Bonsoir, cette chose est née d'un "atelier gage" que j'ai perdu sur l'un des discords que je fréquente (à comprendre: dans lequel je vis ha ha). Mon gage était d'écrire un Tom Riddle / Orion Black. C'est désormais chose faite ! Je suis vraiment pas convaincue mais je suis ravie s'il égaye la journée/soirée de quelqu'un.
J'ai volé le titre dans un vers du poème anglais Elegy Written in a Country Churchyard que je recommande chaudement !
Loin des querelles
Son avenir était tout tracé. Quant à son futur proche, il était limpide. Il avait d'ailleurs dressé une liste des dernières choses qu'il avait à faire avant de pouvoir décamper. En deuxième position, il y avait l'assassinat de Smith et le vol de la coupe de Poufsouffle. Facile : il avait tout prévu. C'était agendé pour le lendemain. En troisième position : quitter le pays et disparaître à jamais. Quand il reviendrait (il estimait que ses voyages l'occuperaient pendant environ dix ans), ce serait sous un autre nom.
Tom Riddle allait disparaître. Et cette perspective le réjouissait plus encore que l'idée de mettre enfin la main sur la coupe.
Il ne restait à faire que le premier point de cette foutue liste. Il lui paraissait insurmontable, ce premier point, alors même qu'il était justement en train de s'en débarrasser. Car il s'agissait d'assister au mariage entre Orion Black et sa cousine, Walburga Black. Une manière pour Tom Riddle de faire ses adieux au monde magique britannique comme un gentilhomme. Il allait saluer les mariés, saluer ses camarades, prétendre que tout était normal et que tout allait bien et… et il disparaîtrait.
Il n'avait prévenu personne. Malgré son influence sur ses anciens camarades d'école, pas sûr qu'ils parviennent à le sauver s'il était soupçonné d'avoir assassiné la dernière descendante de Poufsouffle.
Ils arriveraient sans doute à faire le lien entre son identité actuelle et celle qu'il avait imaginé lorsqu'il reviendrait sous le nom de Lord Voldemort. Mais d'ici-là… Ils seraient aussi confus que le reste de la population.
Le mariage, donc. C'était la première fois qu'il assistait à un mariage entre deux sang-purs. Pas d'église ni de présence religieuse. Ils s'étaient réunis dans la forêt, les chaises disposées au hasard entre les dolmens. Il sentait la magie en émaner, une longue vibration ancienne. Un écho de magie, plutôt. C'était intéressant. Il allait mourir d'ennui, il le savait déjà, mais pouvait au moins apprécier découvrir un lieu qu'il n'aurait sans doute jamais trouvé seul.
La robe que lui avait prêtée Abraxas était désagréable. Le tissu était riche, il s'en rendait bien compte, mais il le grattait au niveau des épaules. Il n'en montrait évidemment rien. Les regards hostiles de certains convives qui ne comprenaient pas ce qu'un vulgaire sang-mêlé venait faire parmi eux l'avaient convaincu de ne pas esquisser le moindre geste déplacé.
Il avait hâte de leur faire payer leur attitude. Patience, se somma-t-il avec fermeté : le moment viendrait bien assez tôt.
Walburga était au centre des dolmens. Entièrement habillée en noir, elle attendait l'arrivée de son cousin. Quelle famille, pensa-t-il avec mépris. Sa petite visite chez son oncle, quelques années plus tôt, l'avait convaincu que l'inceste était une mauvaise idée aussi bien pour les moldus que pour les sorciers. Leur obsession quant à leur sang faisait décliner leurs facultés.
Tom s'en réjouissait. Cela ne rendrait que plus simple pour lui de les écraser.
Il vouait à cette illustre famille une haine tenace. Non seulement pour les principes qui semblaient animer chacun de leurs gestes mais aussi pour leur attitude en général. Personne ne l'avait aussi mal traité que les Black. Ça avait été l'une de ses premières motivations, la vengeance. Il ne l'admettrait jamais à personne mais l'une des raisons de tous ses plans, c'était d'éradiquer cette famille du paysage magique britannique.
Il ne le ferait pas par la force, il savait qu'il n'y parviendrait jamais s'il tentait de s'attaquer aux sangs-purs. Nul doute que les Malfoy, les Avery et les Nott se rallieraient immédiatement auprès de leur plus « dignes » représentants. Non, il devait le faire par la séduction. La descendance de cette famille serait de son côté. Il les charmerait tous et les mènerait à leur perte.
Mais pour y parvenir, il devait d'abord devenir Lord Voldemort.
Walburga remarqua que Tom l'observait. Son visage se tordit de dégoût.
C'était Orion qui l'avait invité. Fait qui avait passablement surpris Tom. Il était plus jeune que lui et il n'avait jamais fait partie de son cercle. Mais c'était le genre d'invitations qui ne pouvaient pas se refuser… Et ce, même si ça voulait dire subir les regards méprisant de sa future femme. Il décida de ne pas s'en formaliser : il ferait ployer sa future descendance sous son échine et s'assurerait que le nom « Black » meure avec les enfants en question. Tout ce qu'il avait à faire, c'était attendre que ce calvaire prenne enfin fin.
Et, donc, Tom de même que tous les autres invités, attendirent.
