Voici un petit OS que j'ai écrit il y a quelques temps, mais que je publie seulement maintenant. En espérant qu'il vous plaira :)
Disclaimer : On connaît la chanson, les personnages ne m'appartiennent pas... Sauf Mia, qui est évoquée (vous verrez) et que j'avais inventée pour une autre fiction. Je me suis attachée au perso, donc elle revient !
ŒILLETS
Une voiture démarra et passa devant le banc sur lequel Remus était assis, puis la rue redevint silencieuse. L'air était froid et humide, le ciel était laiteux. Tout, autour de Remus, semblait morne et désespéré.
Tout, excepté la maison qu'il ne quittait pas des yeux, qui se trouvait sur le trottoir d'en face. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient éclairées et lui permettaient ainsi de voir à travers depuis là où il se trouvait. Une femme jeune, grande, blonde, maigre, s'activait, passant et repassant devant les fenêtres — sans prêter la moindre attention à ce qui se passait à l'extérieur de sa maison, sans donc remarquer la présence de Remus, qui était déjà assis depuis l'aube sur ce banc misérable.
Voilà donc à quoi ressemblait Petunia Evans. Lui qui pensait — et qui espérait — retrouver un peu de Lily en elle… Petunia et Lily n'avaient, manifestement, rien en commun. Si, par hasard, un jour, il avait croisé cette femme dans la rue, jamais il n'aurait pu deviner son lien de parenté avec Lily.
Remus fouilla dans la poche de sa veste et en sortit une photo dont les coins étaient cornés et noircis. Aussitôt qu'il vit les visages souriants de ses amis, ses yeux se mirent à brûler. La photo avait été prise au mariage de James et Lily : ces derniers étaient au centre de la photo, James passait un bras autour des épaules de Lily et embrassait sa tempe droite sans cesser de sourire, tandis que Lily prononçait des mots qu'il ne se rappelait pas en regardant Marlene, qui prenait la photo. Remus était à gauche de Lily, à côté de Dorcas qui tenait son bras et celui de Peter. Les yeux de Remus effleurèrent le côté gauche de la photo, essayant d'ignorer le visage à droite de celui de James, pour se poser directement à celui de Mia. Le jeune homme le fixa obstinément et fit de son mieux pour ne pas détourner le regard et ne pas voir celui qu'il y avait entre Mia et James.
Le jour du mariage de ses amis était encore frais dans sa mémoire. Ils avaient quitté Poudlard un an plus tôt. La guerre faisait certes partie de leur quotidien, mais ils parvenaient encore à être optimistes. Car même si des drames étaient annoncées tous les matins dans la Gazette, que des connaissances trouvaient la mort et des attaques avaient régulièrement lieu, Remus et ses amis étaient encore épargnés. Le mariage avait été le dernier moment de liberté et d'insouciance qu'ils avaient connu. Une sorte d'adieu officiel à leur jeunesse.
À partir de là, tout avait changé. Ils n'avaient plus jamais revu Marlene : elle et toute sa famille avaient été sauvagement tuées par les Mangemorts. Quelques temps après, c'était Mia qui mourait pendant une attaque.
Lorsque Lily avait appris qu'elle était enceinte, aucun d'entre eux — les futurs parents y compris — n'avaient pu se réjouir pleinement : pourquoi accueillir un enfant alors que l'on risquait sa vie tous les jours ?
Pourtant, Harry, en venant au monde, avait fait renaître leur espoir. Mais cela n'avait pas duré : cette prophétie absurde, qui condamnait Harry avant même qu'il puisse en avoir conscience, avait obligé James et Lily à se cacher. Et les Maraudeurs s'étaient éloignés. À partir de là, Remus n'avait plus eu de nouvelles de Peter. Il n'avait pas non plus voulu prendre de risques inutiles pour voir Lily et James : ils n'échangeaient donc plus que quelques lettres, relativement vides, par précautions. Seul Sirius était resté en contact plus rapproché avec eux. Malheureusement.
Un sourire amer tordit le visage de Remus. Naïvement, sans doute, il avait toujours cru que les Maraudeurs seraient à jamais inébranlables, qu'ils résisteraient à tout, toujours. Mais même leur amitié était périssable.
