Prompt du jour : Arme
Cersei n'était pas douée avec une arme.
C'est la pensée qui traversa immédiatement la pensée de Tyrion la première fois qu'elle l'autorisa à assister à un de ses entraînements. Bien sûr, ce n'était pas de la faute de sa sœur. Elle serait une épéiste très douée si on avait bien voulu la laisser apprendre. Néanmoins, ce n'était pas le cas, et il soupçonnait qu'ils n'avaient pas assez de temps devant eux pour qu'elle soit au moins capable de parer convenablement une attaque adverse.
Le maître d'armes que Qyburn lui avait dégoté n'était pas non plus un excellent professeur. Il n'était même pas si doué que ça. Tyrion savait qu'il n'aurait pas tenu dix secondes face à Jaime.
Penser à son frère lui fit comme toujours un coup au cœur. Les images des esclavagistes crucifiés dansaient en permanence devant ses yeux. Daenerys n'était pas tendre avec ses ennemis.
Elle savait aussi à quel point Cersei aimait Jaime – il lui avait assez souvent parlé de son frère et de sa sœur pour cela. Elle tenait entre ses griffes le meilleur moyen d'atteindre en plein cœur la reine qu'elle souhaitait renverser.
Il se demandait s'il lui manquait. Elle, elle lui manquait, même si ça le tuait de l'admettre. Elle l'avait accepté là où une autre l'aurait exécuté sur le champ. Elle lui avait accordé sa confiance, jusqu'à faire de lui sa Main. Et, malgré tout ça, il n'avait pas hésité plus d'une minute avant de lui tourner le dos.
La vie de Jaime était en jeu. Il devait faire un choix, alors il l'avait fait. Néanmoins, se répéter ce mantra encore et encore ne parvenait pas à le faire se sentir mieux.
À la fin de la séance d'entraînement, Cersei se laissa glisser sur le sol. Elle fixait avec agacement l'épée en bois dont elle se servait. Avec la plus grande prudence, Tyrion vint s'asseoir à côté d'elle.
« Ce n'était pas si mal, » avança t-il.
Elle roula des yeux.
« Tu peux garder tes flatteries pour toi. J'en entends suffisamment comme cela. »
Il se renfrogna, quelque peu refroidi.
« J'essayais simplement d'être... gentil. »
Faire preuve de gentillesse envers Cersei était si absurde qu'il se trouva ridicule. Heureusement, elle choisit de ne pas relever.
« Jaime ferait un bien meilleur professeur. »
Tyrion s'esclaffa aussitôt, ce qui lui valut un regard noir.
« J'ai dit quelque chose de drôle ? »
« Jaime est un meilleur épéiste, il n'y a aucun doute là-dessus... mais il ferait un bien piètre professeur. Avec toi, du moins. »
L'image de Jaime en train d'entraîner Cersei le fit sourire.
« Et pourquoi donc ? »
« Parce que, par peur de te blesser, il oserait à peine te toucher. Ce qui t'agacerait au plus au point. Ce qui mènerait à des disputes à n'en plus finir. »
Cersei ferma les yeux, comme pour se représenter cette fantaisie, et acquiesça, un sourire nostalgique sur les lèvres.
« Oui, c'est probable. »
Sans même y penser, Tyrion posa sa main sur son bras et le pressa amicalement.
« Il sera bientôt de retour. Il sera là pour la naissance de ce bébé. »
Le ventre de Cersei commençait à s'arrondir, mais il supposait qu'il ne l'avait remarqué que parce qu'il était au courant.
Sa sœur hocha la tête, comme pour se convaincre elle-même.
Cet instant d'accalmie entre eux ne dura pas. Euron Greyjoy, qui était décidément partout, entra dans la pièce. Cersei se leva aussitôt.
« Que faites-vous ici ? »
Sans répondre, il la dévisagea avec un regard appréciateur qui fit frissonner Tyrion.
« Je vous cherchais, ma reine. J'ai l'impression que vous m'évitez, ces derniers temps. »
C'était bien évidemment la vérité, et Tyrion savait que ce n'était pas seulement parce qu'ils préparaient le sauvetage de Jaime.
« Je suis la reine des Sept Couronnes, » rétorqua t-elle, aussi glaciale que de coutume. « Je n'ai pas le temps pour vos flatteries. »
La présence de Tyrion ne l'empêchait nullement de continuer à la déshabiller du regard.
« J'apprécie votre nouveau style vestimentaire... mais vous seriez encore bien plus belle sans tous ces vêtements. »
Tyrion se doutait qu'il ne se permettait pas ce genre de libertés quand Jaime était encore présent auprès de Cersei. Maintenant qu'il avait disparu, il devait penser avoir le champ libre.
Eh bien, il se trompait. Malgré tout ce qui s'était passé entre eux, Tyrion ne pouvait pas supporter de voir Cersei se faire ainsi harceler par un homme qui voulait la mettre dans son lit.
« Vous oubliez que vous parlez à votre reine, Lord Greyjoy, et pas à une putain. »
Ses propres paroles le surprirent. Euron se tourna vers lui, comme s'il venait de se souvenir de sa présence.
« Je faisais simplement un compliment à la reine, » s'amusa t-il.
« Cela crevait les yeux, en effet. »
D'un geste agacé de la main, Cersei le congédia.
« Je n'avais pas besoin de ton aide, » bougonna t-elle d'un ton buté en croisant les bras sur sa poitrine une fois qu'ils furent de nouveau seuls.
« Je sais. Mais j'avais envie de le remettre à sa place. »
Elle le gratifia d'un regard soupçonneux avant de comprendre qu'il était sincère.
« En tout cas, lui aurait besoin de prendre des leçons de romantisme... » avança t-il pour détendre l'atmosphère.
Sans doute elle aussi désireuse de dissiper la tension qu'Euron avait amenée avec lui, Cersei saisit bien volontiers sa main tendue.
« Encore une discipline où Jaime est excellent. »
Il était vrai qu'en matière de romantisme, celui-ci n'avait rien à envier aux preux chevaliers des livres d'amour que Tyrion avait lus.
Penser ainsi à son jumeau rendit néanmoins Cersei plus mélancolique que jamais. Plus déterminée, aussi, car ce fut elle qui ouvrit la voie jusqu'aux appartements de Tyrion, et c'est tout naturellement qu'ils se remirent à planifier leur mission impossible.