Encore et encore. Le visage de Walburga se décomposait de quart d'heure en quart d'heure. Tom avait envie de demander à Abraxas, assis non loin de lui, si ça faisait partie de la coutume. Mais à l'air positivement scandalisé des invités il lui apparût finalement que…
Qu'un scandale était en train de prendre place.
Orion, qui venait à peine de terminer sa scolarité, Orion qui était fiancé à sa cousine depuis sa naissance avait apparemment décidé… de ne pas se pointer à son mariage. Sa poitrine se serra d'alégresse. C'était… un cadeau d'adieu digne des plus grandes richesses. Être témoin de l'humiliation publique de Walburga… Si Tom croisait un jour le chemin d'Orion, il l'honorerait d'une franche poignée de main.
Les invités se levèrent petit à petit alors que Walburga s'entretenait avec son père. Elle avait l'air folle de rage ce qui n'était pas surprenant. Tom se disait parfois que s'il y avait un être sur la planète dont la colère pouvait égaler la sienne, c'était bien elle. Il renifla et suivit le mouvement général.
Abraxas discutait vivement avec Rosier. Tom se savait de trop. Les sangs-pur n'apprécieraient pas de voir cette honte étalée au-devant d'un vulgaire sang-mêlé. (Tom se disait d'ailleurs que la plupart devaient le prendre pour un sang-de-bourbe.) Il fit un signe de tête à son… ancien camarade puis, sans adresser la moindre parole à quiconque, transplana.
Son appartement était plongé dans l'obscurité.
Il s'autorisa un sourire. L'occasion était trop belle. Orion Black qui posait un lapin à Walburga. Il ne l'aurait jamais cru capable d'accomplir un tel exploit. Le garçon, son cadet de deux ans, l'avait toujours frappé comme quelqu'un de timide. Quelqu'un qui ployait sous les exigences de sa famille. S'il avait su qu'il avait en lui une part de rébellion, il aurait fait plus d'effort pour se lier à lui.
Il fit un geste du bras. Les lampes de son appartement s'allumèrent.
Orion Black était assis sur une de ses chaises.
La surprise le paralysa un instant. Orion Black était assis sur l'une des chaises de son studio miteux. Il y avait un sac à ses pieds.
Bon dieu, Orion Black était assis dans son studio. Il baissa le bras. Il n'y avait rien de compromettant dans son appartement. Pas de livres illégaux, sa liste était fort heureusement mentale, il ne pouvait rien avoir appris de compromettant.
-Black, commença-t-il.
Il était curieux de savoir ce qu'il faisait chez lui. Il avait des amis, des relations, pourquoi était-ce vers lui qu'il s'était tourné ?
-Je n'ai pas pu. Je…
Même finir sa phrase semblait trop difficile pour lui.
Orion paraissait vulnérable. Ce qui était un adjectif que Tom n'avait jamais associé à l'héritier Black. S'il avait décelé la moindre faille chez lui, il l'aurait mise à profit. Dommage que cette révélation n'arrive la veille de son départ.
-Et… en quoi puis-je t'aider ? demanda Tom avec politesse.
Il avait sécurisé son appartement de façon à ce qu'il soit tout de même accessible. En faire trop aurait pu attiser des soupçons ce dont il n'avait ni besoin ni envie.
-Tu pars bientôt non ? Je me disais que je pourrais partir avec toi ?
Tom lui sourit.
Comment diable ce foutu gosse connaissait-il cette information ? Personne n'était au courant de son départ comment lui –
Orion Black n'était pas très grand. Il lui arrivait aux épaules et avait toujours une expression follement adolescente. Ses habits étaient d'excellente facture et la robe qu'il portait faisait honneur à son sang soi-disant « pur ».
Tom ne pouvait pas s'encombrer d'un tel compagnon. Comment était-il supposé assassiner Smith, lui voler sa coupe et créer un horcruxe si Orion Black était avec lui ? L'idée était risible.
Son regard s'attarda à nouveau sur sa tenue.
Mais Orion possédait des choses que Tom, malgré la vie d'ascète qu'il avait maintenue jusque-là, n'avait pas. De l'argent, surtout. Et probablement des connexions internationales. Il réfléchit à la façon dont il avait envisagé son voyage. Des auberges miteuses, des logements qui le seraient aussi... la faim, l'isolement, tout ce qu'il était prêt à sacrifier par manque d'alternative.
Mais elle était là, cette alternative.
-Tu as de l'argent ? demanda-t-il sèchement.
Il espérait qu'Orion comprendrait que Tom n'avait pas l'intention de l'entretenir plutôt que la vérité. Qui était que Tom manquait cruellement de fonds.
-Oui, répondit-il simplement.
Son visage avait pris un tour d'espoir que Tom n'appréciait pas du tout. Il ne connaissait pas ce garçon. Ça avait été le Black le plus agréable avec lui, impossible de prétendre l'inverse, mais leurs rapports n'avaient jamais été autre chose que poliment distant. Et il ne faisait que l'utiliser pour son besoin de rébellion juvénile.
Smith, se rappela Tom.
L'horcruxe.
