Me revoilà avec un nouvel OS ! Pour la petite info, il existe une version traduite en anglais de cette histoire sur AO3 sous le nom de Emotional Rise, et vous pouvez me retrouver en tant que Umbreonia.

Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas patati patata...

Bonne lecture !


Ascenseur émotionnel

Son doigt appuya sur le petit bouton rond, qui sous l'impulsion, recula pour laisser apparaître une lueur orangée. Par ce geste, la directive venait d'être lancée et se diffusait désormais à toute vitesse, à travers le circuit électrique qui alimentait cette machine. Ce qu'il y avait de beau avec la mécanique, c'est qu'elle ne discutait jamais les ordres qu'on lui dictait, et ne se plaignait pas non plus quand on lui demandait quelque chose. Et en cet instant, c'était tout ce dont Nami avait besoin.

Sa main retomba mollement contre sa jambe et elle leva les yeux pour suivre le décompte des chiffres luminescents qui s'affichait sur le petit cadran au-dessus la porte en acier. Quiconque avait inventé l'ascenseur méritait tout son respect et sa gratitude. Ou plutôt, ceux de ses pieds. Ces derniers lui faisaient un mal de chien, comprimés dans de minces chaussures à talons aiguilles. Mais c'était le prix à payer lorsqu'on voulait se voir offrir des verres. Désormais, elle n'avait qu'une hâte, retrouver sa chambre et s'affaler dans son lit, sans oublier d'enlever ses escarpins.

Les chiffres défilaient à rebours sur le cadran digital au-dessus la grosse porte métallique, et il était certain que l'ascenseur prenait son temps pour arrivait jusqu'à elle. Nami balança son poids d'une jambe sur l'autre pour atténuer le lancinement dans ses pauvres pieds. C'était une fausse solution qui ne lui apportait qu'un bref répit de quelques secondes, et lorsque la douleur se fit trop forte, la rouquine n'eut d'autre choix que de trouver un autre moyen. Prenant appuie d'une main sur le mur, elle leva une jambe, délaissant la chaussure criminelle au sol, pour venir la supporter sur son genou voisin, et de sa main libre, masser sa cheville endolorie.

Un soupir de soulagement lui échappa, même si cela ne faisait qu'accentuer l'horrible sensation de tiraillement dans son autre jambe. Elle répéterait l'opération sur celle-ci juste après. Tout à coup, un claquement sec des talons sur le carrelage en marbre blanc et noir, résonna dans le long couloir luxueux, et l'interrompit dans son moment de détente. Nami jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule dont le bras tendait vers le mur, pour apercevoir une tête verte familière, déambuler nonchalamment vers elle. Avec le poignet posé négligemment sur le pommeau de ses sabres, Zoro avançait sans l'avoir remarqué, car trop occupé à vider la bouteille qu'il tenait en l'air et le goulot vissé aux lèvres.

Ce n'était que lui. Ce qui était à la fois rassurant, et agaçant, car le connaissant, il avait encore dû se perdre. Mais qu'importe, ce n'était pas son problème à l'heure actuelle. Pour le moment, son autre cheville réclamait elle aussi un traitement de faveur. Son pied reglissa dans l'étroit confinement de son escarpin, puis son homologue imita son prédécesseur.

Zoro inclina un peu plus la tête en arrière et tira la langue pendant qu'il secouait la bouteille au-dessus de sa bouche, pour en récupérer les ultimes gouttes. Bon eh bien voilà qui signait la fin de soirée. Une autre ne serait pas de refus, mais ces couloirs étaient un vrai labyrinthe et il avait la flemme de passer des heures à tenter de trouver le bar. Un endroit pourtant divin ! C'était le plus grand et le plus fourni qu'il ait jamais vu. Autant dire que la visite des lieux avait tourné court lorsqu'il l'avait découvert. Les autres l'avaient abandonné sans remords, à son plus grand bonheur, et il y avait passé les meilleures heures de sa vie. Le choix d'alcool était si varié, que Zoro en avait presque eut la tête qui tournait, et lui avait fait oublier le désagrément de porter un costume trois pièces. Son seul regret ? S'être fait virer par le barman avant d'avoir pu tout goûter, car ce dernier avait fini par craindre d'y passer tout son stock sans que cela ne lui rapporte un sou. L'équipage au Chapeau de paille avait été généreusement invité par le propriétaire de ce grand casino, à séjourner gratuitement dans son complexe luxueux. La contrepartie était qu'il fallait que tous s'habillent de façon élégante. Cela leur avait rappelé le désagréable souvenir de leur passage à Grantesoro, les ennuis en moins.

Par sécurité, mais surtout par dépit, Zoro lorgna l'intérieur de la bouteille, pour constater qu'elle était belle et bien vide. Au même moment, son œil capta un halo orangé devant lui, et le bretteur abandonna très vite l'intérêt pour sa fiole en verre. Bien qu'il ne prête aucune considération pour ce genre de chose, et qu'apparemment, ses goûts vestimentaires laissaient à désirer, Nami était très en beauté ce soir. Il n'était pas aveugle au point de ne pas le remarquer, il n'en faisait tout simplement pas de cas comme l'autre tordu avec ses sourcils ridicules. La robe qu'elle portait était noire mais scintillante, comme incrustée de milliers d'étoiles. Le tissu l'étreignait comme une seconde peau et modelait ses formes à la perfection, sans en dévoiler trop, du moins pour la face avant. Les manches étaient longues pour plus d'élégance, et le tissu noir la couvrait jusqu'au ras-du-cou, mais un petit losange au milieu de sa poitrine dévoilait tout de même, la rondeur opulente de celle-ci. Ses jambes interminables étaient couvertes par une jupe ajustée tel un fourreau, ce qui sortait de l'ordinaire pour la rouquine.

En revanche, Zoro avait une vue imprenable sur le côté beaucoup moins sobre de la robe, qui s'ouvrait sur un immense dos nu, dont l'échancrure descendait jusque très bas sur ses reins. Un millimètre de plus et il pourrait voir la naissance de ses fesses. Sa peau crémeuse à la couleur du lait attirait incontestablement le regard avec le contraste qu'offrait le noir profond de sa robe.

