Des terribles conséquences d'une insomnie

Auteur : PlumePlume

Disclaimer : l'univers et les personnages de Merlin appartiennent à ses créateurs et je ne tire aucun profit financier de cette histoire.

Spoiler : pas vraiment, ça se situe quelque part pendant/après la saison 1 (mais en supposant qu'Arthur sait à propos de la magie de Merlin)

Pairing : Merlin / Arthur, alias Merthur

Two-shot qui correspond au thème "Être pris la main dans le sac", du Petit salon, du serveur Discord "Le Petit Salon d'Ecriture".

Warning : c'est du heavy angst, il y a quelques brefs propos homophobes, et mention de torture (pas infligée sur Arthur ni Merlin, mais quand même, je préfère prévenir)

Bonne lecture !


Chapitre 2 : Grosses conséquences...


Merlin était concentré sur l'esprit faible et malléable du chevalier à genoux devant lui, qui hurlait de douleur à chaque fois que Merlin pressait d'une certaine manière son esprit. Cette forme de magie était horriblement complexe et douloureuse à mettre en place, et Merlin répugnait à l'utiliser. Mais lorsqu'il avait surpris les trois hommes, épées à la main, sur le point de pénétrer dans les appartements d'Arthur, il avait vu rouge.

Le sorcier sentait la nausée le prendre, à mesure que l'homme à ses pieds se recroquevillait sous la douleur de son esprit. Il était sur le point de relâcher son emprise lorsqu'un mouvement sur sa droite attira son attention.

Il relâcha immédiatement l'esprit du chevalier, qui s'effondra sur le sol en pierre telle une poupée de chiffon, et se tourna vers le nouvel arrivant. Merlin sentit son cœur s'arrêter en reconnaissant Arthur.

Il l'avait vu. Il avait vu Merlin faire de la magie.

Il savait.

Il allait le tuer. Le bannir, l'amener à son père, le faire brûler vif.

Arthur allait…

Merlin n'eut pas le temps de formuler sa pensée qu'il sentit une vive douleur irradier de dos, comme si une lame avait tenté de l'ouvrir en deux. Un nouveau hurlement retentit, son nom peut-être. La silhouette d'Arthur se précipita vers lui. Cling. Du métal ? Des épées ? Les pensées de Merlin étaient de plus en plus floues, étouffée par la douleur écrasante, qui envahissait son corps et son esprit. Tout tournait… Merlin sentit du frais contre sa peau, sa joue. De la pierre. Il devait être tombé à terre… Sa tête était lourde, son dos hurlait. Merlin tenta de bouger les yeux, voir Arthur. Arthur. Arthur était important. Mais il était si fatigué, tout était rouge. Mal. Ça faisait si mal. Puis tout fut noir et il se sentit sombrer.

ooo

Moelleux. Ce fut la première pensée qui émergea de l'esprit engourdi de Merlin. Il mit quelques instants à réaliser qu'il était le visage enfoncé dans un oreiller. Un oreiller très moelleux. Trop moelleux pour être le sien… Merlin fronça les sourcils, geste immédiatement suivit par une douleur au crâne. Il tenta de bouger mais réalisa avec terreur qu'il en était incapable. Ses muscles, profondément calés dans quelque chose (un matelas ?) terriblement moelleux, n'obéissaient plus à aucun de ses ordres. La panique montait doucement en lui.

Merlin puisa alors dans sa magie – dont il restait encore une réserve plus que conséquente, à son grand soulagement – pour en envoyer une partie parcourir son corps. Il soupira mentalement de soulagement en sentant qu'il ne manquait rien, et qu'à part une plaie qui barrait son dos de l'épaule à la hanche, il n'y avait aucun dommage. Juste une profonde fatigue. Les souvenirs de sa… discussion avec les hommes du roi en visite lui revinrent en mémoire. Voici qui expliquait sa profonde fatigue. Le sort de manipulation mentale exigeait une contrepartie. Et Merlin était plus que reconnaissant que ce ne soit que son énergie qui ait été réclamée. Rassuré sur son état, le jeune sorcier cessa de lutter et laissa le sommeil l'envahir à nouveau.

ooo

Quelqu'un lui caressait le dos. Merlin émergea lentement de son sommeil, et se surprit à apprécier les doigts qui parcouraient la peau de son dos, en évitant soigneusement la partie meurtrie. Le sorcier sentit contre sa peau des bandages rêches. Quelqu'un avait dû prendre soin de ses plaies pendant qu'il était inconscient… Puis les souvenirs affluèrent et Merlin se raidit soudain. Arthur. Arthur l'avait vu faire de la magie. Arthur-

– Oh, du calme, Merlin, tout va bien.

