Prompt du jour : Histoire
C'était complètement insensé.
Cersei n'avait presque plus quitté le Donjon Rouge depuis qu'elle était devenue la femme de Robert. Du vaste monde, elle ne connaissait principalement que des histoires et des cartes, y compris au sujet de son propre royaume. Elle ne savait pas se battre, ni manier une arme, et si elle savait monter à cheval, elle n'avait pas reçu assez de leçons d'équitation pour être véritablement à l'aise.
Quant à Tyrion... il était plein de ressources, elle-même était obligée de l'admettre. Il s'était sorti de chaque situation difficile dans laquelle il s'était retrouvé. Néanmoins, lui non plus ne savait pas se battre. Il était expert dans le maniement des mots, pas d'une épée, et cette fois, cela n'allait pas suffire.
Qu'ils aient décidé d'aller secourir Jaime eux-mêmes relevait de la folie. Ce plan insensé était pourtant le seul qu'ils avaient. Tyrion avait été forcé d'admettre qu'elle avait raison concernant ses soldats. Elle ne pouvait pas simplement en choisir deux et les envoyer dans l'antre du dragon. Ils ne seraient pas assez motivés pour retrouver Jaime et le libérer, et au moindre signe de danger, ils décamperaient, ou pire, ploieraient le genou devant Daenerys en échange de sa miséricorde.
Cersei était bien décidée à aller jusqu'au bout. Pourtant, en cet instant, alors qu'elle attendait nerveusement dans une petite salle du Donjon, elle se sentait plus incertaine que jamais.
Refusant de partir sans même savoir tenir une épée, elle avait envoyé Qyburn lui trouver un maître d'armes en ville. Il était évident qu'elle n'aurait pas le temps de devenir une grande duelliste, mais elle espérait au moins être en mesure de se défendre après quelques leçons.
Fort heureusement, Tyrion n'avait pas jugé nécessaire de lui envoyer des sarcasmes à la figure quand elle lui avait fait part de son projet. Quant à Euron, il n'était pas encore au courant, mais elle supposait qu'il le serait bientôt. Ce genre d'histoire ne restait pas longtemps secrète dans le château.
Pour la première fois depuis qu'elle était enfant, elle avait revêtu des habits masculins. Elle ne se sentait pas aussi à l'aise qu'elle l'aurait cru. Sans ses robes noires ouvragées, elle avait même l'impression d'être vulnérable.
Qyburn finit par se montrer avec un homme d'apparence ordinaire, qui paraissait très impressionné de se trouver là. Apparemment, il s'était retrouvé impliqué dans plusieurs rixes et en était sorti gagnant à chaque fois, principalement grâce à une épée rouillée qu'il avait un jour trouvée abandonnée dans une rue.
En le voyant s'incliner, Cersei commença à regretter sa décision.
Au bout d'une heure, elle jugea que c'était suffisant pour l'instant et congédia son maître d'armes, dont elle ne s'était même pas donné la peine de retenir le nom. Les ronces de la déception s'enfonçaient sans ménagement dans son cœur.
Quand elle était une petite fille et qu'elle mettait les vêtements de Jaime pour assister à ses leçons d'épée, elle était plutôt douée. Cette époque était révolue.
Elle ne s'était pas attendue à grand-chose, mais elle était quand même frustrée. Elle n'avait pas été mauvaise.
Elle avait été consternante.
Qyburn avait tenté de la rassurer en lui répétant que c'était normal et que, avec du temps, elle ferait des progrès.
C'était tout le problème. Elle ne l'avait pas, ce temps. Jaime ne l'avait pas. Par tous les dieux, qu'est-ce que la reine dragon était en train de lui faire ?
Cersei était donc d'une humeur massacrante lorsqu'elle rejoignit Tyrion dans sa chambre, ce qu'il remarqua aussitôt.
« Vu la tête que tu fais, j'en déduis que ça c'est mal passé. »
La compassion qu'elle lisait dans sa voix l'agaçait encore plus que ses piques. Elle n'avait pas besoin de sa pitié. Elle avait besoin qu'il se serve de son esprit pour trouver un moyen de récupérer leur frère. Cersei décida qu'il valait mieux s'abstenir de répondre.
Tyrion la dévisagea des pieds à la tête, un air étonné sur le visage.
« Un problème ? » cingla t-elle avec mauvaise humeur.
« Il n'est pas nécessaire de m'agresser à chaque fois que je dis quelque chose, tu sais. Je ne t'ai jamais vue habillée comme ça. J'ai été étonné, c'est tout. »
Elle s'assit en face de lui sans relever.
« J'ai un plan, » annonça t-il. « Enfin... une ébauche de plan. »
Son intérêt fut aussitôt piqué. Elle caressa son ventre de la main, soudain pleine d'espoir. Sa propre réaction l'horrifia. C'était comme si elle se reposait entièrement sur Tyrion pour sauver Jaime, comme si tout ce qui s'était passé entre eux avait été oublié.
Comme si elle lui faisait confiance.
Il prit son silence comme une invitation à poursuivre.
« Il nous faut créer une diversion suffisamment importante pour que Daenerys quitte Peyredragon avec la majorité des Immaculés, assez loin de l'île si c'est possible. »
Cersei fut déçue. Elle s'attendait à quelque chose d'extrêmement ingénieux, pas à une stratégie aussi basique que la création d'une diversion.
« Je suppose que c'est un début, » railla t-elle.
Tyrion fronça les sourcils, vexé.
« Tu as une meilleure idée, peut-être ? »
Silence. Elle croisa les bras sur sa poitrine et détourna le regard.
« C'est bien ce qui me semblait. »
Il poussa un long soupir, comme si le poids du monde venait de s'abattre sur lui.
« Je sais bien que ce n'est pas idéal... mais c'est tout ce que j'ai. Je connais toutes les entrées de Peyredragon, mais nous n'aurons aucune chance d'atteindre Jaime si le château grouille de soldats. »
« Hmm. »
Maintenant qu'elle y pensait, Tyrion avait l'air un peu plus misérable chaque jour. Et elle se doutait bien que, même si le sort incertain de Jaime y était pour beaucoup, ce n'était pas tout.
Sa tristesse avait quelque chose à voir avec Daenerys, elle en aurait mis sa main à couper. Cependant, elle se garda bien de lui poser la question. Tyrion l'avait trahie en s'alliant à une catin étrangère, ce qui avait fini par causer la capture de Jaime. Son cœur blessé lui importait peu.
« Eh bien, » finit-elle par dire. « Réfléchissons à une diversion. »