Cependant, l'aspect physique fut relayé très rapidement au second plan, lorsqu'il nota la posture inhabituelle de la jeune femme. Quelque chose n'allait pas, elle semblait en souffrance. Zoro fut aussitôt sur ses gardes et jeta un rapide coup d'œil aux alentours pour voir s'il y avait un danger quelconque.

- Oi, Nami ! Tout va bien ? Demanda-t-il soucieusement.

La jeune femme relâcha sa cheville et redressa la tête pour lui lancer une œillade agacée, avant de se remettre droite.

- Ça va, j'ai juste qu'une envie, c'est que ce fichu ascenseur s'ouvre pour me conduire à ma chambre ! pesta la rousse d'un ton fatigué.

En approchant, Zoro se délesta de sa bouteille dans une poubelle qui trainait par-là, et vint se placer au côté de Nami.

- Que fais-tu ici ? Je te croyais au bar…

Les mains dans les poches, il haussa les épaules.

- J'y étais, mais j'ai dû aller faire un tour pour me dégourdir les jambes.

Elle hocha la tête, et quand bien même elle savait qu'il ne lui disait pas la vraie raison de sa promenade, elle n'en fit pas la remarque. A son tour, Zoro se plongea dans la contemplation des nombres décroissants

- Tu sais où sont les autres ?

- Non… mais la dernière fois que je les ai vu, Franky et Robin était à une table de black-jack, Luffy, Chopper, Ussop s'amusaient à la roulette avant que quelqu'un n'ait la bonne idée de mentionner une fontaine à chocolat. A partir de ce moment, ces trois idiots ont disparu à la vitesse de la lumière. Il m'a semblé voir Brook discuter avec un membre de l'orchestre, et j'ai aperçu Sanji avec deux femmes aux bras, qui se dirigeaient vers la boite de nuit.

Cette fois, ce fut le bretteur qui hocha la tête, avec une pensée blasée pour le cuisinier. A partir avec n'importe qui, un jour il se ferait avoir, idiot qu'il était, mais après tout, c'était son problème. Il allait se murer dans un silence méditatif lorsqu'un détail l'interloqua.

- Et toi ? Où étais-tu ? s'enquit-il.

Nami leva sa main à laquelle était accrochée un petit sac portefeuille et lui lança un clin d'œil malicieux en tirant la langue.

- Je me suis fait un peu d'argent facile au poker, annonça-t-elle toute fière.

Quelle question… il aurait dû s'en douter. Mais la façon dont son joli minois rayonnait de joie, arracha un petit sourire à l'épéiste, puis son regard se posa à nouveau sur la porte. Effectivement, l'ascenseur était assez long à arriver. Au début, Zoro n'avait pas prévu d'aller se coucher, mais maintenant que l'opportunité se présentait devant lui, cela ne semblait pas être une mauvaise option. D'autant plus que cela lui éviterait l'embarras de chercher sa chambre pendant des heures, car il ne se souvenait plus avec qui il la partageait, et il n'avait pas de clé sur lui. Donc, s'il suivait Nami, il finirait bien par trouver une solution.

Au bout d'un moment, Zoro sentit la jeune femme sur sa gauche, remuer et jeta un coup d'œil rapide pour constater qu'elle se balançait sur place avec une expression contrite.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Mes pieds me font souffrir, gémit la rouquine.

Son regard darda vers les pieds de sa camarade, confinés dans d'étroites chaussures qui tenaient par il-ne-savait quel miracle sur un mince talon aussi fin qu'une paille. Nul doute que cela devait être inconfortable. Jamais il ne comprendrait le besoin qu'avaient les femmes d'endurer de telles souffrances inutiles pour soi-disant paraitre belles. Du masochisme, voilà ce que c'était.

- Bah quittes tes chaussures, suggéra Zoro sur le ton de l'évidence.

- Hors de question que je marche pieds-nu ! aboya Nami.

- Tss, arrêtes de te plaindre alors…

- Je ne me plains pas ! C'est toi qui m'as posé la question, crétin ! éructa-t-elle.

En tout cas, cela n'adoucissait pas son tempérament, à son grand regret. Pour une fois, il essayait d'être gentil, et il se faisait sèchement rembarrer. Autant fermer sa gueule. De toute façon, les femmes (et en particulier la sorcière à ses côtés) restaient un mystère à ses yeux.

Ding !

Les portes coulissèrent dans un bruissement léger sur une cabine arrondie et totalement vitrée. Sans plus attendre, Nami se jeta dedans en claudiquant de manière subreptice, que seul un œil averti pouvait remarquer. Un œil d'épéiste. Ce dernier se tâta quant à suivre sa nakama dans ce vase clos, c'était comme s'enfermer avec un serpent à sonnette. Mais Zoro n'était pas du genre à fuir le danger. Et puis comment justifier son attente devant la porte d'ascenseur, si ce n'était pas pour le prendre ?

Alors, il carra les épaules et avança dans ce sas de verre qui avait tout l'air d'un piège. Dès que ses pieds franchirent le seuil, les portes se refermèrent automatiquement derrière lui, et l'appareil s'ébranla. Il n'avait pourtant rien touché, mais peut-être Nami avait-elle appuyé sur le numéro de leur étage sans qu'il ne s'en aperçoive ?

Cette dernière s'appuya contre la main courante qui faisait tout le tour de la capsule, afin de soulager ses jambes, ses bras étaient croisés sous sa poitrine et l'arrière de sa tête reposait contre la vitre. Elle était légèrement inclinée pour que son regard puisse se perdre dans son reflet blême que lui renvoyait la clarté artificielle de l'ascenseur. Malgré l'obscurité qui s'étalait derrière la vitre, Zoro pouvait distinguer la structure métallique de l'appareil sur les murs en béton qui défilaient lentement à leur passage. Un spectacle pas franchement captivant.

L'épéiste vint s'adosser à la rambarde près de la porte, à bonne distance de la navigatrice qui préférait l'ignorer, puis croisa les jambes. Il nota que le numéro 15, sur un total de 50, était illuminé sur le panneau argenté près de l'ouverture. Pour le moment, ils étaient au quatrième étage, ce qui promettait d'être long. D'autant plus que Nami était d'une humeur étrangement maussade, et il ne savait pas s'il devait l'imputer à la fatigue ou bien à un autre facteur.