Les doigts s'étaient envolés, remplacés par une voix si calme et douce que Merlin ne l'aurait presque pas reconnue. Mais même la tête enfouie dans un oreiller, Merlin saurait discerner la voix d'Arthur entre mille… Les pensées du sorcier se percutaient à toute allure dans son crâne. La dominante étant : que faisait Arthur avec lui ? Et pourquoi Merlin n'était-il pas au cachot, en attendant son bûcher prochain ? La voix du prince, qui avait repris son intonation traînante, l'interrompit.

– Merlin, j'entends tes pensées ruminer jusqu'ici. Arrête de te tor- arrête de te malmener l'esprit et calme-toi. Tu es en sécurité, j'ai réglé son compte au dernier chevalier que tu combattais et les ait tous livrés à mon père…

Un petit silence suivit, avant que le prince ne rajoute :

– Nous sommes dans mes appartements, donc personne ne pourra t'atteindre ici, tu es en sûreté.

Il dut entendre les pensées de Merlin, puisqu'il rajouta, avec un petit rire :

– Et moi aussi, puisque tu as l'air de tant tenir à te proclamer mon garde du corps…

Merlin sentit ses oreilles rougir et bénit la présence de l'oreiller, qui cachait le reste de son visage. Il sentit plus qu'il ne vit Arthur gigoter, à côté de lui. À en juger par l'inclinaison du matelas, il devait être assis à côté de lui. Mais Merlin était trop fatigué pour tourner la tête et vérifier.

– Au fait, Merlin, par rapport à ce que tu as fait ce soir…

Le sorcier sentit son cœur se contracter violemment. Ça y est. Il va me dire de partir, de ne jamais revenir. Que je suis une abomination… Que j'ai trahi sa confiance…

– Je… j'étais surpris… reprit Arthur, le ton hésitant.

Merlin grimaça un rictus. « Surpris », l'euphémisme du siècle…

– Écoute, je… Je ne savais que c'était… Que tu… Enfin…

Arthur semblait à court de mot, et Merlin se serait bien volontiers félicité de cette prouesse, si ça n'avait pas signé sa perte. Le prince poussa un profond soupir.

– Non, laisse tomber. Je… je vais te laisser te reposer. Tu dois être fatigué. On… on reparlera de ça plus tard…

Une partie de Merlin approuvait l'idée. Repousser leur discussion déchirante le plus possible. Mais une autre partie de Merlin était beaucoup plus réaliste. Auraient-ils seulement un nouveau moment où ils pourraient parler face à face, rien que tous les deux ? Sans le roi ou des gardes entre eux, pour protéger Arthur de la menace que Merlin serait devenu ? Merlin grimaça, le visage enfoui dans le coussin, et puisa au fond de lui-même, pour entrouvrir la porte derrière laquelle sa magie était enfermée. Il la laissa déferler dans son corps, adoucir son crâne douloureux, caresser son dos éprouvé, refermer les tissus déchirés, balayer la douleur et la remplacer par une sensation de fraîcheur bienvenue. Puis il referma la porte et poussa un profond soupir.

Merlin agita ses doigts et sourit en sentant Arthur sursauter violemment. Le sorcier se sentait à peu près guéri, mis à part un petit élancement dans le dos, venant de sa toute fraîche cicatrisation. Il inspira puis bascula sur le flanc, pour découvrir le visage horrifié d'Arthur.

– Merlin, non ! Ta blessure ! Ton dos ! Il faut que-

– C'est guéri.

Arthur cligna des yeux, puis rougit et détourna le regard.

– C'est vrai… La magie… J'oublie tout le temps…

Merlin tiqua à la formulation, mais Arthur reprenait déjà.

– J'imagine que tu m'as entendu et que ça veut dire que tu veux en parler…

Les yeux du sorcier se perdirent dans la contemplation de la parure de lit. Un magnifique rouge… Le silence se prolongea. Merlin finit par se racler la gorge et répondre.

