Bonjour !

Cette histoire répond au défi "Sur Votre 31" organisé par Almayen sur la page "Bibliothèque de fictions". Pour rappel, il s'agit d'écrire 31 textes à partir de 31 prompts donnés et de poster un texte par jour tout au long du mois de mai.

Cette fois, j'ai décidé de faire une seule et même histoire avec les prompts. Il s'agit d'une reprise d'une idée utilisée pour un de mes précédents SV31 (recueil On se hait comme un frère aime une sœur, prompt Eau) qu'Almayen m'avait suggéré de développer.

Le titre vient du poème Le Lac de Lamartine.

Bonne lecture !

Prompt du jour : Étreinte


Tyrion Lannister s'était plus d'une fois retrouvé dans une situation délicate au cours de sa vie. Tout d'abord, il avait eu le malheur de venir au monde en tuant sa mère. Son père n'avait même pas pu se consoler avec l'idée qu'il avait à présent un second fils. Son apparence lui avait presque valu d'être jeté du haut d'une falaise.

Parmi ses autres mésaventures, on pouvait citer un séjour dans une cellule ouverte sur le vide, une bataille où il avait manqué de perdre son nez ou encore un procès dont l'issue aurait pu lui être fatale.

Cela faisait beaucoup de situations où sa vie avait bien failli lui échapper. Néanmoins, il lui semblait que l'étreinte de la mort ne s'était jamais resserrée autour de lui qu'en cet instant, alors qu'il était à genoux devant le Trône de Fer, sur lequel était assise la personne qui le haïssait le plus au monde.

Les yeux de Cersei étaient deux lacs brûlants de feu grégeois.

« Comment l'avez-vous capturé ? » demanda t-elle aux soldats qui l'avaient forcé à s'agenouiller.

Certain qu'ils n'hésiteraient pas à servir à leur reine une version déformant les événements – une version où ils auraient le beau rôle, à ne pas en douter – il jugea qu'il valait mieux prendre les devants.

« Personne ne m'a capturé. Je me suis rendu de mon plein gré. »

L'air perplexe qui passa sur le visage de Cersei valait presque la peine d'être en train de risquer sa vie. Même quand elle doutait, sa sœur se réfugiait toujours derrière un masque glacé d'indifférence. Sauf aujourd'hui, apparemment.

« Est-ce la vérité ? » demanda Cersei à ses soldats.

Enjoliver un peu la réalité était une chose. Mentir à une reine – et surtout, une reine comme Cersei – en était une autre.

« Oui, Votre Majesté, » balbutia l'un d'entre eux.

Elle fronça les sourcils et garda le silence pendant de longues secondes. Ce laps de temps permit à Tyrion d'évaluer la situation.

Cersei n'avait pas encore demandé sa tête, ce qui était bien sûr un point positif, mais cette attitude était très révélatrice.

Les soldats qui l'avaient jeté à ses pieds étaient visiblement les premiers à revenir de la bataille. Par ailleurs, Cersei ne lui semblait pas spécialement agitée ou inquiète.

Cela ne voulait dire qu'une chose.

Elle ne savait pas ce qui était arrivé à Jaime.

Et, d'après ce qu'il voyait, personne n'avait l'intention de lui annoncer la mauvaise nouvelle. Tyrion soupira intérieurement.

Il aurait de la chance s'il était encore en vie d'ici quelques minutes.

« Eh bien ? » lâcha Cersei. « Je ne savais pas que tu avais des envies suicidaires, mais c'est forcément le cas. Autrement, je ne vois pas ce qui t'aurait pris d'oser remettre les pieds ici. »

« Jaime a été capturé, » annonça t-il de but en blanc.

Le silence le plus assourdissant que Tyrion avait jamais entendu s'abattit sur la salle du trône. Son cœur se serra aussitôt. Prononcer ces mots à voix haute lui avait rappelé à quel point la situation était désespérée.

À quel point la vie de Jaime était en jeu.

Devant l'absence de réaction de Cersei, il reprit :

« Il... il a essayé de tuer Daenerys alors qu'elle était à terre avec son dragon. Les Immaculés se sont saisis de lui avant qu'il ne parvienne à son but. »

Il baissa la tête pour ne pas qu'elle voie les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.

« J'ai... j'ai essayé de la convaincre de le relâcher, de ne pas lui faire du mal. Je... »

Sa voix se brisa, et il fut forcé de s'interrompre.

Daenerys l'avait regardé avec les yeux de poignards qu'elle avait utilisé à de nombreuses reprises, mais jamais avec lui. Ça avait presque fait aussi mal de ce qu'elle avait dit ensuite.

Jaime Lannister était son ennemi, et il serait traité comme tel. Elle avait ordonné qu'on l'emmène immédiatement à Peyredragon. Tyrion n'avait même pas pu parler à son frère, il n'avait pas pu le rassurer, lui promettre que tout irait bien pour lui, qu'il allait le libérer, exactement comme lui l'avait libéré naguère.

Cela aurait été lui mentir, de toute façon.

La réponse de Cersei lui donna l'impression de s'enfoncer un peu plus.

« Je ne te crois pas. »

Il releva la tête et planta son regard dans le sien.

Comment avait-il pu oublier que ses yeux avaient exactement la même couleur que ceux de Jaime – que ses yeux à lui ?

« Tu crois que je me serais volontairement jeté dans la gueule du lion s'il n'était pas en danger de mort ? »

Ce ne fut qu'au bout de quelques secondes qu'il s'aperçut qu'il pleurait.

Cersei déglutit. La lueur de panique dans ses yeux lui indiqua qu'elle avait compris que ceci n'avait rien d'une plaisanterie.

« Enfermez-le dans une cellule. »

Sa voix était plus faible qu'une brise d'été ou qu'un murmure du vent hivernal, c'était difficile à dire. C'était tellement différent du ton qu'elle employait habituellement que les soldats échangèrent un coup d'œil hésitant.

« Qu'attendez-vous ? » rugit-elle en se levant brusquement. « Hors de ma vue ! »

« Cersei... » fit Tyrion, mais il n'eut pas l'occasion de poursuivre. Il fut entraîné de force hors de la pièce.

Lorsque la porte de sa cellule se referma et qu'il fut plongé dans l'obscurité, il jugea qu'il pouvait enfin fondre en larmes en toute tranquillité.

Il était si absurde que les choses aient dégénéré à ce point si rapidement qu'il avait du mal à le croire. Cela ressemblait à un mauvais rêve, sauf qu'il n'y avait aucun moyen de s'extirper de celui-ci.

Daenerys avait capturé Jaime.

Son frère, son meilleur ami, la personne qu'il aimait le plus au monde, était en danger de mort.

Pour la première fois, la réalité de la guerre lui explosa en pleine figure.

Daenerys avait capturé Jaime, et au fond, Tyrion savait que c'était à cause de lui.

Cersei n'aurait peut-être pas besoin de le tuer. Si leur frère mourait, Tyrion le suivrait dans la tombe et accepterait volontiers l'étreinte de la mort, parce qu'il ne pourrait pas continuer de vivre avec les lambeaux de son cœur brisé.