- Tu as passé une bonne soirée ?

La question, sortie de nulle, avait été lâché de façon à peine audible, à tel point que Zoro ne sut dire s'il l'avait réellement entendu ou bien s'il s'agissait de son imagination. Lorsqu'il se tourna vers elle, le regard de la jeune femme était perdu dans le vague. Comme elle se tenait de profil, il crut discerner une pointe de tristesse dans les orbes auburn, mais cela pouvait aussi bien être un jeu de l'éclairage ambiant.

- Plutôt oui, c'était… agréable.

Zoro crut voir un tressautement au niveau de la ligne de ses lèvres. Un petit « humph » sans conviction lui répondit, mais la rouquine ne rebondit pas sur le sujet, et le jeune homme laissa couler.

Lorsque le numéro 6 apparut dans le cadran digital, l'obscurité changea soudainement à l'extérieur. Beaucoup moins sombre et surtout beaucoup plus vaste, elle s'étendait à perte de vue dans un jeu d'ombres aux formes variées, parsemée de point lumineux plus ou moins gros. Des enseignes clignotaient de façon aguicheuse pour guider les badauds dans ce gigantesque dédale de structures bétonnées qui pointaient vers le ciel.

Plus ils s'élevaient, plus la vue sur la ville effervescente devenait impressionnante. Voilà à quoi servait les parois vitrées ! Le monde semblait rapetisser sous leurs pieds à mesure que l'ascenseur gravissait les étages sans difficulté.

Tout à coup, la machine ralentit et s'arrêta dans un faible sursaut.

Ding !

Zoro se redressa, prêt à sortir au moment où les portes s'ouvriraient, quand une voix lasse s'éleva de derrière lui.

- Ce n'est pas notre étage.

Nami était retourner à la contemplation du paysage urbain quand il se tourna vers elle avec une expression renfrognée.

- C'est bien toi qui as appuyé sur le bouton, non ?

Un visage désobligeant se tourna vers lui, et il se serait fait incendier sur place si ce n'avait pas été pour le feulement salutaire des portes qui détourna l'attention de la sorcière.

- Mes excuses, je ne pensais pas qu'il était pris…, fit une voix d'homme dans son dos.

Zoro fit volte-face pour se retrouver nez à nez avec un petit homme bedonnant en costume, avec une drôle de moustache qui rebiquait au coin de ses lèvres à la façon des sourcils d'un certain cuisinier, et un monocle.

- Vous montez ?

Les deux Chapeaux de paille hochèrent positivement la tête.

- Dans ce cas, puis-je me joindre à vous ? Ou bien préférez-vous être seuls ? s'enquit le dandy.

- Hum… non, allez-y, grommela Zoro en se reculant pour lui faire de la place.

- Je vous en remercie !

Les deux mains accrochées à son veston et une canne sous le bras, le petit monsieur entra dans la cabine la tête haute, puis se tourna pour être face à la porte et appuya sur le 21. Heureusement ce n'était pas trop loin. L'attitude de la jeune femme se fit à nouveau distante, laissant l'épéiste perplexe. Zoro avait la sensation que sa présence irritait sa camarade, sans qu'il ne comprenne pourquoi. Ou bien il se faisait des idées, et Nami était juste fatiguée.

- Tu as fait des rencontres intéressantes pendant que tu étais au bar ? s'enquit soudainement la jeune femme.

La question se voulait amicale, comme pour deux vieux amis, mais Zoro la connaissait suffisamment pour se douter que l'intonation aimable était factice, et qu'il y avait quelque chose d'autre derrière. Cependant, il ne saurait dire lui, le gentilhomme, qui fixait sans relâche les numéros, se raidit et lui adressa une rapide œillade nerveuse par-dessus son épaule, avant de tressaillir quand il se rendit compte que l'épéiste venait de le remarquer. Le bretteur fronça les sourcils et se retourna vers la jolie rousse qui avait enfin décider de le regarder droit dans les yeux.

- On peut dire ça, marmonna Zoro.

En même temps qu'il prononçait cette phrase, il examina attentivement la réaction de sa coéquipière, dont le comportement devenait de plus en plus étrange. Cependant, l'information ne la fit pas réagir outre mesure. Elle haussa un sourcil dans une expression de curiosité feinte.

- Vraiment ?

Ce pseudo intérêt qu'elle avait soudainement au sujet de ses fréquentations, qu'elle tentait de cacher derrière une indifférence ridicule, attisa la curiosité de l'épéiste. Une idée lui vint alors pour voir si la théorie qui germait dans son esprit s'avérait correcte.

- Ba il y a bien cette fille qui est venue me parler.

Dans son dos, l'inconnu toussota. Simple coïncidence ou bien réaction fortuite à ce qu'il venait de dire. Dans tous les cas, Zoro l'ignora, car le jugement de cette personne ne l'intéressait guère, contrairement à celui de la rouquine.

- Cara est également épéiste.

- Cara, hein ? répéta-t-elle entre ses dents malgré le sourire forcé qui soulevait le coin de ses lèvres. C'est un beau prénom.

Sans doute. On a passé une bonne partie de la soirée à parler de nos confrontations respectives, de techniques, d'adversaires qu'on aimerait affronter. Elle m'a même proposé un petit duel lorsqu'on se reverra.

- Oh ? Vous allez vous revoir ?

Zoro se retint de sourire. Pour une raison qui lui échappait totalement, Nami ne semblait pas apprécier l'idée qu'il recroise la jeune épéiste, malgré ce qu'elle voulait lui faire croire. Pendant quelques secondes, ils se défièrent du regard, et le bretteur pouvait discerner clairement la fureur qui bouillait dans ses iris d'ambre.

Ding !

La sonnerie de l'ascenseur interrompit leur duel et la jolie rousse détourna vivement les yeux. A peine les portes commencèrent à s'ouvrir que l'homme bondit de la cabine.

- C'est ici que je descends ! S'exclama-t-il. Bonne soirée jeunes gens !

Il disparut rapidement, comme si les chiens de l'enfer lui collaient aux fesses, et Zoro se demanda ce qui avait bien pu le faire fuir ainsi. Les deux portes coulissèrent pour se refermer quand une voix le héla dans le corridor.