– J'aurais aimé éviter le sujet encore un peu, mais on ne peut pas repousser ça éternellement…

Arthur grimaça.

– Merlin, je suis vraiment désolé…

Le sorcier blêmit. Arthur allait réellement le livrer à son père. Merlin sentit les larmes monter, alors qu'il articulait.

– Tu n'y es pour rien, ce n'est pas de ta faute…

Un reflet des bougies sur la table de chevet donna l'impression qu'Arthur avait lui aussi les larmes aux yeux. Merlin reçut cette vision comme un coup de poing dans l'estomac. Arthur reprit, doucement.

– J'aurais dû remarquer. Après tout ce temps, je… j'ai été aveugle. Je suis désolé, Merlin. Je-

Le sorcier l'interrompit d'une main levée. Il ne pouvait plus supporter de voir le prince s'excuser, les larmes aux yeux. De le voir souffrir de devoir envoyer Merlin au bûcher. C'était trop douloureux, autant pour l'un que pour l'autre. Le sorcier allait juste vider son sac, une bonne fois pour toutes. Advienne que pourra…

– Arthur. Peu importe ce qui arrive, ce n'est en rien de ta faute. Tu n'as jamais rien fait, si ce n'est rester fidèle à ton royaume. Je suis vraiment désolé de ne jamais te l'avoir dit. Je t'assure que ce n'est pas parce que je ne te faisais pas confiance pour garder le secret. Je ne voulais pas rajouter ce poids sur tes épaules, tu en as déjà plus qu'assez…

Il vit Arthur ouvrir de grands yeux effarés, puis rougir, mais, au grand soulagement de Merlin, il ne dit pas un mot. Aussi le sorcier continua, la voix nouée.

– Tu as toujours été fidèle à ton père avant tout, et je n'ai aucun droit de te le reprocher. Tu as toujours fait ce que tu croyais bon pour ton peuple, et c'est pour ça que- que tu- (Merlin déglutit pour essayer de faire passer la boule qui grossissait dans sa gorge) C'est pour ça que tu feras un excellent roi.

Bien que je ne serai jamais là pour le voir.

Une larme roula sur la joue de Merlin. Suivie d'une deuxième. Il laissa échapper un petit sanglot mais se força à terminer.

– J'ai été honoré de te servir, Arthur.

Deux autres larmes vinrent s'écraser sur le dessus de lit, mais provenant du visage défait d'Arthur, cette fois. Il semblait au croisement de la colère, la tristesse et la perplexité, et s'exprima d'une voix enrouée.

– Merlin… Pourquoi j'ai l'impression que tu me fais tes adieux ?

– Parce que c'en est, peut-être ?

Toute l'insolence de la réplique était noyée par les larmes de Merlin. Arthur s'essuya rageusement les yeux, alors que son serviteur élaborait douloureusement.

– Tu penses que ton père laisserait passer ma…

Le mot « magie » mourut dans sa gorge. Le prononcer ne rendrait la situation que trop réelle. À la place, Merlin agita la main vers lui et conclut d'un faible :

– Qu'il autoriserait ça à tes côtés ?

Arthur se redressa, comme offensé.

– Tu n'es pas « ça », Merlin. Tu es mon serviteur, et en tant que tel, j'estime avoir un droit de regard sur ce qui t'arrive ! Si tu crois que je vais laisser mon père décider de ce qui est bon ou pas pour moi, tu te fourres le doigt dans l'œil !

Merlin gémit.

– Tu ne comprends pas… Tu ne peux pas juste…

– Tu ne m'en crois pas capable ?!

Arthur paraissait proprement offensé, désormais. Merlin se passa une main sur le visage.

– Arthur ! Tu vas devenir roi, un jour ! Que va dire ton peuple s'il savait que je… que tu… tout ce temps, je…

– Ils accepteront ! Je ne leur laisserai pas le choix !

Le cœur de Merlin se serra douloureusement, déchiré entre son amour sans borne pour cet homme si têtu, et son devoir, envers le prince qu'il est, et tout ce qu'il représente.