Le mouvement de tête de Peter sur la photo qu'il tenait toujours entre ses mains attira son regard. Il dévisagea le jeune homme blond au visage rond, ses pommettes rougies par l'alcool et la chaleur, ses yeux pâles et rieurs, son sourire timide alors qu'il se retournait pour fixer l'objectif de l'appareil photo. Il cligna des yeux rapidement pour chasser les larmes qu'il sentait monter, pour empêcher que sa vision se trouble et le prive du visage de son ami, à jamais disparu. Les photos étaient tout ce qui restait de Peter : elles étaient dorénavant la seule trace de son existence, la seule chose à laquelle Remus pouvait se raccrocher pour pleurer son ami.
Il aurait voulu faire disparaître le visage de Sirius de la photo. Quelle ironie... Faire la même chose que ses parents avaient faite sur l'arbre généalogique du Square Grimmauld. Ça aurait été un tel soulagement, au moment présent. Ne plus voir son large sourire, son regard profond qui exprimait toujours une pointe d'arrogance, ses sourcils arqués, ses cheveux bruns, ondulés, soyeux, qui avaient poussé jusqu'aux épaules. Il exécrait ce visage à présent. Du plus profond de son âme. Et pourtant, il lui suffisait de poser les yeux dessus pour que tout ce qui émanait de Sirius et qu'il aimait sincèrement — ou qu'il avait aimé sincèrement ? — lui revienne en mémoire et le percute de plein fouet.
Remus leva la tête, inspira profondément et se concentra à nouveau sur la maison, comme pour s'ancrer dans la réalité et quitter le passé et ses souvenirs. Devant la fenêtre, la femme blonde passa, un enfant dans les bras. Aussitôt, Remus sentit son cœur s'agiter. Alors, comme hypnotisé par les silhouettes qu'il voyait à la fenêtre, il se leva en rangeant la photo dans la poche de sa veste et se mit à marcher en direction de la maison, sans jamais quitter la fenêtre des yeux.
Le bruit de la sonnette d'entrée retentit et Remus sursauta. Il était dans un état second et n'avait même pas conscience d'avoir sonné. Il attendit qu'on vienne lui ouvrir. De là où il était, il entendait la voix de la femme — plutôt sévère et autoritaire — mais ne put distinguer ce qu'elle disait.
La porte s'ouvrit. La femme apparut devant Remus. Elle eut un mouvement de recul et c'est seulement à ce moment-là que Remus prit conscience de l'apparence qu'il devait avoir : il portait toujours son vieux jean taché de boue et d'herbe et le pull de Quidditch rouge et or qu'il avait retrouvé dans la maison détruite de Godric's Hollow, sous sa veste délavée et sale dont il s'était servi comme sac de couchage dans le parc de Poudlard, deux jours avant. Sans compter les cicatrices, fraîches ou anciennes, qu'il avait sur son visage, ses cheveux en bataille et sans aucun doute sales, sa barbe qu'il n'avait pas rasée depuis plusieurs jours, ses cernes profonds et ses yeux rouges et gonflés par les larmes qu'il avait laissées couler et par celles qu'il retenait toujours.
— Pardon, je n'ai rien à vous donner.
Alors qu'elle s'apprêtait à refermer la porte, Remus avança son pied et l'en empêcha. Il posa une main sur le bois.
— Vous êtes Petunia ?, demanda-t-il, alors que la jeune femme s'appuyait contre la porte pour tenter de la fermer. Je ne fais pas la manche. Je veux juste vous parler.
— Vous êtes qui ? Qu'est-ce que vous venez faire ici ?
— Remus. Je suis un ami de Lily et de son mari.
Les narines de Petunia se dilatèrent et ses lèvres se resserrèrent, mais elle ne laissa rien paraître d'autre. Remus ne s'en étonna pas : il connaissait l'état des relations des deux sœurs — Lily s'était souvent confiée à lui. Mais il ne s'attendait pas à ce qu'elle relâche la pression qu'elle exerçait sur la porte d'entrée.
— Un ami ? Vous vous êtes rencontrés dans son collège de cinglés, pas vrai ?
L'agressivité qu'elle mettait dans sa voix n'était que feinte, Remus le sentait.
— Oui, à Poudlard. Et James… James était mon meilleur ami, expliqua-t-il, en essayant d'ignorer l'imparfait qu'il s'était forcé à employer.
— Qu'est-ce que vous faites là ? On vous a envoyé pour récupérer l'enfant ?
Remus secoua la tête. Malheureusement non, il ne pouvait pas récupérer Harry. Quand bien même il aurait pu le récupérer, qu'aurait-il pu faire de lui ? Qu'aurait-il pu faire d'un bébé ? Comment l'aurait-il élevé et pris soin de lui ? Son quotidien et sa condition auraient été un obstacle. Il n'en aurait jamais été capable, ou du moins, pas tout seul.