En avait-il vraiment besoin ? Il s'était jeté sur cette idée d'en faire sept... Il n'était même plus sûr de la raison si ce n'était ce besoin maladif de surpasser tout ce que les sorciers avaient fait avant lui. Il n'était pas dupe, il avait parfaitement conscience que ce besoin était une conséquence directe de la façon dont il avait été traité à son entrée dans le monde sorcier. Entre Dumbledore et son manque de confiance et le mépris de ses camarades... Faire plus, faire mieux, était devenu une obsession.
Mais à quel prix, se demanda-t-il. Le procédé était ignoble et les conséquences l'étaient aussi.
Il en venait presque à regretter d'avoir créé le premier. Malheureusement, ce n'était pas suffisant pour inverser son acte. Les regrets étaient égoïstes après tout. Ce qu'il aurait dû ressentir...
C'étaient des remords. Et impossible d'en avoir pour Myrtle... ou pour son père. Les choses étaient donc telles qu'elles étaient.
-Comment est-ce que tu sais que je suis sur le point de partir ? demanda ensuite Tom.
Si tout le monde était au courant, il devrait impérativement revoir ses plans. Rester peut-être un an de plus. Ça ne l'arrangeait absolument pas car il avait prévu ce voyage depuis des années, justement. Il avait arrêté la date en cinquième année et jusqu'à présent, tout s'était déroulé comme sur des roulettes.
-Tu m'en avais parlé, répondit Orion qui s'avança lentement : tu m'avais dit que tu avais l'intention de partir cet été.
Il ajouta brusquement :
-Si tu n'es pas prêt, je peux attendre, je peux rester caché ! Mais -
Un souvenir vague d'avoir effectivement échangé quelques mots avec Orion Black, lui aussi resté au château pendant les fêtes de Noël, ressurgit. C'était terriblement absurde. L'autre garçon avait manifestement...retenu cette information et décidé de s'en servir pour échapper à Walburga.
Tom hésita. D'un côté il y avait son plan. De l'autre, l'argent, un compagnon de voyage et son début de vengeance contre la famille Black. La souffrance qu'impliquait la création d'un horcruxe s'imposa à lui et fit définitivement pencher la balance. Ça n'en valait pas la chandelle. Pas quand c'était au prix de pouvoir vivre confortablement. Deux horcruxes consistaient déjà en une garantie suffisante.
Il pourrait toujours reprendre son dessein à son retour.
-Ce ne sera pas qu'une partie de plaisir, déclara-t-il : j'ai des plans précis qui impliquent de bouger beaucoup.
-Je sais, répondit Orion : je crois que je pourrai aussi en bénéficier non ?
Il lui demandait son avis. Tom avait envie d'hurler. Était-il donc naïf à ce point pour croire que Tom était de bon conseil ? Il savait de quoi il était capable, il l'avait vu mater un certain nombre d'élèves, cette confiance aveugle était ridicule. Et dangereuse. Lui faire confiance se révélait souvent être une idée idiote. Mais Orion avait manifestement décidé de placer son destin entre ses mains.
-Très bien, trancha finalement Tom : Alors allons-y.
Maintenant ?
Tom ne voyait pas l'intérêt de rester une minute de plus dans cet appartement. S'ils se faisaient intercepter... Les idées que la population se ferait sur leur voyage prendrait sûrement une tournure autrement plus scandaleuse. Mieux valait profiter de la confusion pour s'éclipser.
-Oui. On part pour la France dans un quart d'heure.
Il avait un portauloin illégal dans l'un de ses placards. Ils seraient à Paris en un instant. Le reste du voyage devrait se faire à la moldue - c'était le moins cher et le moins risqué. Personne ne penserait à venir les chercher dans un vulgaire train. Et c'était là toute l'intelligence de son plan. Parce que cette nouvelle variable, c'est-à-dire qu'ils auraient la famille Black aux trousses, était nouvelle.
Tom savait que personne ne se serait inquiété de son sort. Il n'était même pas persuadé que quiconque aurait remarqué qu'il ait disparu. L'une des raisons, d'ailleurs, qui le poussait à vouloir devenir mémorable dès son retour. Plus personne ne le considérerait comme indigne d'intérêt. Son futur patronyme, Voldemort, serait sur toutes les lèvres.
Malgré sa surprise, Black n'émit aucune objection et, quinze minutes plus tard, comme Tom l'avait annoncé, ils apparaissaient à Paris dans une ruelle désaffectée. Il lâcha d'ailleurs un soupir soulagé. Il ne l'avouerait jamais à Orion mais ses calculs avaient été fait à l'aveugle. C'était la première fois qu'il quittait les iles britanniques et à part une vieille carte de Paris, il n'avait rien eu d'autre pour définir leur lieu d'arrivée.
Fort heureusement pour eux, la ruelle était désaffectée. Des journaux traînaient par terre ainsi que quelques ordures. Tom plissa des lèvres et replaça son sac de voyage sur les épaules.
-Trouvons un endroit à dormir, déclara-t-il finalement alors qu'une couleur plus conventionnelle réapparaissait sur le visage de Black.
Qu'il supporte mal les portoloins était une information intéressante dont il ne se serait jamais douté. En fait, il aurait parié sur l'inverse : tous les sangs-pur étaient blasé par les moyens de locomotion sorciers et c'était un trait de né-moldu ou de sang-mêlé que de ressentir la moindre gêne lors d'un déplacement.