- Retenez l'ascenseur, s'il vous plait !

Par reflexe, sa main vint s'intercaler entre les deux pans et lorsque leur surface métallique entra en contact avec la résistance de sa chair, ils s'écartèrent à nouveau. Une femme surgit dans l'encadrure, courbée avec les mains sur les genoux pour tenter de reprendre son souffle.

- Merci beaucoup ! Vous allez en haut ou en bas ?

- En haut.

- Oh formidable ! Est-ce que ça vous dérangerait si on se joignait à vous. On doit se rendre au 42ème étage. Jusqu'à présent, on a fait le chemin par les escaliers, mais mon ami a besoin d'une pause.

- Ok

Comme précédemment, Zoro s'écarta en reculant d'un pas, et il entendit un soupir réticent dans son dos. Apparemment sa décision ne faisait pas l'unanimité à en juger l'expression agacé de la navigatrice. Cependant, la nouvelle venue ne le remarqua pas car l'épéiste faisait écran de son corps, et celle-ci entra avec une pluie de remerciement.

Formidable, songea amèrement Nami. Alors qu'elle lui avait fait part de son envie quasi vitale de rejoindre sa chambre, Zoro se montrait d'une amabilité exceptionnelle ce soir avec des inconnus. Pourquoi avait-il fallu qu'il monte avec elle dans ce maudit ascenseur ?! Il était bien la dernière personne qu'elle avait souhaité voir avant d'aller se coucher. Et rien à voir avec le fait qu'elle l'ait surpris en grande discussion avec cette fille ! Cara (Ah ça ! il avait bien retenu son nom à celle-là ! lui qui n'avait pourtant pas la mémoire des noms). Nami ne l'avait jamais vu aussi à l'aise avec une personne qu'il connaissait à peine (elle ne l'avait jamais vu à l'aise avec des gens qu'il côtoyait régulièrement), sans parler de ce petit air charmeur qu'il arborait lorsqu'il posait son regard sur cette Cara.

La rouquine grinça des dents et planta ses ongles dans son petit sac. Non elle n'était pas en colère à cause de ça ! Car on pourrait penser qu'elle était jalouse, ce qui n'était absolument pas le cas ! Zoro était un grand garçon, libre de fréquenter qui il souhaitait !

D'ailleurs, c'était peut-être pour ça qu'il avait pris l'ascenseur ! Il allait peut-être la rejoindre dans sa chambre… ou inversement. Car elle lui avait bien proposé de se revoir ?

A cette idée, un nœud se forma dans l'estomac de la navigatrice. Si c'était ça, il était gonflé de critiquer Sanji pour ses batifolages frivoles. Ce qui était étrange, c'était qu'avant ce soir, Nami n'avait jamais envisagé que Zoro puisse agir ainsi, trouver une fille au hasard et passer la nuit avec elle, sans conséquences. Cependant, c'était tout à fait normal d'avoir des besoins, Zoro était un homme comme les autres après tout…

Mais pas dans l'imaginaire de la jolie rousse. Elle qui l'avait toujours cru insensible, ou plutôt inflexible. Un homme qui se vouait corps et âme à son rêve, qui ne laissait pas distraire par ses pulsions, qui se plaçait au-dessus du commun des mortels. Son attitude toujours réservée avait conduit la jeune femme à le mettre sur un piédestal, le rendant inaccessible pour n'importe qui, ce qui était rassurant. Pour réaliser, ce soir, que tout ceci n'était qu'un mythe qu'elle s'était forgée. Ou qu'il avait forgé !

Oui elle lui en voulait pour s'être trompée sur son compte. Et uniquement pour ça !

Tout à coup, un homme entra, sûrement l'ami de la fille qui les avait retenus. Tant mieux, ils allaient enfin pouvoir bouger ! Du moins, c'est ce qu'elle crut, car un autre homme se joignit à eux, faisant reculer un peu plus Zoro vers elle. Nami comprit soudainement que ce n'était pas fini quand les nouveaux arrivants se penchèrent pour faire signe à une ou plusieurs personnes.

- Oi ! Vous êtes encore nombreux ? Demanda Zoro dont le froncement s'était intensifié.

Lui aussi s'était mépris sur le nombre « d'amis » de la jeune femme, et la cabine n'étant pas très grande, l'inquiétude du manque de place se fit sentir.

- Ne vous en faite pas, il ne reste plus que Ruben !

Zoro fit une moue peu convaincue.

- Dépêche-toi mon pote ! fit un des deux hommes.

- Vous êtes sûr que ça va aller ? fit une voix un peu penaude en provenance de l'extérieur.

- Oui ne t'en fait pas ! Il est juste un peu timide avec les personnes qu'il ne connait pas, expliqua son compère en se tournant vers eux.

Les trois amis se tassèrent sur les côtés, obligeant l'épéiste à faire de même, lorsque Nami sentit un poids-mort lui écraser la pointe de son pied droit.

- Aïe ! Fais attention, baka ! Tu me marches dessus !

La rouquine bouscula son camarade d'un coup d'épaule pour le déloger avant de lui assener un revers du droit sur le sommet du crâne. Il ploya sous la force du coup et Nami ressentit un certain plaisir à le voir se dorloter la tête, cela exultait un peu sa colère. Toutefois, il surmonta très vite la douleur et revint à la charge pour lui faire part de son mécontentement. Il remit sa santé mentale plusieurs fois en question, pendant qu'elle, pointait la déficience de matière grise dans sa boite crânienne, ainsi qu'une éventuelle végétalisation de l'espace vide entre ses deux oreilles.

Si bien que, durant leur dispute véhémente, ils en avaient oublié la présence des trois individus. Ils ne prêtèrent pas plus attention au quatrième qui hésitait devant la porte de l'ascenseur. Un homme aussi grand que Franky, à l'allure un peu penaude avec sa tête rondouillarde, rentrée dans les épaules. Son regard fuyait de droite à gauche tandis qu'il triturait nerveusement ses mains.

- C'est peut-être pas une bonne idée que je rentre, fit-il d'une voix mal assurée.

- Mais si ! ça va bien se passer tu vas voir ! le rassura un de ses amis.

