Prompt du jour : Ensemble ? Ensemble
La veille du départ, Cersei ne parvint pas à se détendre une seule minute et passa la journée à faire les cent pas à travers le Donjon Rouge. Autant de stress n'était pas bon pour le bébé, comme Tyrion le lui avait aimablement fait remarquer. L'angoisse n'allait pas la quitter lorsqu'ils seraient partis, elle en avait bien conscience.
Pourtant, il lui fallait prendre le risque.
Pour elle, Jaime aurait traversé les déserts les plus arides et les océans les plus déchaînés. Il aurait même bravé les Sept Enfers s'il l'avait fallu.
Pour lui, elle affronterait le courroux du dragon.
Même si tous les détails pratiques étaient déjà réglés, elle entreprit de tout revérifier une dernière fois, plus pour s'occuper l'esprit que par réelle nécessité.
Cersei fit d'abord un tour dans les écuries. Tyrion était sur place et vérifiait avec un palefrenier que la selle spéciale qu'il avait demandée lui convenait bien. Il avait l'air si peu à l'aise sur le cheval qu'elle fut tentée de se moquer de lui, avant de se raviser.
Elle n'était pas du tout certaine qu'elle se débrouillerait mieux que son frère, même si elle aurait préféré se crever les yeux avec une fourchette rouillée plutôt que de l'avouer.
« Heureusement que Peyredragon n'est pas très loin d'ici, » lança Tyrion après être descendu – non sans difficulté – de sa monture. « Nous n'aurons qu'un peu plus d'une journée de voyage devant nous. »
« Hmm. »
Pour Cersei, c'était déjà beaucoup trop. Le regard que Tyrion posait sur elle était une nouvelle fois plein d'inquiétude.
« Tout va bien ? »
« Ça va, » répondit-elle d'une voix sèche qui ne le trompa pas.
Il ne lui avait jamais demandé pourquoi elle avait décidé de dormir avec lui depuis son agression, et elle devait bien avouer que c'était délicat de sa part. Cersei n'était de toute façon pas sûre de le savoir elle-même. Après tout, elle ne lui faisait toujours pas entièrement confiance.
Pourtant, c'était bien dans sa chambre qu'elle s'était réfugiée, incapable de rester une minute de plus dans la sienne. La sensation d'Euron écrasant de force ses lèvres sur les siennes et malaxant sa poitrine sans douceur lui donnait encore envie de vomir.
Cela ne lui plaisait pas, mais en l'absence de Jaime, Tyrion était devenu sa seule famille dans le Donjon. La seule personne près de laquelle elle parvenait à se sentir en sécurité.
Cela, elle ne l'admettrait jamais à voix haute, mais elle soupçonnait son petit frère d'avoir deviné une partie de la vérité. Il la connaissait trop bien, et ce depuis qu'ils étaient enfants.
« Le nouveau mestre est arrivé ? » demanda t-elle pour changer de sujet.
« Oui, ce matin. »
Lorsque Tyrion lui avait suggéré de remplacer Qyburn après la mort de celui-ci, elle lui avait jeté un regard venimeux qui ne l'avait pas fait flancher. Comme il le lui avait alors fait remarquer, ils ignoraient dans quel état se trouverait Jaime lorsqu'ils le ramèneraient au château.
Par conséquent, il était plus que souhaitable qu'il puisse bénéficier de soins dès son retour si cela s'avérait nécessaire. Le cœur de Cersei se fit lourd lorsqu'elle songea que ce serait assurément le cas.
Jaime n'allait pas bien, elle le sentait au fond d'elle-même. Pour ne pas craquer une nouvelle fois devant Tyrion – elle estimait que c'était arrivé bien trop souvent au cours des derniers jours – elle prit congé de lui et retourna au château. Elle vérifia avec soin le contenu des sacs qu'ils avaient prévu d'emporter.
Une fois cela fait, elle s'installa devant un miroir et fit tourner un petit flacon contenant une mixture sombre entre ses doigts. La mort dans l'âme, elle l'ouvrit et la versa sur ses cheveux.
Une heure plus tard, elle contemplait tristement sa chevelure désormais d'un brun terne dans le miroir.
Elle s'était depuis longtemps habituée à avoir les cheveux courts, même si elle pensait souvent avec nostalgie à sa longue crinière. Après tout, longs ou courts, ses cheveux restaient blonds. Jaime aimait toujours autant faire courir ses doigts dedans en lui murmurant qu'ils avaient la couleur de l'or.
Ses cheveux n'avaient plus rien de doré, maintenant. Seuls ses yeux rappelaient encore la gloire des Lannister chez elle.
À la fin de la journée, Tyrion écarquilla les yeux en voyant le résultat.
« Il faut que je sois le moins reconnaissable possible, » se justifia t-elle en croisant les bras sur sa poitrine, comme pour se protéger.
« Je... j'avais deviné. C'est une bonne idée. J'ai été surpris, c'est tout. »
Songeur, il se gratta le menton.
« Il te reste un peu de cette teinture ? »
« Pourquoi ? »
Il roula des yeux.
« Pour la boire, bien sûr. Je commence à me lasser du vin. »
Elle résista à l'envie puérile de lui tirer la langue.
« Ça ne servirait à rien sur toi. Tu es beaucoup trop reconnaissable. »
Daenerys et ses soldats ne l'avaient jamais vue. Tyrion ne disposait pas de cet avantage.
« Il t'en reste oui ou non ? »
« Oui, » répondit-elle, agacée.
Elle l'observa se teindre à son tour les cheveux, ce qui ne lui serait d'aucune utilité s'ils croisaient des Immaculés. Il devait forcément en avoir conscience, alors pourquoi s'obstinait-il ?
« Nous voilà de nouveau accordés, » plaisanta t-il.
Cersei réalisa alors que c'était tout simplement une manière de lui apporter son soutien. Mal à l'aise, elle détourna le regard.
« Ça ne te va pas du tout. »
« Ça me va toujours mieux qu'à toi. »
Elle ne parvint pas à retenir le rire qui franchit la barrière de ses lèvres et cette fois, il n'était ni moqueur, ni sarcastique.
C'était peut-être pour ça qu'elle n'avait plus aussi peur lorsque le lendemain, tous deux grimpèrent sur leurs chevaux et s'avancèrent vers les portes du Donjon.
« Ensemble ? » demanda Tyrion d'un ton un peu craintif.
Cersei inspira profondément.
« Ensemble. »