– Je ne veux pas t'imposer ça, Arthur, je… (la voix de Merlin s'étrangla) Je t'aime trop pour ça…

– Mais moi aussi, bordel ! Tu crois que je vais te laisser partir sans rien faire ? Je deviendrai quoi sans toi, hein ?

Merlin avait l'impression qu'on déchirait son cœur en petits morceaux.

– Tu continuerais. Tu te débrouillerais très bien. Comme tu le faisais avant de me connaître.

Arthur le regarda droit dans les yeux. Et Merlin y lut tant d'émotions qu'il se força à détourner le regard. L'espoir était le plus vicieux des poisons.

– Non Merlin. Je ne pourrai pas. Je ne pourrai plus.

Les yeux brûlants, Merlin serra les poings dans les draps.

– Pourquoi tu me fais ça ?

Il sentit une main se poser contre sa joue noyée de larmes, et relever son visage vers celui, tout aussi larmoyant, d'Arthur.

– Merlin, regarde-moi.

Une autre main vint prendre son visage en coupe.

– Merlin…

Le sorcier finit par croiser le regard du prince, ce qui lui provoqua un nouveau sanglot.

– Merlin, répéta Arthur d'un ton extrêmement doux. Tout le royaume a très bien accepté le fait que mon serviteur et bras-droit soit un sorcier… Tu penses vraiment que de savoir qu'on est amoureux l'un de l'autre va les choquer ?

Le temps s'arrêta. Merlin s'était figé.

.

.

.

– Attends, quoi ?

Arthur lui retourna un regard perplexe.

– Quoi, quoi ?

– Je… La… Le…

Les lèvres d'Arthur s'étirèrent en un sourire doucement moqueur.

– Oui, mais encore, Merlin ?

Le sorcier déglutit plusieurs fois avant de pouvoir émettre autre chose qu'un monosyllabe. Il inspira profondément.

– Le… Le peuple sait que j'ai de la magie ?

Puis une autre réalisation frappa Merlin. Il se tourna d'un bloc vers Arthur, presque accusateur.

– Tu savais !

Retour du regard perplexe de la part du prince.

– Savoir quoi ? Que tu avais de la magie ?

L'expression hagarde de Merlin dût être révélatrice, puisqu'Arthur éclata soudainement de rire.

– Attends, Merlin, tu ne me croyais tout de même pas aveugle à ce point ? Je veux dire, le jour même de notre rencontre tu as fait de la magie devant la moitié du château, mes hommes, et moi y compris !

Le visage de Merlin était décomposé. Arthur repartit d'un autre éclat de rire.

Merlin mit quelque temps à surmonter le choc de la révélation, puis articula enfin :

– Mais… le roi ?

Le rire d'Arthur s'éteignit brusquement, et le prince eut subitement l'air embarrassé.

– Hm… Il se pourrait bien que je l'aie menacé de révéler les détails de certains traités qu'il préférait garder pour lui, s'il osait s'en prendre à toi d'une quelconque manière…

À cette révélation, Merlin sentit son visage rougir violemment, alors que son cœur cognait dans sa poitrine. Il ne put réprimer le grand sourire idiot qui fleurit sur son visage. Qui se transforma en grimace alors qu'une pensée lui parvint.

– Mais, et toi ? Je croyais que tu détestais la magie ?

Sa remarque fut accueillie par un raclement de gorge gêné.

– Ce n'était pas que je la détestais, en fait… C'était plutôt de la crainte. (Arthur lui lança un petit sourire joueur) Et puis j'ai appris à connaître l'énergumène et ça m'a rassuré. Tu es bien trop idiot pour avoir l'idée de me blesser avec ta magie…

Il ponctua d'un regard tendre envers Merlin. Ce dernier sentit son cœur fondre, en même temps que toutes ses inquiétudes, et il attira Arthur contre lui, dans une étreinte serrée. Les bras d'Arthur vinrent s'enrouler autour de son dos fraîchement guéri, bien qu'évitant toujours les bandages. Merlin, le nez dans le creux du cou d'Arthur, se laissa aller à respirer son odeur.

– Je t'aime…

Un murmure contre sa peau. Il sentit Arthur resserrer son étreinte, et un léger baiser se poser sur son épaule.

– Moi aussi, idiot…


FIN

Et voilà ! J'espère que ça vous a plu ! :)