Prompt du jour : Art


Tyrion savait depuis longtemps que Cersei était une véritable experte dans l'art de la dissimulation, et il en eut une fois de plus la preuve au cours des jours qui suivirent la mort d'Euron.

Comme c'était à prévoir, quelques Fer-Nés finirent par s'enquérir de l'absence de leur roi dans la salle du trône. En voyant Cersei s'asseoir sur celui-ci pour les recevoir, Tyrion connut un moment d'hésitation. Où devait-il se placer ? Le plus logique aurait été de rester à l'écart du Trône de Fer. Il n'avait, après tout, aucune légitimité pour se placer à la gauche de Cersei, là où Qyburn se tenait de son vivant. Quelques semaines plus tôt, ils étaient encore ennemis, et leur fragile alliance n'était née que de la peur qu'ils éprouvaient à l'idée de perdre Jaime.

Il avait à peine fait quelques pas en direction du fond de la pièce que Cersei l'interrompit.

« Où crois-tu aller ? » demanda t-elle avec un certain agacement.

D'un geste de la main impatient, elle lui indiqua de se placer à sa gauche. Surpris, Tyrion n'eut néanmoins pas l'occasion d'exprimer son étonnement : les Fer-Nés entrèrent à leur tour dans la salle.

« Votre Majesté, » lança l'un d'entre eux sans s'embarrasser du respect qui était normalement dû à une reine. « Voilà plusieurs jours que nous sommes sans nouvelles d'Euron. »

« Et en quoi cela me concerne t-il ? »

La froideur dans sa voix en aurait fait reculer plus d'un. Les Fer-Nés étaient soient très courageux, soit très stupides. Tyrion penchait davantage pour la seconde option.

« Eh bien, vous passiez beaucoup de temps ensemble... »

Il ne chercha pas à dissimuler le petit sourire qui était apparu sur ses lèvres. L'insinuation ne fit rien pour arranger l'humeur de Cersei.

« Vous êtes très mal renseignés, » lâcha t-elle, les mains crispées sur le trône.

Ils échangèrent des regards qui ne dirent rien qui vaille à Tyrion. Il décida qu'il était temps d'intervenir.

« Je vous suggère de plutôt écumer les bordels de la ville au lieu de nous importuner. C'est auprès des putains que vous aurez le plus de chances de retrouver Euron, pas auprès de la reine des Sept Couronnes. »

Cersei lui jeta un bref coup d'œil et lui adressa un signe de tête presque imperceptible. Sans leur laisser le temps de répondre, elle se leva et se dirigea vers la sortie de la pièce, Tyrion sur les talons.

« On a gagné un peu de temps, » fit-il remarquer. « Peut-être qu'ils se contenteront de cette explication. »

« J'en doute, » répliqua t-elle, la mine sombre. « Mais peu importe. C'est le cadet de mes soucis. »

Ils s'étaient tout naturellement dirigés vers la chambre de Tyrion et s'assirent de part et d'autre du bureau. Cersei n'avait plus remis les pieds dans la sienne depuis son agression. Pas une seule fois ils n'avaient discuté du fait qu'elle trouvait nuit après nuit refuge dans son lit. Elle lui tournait toujours le dos et prenait bien garde à ne pas le toucher. Et il respectait son silence, parce que c'était la seule chose à faire.

« On ne peut plus attendre. »

Le ton de Cersei était tranchant.

« Il... il est mal en point. Je le sens. »

Tyrion se mordit la lèvre. Il ne mit pas en doute ses propos. Il n'avait jamais véritablement compris l'essence du lien qui l'unissait à Jaime, mais même s'il n'était pas connecté à Jaime de cette manière, il pouvait très bien le deviner.

« Tu ne souhaites pas attendre encore un peu pour t'améliorer au maniement de l'épée ? »

Elle s'esclaffa avec un dédain qui, pour une fois, était destiné à nul autre qu'elle-même.

« Il faudrait des mois et des mois d'entraînement pour que je parvienne ne serait-ce qu'à garder mon épée en main plus de quelques secondes. Je n'ai été qu'une idiote de penser le contraire. »

Cersei posa une main sur son ventre. Elle n'essayait même plus de cacher qu'elle était folle d'inquiétude.

« Nous partirons dans deux jours. »

Tyrion songea que, même s'il avait protesté, elle aurait fait la sourde oreille.

« Dans ce cas, les soldats doivent quitter le Donjon Rouge dès ce soir. »

La diversion qu'ils avaient passé des jours à élaborer était en réalité d'une simplicité enfantine. Il s'agissait de créer un mouvement de troupes si important que Daenerys ne pourrait qu'être tentée d'aller voir ce qui se passait, craignant un revers de situation qui lui serait encore plus défavorable.

Tyrion ne croyait que moyennement à la réussite de ce plan. Il n'était pas certain que la mère des dragons mordrait à l'hameçon. Néanmoins, il refusait de penser à ce qui se passerait si jamais c'était un échec.

Cela devait fonctionner. Toute autre option n'était pas envisageable. Il en valait de la survie de Jaime.

Il avisa le ventre à peine gonflé de Cersei.

« Tu es sûre que c'est une bonne idée de te lancer dans une telle expédition ? »

Elle braqua aussitôt sur lui un regard furieux.

« Tu penses que je devrais rester bien sagement ici, pendant que tu iras sauver Jaime tel un valeureux chevalier ? »

« Je n'ai rien d'un valeureux chevalier, et tu le sais très bien, » répondit-il sèchement. « Je faisais simplement référence au bébé. »

Cersei baissa les yeux vers son ventre. Tyrion en savait assez pour la grossesse pour connaître les risques associés à un stress trop important.

« J'irai. Je... je dois le faire. »

Sa voix avait vacillé, sans doute parce que les risques, elle les connaissait aussi. Mais, pour Jaime, elle était prête à les prendre.

Tyrion ferma les yeux et acquiesça. L'idée d'essayer de la faire changer d'avis ne lui traversa même pas l'esprit.

Tout va bien, Jaime. On sera bientôt là.