Prompt du jour : Encore
Chaque matin, en se réveillant, Cersei tâtait l'autre côté de son lit par réflexe, s'attendant à y trouver la présence rassurante de Jaime. C'était lorsque sa main rencontrait le vide qu'elle se rappelait que le cauchemar dans lequel elle était plongée n'avait pas de fin.
Son autre moitié était entre les griffes de la reine dragon, et ne pas savoir ce que celle-ci allait faire de lui la rendait folle.
Il n'était pas mort, de cela, elle était sûre. Dans le cas contraire, elle l'aurait forcément senti. Néanmoins, cela ne voulait pas dire qu'il était tiré d'affaire, loin de là.
Elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer toutes les tortures que la reine dragon était susceptible de lui faire subir. Jaime n'était pas seulement le frère de la reine qu'elle cherchait à l'abattre. C'était aussi l'homme qui avait assassiné son père, qui avait osé verser le précieux sang du dragon, et ça, elle ne l'oublierait pas.
Alors qu'elle traversait les couloirs du Donjon Rouge, elle avait presque l'impression que Jaime allait surgir à l'angle d'un couloir avant de lui voler un baiser et de la serrer contre lui. Cersei soupira et posa une main sur son ventre, un réflexe qui lui faisait plus de mal que de bien. Lorsqu'elle se présenta dans les appartements de Tyrion, celui-ci était déjà de toute évidence déjà réveillé depuis un moment. L'air songeur, il gribouillait elle ne savait quoi sur un morceau de parchemin.
Voilà autre chose qui lui semblait encore et toujours surréaliste. La survie de Jaime était bien la seule raison pour laquelle elle aurait accepté de s'allier avec lui. Elle avait bien vaguement songé à l'exécuter, mais elle devait avouer que si elle voulait avoir une chance de voler au secours de son jumeau, elle ne pouvait pas se passer de Tyrion.
Et puis, si elle l'avait tué, Jaime ne lui aurait peut-être jamais pardonné. Cersei ne pouvait pas prendre ce risque.
« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda t-elle sans chaleur.
Discuter de stratégies plus ou moins fantaisistes était une chose. Se montrer aimable avec lui en était une autre, et elle n'en voyait pas l'utilité.
« Une carte qui montre les différents accès de Peyredragon. »
Cersei haussa les sourcils.
« Tu dessines mal. »
« Peut-être. Je dessine toujours mieux que toi. »
Loin d'être vexé, il semblait amusé. Cersei se mordit la lèvre. Cela lui rappelait bien trop la période ayant suivi la capture de Jaime par Robb Stark et les moments où ils trompaient l'ennui ensemble en s'envoyant des piques acérées.
Le sourire de Tyrion s'effaça rapidement, mais ce n'était pas dû à une remarque de sa part.
« Le château est accessible par plusieurs entrées, mais elles sont toutes bien gardées par des Immaculés... et Peydragon est une île. Il sera difficile de s'approcher sans être vu. »
« Je ne l'aurais jamais deviné, » railla t-elle.
C'était une méthode comme une autre pour dissimuler son inquiétude. Secourir Jaime avait des airs de mission impossible, même si elle ne l'aurait jamais admis à voix haute.
Tyrion allait ajouter quelque chose quand la porte s'ouvrit. Sans y avoir été invité, Euron Greyjoy les rejoignit et s'inclina devant elle. La façon dont il la regardait lui donnait envie de le faire exploser avec du feu grégeois.
« Votre présence n'est pas requise, » lança t-elle avec froideur. « Ceci est une affaire personnelle. »
« Qui pourrait avoir des conséquences sur la guerre, » répondit Euron, qui savait parfaitement de quoi relevait l'affaire personnelle en question. « En tant que votre allié, il est bien naturel que je m'y intéresse. »
Il se pencha par-dessus l'épaule de Tyrion et regarda ce qu'il était en train de faire.
« Est-il bien sage de risquer l'issue de cette guerre pour le Régicide, ma reine ? »
Cersei demeura sans voix face à tant d'impertinence. Comment osait-il insinuer que la perte de Jaime ne serait qu'un détail négligeable ?
« De toute façon, vous n'aurez bientôt plus besoin de lui. »
Elle pouvait le sentir la déshabiller du regard. Frissonnant de dégoût, elle s'obligea à ne pas le regarder.
« Comme je l'ai dit, votre présence n'est pas requise. Vous pouvez disposer. »
Heureusement, Euron consentit à obéir, et quitta la pièce sans rien ajouter. Le regard que posait Tyrion sur elle était plein d'incompréhension.
« Je ne comprends pas comment tu as pu t'allier avec lui. »
« J'avais besoin de ses armées, » répondit-elle avec agacement.
Ce n'était certainement pas par plaisir qu'elle supportait la présence du Fer-Né chez elle.
« Il a l'air d'attendre quelque chose de toi... »
« Je lui ai laissé entendre que je l'épouserai à la fin de la guerre. »
« Et tu as l'intention de le faire ? »
Elle lui jeta un regard assassin.
« Bien sûr que non. Tu sais très bien qui j'ai l'intention d'épouser. »
Tyrion acquiesça, et l'absence de Jaime se fit encore plus présente.
« Est-ce que tu as... avec lui... »
Cersei comprit très bien ce à quoi il faisait allusion. Son air gêné l'aurait peut-être amusée en d'autres circonstances.
« Non », rétorqua t-elle avec dégoût. « Jamais je ne le laisserai poser les mains sur moi. »
Les avances d'Euron l'insupportaient, mais elle ne pouvait pas se permettre de le repousser trop directement. Pas alors que l'issue de la guerre était plus incertaine que jamais.
« Que suggères-tu pour que l'on puisse s'approcher de Peydragon, alors ? » reprit-elle aussitôt pour changer de sujet.
Tyrion croisa les mains sous son menton, pensif.
« Impossible d'envoyer toute une escorte de soldats. Ils se feraient aussitôt repérer. Si nous voulons réussir, il nous faut agir avec discrétion. Nous devons désigner une ou deux personnes, pas plus. »
Cersei laissa échapper un rire méprisant.
« Jamais je ne confierai une mission aussi importante à un ou deux soldats. Ces lâches feraient demi-tour à la première difficulté. »
« Eh bien... dans ce cas, je suppose que nous allons devoir nous en charger nous-mêmes. »
Il plaisantait à moitié, mais son sourire s'évanouit face à l'air mortellement sérieux de Cersei.
Elle acquiesça gravement.
« Oui. Nous allons nous en charger nous-mêmes. »