- Tu peux le faire, Ruben.

Le grand gaillard se laissa convaincre et avança d'un pas hésitant dans la petite cabine, avec un regard pour le couple étrange qui se disputait dans le fond. L'homme à la tête de hérisson vert lui tournait le dos, et il ne voyait pas la fille cachée derrière lui, mais rien qu'au son de sa voix, elle lui faisait peur. Une fois entré, les portes se refermèrent dans son dos, le piégeant dans cet espace confiné, qui le fit soudainement suffoquer. Heureusement que ses amis étaient là ! Ils lui faisaient confiance, alors peut-être qu'il pouvait y arriver.

L'ascenseur décolla avec sa sensation de vertige. La dispute entre les deux inconnus s'estompa, sans qu'aucun ne sorte vainqueur. L'homme voulut s'éloigner de sa compagne, et lorsqu'il commença à se retourner, le cœur fragile de Ruben loupa un battement. Ce visage angélique, cette chevelure rousse, ces yeux noisette… il les avait déjà vu, tout comme la mine effrayante de l'homme avec ses trois boucles d'oreilles et cette cicatrice sur l'œil gauche ! Son cœur pompa à toute vitesse, le sang dans ses veines, alors que de grosses gouttes apparaissaient sur son visage.

- Des pi-pi…

- Tout va bien, Ruben, essaya de le rassurer son amie.

- Des pi-pi-pi !

Mais il ne l'entendait pas. Des pi-pi…, des PIRATES ! et pas n'importe lesquels ! Il avait passé suffisamment de temps à étudier les avis de recherche afin de reconnaitre un danger quand il en voyait un. Et ceux-là, n'étaient autre que Roronoa Zoro, le chasseur de pirates, et Nami la chatte-voleuse, membres de l'équipage au Chapeau de paille, commandé par Monkey D Luffy !

Le sang battait à tout rompre dans ses tympans et sa vision se brouilla. Il étouffait ! La panique le submergeait. Ses amis lui avaient dit que tout irait bien, mais ils ne se rendaient pas compte du danger qui se tenait juste à côté d'eux. Et aucune possibilité de fuir dans un tel espace !

Il ne tiendrait pas ! Il allait… il allait… il…

- Tss sorcière folle dingue ! siffla Zoro avant de vouloir s'éloigner d'elle.

Abruti ! s'écria la petite voix intérieure de Nami. Et voilà, maintenant elle était furax ! Heureusement qu'il battait en retraite, car le voir aussi près, dans un milieu aussi étroit, la mettait mal à l'aise, dans le sens où elle avait envie de l'étriper. Sa proximité lui provoquait d'affreuses palpitations, ainsi que des bouffées de chaleur qui lui donnaient envie de se griffer la peau jusqu'au sang. S'il n'y avait pas eu autant de témoins, la jolie rousse lui aurait certainement sauté à la gorge pour le rosser comme jamais. Elle détestait son air arrogant, sont regard incisif, sa bouche qui débittait des conneries, ses stupides cheveux verts, sa carrure d'homme des cavernes, ses manières de rustre… bref, tout chez lui l'énervait. Mais ce qu'elle abhorrait par-dessus tout, c'était ce sentiment qu'il suscitait chez elle à chaque fois qu'il s'éloignait d'elle, que Nami était incapable de qualifier.

Voilà pourquoi elle s'empressa de concentrer son regard sur autre chose que son corps musclé, ridiculement mis en valeur par ce costume. Sa cible fut l'espèce de colosse, dernier arrivé. Un seul coup d'œil fut suffisant pour déterminer que quelque chose n'allait pas chez lui, mais elle ne put en voir plus car d'un seul coup, Zoro fut projeter vers elle à toute vitesse.

Son dos heurta la paroi vitrée et elle ferma les yeux en pensant recevoir un coup. Il y eu plusieurs gémissements d'inconfort, dont un dont elle connaissait l'origine mais qui était terriblement proche.

- Oi ! Qu'est-ce qu'il fiche lui ?! s'énerva le bretteur.

Lorsqu'elle réouvrit les yeux, Nami tomba nez à nez avec un col de chemise blanc et une odeur familière qui enveloppait ses narines. Une peau à la couleur du bronze s'échappait de l'encolure de la chemise, et la jeune femme avait une vue imprenable sur les veines sinueuses qui saillaient le long de ce cou puissant. Elle pouvait voir le pouls pulser sous la chair et elle était si près qu'elle aurait pu venir la laper de sa langue. Sa chaleur corporelle grimpa en flèche d'un seul coup et sa bouche s'assécha. Non mais qu'est-ce qu'elle s'imaginait ?!

Un feu ardent se répandit sur ses joues et Nami détourna les yeux pour essayer d'analyser ce qui venait de se produire. La femme et les deux hommes étaient également collés contre les vitres de la cabine dans des positions inconfortables, par une grosse masse molle, mais il lui était impossible d'en distinguer plus car son champ de vision était obstrué par deux bras de chaque côté de sa tête. Cependant la voix d'un des hommes leur provint à moitié étouffée, sur la gauche :

- Dé-désolé… c'est… c'est no-notre ami Ru-Ruben. Il a mangé le fruit du… du Fugu… mais-mais… il a du mal à gérer son stress…. Surtout dans les endroits clos… et quand il est trop stressé, il ne contrôle plus son pouvoir et gonfle comme une baudruche.

De mieux en mieux.

- Et vous ne pouvez pas essayer d'appuyer sur un bouton, pour vous arrêtez à un étage plus près ?! râla Zoro.

Il luttait contre la force exercée par l'homme-fugu en poussant sur la paroi vitrée et ainsi éviter d'écraser sa nakama qui était prise au piège entre ses bras. Pour le moment, il était trop concentré à s'énerver sur les amis de ce Ruben, pour avoir remarqué l'ambigüité de leur position.

- N-non… désolé… je… j'ai les…les mains… coincées.

