Prompt du jour : Tenter
Il sembla à Tyrion qu'il resta enfermé plusieurs jours dans cette cellule sans lumière mais, bien sûr, il n'avait aucun moyen de le savoir. Amer, il songea qu'il était revenu exactement à son point de départ. Il était presque tenté d'essayer de se convaincre que tout le temps qu'il avait passé aux côtés de Daenerys n'avait jamais existé.
Presque, car c'était peine perdue. C'était digne d'un fou, ou bien de quelqu'un de stupide, et Tyrion était beaucoup de choses, mais il se targuait de n'être ni l'un ni l'autre.
Cette fois, Jaime ne viendrait pas le libérer. Il serra les dents et ferma les yeux, maigre tentative de chasser les images de la capture de son frère de son esprit.
Il se demanda quand Daenerys s'était aperçue de son absence. Il espérait un peu naïvement qu'elle ait cru l'avoir carbonisé avec Drogon par erreur. Cela ne se produirait pas, évidemment. La reine dragon, après l'avoir entendu supplier pour la vie de Jaime, avait dû comprendre en un battement de cils où il était parti.
Y songer ne faisait que rendre sa trahison encore plus déchirante – mais pour qui ?
Il accueillit le retour des soldats dans sa cellule avec un certain soulagement. Même la mort lui semblait préférable à cette terreur et cette attente insupportables dans lesquelles il était plongé.
Cersei était seule dans la salle du trône lorsqu'il fut de nouveau forcé de s'agenouiller au pied de celui-ci. Ils se dévisagèrent pendant un long moment, muets d'orgueil et de défi.
D'inquiétude, aussi, mais ce n'était pas dans le genre des Lannister de l'admettre, aux autres comme à eux-mêmes.
« Raconte-moi une nouvelle fois ce qui s'est passé, » exigea Cersei.
Tyrion lui jeta un regard noir. Il lui en voulait de le forcer à revivre ce terrible moment où sa vie avait basculé une nouvelle fois, mais il s'exécuta de mauvaise grâce.
Cersei croisa les mains sur ses genoux et se mordit la lèvre. Tyrion remarqua alors que ses yeux étaient rouges. Elle aussi avait probablement pleuré. Le fait qu'elle n'essaie même pas de le lui dissimuler était significatif de la détresse dans laquelle elle se trouvait.
« Je ne sais pas quoi faire de toi, » avoua t-elle avec une honnêteté qui le surprit. « Je devrais t'exécuter sur le champ pour avoir tué Père et Joffrey. »
Il manqua de lever les yeux au ciel. La vie de Jaime était en jeu et elle s'obstinait encore à l'accuser d'avoir commis un crime dont il était innocent ? Évidemment, il ne pouvait pas nier avoir assassiné Tywin. En revanche, il était las de devoir répéter encore et encore qu'il n'avait rien à voir dans la mort de son précieux fils.
« Je n'ai pas tué Joffrey, » soupira t-il.
Il n'avait même plus la force d'être en colère.
« Je le détestais, c'est vrai. Comme tout le monde... ne le nie pas ! »
Il l'avait coupée alors qu'elle avait ouvert la bouche, sans doute pour protester.
« Mais c'était le fils de Jaime. Je n'aurais jamais pu lui faire ça. »
Curieusement, c'était un argument qu'il n'avait jamais pensé à utiliser. Aujourd'hui, parce que son frère occupait toutes ses pensées, c'était le premier qui lui était venu à l'esprit.
Cersei ne répondit qu'une ou deux minutes plus tard.
« Admettons. Cela n'explique pas pourquoi tu es revenu ici au lieu de rester sagement aux pieds de cette catin exotique. »
Elle avait beau être la reine, son esprit pouvait être long à la détente quand elle n'y mettait pas du sien.
« Je n'ai pas trahi Daenerys pour le plaisir de te revoir, » cingla t-il, glacial. « N'est-ce pas évident ? Je suis revenu pour avoir une chance de sauver Jaime. »
Ses yeux le brûlaient, mais cette fois, il résisterait. Il ne se montrerait pas faible devant elle.
« Comment ça ? »
Cersei ne put dissimuler les notes de curiosité présentes dans sa voix. Tyrion crut y lire de l'espoir, aussi, mais après tout, ce n'était peut-être que le fruit de son imagination.
« Si on s'allie, on pourra tenter de le secourir. On pourra le ramener ici, avec nous. »
Avant que Cersei n'ait le temps de répondre, une troisième personne fit irruption dans la pièce. Lorsque Tyrion reconnut Euron Greyjoy, il manqua de cracher de dépit. Le fait que sa sœur ait pu se résoudre à s'allier avec un homme comme le Fer-Né lui était incompréhensible.
« Ma reine, » sourit-il dans une courbette moqueuse.
Il passa devant Tyrion et, sans même demander la permission à la reine, monta les marches et se planta à gauche du Trône de Fer. Il posa une main sur le bras de Cersei, qui se dégagea aussitôt avec un certain dégoût que ni Tyrion, ni Euron ne purent ignorer. Celui-ci ne semblait pas s'en formaliser.
« Dans les Îles de Fer, on noie les nains à leur naissance, » lança t-il à l'adresse de Tyrion. « Ma reine, voulez-vous que je répare cet oubli immédiatement ? »
L'éclair de fureur dans les yeux de Cersei montrait qu'elle n'appréciait pas du tout l'interruption.
« Ceci est une affaire de famille, Lord Greyjoy, » répondit-elle d'une voix qui en aurait fait trembler bien d'autres. « Cela ne vous concerne pas. »
Ainsi donc, elle considérait toujours Tyrion comme un membre de sa famille. Il fut horrifié d'en ressentir de la joie.
« Pas encore, » admit Euron.
Sans plus s'attarder, il repartit comme il était entré. L'insinuation n'avait pas échappé à Tyrion. S'attendait-il à ce que Cersei lui accorde sa main ? Était-ce elle qui lui avait mis cette idée en tête ? Bon sang, que lui avait-il promis en échange de ses armées ? Et que faisait-elle de Jaime, dans tout ça ?
La reine se leva, les poings crispés, et descendit les marches à son tour.
« Cersei, attends ! »
Mais elle l'ignora et quitta la salle du trône sans plus se retourner. Tyrion soupira, frustré, et songea qu'il avait à présent une raison supplémentaire de détester Euron Greyjoy.
Quelques minutes plus tard, des soldats vinrent le chercher. À sa grande surprise, ils ne le ramenèrent pas dans sa cellule, mais le conduisirent jusqu'à la porte d'une chambre.
Alors qu'il s'écroulait sur le lit, le regard rivé sur le plafond, Tyrion songea que sa tentative de convaincre Cersei ne s'était tout compte fait pas terminée sur un échec cuisant.