Orion acquiesça à son idée et, sans plus de formalité, ils s'élancèrent dans la ville. Paris. Tom avait lu tout ce qu'il y avait à lire sur la ville et put feindre une nonchalance qu'il ne ressentait pas. Que ce soit la langue ou l'architecture, il avait soif de découvrir la ville, ses habitants, et les pratiques magiques qui y avaient été développées.
-Je pense qu'il vaut mieux qu'on reste du côté moldu, déclara-t-il finalement.
Le visage d'Orion se tordit dans une expression sincèrement dégoutée. Tom se retint difficilement de ne pas lever les yeux au ciel :
-Ta famille proche et ta famille élargie auront les yeux grands ouverts. Je n'ai absolument pas envie de me trouver au cœur d'un tel scandale.
Chose étrange, Orion pinça des lèvres. Il n'avait pas particulièrement l'air énervé de s'être fait reprendre de cette façon. Il semblait gêné d'avoir pu oublier qu'il était effectivement et selon toute vraisemblance, la personne la plus recherchée de Grande-Bretagne.
-En fait, reprit Tom : Paris est une erreur. Les relations sont trop étroites entre les deux pays. On ferait mieux de partir pour le Sud. Ou pour l'Est.
-L'Est ? demanda Orion avec curiosité.
-Oui, à terme j'aimerais aller jusqu'en Chine, mais je suppose que la Hongrie peut-être un bon début. Tu as de la famille là-bas ? ou ta famille à des relations dans ce pays ?
-Pas à ma connaissance, répondit Orion.
Tom décida qu'il s'en satisferait.
Le voyage fut paisible. Au moins, Orion n'était ni désagréable ni trop idiot, ni trop envahissant. En fait, son seul défaut était sa curiosité et Tom avait du mal à classifier la curiosité comme un défaut. C'était sa curiosité à lui qui lui avait permis de découvrir tous les secrets de Poudlard et sa curiosité aussi qui lui avait permis d'élucider le problème de la mortalité.
Le problème c'était que plutôt que d'être académique, comme la sienne, la curiosité d'Orion concernait les gens et les choses. Les paysages défilaient à l'allure plutôt lente du train et pas un château, pas un village, pas une montagne ne le laissait indifférent. Il s'exclamait à chaque fois que le train passait à côté d'une ruine. Il se demandait à haute voix comment c'était de vivre dans les villages dans lesquels ils s'arrêtaient et, étrangement, si Tom avait eu envie de l'assassiner la première heure…
Il avait fini par trouver son attitude charmante.
Tom était toujours parti du principe que la famille Black vivait une meilleure vie que la sienne. Ils avaient la richesse, les connexions, l'immobilier, les connaissances…enfin bref, ils avaient tout ce qu'il manquait à Tom. C'était peut-être aussi de là que venait sa rancune. En tout cas, inutile d'essayer de nier les faits : il n'y avait pas que des avantages à être la plus vieille famille du monde sorcier britannique. Orion manquait clairement d'expérience. L'impression que ça donnait, se dit Tom, c'était qu'il n'était jamais sorti de chez lui et que tout était nouveau.
Bon sang, il ne serait pas prêt pour ce qui les attendait le long du voyage. Tom n'avait strictement aucune envie de ne fréquenter que des gens… intégrés dans la société. C'était d'ailleurs rarement ces derniers qui avaient les informations intéressantes. Sa naissance dans la misère et avoir grandi façonnée par celle-ci, il se targuait de connaître l'humanité. Orion lui donnait l'impression d'être un jeune faon qui commence à peine à marcher.
Il replia ses longues jambes avec difficulté en évitant de taper contre celle de l'autre garçon qui, encore émerveillé et enthousiaste, avait le visage résolument tourné vers la fenêtre. Tom ferma les yeux et croisa des bras. Des heures encore de train avant qu'ils ne parviennent à destination.
C'est fourbu et même cassé en deux qu'ils arrivèrent dans la ville qui devrait les accueillir. Tom, qui n'avait jamais quitté l'Angleterre et qui se sentait frustré de ne pas avoir pu visiter Paris, se dit quand même qu'il trouverait de quoi se contenter là. Une vieille ville très charmante, des maisons anciennes et des fleurs à chaque fenêtre… vraiment, même le ciel gris et le froid (relatif) ne dissipèrent pas sa bonne humeur.
-On trouve un hôtel ? Je suis éreinté.
Orion était en train de suivre des yeux une jeune femme dans un habit traditionnel. Tom leva les yeux au ciel intérieurement. Il n'avait aucune envie de faire office de chaperon ou de voir son voyage éducatif se transformer en goguette de séduction.
-Quoi ? lui demanda Orion alors que Tom lui avait donné un coup de coude.
-Trouvons cet hôtel.
-D'accord.
