/!\ repost de mon compte Wattpad, Février 2019

Les personnages de Croatie et Yougoslavie sont mes OCs

Elizabeta Héderváry - Hongrie

Dragan Malnar - Croatie

Lucija Kovac - Yougoslavie


La nuit d'encre tombait sur sa maison, elle devrait se coucher maintenant que la pluie avait commencé à labourer le ciel et que l'horloge sonnait 11 heures. La hongroise bailla et s'étira, bien décidée à s'offrir un sommeil profond. Mais la sonnette changea ses plans en émettant le familier ding dong qui annonçait la venue de quelqu'un. Hongrie fronça les sourcils, qui venait la déranger à une heure pareille ? Un voleur qui la pensait seule et faible ? Des gens louches ? La brune s'équipa de sa poêle au cas où et s'avança prudemment vers l'entrée. Elle vérifia le judas mais avec le temps on ne voyait rien. Tant pis, elle ouvrit la porte prête à toute éventualité, sauf à celle-ci.

« Croatie ? »

Le croate dégoulinait d'eau de pluie sur son tapis, il était encore en uniforme militaire sale et déchiré par endroit, laissant voir des bandages par certaines fentes dans le vêtement. Il releva la tête vers elle, la pluie collait ses cheveux dans un désordre monstre et il avait diverses égratignures sur le visage, il la fixa un moment sans vraiment la voir, comme en transe, ses yeux perdus dans le vide assombris par l'obscurité ambiante.

« Yougoslavie est morte hier. »

Sa voix était enrouée, déraillée, comme quelqu'un qui vient à peine de se réveillé, qui croit encore que ce qu'il voit n'est qu'une farce de son imagination. Hongrie a connu Croatie à de nombreuses époques, mais jamais encore elle ne l'avait vu si désorienté, si incrédule, si égard. Elle prit doucement son bras et l'attira à l'intérieur.

« Rentre. »

.

Voilà plus de 20 minutes et le brun n'avait pipé mots, la couverture empruntée sur les épaules et une tasse chaude dans les mains il gardait les yeux sur le liquide tourbillonnant dans la céramique, les iris voilées d'une brume impénétrable. Mais la hongroise sur le canapé d'en face s'en fichait, elle avait su s'armer de patience avec lui dès le plus jeune âge. Elle ne pouvait pas commencer la conversation car elle ne serait pas sûre d'obtenir une réponse. Il finit enfin par ouvrir la bouche, sans décrocher de la tasse.

« Yougoslavie est morte hier. »

Répéta-t-il plus pour s'en convaincre qu'autre chose. Hongrie hocha la tête.

« Comment tu le sais ?

-Je le sais. Juste je le sais. Ici, je l'ai senti. »

Il porta une main tremblante à sa poitrine, sur l'emplacement de son cœur. La pièce retomba dans le silence. Croatie sembla reconnecté un peu puisqu'il porta la boisson maintenant tiède à ses lèvres.

« Comment tu te sens ? »

Il la regarda, pendant plusieurs secondes sans rien dire. Sa réponse ne fut qu'un souffle.

« Je ne sais pas. »

Il posa le liquide entamé sur la table et décolla quelques mèches de ses joues du bout des doigts.

« Je l'ai su, mais je n'ai rien fait. J'ai continué à aider les blessés, j'ai parlé à mes généraux. Mais je n'ai rien dit, et je n'ai rien fait. C'est à peine si j'y ai accordé de l'importance. Et maintenant, maintenant j'étouffe, et ça m'écrase la poitrine. »

Sa voix flancha sur la fin et il arrêta de parler. Elle savait que le croate n'aimait pas qu'on s'inquiète pour lui, qu'on l'aide. Qu'il soit venu la voir relevait déjà du miracle en soit. Hongrie se leva et s'assit à côté de son ancien territoire, posant une main réconfortante sur son épaule. Le contact le fit trembler.

« C'est normal, c'est l'adrénaline qui retombe. Tu es en pleine guerre, c'est plus dur à gérer. »

Il prit le temps de la regarder un instant, cligna des yeux deux-trois fois, puis se reconcentra sur la céramique.

« Mais est-ce que ça me donne le droit d'y être insensible ? Cela me donne-t-il le droit de ne pas regretter cette perte ? »

Il ramena ses mains autour de son cadre, les épaules voutés et tremblants. Il ferma les yeux très fort et compta jusqu'à cinq dans une tentative de reprendre le contrôle de sa respiration. Hongrie le regarda, attristée.

« Tu n'y es pas insensible, regarde dans quel état tu es. Et puis, tu es venu me voir, ce n'est pas rien. Tu la regrette plus que ne t'autorise à le croire. »

Le silence pris place une nouvelle fois, mais il était moins pesant qu'au début. Le croate finit sa boisson, désormais elle était froide. La brune le laissa dans ses questions et plongea dans les siennes, qu'elle ne trouvait pas très honnête à vrai dire. Car elle était heureuse, elle était heureuse que Croatie soit venu la voir, elle était heureuse que ce soit vers elle qu'il se tourne quand il se sentit si mal. Était-ce égoïste de se réjouir du malheur de la nation croate si ça lui donnait de l'importance ? De toute façon elle n'eut pas le temps de remuer ses mauvais sentiments que Croatie se releva. Il avait les jambes un peu flageolantes mais il tient bon debout. Il reposa la couverture sur le dossier du canapé et se retourna vers Hongrie, les yeux scotchés sur le sol.

« Merci.

-Ne me remercie pas c'est normale.

-Peut-être mais tu n'étais pas obligée. »

Elle prit place à ses côtés alors qu'il avançait vers l'entrée. Elle le retint.

« Tu ne veux pas rester pour la nuit ? Il est tard. »

Il essaya surement de lui sourire, mais ça sonnait horriblement faux aux yeux de la hongroise. Il secoua la tête et murmura d'une voix blanche.

« Non c'est bon. Tu en as déjà beaucoup fait. Merci beaucoup Elizabeta. »

Elle lui offrit un sourire réconfortant.

« Reviens si tu as besoin de moi. »

Croatie tourna son regard dans les ténèbres nocturne.

« Ca va aller. Pour l'instant il faut que ça aille. Si-… Quand ça sera fini je pourrais y réfléchir plus clairement. »

La hongroise sentit son cœur tomber dans son estomac, elle voudrait l'aider plus, le faire se sentir mieux… Mais elle ne pouvait pas le faire s'il refusait son aide. La nation croate s'enfonça dans la nuit jusqu'à être totalement avalé par l'obscurité. La brune resta quelqu'un instant à scruter l'horizon, elle n'entendit aucun moteur même lointain et n'aperçut pas l'ombre d'un phare. Il était venu jusqu'à chez elle à pied ?!