Les autres ne pouvaient rien faire également car trop loin de la console, ce qui les condamnait tous à subir cette situation jusqu'au 42ème étage. Et pour l'heure, ils ne devaient même pas avoir dépassé le 30ème. Zoro ferma l'œil qu'il lui restait et baissa la tête en soupirant. Dans la manœuvre, son souffle caressa involontairement le visage de Nami et lorsqu'il réouvrit sa paupière, le gris tempétueux rencontra deux orbes caramels. Les deux nakamas se figèrent aussitôt. Quelques centimètres seulement séparaient leurs visages, à tel point que leurs nez manquaient de se frôler.

Le cœur de Nami loupa un battement quand l'iris acéré de son compagnon dériva le temps d'un battement de cil, vers ses lèvres. Le renfrognement qui marquait ses sourcils s'accentua lorsque son regard croisa à nouveau celui, devenu perturbé, de la jeune femme.

Depuis quand Zoro était-il aussi séduisant ? Est-ce que c'était de le voir d'aussi près, qui lui donnait cette impression ? Ses traits étaient durs, virils, et malgré tout, ils abritaient une certaine tendresse contradictoire. Ses yeux dérivèrent lentement vers cette bouche, fermé étroitement, qu'elle savait d'une puissance redoutable. Ses lèvres, plus charnue qu'elle n'aurait cru, donnaient l'impression d'être souples au touché. Elles étaient presque… tentante, et Nami déglutit difficilement.

Etrangement, toute sa colère et sa frustration, s'étaient volatilisées, et la douleur dans ses pieds ne semblait n'être plus qu'un vague petit désagrément. A présent, son corps était pris dans une sorte de transe. Ses mains qui reposaient à plat contre la vitre de chaque côté de ses hanches, étaient parcourues de fourmillement. Elles résistaient à l'envie de se perdre sous l'étoffe de la chemise blanche que portait Zoro, de partir à la rencontre d'un nouveau territoire inconnu.

La pression dans le dos de l'épéiste dû s'accroître, car celui-ci se rapprocha un peu plus, pliant le coude pour que son poids repose sur son avant-bras. Le tissu de son costume vint effleurer celui satiné de sa robe au niveau de leur poitrine, et la jeune femme cessa de respirer momentanément.

Désormais, le corps de Zoro l'enveloppait tel un cocon, qui les isolaient du monde extérieur. Nami en oublia où elle se trouvait, et ce qu'elle faisait là. Tous ses sens n'étaient concentrés que sur une seule et même personne : Zoro.

Les doigts à sa main gauche tressautèrent, puis celle-ci prit son envole et alla se poser timidement sur la hanche de son comparse, entre sa veste et sa chemise, à l'abris des regards. La chaleur de l'épéiste irradia sous sa paume, mais elle n'osa pas bouger. Nami l'observa silencieusement, jugeant de sa réaction au travers de ce cercle d'acier liquide braqué sur elle. Sans le quitter du regard, elle déplaça doucement sa main furtive, d'abord de bas en haut le long de son flanc, puis s'aventura timidement devant, sur son torse. Elle aurait aimé partir à la découverte d'une zone plus évidente, comme son dos, dont elle était vraiment curieuse de connaitre la sensation sous ses doigts, mais le corps de Ruben faisait barrage.

Alors ses doigts se contentèrent de caresser les muscles durs de son abdomen par-dessus sa chemise, et le regard de Zoro se fit plus conflictuel, bien que son visage parût se détendre quelque peu. Toujours en le fixant droit dans les yeux, elle poursuivit son exploration, lente et mesurée. A son contact, même à travers le tissu, elle pouvait sentir ses muscles se tendre comme des cordes, ainsi que la chaleur que dégageait son corps. Et elle se mordit la lèvre.

Du coin de l'œil, Nami perçut un mouvement sur sa droite, avant de sentir quelque chose qui lui effleurait timidement l'épaule. Il ne lui fallut pas longtemps avant de comprendre que Zoro semblait animé de la même curiosité qu'elle, et qu'il retraçait délicatement les contours de son épaule du bout des doigts. Sachant cela, un doux frisson la parcourut de la nuque jusqu'à la pointe de ses orteils. Sa respiration s'accéléra lorsque ses doigts rugueux suivirent la démarcation du tissu sur sa peau nue, et elle se décolla légèrement de la vitre pour lui offrir un meilleur accès. Sa poitrine opulente se pressa un peu plus contre son torse, emprisonnant sa main baladeuse entre leurs deux corps.

La pomme d'Adam qui saillait au milieu de sa gorge, remonta lentement pour revenir ensuite à sa place, et les lèvres de l'épéiste s'entrouvrirent, à la recherche de plus d'oxygène. Le bretteur ne se fit pas prier et sa paume caressa très vite, la chair pâle de ses côtes. L'iris argenté dans son œil blanc, rutilait comme l'acier juste poli tandis qu'il se noyait dans les abîmes ambrés de la jeune femme.

Une forme d'attraction magnétique les attirait l'un vers l'autre avec une force irrépressible. Plus sa main s'aventurait sur le torse de l'épéiste, et plus Nami désirait en connaitre davantage. Le visage de Zoro plongea un peu plus vers le sien, tandis que les doigts de la jeune femme se faufilaient entre eux et remontaient vers son col de chemise, déboutonné. Leurs fronts se touchèrent, les paupières s'abaissèrent, les souffles se mélangèrent. Leurs bouches dansaient l'une au-dessus l'autre, sans jamais vouloir se toucher.

Pendant ce temps, Nami avait enfin atteint le V de son encolure. Elle allait pouvoir toucher sa peau halée, sentir sa chaleur sans entrave, apprécier sa texture à la fois ferme et douce. Elle se mordit la lèvre et caressa son cou puissant, où son pouls battait à tout rompre. Sa main glissa lentement vers la nuque du bretteur et elle put jouer les petits cheveux soyeux qui se trouvaient à la base.

Un doux ronronnement remonta dans le poitrail de Zoro, et Nami apprécia ce son. Elle sentit sa main venir se loger dans le creux de ses reins, enflammant sa peau dévêtue, et la pressa pour qu'elle se retrouve coller à lui. Elle se laissa faire, car le moindre contact qu'elle pouvait avoir lui, la faisait vibrer intérieurement. Alors la navigatrice déplaça l'une de ses jambes, écartant de ce fait, la fente de sa robe, pour l'enlacer à celle de son compagnon. La cuisse de Zoro se faufila entre ses longues jambes, et il la fit remonter lentement. Un hoquet se bloqua dans la gorge de la jolie rousse, et son cœur fit un bond avant de tambouriner de plus belle dans sa poitrine en le sentant s'approcher de ce point névralgique.