Il avait des cernes sous ses yeux gris. Maintenant qu'ils étaient résolument loin et dans une petite ville de l'URSS où personne ne penserait à venir les trouver, il semblait terriblement las. De quoi ? Tom n'en savait rien et n'avait aucune prétention de le découvrir. Il devait s'en vouloir d'avoir failli à sa famille et à son devoir. Tom avait déjà réfléchi à la réponse qu'il lui donnerait s'il abordait le sujet. Que c'était le seul acte de sa vie digne d'être respecté. C'était cruel mais peut-être qu'Orion y réfléchirait ensuite à deux fois avant de se morfondre auprès de lui.
Ils traversèrent la rue et s'engouffrèrent dans un étroit passage. De là, ils constatèrent qu'une autre rue, parallèle à la première, semblait prometteuse. Et en effet : des restaurants, des bars et des hôtels. D'un naturel désarmant, Orion s'approcha de celui sur lequel le plus d'étoiles était inscrit sur la devanture.
Tom lui saisit le bras :
-Pas question. Allons dans un endroit plus discret.
-Cela va sans dire que je réglerai la note, déclara Orion en se dégageant : mais je refuse de dormir dans un endroit insalubre.
Tom hésita. Ils étaient dans une ville moldue. L'argent n'était pas un problème. D'ailleurs il ne comptait pas laisser Orion payer, il ensorcèlerait le ou la réceptionniste et il ne serait pas question d'argent. Son instinct le poussait à trouver l'endroit le plus miteux ou des gens intéressants se trouveraient. D'un autre côté, après avoir passé des années à dormir dans son petit appartement dans des pièces qui, elles, ne pouvaient être qualifiées que d'insalubres… Oui, il supposait qu'il pouvait faire une entorse à ses principes. Il hocha lentement de la tête.
-Entendu. Et puisque tu sembles y accorder une telle importance, Orion, je te laisse le soin de choisir l'hôtel. Préviens-moi quand tu l'as trouvé, je t'attends dans ce café.
C'était une manière de pouvoir passer quelques minutes seul. En vérité, il n'avait aucune envie de voir Orion essayer chacun des hôtels, inspecter les halls d'entrées puis les chambres pour finalement décider d'en choisir un autre. Il n'avait évidemment aucune idée si c'était effectivement comme ça que l'héritier Black avait l'intention de procéder mais un doute assez désagréable s'était emparé de lui. Et c'était l'occasion d'aller justement dans l'un de ces troquets où traînent les désœuvrés qui ont toujours vents des rumeurs les plus intéressantes.
Il poussa la porte du bar le plus sombre de la rue. Les fleurs de la devanture n'étaient pas aussi soignées qu'ailleurs et une épaisse fumée avait assombri les fenêtres. C'était parfait. Il masqua une grimace d'inconfort en entrant dans l'établissement fumeur. Il était presque vide, si ce n'était un homme assis au comptoir. Une bière était posée devant lui.
Tom s'assit et commanda la même chose. C'était une étape capitale pour que les gens lui fassent confiance. Imiter leurs gestes et leurs choix créait aussitôt une proximité. Comment lui adresser la parole ? Il était en train de lister les différentes possibilités lorsque la porte s'ouvrit brusquement.
-Ah, tu es là ! s'exclama la voix joyeuse d'Orion : j'ai trouvé l'endroit parfait. Tu bois une bière ? À cette heure-là ?
Tom supposait que son plan était foutu.
La chambre était agréable sans pour autant être luxueuse. Le linge frais sentait bon, les fenêtres donnaient sur la rue et un petit bureau agrémentait le tout. La moquette, rose pale, les fleurs et les rideaux en dentelles, ça donnait l'impression d'être « chez soi ». Ce que Tom n'avait jamais vraiment eu, mais il supposait que l'illusion tendait dans ce sens. Orion avait la chambre à côté de la sienne.
On toqua à la porte et sans lui laisser le temps de proposer à la personne d'entrer, Orion était dans la pièce. Il avait des prospectus dans les mains et un sourire tout ce qu'il y avait de plus béat.
-Est-ce qu'on peut visiter ce musée demain ? demanda-t-il à Tom en lui montrant l'un des morceaux de papier.
C'était un feuillet touristique. Oh non, pensa Tom.
-J'ai aussi pris note des meilleurs restaurants de la ville. Le moldu de la réception s'est tout à fait bien comporté, je ne savais pas qu'ils pouvaient être si civilisés !
Tom faillit éclater d'un rire froid en l'entendant. Les Black vivaient réellement sur une autre planète si Orion pensait que les moldus étaient si différents d'eux-mêmes. D'un autre côté, ça expliquait aussi un peu pourquoi il s'était fait si maltraiter adolescent. Ils ne considéraient pas les nés-moldus comme étant tout à fait humain.
-Les moldus sont comme nous, déclara-t-il froidement.
Il n'avait jamais pris leur défense parce qu'il savait bien que ce serait un suicide social. Mais là, dans cette chambre d'hôtel alors qu'Orion avait manifestement l'intention de faire le touriste, il ne pouvait pas se retenir. Il n'aimait ni les sorciers ni les moldus, en fait. Les deux l'avaient traité comme s'il n'était rien. La vengeance ultime qu'il prévoyait sous le masque de Lord Voldemort était en réalité dirigée contrer les deux camps. Il les ferait tous plier sans discrimination, puisqu'ils avaient tous deux éprouvés un tel plaisir à le faire plier lui.
