Il avait réparé ses conneries avec elle, lui avait sans doute donné les clés du bonheur, qui sait ? En tout cas lui, ça l'avait rendu… bien.

Puis une nuit, Karadoc se mit à hurler d'une espèce de peur des spectres sortie de nulle part.

Contraint de resté à ses côtés pour avoir la paix, il avait ébranlé sans le savoir, toutes les convictions de son roi.

Et si Gueniévre était retenue contre son gré ? Et si elle était dans une situation merdique là bas ?

Arthur resta un moment pensif à ce propos, et laissa couler plusieurs jours. Karadoc devait forcément se gourrer, non ? Il se sentait con de ne pas avoir pensé à ça.

Mais après, ce fut au maitre d'armes d'en remettre une couche. Lui qui lui avait toujours été fidèle, qui était loin d'être bête, lui qui s'était mis en tête qu'il avait abandonné la quête du Graal, Lancelot et surtout… elle. Ce constat lui fut envoyé en pleine face. Il avait abandonné Gueniévre.

Et dieu, c'était si douloureux. Alors… alors il se mit à élaborer son plan, de son côté.

Il alla voir Merlin pour lui demander de trouver les armes lui permettant de s'infiltrer sur le camp de Lancelot, avec un succès somme toute, mitigé étant donné qu'il avait du s'acharner sur l'enchanteur qui ne pigeait rien à son concept de plaque de dissimulation. Et que dire lorsque Léodagan et Dame Séli s'étaient plaint de la rumeur de leur mort ?

Arthur avait rongé son frein, car il avait été certain, oui certain que Gueniévre aurait forcément agit en conséquence, si elle avait eu vent de ces horribles bruits à propos de ses parents. Une fois encore, rien.

Sa décision était prise, depuis tant de temps. Il se devait d'aller la sortir de là.

Il savait que s'il la récupérait. Guenièvre redeviendrait sa femme, il ferait tout pour et il y arriverait indéniablement. Mais il savait aussi que sa promesse reviendrait sur le tapis, et qu'il finirait de nouveau tourmenté.

Mais après qu'elle se soit ainsi offerte à lui, après ces appels à l'aide que lui, con qu'il était, n'avait vu que bien trop tard, c'était le moins qu'il pouvait lui offrir, non ?

Mais avant, il devait parler à Mevanwi. Longtemps, il avait retourné cela dans tous les sens. Arthur aimait Mevanwi. Enfin, il pensait l'aimer, il n'était jamais sur, mais elle ne l'énervait pas, alors ce devait être vrai, non ? A cette question, le roi souffla une énième fois.

Il ne voulait admettre que le problème venait de cette fichue promesse. Mais plus rien n'avait d'importance désormais. Il ne pouvait plus fuir.

« J'aimerai une doléance avec Dame Mevanwi, demanda durement Arthur.

_ Quoi ?

_ Vous avez très bien entendu. »

Fin… car vous connaissez déjà la suite.