Petunia jeta un coup d'œil dans la rue avant de s'éloigner de la porte d'entrée, autorisant silencieusement Remus à pénétrer dans la maison. Il fit quelques pas en avant et d'un geste peu assuré, poussa doucement la porte pour la refermer.
— Vous voulez voir Harry ? Vous pouvez, si vous voulez. Mon mari n'est pas là et…
— Il ne me connaît pas, l'interrompit Remus, dont la voix se brisait à ces mots.
— Pardon ?
— Harry. Il ne me connaît pas. Il m'a vu deux fois, tout au plus, quand il venait à peine de naître. Il ne se souviendra pas de moi.
— Mais vous avez dit…
— Que je suis… Enfin, que j'étais un ami de Lily et James. Mais je n'ai pas pu passer de temps avec Harry.
À l'évidence, Petunia semblait confuse. Elle fixait Remus, les sourcils froncés et les lèvres pincées, puis elle lui tourna le dos et s'enfonça dans la maison. Comme lui ne bougeait pas, préférant attendre dans le hall d'entrée, Petunia revint sur ses pas et l'invita à la suivre jusqu'à la cuisine. Sur la table se trouvait une théière encore fumante, ainsi que deux tasses que Petunia venait de remplir. Elle en déposa une devant une chaise, et Remus comprit qu'elle l'invitait à s'asseoir.
— Si vous ne connaissez pas l'enfant et que vous n'êtes pas là pour le reprendre, pourquoi être venu me voir ?
Avant de répondre, Remus prit une gorgée de thé qui lui brûla la langue et le palais. Cela faisait deux jours qu'il n'avait rien avalé d'autre que du whisky et — à contrecœur, mais Hagrid ne lui avait pas laissé le choix — de l'eau. Quand le garde-chasse l'avait trouvé couché par terre, au pied d'un buisson, sur l'herbe, à Poudlard, et qu'il avait vu la bouteille d'alcool qui dépassait de sous la veste élimée sur laquelle il dormait, il l'avait porté jusqu'à sa maison et l'avait installé sur le canapé. Mais aussitôt que Remus avait ouvert les yeux, les verres d'eau s'étaient succédé entre ses mains.
C'était étrange de prendre le thé avec Petunia Evans, après avoir entendu tout ce que Lily avait à en dire, après avoir souvent vu Lily revenir à Poudlard avec un regard infiniment triste à cause d'une énième dispute entre les deux sœurs, après avoir eu vent des pires remarques de Petunia à l'encontre de Lily — ou de James, lorsqu'ils avaient commencé à sortir ensemble. Le simple fait qu'elle ait laissé Remus, qui faisait partie de la vie que Lily menait et que Petunia désapprouvait, entrer chez elle était incompréhensible.
— L'enterrement aura lieu vendredi, dit-il après de longues secondes de silence.
Petunia baissa les yeux sur sa tasse.
— Je sais, reprit Remus, que Lily et vous n'étiez pas… Enfin, que les choses étaient compliquées entre vous…
— Elle vous a tout raconté ?
— On a beaucoup parlé de tout ça. Mais peu importe, ce qui s'est passé entre vous ne me regardent pas. Quoi qu'il en soit, comme je ne sais pas si quelqu'un vous a prévenue, ou comptait vous prévenir, je me suis dit que vous auriez voulu le savoir. Pas forcément pour y assister, mais juste pour… savoir. Savoir quand ça aura lieu.
Le dos parfaitement droit de Petunia s'affaissa un peu et à nouveau, elle regarda sa tasse de thé, comme perdue dans la contemplation de la fumée qui s'élevait de la surface. Le silence retomba entre eux. Ne sachant pas quoi ajouter, Remus se contenta de l'observer en sirotant doucement le thé qu'elle lui avait offert. Au bout de quelques minutes, il crut voir une goutte tomber du visage de Petunia jusque dans sa tasse, qu'elle n'avait toujours pas touchée. Et lorsqu'il la vit porter une main à ses yeux et les frotter frénétiquement, il comprit qu'elle était bien en train de pleurer. Alors, il arrêta de la fixer, pour lui laisser un semblant d'intimité.
Lui-même luttait contre ses larmes.
Cela faisait seulement deux jours que tout s'était passé. Deux jours qu'il n'avait plus rien. Et Remus n'en prenait toujours pas pleinement conscience. Il passait le plus clair de son temps à fixer le vide, sans penser à rien, incapable du moins de formuler une pensée claire ou de faire l'effort d'analyser ce qui se passait dans son esprit.