-Pardon ? s'exclama Orion, choqué.
Tom sourit. Black pensait qu'il était dans leur camp. C'était évidemment le cas de tous les serpentards. Tom allait se faire un plaisir de remettre les pendules à l'heure et Orion serait horrifié, à des kilomètres de l'Angleterre et pour ainsi dire seul au monde. Ça allait être le meilleur moment de sa vie.
-Les moldus, répéta Tom : ne sont pas différents des sorciers, si ce n'est qu'ils sont incapables de faire de la magie. Mais d'un point de vue purement intellectuel, nous sommes à cent-pour-cent semblables.
-Mais, commença Orion.
Il n'ajouta rien de plus. En bon serpentard, nota Tom avec dégoût, il préférait se la fermer plutôt que d'exprimer une opinion qui pourrait mener à un conflit. Le visage du garçon se plissait sous des émotions qui étaient peut-être conflictuelles. Tom n'en savait rien et n'avait pas l'intention de faire de la légilimancie sur quelqu'un qui n'en valait pas la peine.
-Mais on m'a dit l'inverse, on dit que les moldus sont moins intelligents, moins cultivés, moins –
-Regarde autour de toi, cracha Tom.
Il ne concevait pas qu'il ne puisse pas juste réfléchir.
-Regarde ce lit, regarde ce bureau, regarde la lampe. Ils n'ont pas de magie, comment crois-tu qu'ils fassent pour que tout fonctionne ? Pour que ce lit en métal soit dans cette chambre ? Pour qu'il ne suffise que d'appuyer sur un interrupteur pour que l'ampoule s'embrase ?
-Je ne sais pas, répondit sincèrement Orion.
Tom s'arrêta net. Il ne s'était pas attendu à cette réponse. En fait, il s'attendait à des protestations, à des arguments complètement fallacieux, à un aveuglement idiot de la part de l'héritier Black. Contre toute attente, il n'était apparemment… pas fermé à l'idée d'avoir tort. En fait, son visage indiquait même clairement qu'il était prêt à apprendre.
Tom avait une haine tenace pour les sorciers qui, repliés dans leur monde, refusaient de voir l'évidence. Mais il savait également respecter les personnes qui étaient capable de s'instruire. Et Orion, en face de lui, assis sur ce lit, n'attendait qu'à découvrir la réalité. C'était peut-être pour ça qu'il avait tenu à l'accompagner. Peut-être se rendait-il compte que malgré sa fortune il n'avait fait que grandir dans une prison.
C'était lui, maintenant, qui avait des émotions conflictuelles.
Tom soupira.
-Je pense que tu auras l'occasion de t'en rendre compte par toi-même, conclut-il.
Le lendemain, Tom venait à peine de se réveiller que la porte qui se dressait entre la chambre d'Orion et la sienne s'ouvrit avec fracas.
Une vision d'horreur, se dit-il alors qu'il était lui-même décoiffé et en pyjama. Orion Black avait manifestement passé la nuit à réfléchir et avait dû décider, par une pensée sinueuse et complètement absurde que pour mieux comprendre les moldus il allait devenir un moldu. Il ne restait plus rien de l'élégante figure de la veille. Il portait une chemise traditionnelle du pays voisin. Des mocassins du siècle dernier, des bretelles dont les motifs étaient également étrangers. C'était une catastrophe.
Tom ne parvint pas à retenir un sourire.
Qui disparût aussitôt en voyant ce qu'Orion tenait dans sa main : le même feuillet touristique que la veille.
-Il faut absolument qu'on goûte les Lángos, déclara-t-il : c'est une spécialité culinaire et ça m'a l'air tout simplement divin.
Il avait prononcé divin en di-vin et son ton était celui de quelqu'un qui ne souffrira d'aucun refus. C'était la première fois depuis leur départ que Tom voyait en lui l'héritier de sa famille. Tout ça pour de la nourriture. Il pensa aux plans qu'il avait échafaudés pour la journée. Réunir des informations (cette fois sans interruption) et potentiellement s'enfoncer dans le pays. Black n'avait manifestement pas la même vision que lui.
Il pourrait l'envoyer paître, lui dire qu'il pouvait aller goûter sa nourriture seul, qu'il avait d'autres chats à fouetter et d'autres ambitions que de faire du tourisme. Son ventre lâcha un bruit très humain quoique très embarrassant. D'un autre côté, il avait faim. Ce n'était pas un plat dans un restaurant qui mettrait en péril tout le programme de sa journée.
C'était le milieu de l'après-midi. Devant eux, une bouteille de vin bien entamée. C'était la deuxième. Il avait réussi à convaincre Orion de se changer avant de sortir et lui avait expliqué en quoi sa tenue était inappropriée.
Curieusement, l'héritier Black s'était laissé conseiller. C'était le premier serpentard qui se comportait de cette façon avec Tom. Comme si son opinion avait de la valeur, comme s'il y avait des sujets qu'il connaissait mieux et qu'il n'y avait aucune honte à accepter qu'il fût supérieur.
