Prompt du jour : Nouveau


Le soir venu, des soldats vinrent de nouveau arracher Tyrion à sa solitude. Au lieu d'être inquiet, il choisit d'y voir là quelque chose de positif. Si Cersei avait l'intention de l'exécuter, elle l'aurait probablement déjà fait.

Lorsqu'il reconnut la Montagne planté devant une porte, il comprit que sa sœur l'avait convoqué dans sa chambre. Cela le surprit un peu, mais après tout, peut-être espérait-elle ainsi éviter une autre irruption d'Euron Greyjoy.

En entrant dans la pièce, il chercha sa sœur du regard. Elle était assise sur son lit en compagnie de Qyburn. Tous deux étaient en grande conversation et s'interrompirent en le voyant approcher.

« Merci, Qyburn. »

La note d'affection dans sa voix déclencha chez Tyrion une vague de jalousie. Elle repartit aussi vite qu'elle était venue, à tel point qu'il en vint à douter qu'elle ait vraiment existé.

La Main de la reine s'inclina avec respect.

« Votre Majesté. »

Tyrion le regarda partir sans mot dire. D'un signe de tête, Cersei lui indiqua de s'asseoir à la petite table située de l'autre côté de la pièce, où un repas les attendait. Après plusieurs jours passés à ne manger que du pain sec et à boire de l'eau, Tyrion n'hésita pas une seule seconde avant de remplir son assiette et de verser du vin dans son verre. Spontanément, il fit mine de remplir celui de sa sœur, mais celle-ci secoua la tête.

« Non merci. »

Il haussa les sourcils, un peu étonné qu'elle ait décidé de se contenter d'eau, mais avait trop faim pour chercher à élucider ce mystère. Cersei ne semblait pas avoir beaucoup d'appétit et toucha à peine à son assiette.

« Tes nouveaux appartements te conviennent-ils ? » demanda t-elle avec ironie lorsqu'il eut fini de manger.

Tyrion, à présent repu, lui fut au moins reconnaissant de l'avoir laissé dîner en paix.

« Ils ne peuvent pas être pires que les anciens, » répondit-il sur le même ton. « Mais peut-être que je n'aurai pas l'occasion d'en profiter. Te connaissant, tu as probablement empoisonné la nourriture et le vin. »

Un sourire sans joie se dessina sur ses lèvres.

« Ça m'a traversé l'esprit, » admit-elle. « Mais si j'avais l'intention de te tuer, je l'aurais déjà fait. »

« Pourquoi ne l'as-tu pas fait, alors ? »

Sa voix était plus sèche qu'il ne l'avait souhaité. L'apparente légèreté qui avait accompagné le repas s'évanouit aussitôt.

« Je me pose encore la question. Il n'est pas totalement exclu que je change d'avis. »

Néanmoins, la réponse était claire comme de l'eau de roche. Le fantôme de Jaime, troisième convive invisible mais pas absent, jamais absent, planait entre eux.

« C'est de ta faute s'il a été capturé, » lâcha Cersei, comme si elle n'était plus capable de se retenir. « C'est toi qui as amené cette catin aux cheveux d'argent à Westeros. Chez moi. »

Pris au dépourvu par cette attaque soudaine, Tyrion demeura quelques instants la bouche grande ouverte, comme incapable de trouver une réponse adéquate.

Une petite voix dans son esprit lui murmura qu'elle avait raison, et qu'il le savait très bien. Il l'ignora superbement.

« T'arrive t-il de te remettre en question ? » répondit-il sur le même ton. « Ce n'est pas moi qui ai envoyé Jaime piller Hautjardin. »

« Alors qu'étais-je censée faire ? Attendre bien sagement que ta reine vienne me tuer et prendre ma couronne ? »

Elle ne lui avait pas craché au visage, mais c'était tout comme. Tyrion serra les dents. Rien ne se passait comme prévu. Il n'aurait pas dû avoir à se soucier de garder Jaime en vie si tôt dans la conquête de Daenerys. Au fond, il savait que ce moment arriverait, qu'il devrait inévitablement ramper devant la reine dragon pour la vie de son frère, mais il avait choisi de ne pas s'en inquiéter, parce que c'était quelque chose de lointain, si lointain qu'il pouvait facilement oublier son existence.

La gifle que la réalité lui avait donnée avait laissé une marque cuisante dans son cœur.

« Ne joue pas les étonnés, » reprit Cersei. « Tu savais forcément que, en cas de victoire, Daenerys mettrait la main sur nous. »

Cette fois, se défendre ne lui vint même pas à l'esprit. Il n'arriverait jamais à faire avaler à Cersei que cela ne lui avait pas traversé l'esprit. Et puis, il avait encore sa fierté, comme tout Lannister qui se respecte. Une telle étourderie de sa part aurait été synonyme de stupidité, et son esprit était la seule chose chez lui qui le rendait fier.

« Oui, » admit-il du bout des lèvres.

« Tu avais l'intention de me regarder brûler depuis le début, n'est-ce pas ? »

Cette fois, elle avait dissocié son sort de celui de Jaime. Tyrion comprit qu'ils en arrivaient enfin au cœur du problème.

« Ne sois pas ridicule. »

Ses mots étaient pleins de rancœur.

« Aussi incroyable que cela puisse paraître, je lui aurais demandé de t'épargner aussi. Pour Jaime. »

Ce n'était peut-être pas l'entière vérité, mais puisqu'il n'était pas prêt à être honnête avec lui-même, il ne partagea pas ses pensées avec Cersei.

« Si tu penses qu'elle t'aurait écouté, tu es le plus stupide des Lannister. Tu t'es trompé, et maintenant Jaime est entre ses griffes. »

Sa voix avait perdu de son mordant. Ne restait plus que le désespoir, à présent. Tyrion eut tout juste le temps d'apercevoir deux petites larmes perler au coin de ses yeux avant qu'elle ne détourne le regard.

Elle posa la main sur son ventre et, de manière inconsciente, le frotta légèrement.

La lumière se fit aussitôt dans l'esprit de Tyrion. Ce n'était pas par hasard qu'elle n'avait pas voulu boire de vin. Il comprit aussi mieux la présence de Qyburn dans sa chambre.

« Tu es enceinte. »

Ce n'était pas une question, et elle ne chercha même pas à nier. La gorge de Tyrion se serra aussitôt.

« Jaime est au courant ? »

« Non. J'avais l'intention de le lui dire à son retour. »

La menace qui pesait sur leur frère se fit encore plus réelle. Cette fois, elle ne donna pas envie à Tyrion de s'effondrer sous le poids de ses regrets.

Une lueur de détermination enflamma ses yeux verts, et c'était plus puissant qu'un millier de barils de feu grégeois.

« On peut le récupérer. On peut le ramener ici, en sécurité, avec nous. Ensemble. »

Cersei se tourna de nouveau vers lui, et avant même qu'elle ne fasse quoi que ce soit, il comprit qu'il avait gagné.

Pour Jaime, elle était prête à faire n'importe quoi. Y compris s'allier avec lui.

Elle acquiesça.