Elle aurait dû le stopper, elle aurait dû se ressaisir, mais toute raison l'avait déserté en ce moment. Seul un besoin primaire animait son corps. Nami en voulait plus. Elle le voulait lui, Zoro.

Elle voulait effacer l'image de cette fille au bar, effacer toutes traces qu'elle avait pu laisser sur lui, en les remplaçant par les siennes. Zoro était à elle, et à nulle autre !

Pour sceller cette nouvelle résolution, Nami appuya sur la nuque de son compagnon. L'espace entre leurs lèvres se réduisit petit à petit, et même s'il était infime, le temps sembla ralentir. Elle pouvait les sentir effleurer les siennes…

DING !

La sonnerie fit éclater la bulle dans laquelle ils se trouvaient, et c'était comme si le claquement s'était répercuté jusque dans leurs cerveaux. Aussitôt, les deux nakamas s'écartèrent autant qu'ils le purent. Nami se colla à la vitre comme si elle voulait se fondre avec la matière, pendant que Zoro reprenait appuie sur ses mains, poussant au maximum sur ses bras, afin de se tenir le plus loin possible d'elle. Les regards étaient fuyant et les joues empourprées.

La porte s'ouvrit et amena un courant d'air qui les refroidis instantanément. Avec la nouvelle possibilité de s'enfuir, Ruben dégonfla mais demeura sonné par son l'important stresse qu'il avait subi. Ses amis s'empressèrent de le sortir de l'ascenseur pendant que la fille qui les avait interpellés en premier s'excusait à n'en plus en finir.

Dès qu'ils furent hors de la cage d'ascenseur, Zoro bondit à l'endroit le plus éloigné de la rouquine et lui tourna le dos. Nami avait immédiatement croisé les bras sur sa poitrine d'un geste d'autoprotection et s'était détournée de Zoro pour fixer la ville illuminée sous ses pieds. Elle jeta tout de même un coup d'œil à l'épéiste qui se tenait immobile devant la porte béante, puis sur le panneau de control pour constater qu'aucun voyant n'était allumé. Il semblait perturbé par ce qu'il s'était passé, ou plutôt, failli se produire, pour penser à sélectionner leur étage.

- On va au 48ème, Zoro, l'informa-t-elle d'une petite voix.

Elle vit les épaules du bretteur sursauter, puis d'un geste crispé, il leva la main et pressa le numéro 48. La machine referma ses portes, et se remit en marche, les emprisonnant dans un silence étouffant. La gêne était tellement palpable entre les deux, qu'elle aurait pu être tranché par l'un des sabres de Zoro.

De temps à autre, et sans qu'aucun des deux ne s'en rende compte, ils se jetaient de petits regards coin afin de voir lequel bougerait en premier. Ce jeu de ping-pong dura quelques instants jusqu'à ce que finalement, les regards ne se recroisent… pour ne plus se lâcher.

Hésitation, questionnement, folie, envie… une multitude d'émotions fut échangée silencieusement durant ce lapse de temps. Et puis…

Zoro traversa la cabine à grande enjambée alors que Nami se redressait et décroisait les bras pour s'avancer à la rencontre du bretteur. Ce dernier enfouie sans hésiter, sa main dans la chevelure ardente de la jeune femme, pendant que celle-ci enroulait ses bras autour de sa taille, et il l'attira à lui. Leurs bouches s'entrechoquèrent et les corps se pressèrent l'un contre l'autre. Le baiser n'avait rien de tendre, il était plein d'impatience, de frustration, de désir refoulé. C'était une lutte pour déterminer qui aurait le dessus, qui serait accusé en premier d'être à l'origine de cette folie.

Nami s'accrochait à lui sans se soucier de savoir si ses ongles lui lacéraient ou non la peau et laisseraient des marques. Elle était trop concentrée à imprimer ces sensations dans son esprit mais surtout sur les lèvres de l'épéiste. Zoro n'était pas en reste non plus. Il l'étreignait avec force, presque douloureusement. La main dans ses cheveux, ruinait sa coiffure et l'obligeait à incliner la tête en arrière, pour qu'il la dévore sans retenue, mais Nami s'en fichait. Plus rien n'existait autour d'eux. Même la notion de décence n'avait plus le moindre sens. Notamment lorsque Zoro glissa son autre main dans la fente de sa jupe pour venir saisir sa cuisse et la placer sur sa hanche. La rousse laissa échapper un soupir appréciatif qui aurait pu s'apparenter à un gémissement, avant que l'épéiste ne profite de cette occasion pour envahir le territoire humide de sa bouche et de l'enrôler dans une bataille sensuelle de leurs deux langues.

L'escalade était rapide et incontrôlée. Elle en voulait plus. Nami tira frénétiquement sur le bas de la chemise pour la déloger du pantalon de Zoro, puis quand cela fut fait, elle partit à l'assaut de son torse. Sa peau était tellement agréable sous ses doigts !

La prise sur sa cuisse se raffermit, et à coup sûr, elle aurait des bleus à cet endroit, mais en cet instant, cela ne faisait qu'attiser le feu qui la dévorait de l'intérieur.

DING !

Pour la deuxième fois consécutive, la sonnerie leur fit l'effet d'une claque. Les mouvements se figèrent et les deux nakamas ouvrirent les yeux en grand, leurs bouches toujours collées l'une à l'autre. La tension sexuelle s'évanouie d'un seul coup et laissa place à un grand malaise. Encore plus lorsqu'ils entendirent les portes s'ouvrir et qu'ils réalisèrent la position très compromettante dans laquelle ils étaient. En une fraction de seconde, ils bondirent en arrière, le plus loin possible l'un de l'autre, et chacun se dépêcha d'arranger son apparence. Nami se recoiffa du mieux qu'elle put, et tira sur sa robe pour la remettre correctement, pendant que Zoro remettait les pans de sa chemise dans son pantalon tout en se raclant la gorge.