Tous les serpentards l'avaient su, bien sûr. Mais il n'avait jamais été prêt à admettre posséder de tels sentiments. Pour eux, Tom Riddle restait intrinsèquement inférieur. Il pouvait être meilleur et être une mine d'information sur tous les sujets qu'ils soient sorciers ou moldus, ils prétendaient toujours en savoir plus. Ils prétendaient toujours que s'ils perdaient aux duels, c'était parce qu'ils s'étaient laissé distraire où qu'ils ne s'étaient pas donnés à fond.
Contrairement à ce cher Tom qui lui devait toujours donner le meilleur, mais c'était compréhensible avec ses origines… il essaye de s'intégrer après tout.
C'était pour ça que Tom évitait l'alcool de manière générale. Parce que ça ne le rendait pas joyeux. Ça le rendait, en fait, remarquablement maussade. Orion, en face de lui, observait les passant. Son enthousiasme était presque communicatif.
-Je suis vraiment ravi, Tom, déclara-t-il en remplissant son verre : je n'aurais jamais découvert tout ça sans toi.
Tom n'était pas sûr qu'il s'agisse d'un point positif.
Ils changèrent de pays. Un nouveau voyage en train. Des conversations avec les moldus qui partageaient leur compartiment. Orion savait étonnement se tenir. En fait, il se contentait d'observer avec des grands yeux, surpris de ces gens d'un pays lointain qui étaient capable de tenir une conversation (certes avec un bel accent) en anglais.
Ils s'enfoncèrent dans les montagnes. La communication devint plus difficile. Mais Tom n'avait pas perdu son temps depuis sa sortie de Poudlard. Il avait appris les rudiments de la plupart des pays qu'il comptait visiter. Il s'était dit qu'il parviendrait sans problème à se familiariser une fois sur place, du moment qu'il avait les bases.
Le problème c'était qu'il n'avait pas pris en compte la présence d'Orion Black à ses côtés. C'était difficile de trouver l'énergie de parler à des moldus (ou à des sorciers) quand Orion déblatérait des inepties à longueur de journée. Son espace mental était saturé de faits historiques émanant des feuillets touristiques que Black parvenait à trouver où qu'il aille.
Tom soupçonnait presque qu'il ait jeté un sort pour se faciliter la tâche. Il lui montrait des châteaux, lui parlait des légendes locales et… et c'est à cause d'un de ces foutus prospectus que Tom se trouva embrigadé dans une visite d'un château tout à fait banal. Il n'y avait rien de magique, dans ce château, constata Tom alors que la silhouette se découpait, au loin. Il était sur le flanc d'une montagne. Malgré qu'il ne représente aucun intérêt pour son voyage, Tom devait admettre qu'il y avait quelque chose d'autrement magique dans cette vision.
Ça faisait des heures qu'ils marchaient pour ça. Pour un foutu château qui était soi-disant impressionnant. Parce que Orion Black avait décidé qu'il avait envie de le voir de ses propres yeux.
Tom s'arrêta net. Ils étaient partis depuis un mois et demi.
Et en un mois et demi, il n'avait rien appris qu'il ne savait pas déjà. Il s'était imaginé converser avec des sorciers de tous les milieux, il s'était dit qu'il allait apprendre de nouvelles formes de magie. À la place, il connaissait moultes spécialités locales, il avait vu des musées, des festivals…
c'était une catastrophe.
Orion le dépassa. Sa démarche était facile, celle de quelqu'un totalement insouciant qui est ravi de voir, au loin, l'objet de sa randonnée. Le regard de Tom s'arrêta sur lui quelques instants. Il ne restait plus aucune trace du sage élève de serpentard qu'il avait vaguement connu à l'école. Disparue, la coupe de cheveux austère. Ils étaient un peu plus longs, maintenant, et Tom avait été surpris de voir que ses mèches bouclaient.
Et même s'il était globalement horrifié par la faible teneur en magie noire de leur voyage, il était au moins content qu'Orion se soit soustrait à l'influence de sa famille. Il était un de ces esprits libres qui ne pouvaient être rendus prisonniers qu'au prix de leur vie. Il aurait dépéri avec Walburga. Aurait sans doute fait ce qu'il fallait, produit un héritier et un autre enfant au-cas-où.
Orion s'arrêta brusquement. Ils se trouvaient sur une arrête. Le château était à nouveau hors de leur vue. En contrebas, une prairie. C'était beau et agréable et Tom se haïssait d'avoir des pensées du genre alors qu'il aurait dû transplaner.
-On n'y arrivera pas ce soir, déclara finalement Orion, les mains sur les hanches.
-En effet, répondit sèchement Tom
-Camperons-nous ici ?
Et ni une ni deux, il s'afférait à planter la tente et à faire un feu. Si ses parents le voyaient, se dit Tom qui l'observait sans l'aider, ils auraient une nouvelle façon de définir le mot honte. Ce serait le seul sentiment qu'évoquerait en eux le comportement d'Orion. La facilité avec laquelle il s'était extirpé du carcan qui modelait jusqu'à présent sa vie… ça forçait le respect.
Tom ne pouvait pas s'empêcher de penser à ses propres carcans. Ceux dont il n'avait jamais réussi à s'arracher. Il s'était toujours dit que le fait qu'il en ait conscience pardonnait l'indignité de son comportement. Il n'en était plus si sûr.