Par moment, il avait un éclair de lucidité. Il revoyait la maison de Godric's Hollow ou le corps de James, dans l'entrée, ou celui de Lily, à l'étage. Puis il les revoyait, les mêmes James et Lily, avec lui, avec les Maraudeurs, avec Dorcas et avec Mia, à Poudlard, et aussitôt, ce qu'il avait vu la nuit du 31 octobre devenait irréel. Puis, le souvenir s'effaçait et Remus essayait de former, dans ses pensées, une phrase contenant le prénom de ses amis et le verbe « mourir ». Il la répétait. Une fois, deux fois, trois fois, et se mettait à pleurer. Et alors, il sortait la vieille photo de sa poche.
La photo n'arrangeait rien, car elle lui rappelait qu'il avait également perdu Peter et… Sirius. Ou plutôt, qu'il avait également perdu Peter et que Sirius n'était finalement qu'un traître et, il fallait le dire, un monstre.
Pourquoi ? Pourquoi avoir soudain changé de camp ? Sirius avait subi les insultes, les humiliations publiques, les coups, les sanctions, les punitions de ses parents et de toute sa famille pendant des années durant, parce qu'il voulait leur tenir tête et parce qu'il refusait de prendre les mêmes positions qu'eux tous. Il avait pris la fuite et s'était réfugié chez James lorsque sa rébellion constante risquait de le mettre vraiment en danger. Il avait été parmi le premier de ses amis à vouloir combattre Voldemort — le premier même à accepter l'idée qu'ils étaient en guerre et qu'il allait falloir se battre pour ce en quoi il croyait.
N'était-ce que des mensonges ?
Comment avait-il pu trahir James ? Ils étaient des frères l'un pour l'autre. Le frère parfait, celui qu'ils avaient tous les deux toujours voulu avoir. James avait toujours eu une confiance aveugle en Sirius, et Sirius en James. Lorsqu'il avait été question du sortilège Fidelitas, James n'avait pas hésité une seule seconde à choisir Sirius comme Gardien du Secret, parce qu'il était convaincu que jamais Sirius n'aurait pu les trahir. Parce qu'il était convaincu que Sirius aurait pu mourir pour protéger James.
Une trahison, quand elle entraîne la mort de deux amis, est difficilement pardonnable. Néanmoins, si Sirius avait vendu la mèche parce qu'il avait été attrapé et torturé par les Mange-Mort ou par Voldemort, Remus aurait pu le comprendre. Peut-être pas le pardonner, mais le comprendre. Seulement, Sirius n'avait pas été capturé. Il n'avait pas été torturé. Il avait trahi James et Lily et avait froidement tué Peter.
Pourquoi tuer Peter ? S'il n'avait pas été arrêté immédiatement après l'explosion qu'il avait provoquée à Londres, Sirius serait-il parti à la recherche de Remus pour le tuer lui aussi ?
La perte, en une seule et même soirée, de ses trois meilleurs amis et de Lily était déjà insupportable. Mais continuer de vivre avec autant de questions sans réponses l'était encore davantage. C'était les mêmes qu'il se posait continuellement depuis deux jours — ou qu'il avait posées à Hagrid, à Dumbledore, et aux quelques autres personnes avec qui il s'était entretenu dernièrement — et qui restaient en suspens, auxquelles il ne pouvait même pas imaginer une réponse qui soit, sinon exacte, du moins un semblant convaincante.
— Vous pensez qu'elle voudrait que j'y assiste ?, demanda Petunia. La dernière fois qu'on s'est vues, continua-t-elle, lentement, comme pour stabiliser sa voix et la débarrasser de toute émotion parasite, ça a été pire que tout.
— Vous savez, si les rôles étaient inversés, je suis sûr que Lily y aurait assisté. Malgré tout, malgré les choses qu'elle disait, elle vous aimait. Et même si elle a appris à vivre sans vous, je sais qu'au fond, elle espérait toujours qu'un jour, les choses pourraient s'arranger entre vous.
À ces mots, Petunia se remit à pleurer, le visage caché dans ses mains.
— Je… Je pensais pas… Je pensais pas dire ça un jour… Mais… Elle me manquait… Elle me manquait tellement…
— J'imagine, oui, soupira-t-il.
— J'ai perdu ma sœur, s'exclama-t-elle.
