Prompt du jour : Créature fantastique


La mort de Qyburn avait eu une conséquence imprévue qui inquiétait Tyrion : la Montagne avait tout simplement disparu. C'était comme si, avec la mort de son créateur, il avait rompu le lien d'obéissance qui le retenait à Cersei.

Et c'était quelque chose qu'Euron Greyjoy n'avait pas manqué de remarquer.

Tyrion voyait le Fer-Né poser des regards de plus en plus insistants sur la reine. Des regards de prédateur, ni plus ni moins.

Cersei, qui ne pouvait pas ne pas l'avoir remarqué, n'avait montré aucun signe d'inquiétude. Cependant, il y avait des signes que Tyrion n'avait pas manqués.

Elle exigeait désormais que des soldats l'accompagnent dans tous ses déplacements et assistent à ses entraînements. Le soir, même si elle ne l'aurait jamais admis s'il le lui avait fait remarquer, elle essayait de le retenir le plus longtemps possible, en exigeant qu'ils fassent une autre partie de cyvosse, par exemple.

Tyrion était bien embêté. Il sentait que Euron allait bientôt tenter quelque chose, mais il ne voyait pas quoi faire pour l'en empêcher. Il aurait bien proposé à Cersei de passer la nuit dans sa chambre mais il savait que l'orgueil légendaire de sa sœur ne l'aurait pas permis.

Un jour, Euron demanda sans aucune forme de gêne la permission à Cersei de pouvoir venir visiter son lit. Il essuya un refus sec, mais un signal d'alarme s'alluma dans l'esprit de Tyrion.

Euron Greyjoy ne lui semblait pas être le genre d'homme à se soucier du consentement d'une femme.

C'est pourquoi le soir venu, au lieu de regagner ses appartements, Tyrion se rendit dans la bibliothèque, qui, par un heureux hasard, se situait à proximité de la chambre de Cersei. Il ouvrit un livre pour s'occuper en attendant.

Il s'avérait que l'ouvrage qu'il avait choisi sans même regarder le titre parlait des dragons. L'image de Daenerys s'insinua aussitôt dans son esprit, mais il la chassa avec force. Ce n'était pas le moment de sombrer dans une vague de mélancolie.

Plus le temps passait et plus Tyrion commençait à piquer du nez. Les exploits des créatures fantastiques décrites dans le livre ne parvenaient plus à le maintenir éveillé.

Il somnolait quand un hurlement déchira le silence de la nuit. Le cœur battant, il bondit hors de la pièce et se précipita dans la chambre de Cersei, car il ne faisait aucun doute que c'était de là qu'était venu ce terrible cri. Sans même s'interroger sur l'absence des gardes, il ouvrit la porte à la volée.

Le spectacle qui se déroulait devant ses yeux le fit se figer, les yeux ronds.

Euron, ou ce qu'il restait de lui, était étendu sur le sol, et Cersei, à genoux au-dessus de lui, abattait un chandelier sur son crâne, encore et encore, jusqu'à en faire une bouillie sanglante. Le Fer-Né était mort mais elle ne s'arrêtait pas, elle continuait de frapper en même temps qu'elle versait des larmes de haine, elle le tuait par-delà la mort pour se venger de la manière dont il l'avait traitée – la manière dont bien trop d'hommes l'avaient traitée.

Ce n'était pas une attitude digne d'une dame. C'étaient les hommes qui étaient censés être violents, qui étaient censés faire la guerre. Les femmes devaient se contenter de les attendre bien sagement en faisant de la broderie et de réchauffer leurs lits dès leur retour.

En cet instant, Cersei était devenue le symbole de toute la rage qu'elles ne pouvaient exprimer.

Lorsqu'elle se rendit compte de sa présence, elle lâcha le chandelier et s'éloigna du corps. Elle essaya de se lever mais ses jambes tremblaient trop pour la porter.

« Il a... il a essayé de... »

Tyrion acquiesça doucement et jeta un regard dégoûté au cadavre du Fer-Né. Cersei s'était tellement acharnée sur son visage qu'il était méconnaissable.

Il se gratta l'arrière du crâne. Comment devait-il se comporter avec sa sœur ? Choquée, elle pleurait encore à moitié.

« Est-ce que... est-ce que ça va aller ? » lui demanda t-il en s'approchant.

Il veilla toutefois à rester à une distance raisonnable d'elle.

Cersei essuya ses larmes d'un geste rageur et tenta de nouveau de se lever. Cette fois, elle y parvint. Sa chemise de nuit blanche était devenue écarlate. Elle semblait avoir du mal à réaliser ce qui venait de se passer.

« Il faut... il faut qu'on s'occupe du cadavre. »

Elle s'était remise à penser en reine. Tyrion nota qu'elle ne lui avait pas répondu.

« Il ne faut pas que les autres Fer-Nés apprennent que j'ai tué leur roi. »

La dernière chose dont ils avaient besoin était un incident diplomatique à gérer. Tyrion examina plus attentivement ce qu'il restait de la tête d'Euron.

« Impossible de le reconnaître, » jugea t-il. « Bien, bien... »

Un plan se formait déjà dans son esprit. Il effleura les doigts de Cersei, qui sursauta mais ne s'écarta pas.

« Reste ici, » dit-il gentiment. « Je m'occupe de tout. »

Heureusement, elle ne chercha pas à protester et s'assit sur son lit, le regard perdu. C'était la première fois qu'il la voyait dans un tel état de faiblesse.

Une heure plus tard, le cadavre avait été emporté hors de la pièce par des soldats et le sang avait été nettoyé. Tyrion avait affirmé qu'un homme s'était introduit dans le Donjon Rouge dans le but de s'en prendre à la reine, et personne n'avait semblé mettre en doute cette version.

Cersei s'était contentée d'observer les allées et venues dans sa chambre dans un mutisme inquiétant.

« Est-ce que ça va aller ? » lui demanda de nouveau Tyrion quand tout fut terminé.

Elle hocha doucement la tête avant de se glisser dans son lit. Il était réticent à la laisser seule après ce qu'elle venait de vivre mais il ne souhaitait pas non plus s'imposer. Après lui avoir conseillé d'essayer de dormir un peu, il se dirigea vers la porte et sortit, le cœur plus lourd que jamais.