La tente fut montée. Le feu allumé et Orion s'affaira ensuite avec divers produits qu'il sortait avec soin de son sac. Tom distinguait des œufs. Des champignons. Des herbes. Autant d'aliments qu'il avait acheté à des vendeurs ambulant dans le dernier village dans lequel ils étaient passés.
C'était absurde. Une vision complètement folle que de voir Orion Black marchander avec des moldus. Ou leur poser des questions sur la meilleure façon de cuisiner. Et pourtant il excellait dans l'art d'intéresser suffisamment les gens pour qu'ils se mettent à lui expliquer ce qui devait leur paraître comme étant le b.a.-ba.
-Coupe ça, ordonna-t-il ensuite
Tout son charisme d'héritier de famille de sang pur réunis dans cette simple phrase. Pour demander à Tom Jedusor de couper des champignons. Refuser était hors de question, c'était peut-être parce qu'il était un peu plus âgé mais Tom avait envie…d'encourager cette attitude.
Ou peut-être parce qu'il la trouvait attirante.
Orion Black, tel qu'il était dans cette nature semi-sauvage représentait un peu l'idéal naïf que Tom se faisait de la liberté. Son insouciance était contaminante, son enthousiasme aussi. Tom avait conscience d'être négatif. Chaque situation était analysée sous un prisme défavorable. Il partait toujours du principe qu'on cherchait à lui nuire ou à le manipuler. C'était impossible de se faire cette réflexion vis-à-vis du comportement d'Orion.
Il coupa les champignons avec sa baguette. Orion prenait la peine de le faire à la moldue. Tom n'était pas sûr de savoir pourquoi il avait l'impression que c'était parce qu'une vieille dame lui avait montré comment faire. Il fit glisser tous les aliments dans son chaudron.
D'expérience, Tom savait que ce ne serait pas bon. Il prétendrait quand même être satisfait. Il ne pouvait de toute façon pas se plaindre, il n'osait pas imaginer quel aurait été ses repas s'il avait voyagé seul.
Orion s'agenouilla, la main dans son sac.
-Je pense qu'avec cette omelette, oui, je sais exactement quel vin choisir, il vient d'Italie et –
Et Tom l'embrassa.
Le geste le plus spontané de sa vie. Inexplicable, vraiment. S'il avait eu conscience qu'embrasser Orion Black faisait partie de ses envies, il aurait échafaudé une stratégie pour parvenir à ses fins. Il aurait pris le temps de lui adresser des sourires en coin, il aurait trouvé des prétextes pour le toucher par inadvertance…Il aurait étudié la question et serait parvenu à ses fins après un temps déterminé.
Qu'il perde le contrôle juste parce qu'Orion s'enthousiasmait pour une bouteille de vin… C'était effrayant. Mais sa chaleur avait éveillé quelque chose en lui, une chose qui manifestement existait depuis longtemps déjà. Il s'était voilé la face, ce que Tom Riddle s'était promis de ne jamais faire.
L'autre garçon ne le repoussait pas. Il répondit à son baiser, même, avec l'impatience de quelqu'un qui a attendu pendant longtemps.
Et il n'y avait pas de honte dans ses doigts, sur ses lèvres ou dans son cœur. Lui qui était pourtant l'héritier d'une famille, dont la seule préoccupation aurait dû être d'assurer sa descendance, il lui tenait le visage, se hissait sur lui, chacun de ses gestes n'étaient dictés que par l'envie de ne plus laisser entre Tom et lui le moindre centimètre.
Pour la première fois de sa courte vie, Tom se sentait démuni devant tant d'ardeur. Orion n'aurait jamais dû avoir envie de le toucher. Non, c'était faux combien de sang-pur ne rêvaient que de ça ? Non, ce qu'Orion aurait dû laisser transparaître c'était du dédain et de la honte. L'impression que c'était malgrélui qu'il était attiré par Tom Riddle.
Ce n'était pas ça. Tom se demanda si Orion était venu le trouver, spécifiquement lui. Ils avaient deux ans de différence, ne s'étaient pas beaucoup parlé à Poudlard. Et pourtant cette impression que Tom avait raté quelque chose de capital, une information qu'il n'aurait jamais dû cataloguer dans la catégorie « futile ».
Les regards admiratifs, les questions sincères.
Il n'avait rien compris à l'époque. Et maintenant… Et maintenant,
Il y avait ces promenades, ces excursions. Les restaurants, les chambres d'hôtel il y avait les sourires qu'il avait de plus en plus de mal à dissimuler. Ses desseins qui se dématérialisaient à chaque destination, il n'était même plus sûr de ce qu'il avait espéré trouver dans ce voyage.
À se demander s'il existait réellement encore. Que le Tom Riddle qui s'était préparé le matin du mariage était encore là.
Oui, Tom réalisait qu'il se perdait petit à petit, que chaque fibre de son existence était patiemment arrachée et abandonnée. Mais ces morceaux de lui, ces bouts dont il ne savait pas réellement ce qu'ils étaient, ils épelaient un mot :
Liberté.
N'hésitez SURTOUT PAS à me faire part de vos impressions (ou vos manque d'impression le cas échéant haha) je VIS pour ça haha ! J'espère que ça vous a plu !