Pendant des années, il avait vu Lily et Sirius souffrir de la relation qu'ils avaient avec leurs sœur et frère respectifs, parce qu'ils les aimaient mais ne pouvaient pas leur dire, parce qu'ils ne pouvaient que se battre avec eux, se haïr mutuellement, ou se mépriser. Et surtout, pendant des années, il avait diabolisé la sœur de Lily et le frère de Sirius sans les connaître personnellement, simplement parce qu'ils faisaient du mal à ses amis. Maintenant, il se retrouvait devant Petunia, qui pleurait sa sœur — et l'image qu'il avait construite volait petit à petit en éclat. Il ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la peine et de la sympathie pour la jeune femme.
Soudain, Harry se mit à pleurer, dans le salon. Petunia releva la tête et sembla hésiter un moment, avant de quitter la cuisine d'un pas rapide.
D'après ce que Remus savait, Petunia avait complètement ignoré la naissance de Harry et n'avait jamais donné suite à la lettre que Lily lui avait envoyée pour lui annoncer la nouvelle — cela avait évidemment attristé Lily. Mais Petunia était malgré tout la seule famille qui restait à Harry : Amelia et Christopher Evans étaient morts dans un malheureux accident de voiture quelques mois après la naissance de Harry, les parents de James avaient été emportés par la dragoncelle un an après que leur fils avait quitté Poudlard, Mia — la marraine — était morte.
Et Sirius — le parrain — était à Azkaban, sans doute en train de se faire aspirer l'âme par les Détraqueurs.
Quand Petunia revint dans la cuisine avec Harry dans ses bras, la peine qu'il ressentait à la pensée de Sirius se dissipa aussitôt et fit place à de la colère et de la haine, toujours mâtinées d'incompréhension. Tout cela, tout ce gâchis, c'était entièrement la faute de Sirius.
— Eh, Harry, souffla-t-il en regardant le bébé qui mâchouillait ses doigts.
— Vous voulez le prendre ?
Le jeune homme tendit les bras et Petunia y déposa Harry, qui commença à jouer avec les boutons de la veste. Ses yeux verts — les yeux de Lily — étaient grand ouverts. Que pensait et que comprenait un bébé d'un an ? Il avait vu Lily tomber, cette nuit-là, dans sa chambre. Y pensait-il ?
— Vous savez, je pense qu'il vous reconnaît. En tout cas, vous devez lui paraître familier. Il a l'air à l'aise et il ne pleure pas. Quand Vernon s'est approché de lui la première fois, on n'a pas pu le calmer.
Harry faisait des sons qui ne ressemblaient à aucun mot connu. À présent, il rapprochait son visage du pull de Remus et humait l'air. Puis, il se blottit contre la poitrine du jeune homme, le nez dans le tissu. Remus comprit : c'était le pull de James qui attirait Harry, sans doute parce qu'il y retrouvait l'odeur d'un de ses parents.
— On les a trahis, c'est ça ?, lança Petunia de but en blanc.
— James et Lily ?
— Oui. C'est ce que le sorcier, Bubbledor, ou…
— Dumbledore, sourit Remus.
— C'est ça. C'est ce qu'il a écrit dans la lettre qu'il a laissée dans le panier de Harry. Il n'y avait qu'une seule personne à savoir où ils se cachaient et c'est cette personne qui les a trahis.
Elle ne pouvait pas le savoir, mais elle remuait le couteau dans la plaie…
— Celui qui a fait ça, répondit le jeune homme, en caressant le dos de Harry, était le meilleur ami de James. Je sais, ça paraît incompréhensible, et ça l'est encore plus quand on les a connus tous les deux et quand on sait ce qu'ils étaient l'un pour l'autre.
— Mais comment… Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose de grave entre eux pour qu'il fasse ça ?
— Non, je ne crois pas. Honnêtement, pendant toute cette année, je n'ai quasiment plus eu de nouvelles de James et de Lily, parce qu'ils devaient se faire aussi discrets que possible, communiquer le moins possible avec l'extérieur.
— J'avais bien remarqué, marmonna Petunia, alors que Remus lui lança un regard interrogateur. Elle n'est même pas venue aux obsèques de nos parents.
— Si, elle y était, mais elle était cachée. James avait ce qu'on appelle une cape d'invisibilité, que son père lui avait offerte quand on était petits. Lily est allée à l'enterrement cachée sous la cape de James. Même s'ils ne sortaient plus beaucoup, Lily n'aurait jamais pu manquer l'enterrement de vos parents. C'était trop important.
— Alors, pourquoi elle ne m'a rien dit ?