La jeune femme fut la première à surgir de l'ascenseur, et sans un regard pour l'épéiste, elle se rua dans le couloir pour rejoindre sa chambre afin de s'enfermer à double tour à l'intérieur. Elle était morte de honte. Bon sang, mais qu'est-ce qu'il venait de se passer ?!

Bordel, mais qu'est-ce qu'il venait de se passer au juste ?! Songea Zoro en sortant de la cage de l'ascenseur. Il jeta un coup d'œil mauvais à ce dernier, pensant que celui-ci était ensorcelé. Qu'est-ce qu'il lui avait pris d'embrasser Nami, putain ?! Est-ce que quelqu'un les avait vu ?! Il espéra sincèrement que non, car il n'avait aucune idée de comment expliquer cela.

Son regard se reporta sur le couloir pour constater que la sorcière filait à toute allure sans se retourner. Merde ! Et il ne savait toujours pas dans quelle chambre il dormait ! Il avait oublié de lui demander, et en plus il n'avait pas la clé !

- OI NAMI ! l'interpela-t-il.

Elle était pressée de le fuir, et il réalisa que lui demander où il dormait alors qu'il n'avait pas de clé, pouvait fortement porter à confusion, surtout dans une situation pareille. En tout cas, elle ne lui en laissa pas de temps, car la cadence de ses pas redoubla, et elle disparut au détour du couloir. Dépassé par les évènements, Zoro se passa une main nerveuse dans les cheveux puis se frotta le visage. Tant pis, il se débrouillerait tout seul pour retrouver sa chambre.

Est-ce que son amitié avec Nami était fichue ? A partir de maintenant, les choses allaient-elles devenir gênantes ? Est-ce qu'ils pourraient être de nouveau seuls l'un avec l'autre sans qu'il n'y ait de malaise ? Toutes ces questions le tourmentaient pendant qu'il déambulait dans le couloir. Il avait beau se repasser la scène dans sa tête, il ne comprenait toujours pas comment cela avait pu se produire, et ce qu'il lui avait pris. Toutefois, une chose le perturbait encore plus que tout le reste. Il avait aimé chaque seconde de ce baiser. Il avait aimé la sensation de l'avoir contre lui, de la tenir dans ses bras, du contact de ses lèvres sur les siennes, de la sentir réagir à ses caresses… Bordel ! il était foutu.

- Zoro !

La petite voix le tira de ses réflexions et il releva la tête pour voir Chopper en plein milieu du couloir.

- Chopper ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

Puis une pensée lui donna des sueurs froides. Est-ce qu'il avait vu ce qu'il c'était produit dans l'ascenseur ?

- Il m'a semblé que c'était ta voix que j'ai entendue, alors je suis sorti de la chambre. Et toi, tu vas te coucher aussi ?

Zoro grommela quelque chose qui ressembla à un oui, puis zieuta la porte derrière le petit renne et fronça les sourcils. Pas moyen de ce souvenir du numéro de sa chambre.

- Tu n'as pas tes clés je pari, soupira le médecin. Viens, tu peux dormir dans cette chambre, Ussop n'est toujours pas revenu et Luffy non plus.

Voilà qui lui épargnait des recherches longues et ennuyeuses ! Le renne ouvrit sa porte et précéda le bretteur. Ce dernier le suivit, mais au moment de passer le seuil, il s'arrêta et jeta un coup d'œil vers le long couloir où se succédaient une multitude de portes identiques. Derrière laquelle Nami s'était-elle réfugiée ? Etonnamment, Zoro éprouva du regret, non pas à cause de s'être quitté en mauvais terme, mais parce qu'une part de lui aurait aimé que ce ne soit pas Chopper qui lui propose d'entrer.

- Oh Zoro ! Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?! S'alarma le renne au nez bleu.

L'épéiste grogna face à sa propre absurdité et observa son petit nakama avec un sourcil levé. De quoi est-ce qu'il parlait ? Ce dernier lui fit signe qu'il avait quelque chose dans le cou et Zoro passa sa main pour sentir une légère abrasion de la peau accompagnée d'une sensation de piqûre.

- Vous vous êtes encore disputé avec Nami, c'est ça ? Soupira-t-il.

Le sang du jeune homme se glaça. Comment est-ce qu'il avait deviné ?!

- Qu-quoi ?!

- Je t'ai entendu l'appeler tout à l'heure dans le couloir. Nami peut se montrer vraiment terrifiante parfois… En tout cas, j'espère que ce n'est pas trop grave et que vous allez vous réconcilier.

Intérieurement, Zoro soupira. Le petit médecin avait l'air sincèrement peiné par leur « dispute », ce qui suffit à attendrir le bretteur.

- Nan ! Ne t'en fais pas Chopper. Ce n'est rien, lui assura Zoro en posant la main sur sa petite tête.

- Ouf ! Tu sais, elle n'en donne peut-être pas l'impression comme ça, mais Nami tient beaucoup à toi.

L'oreille collée à la porte de sa chambre, Nami écoutait ses camarades. Chopper était la personne la plus gentille qui soit, et il connaissait parfaitement leur idiot d'épéiste. Voilà pourquoi, la navigatrice se sentit coupable de lui en vouloir, alors qu'elle aurait dû le remercier de la débarrasser de Zoro. Car qui sait ce qui aurait pu se passer s'il n'était pas intervenu. Elle avait fui pour cette raison, et avait ignoré l'appel du bretteur. Mais une fois enfermée dans sa chambre, la solitude et le manque s'étaient fait cruellement ressentir. Le cœur battant à tout rompre, Nami avait hésité à rouvrir sa porte au moment où Zoro serait passé devant. Et puis Chopper était intervenu.

Leurs voix se dissipèrent et la jeune femme s'écarta de la porte. Elle ôta enfin ses chaussures, fit gigoter ses orteils sur la moquette duveteuse et avisa le lit double qui trônait dans la pièce, avec une pointe de regret.

Non ! C'était mieux ainsi. Ça aurait été une grossière erreur. Zoro était son nakama. Et puis Robin pouvait revenir d'une minute à l'autre. Comment aurait-elle alors expliqué la présence de l'épéiste dans leur chambre ?

Nami se donna deux petites claques sur chaque joue et décida qu'il était temps d'aller dormir. Demain serait un autre jour.

FIN