— Vous n'avez pas idée de ce qu'on vit depuis trois ans, dit Remus en poussant un soupir de dépit. Ces derniers temps, surtout, il a fallu faire attention à tout. Il a fallu tout contrôler, la moindre chose qu'on disait, l'identité des gens avec qui on parlait, tout ce qu'on mettait dans une lettre. Je ne voyais plus James et Lily, je ne leur écrivais presque plus, et eux non plus. On a limité nos contacts avec tout le monde, James et Lily les premiers. Lily n'écrivait qu'en cas d'extrême urgence. Je ne dis pas que la mort de vos parents était secondaire, mais seulement que vous écrire, vous expliquer son plan et risquer de se mettre en danger, c'était inutile.
Petunia se contenta de hocher la tête. Cela ne faisait aucun doute qu'elle était choquée par ce que Remus était en train de lui révéler. Il baissa la tête vers Harry, qui était toujours confortablement blotti contre son torse, les yeux fermés. Sa main avait abandonné les boutons de la veste et agrippait le pull rouge et or, juste à côté du blason brodé de Gryffondor.
— Il va falloir que vous partiez, reprit la jeune femme. Vernon va bientôt rentrer du travail pour le déjeuner et s'il vous voit ici… Disons que la vie que menait ma sœur et ses fréquentations ne sont pas sa tasse de thé.
Les tasses disparurent de la table, la théière fut déposée à côté de l'évier, un coup d'éponge fit disparaître la moindre micro éclaboussure de thé qui avait pu se retrouver sur la table, et Petunia quitta la cuisine la première, laissant Remus seul avec Harry.
— Pa ?, s'exclama le bébé en touchant le pull.
— Oui, c'est à papa, répondit doucement Remus en se levant pour aller rejoindre Petunia.
— Où pa et mama ?
Compte tenu du regard que Petunia lui décocha depuis l'entrée, elle devait avoir entendu la question de Harry. Le cœur de Remus se serra dans sa poitrine et sa gorge s'assécha presque immédiatement. Que pouvait-il dire ? Encore une fois, qu'est-ce que Harry était en mesure de comprendre ?
— On t'aime tous tellement, Harry, murmura-t-il finalement. Ne l'oublie jamais.
Après un dernier baiser sur ses cheveux, il déposa le bébé dans les bras de Petunia et presque aussitôt, des pleurs résonnèrent dans l'entrée. Remus ouvrit la porte sans quitter Harry des yeux, qui tendait les mains vers lui, et avec sourire infiniment triste, mais sincère, il dit :
— J'espère qu'on se reverra. Tu ne sauras pas qui je suis, si l'occasion se présente, mais moi, je saurai. Et rien ne pourra me faire plus plaisir.
Sur ces mots, il fit un signe de tête à Petunia et quitta la maison. Il ne prit même pas la peine de se cacher pour transplaner.
OoOoOoO
Il y avait du monde au cimetière de Godric's Hollow — probablement plus qu'il n'en avait accueilli tout au long de l'année. En d'autres circonstances, l'enterrement de James et Lily aurait donné lieu à une petite cérémonie avec quelques amis et quelques connaissances, mais la nuit du 31 octobre avait fait d'eux et de Harry des célébrités. Ils avaient été les dernières victimes de Voldemort, ils étaient morts pour protéger leur fils et cela faisait une semaine que les Potter ou Harry occupaient les conversations d'un grand nombre de sorciers.
Remus et Dorcas — qui était rentrée en Angleterre pour l'occasion — étaient tant bien que mal en train de prononcer un discours en l'honneur de leurs amis quand Petunia apparut dans le fond, derrière la foule qui était attroupée devant la tombe. Dorcas sembla la reconnaître aussitôt — sans doute Lily lui avait-elle montré des photos —, puisqu'elle dévisagea Remus, l'air infiniment surpris.
Petunia ne se mêla pas aux sorciers présents. Elle resta en retrait tout au long de la cérémonie. Ce fut seulement quand tout le monde commença à partir, qu'il ne restait plus que Remus et Dorcas dans le cimetière, qu'elle s'approcha. Elle s'accroupit devant la pierre gravée et y déposa un bouquet des fleurs préférées de Lily. Et elle remarqua qu'elle était la seule à avoir commandé des œillets.
Les œillets, c'est pour changer des lys ou des lilas qu'on voit souvent, en écho au prénom de Lily. Et puis je trouve ça joli — mais il ne faut pas m'en demander plus parce que les végétaux et moi, ça fait 1000.
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