Prompt du jour : Frayeur


Tyrion n'éprouva aucun soulagement lorsque la silhouette familière de Peyredragon entra dans son champ de vision au cours de leur seconde journée de voyage. Il n'y avait qu'un terrible sentiment de frayeur dans son cœur.

En voyant Drogon, Rhaegal et Viserion dans le ciel, il comprit que Daenerys n'avait pas encore quitté le château. Il refusait de penser qu'elle ne le ferait pas.

« Les Immaculés ont forcément repéré les soldats, » avança t-il.

Ils demeurèrent là où ils étaient. Il était inutile de quitter le couvert des arbres pour le moment.

« On ne saurait pas le dire, » railla Cersei, acide.

Sa mauvaise humeur était sa manière à elle de dissimuler son inquiétude, aussi Tyrion décida t-il de ne pas relever.

« Attendons. De toute façon, il n'y a que ça à faire pour le moment, » conclut-il.

Ne trouvant rien d'autre à se dire, ils se murèrent dans le silence, les yeux rivés sur l'île. Tyrion jetait régulièrement de longs coups d'œils à Cersei, mais si sa sœur avait remarqué son petit manège, elle n'en montrait rien.

Elle s'était déjà écartée de lui quand il s'était réveillé, à tel point que, pendant un instant, il avait sincèrement pensé qu'il avait rêvé, que la réconfortante sensation de ses bras autour de lui n'avait été qu'une chimère de plus dans son esprit.

L'air gêné de Cersei lui avait appris que cela n'avait été que trop réel.

Ce qui rendait le retour à la réalité encore plus difficile.

Cela ne se reproduirait sans doute jamais, il le savait. Et ça faisait bien plus mal que ça ne l'aurait dû.

Furieux contre lui-même d'éprouver de telles émotions, il serra les dents et prit une grande inspiration pour empêcher les larmes de perler au coin de ses yeux.

De son côté, Cersei ne cessait de toucher son ventre, la mine sombre. Voyant là une occasion d'occuper son esprit avec une conversation, Tyrion la saisit aussitôt.

« Tu t'inquiètes pour le bébé. »

Ce n'était pas une question, et elle ne chercha pas à nier.

« Évidemment. Je m'inquiète depuis que j'ai appris que j'étais enceinte. »

Intrigué, il attendit qu'elle poursuive. Elle roula des yeux, comme agacée par sa lenteur d'esprit.

« J'ai quarante-deux ans, Tyrion. À mon âge, le simple fait de tomber enceinte est quasiment un miracle. Quant à porter l'enfant à terme... »

Elle poussa un long soupir, la mine défaite.

« Je ne me fais aucune illusion. »

C'était loin d'être son sujet de prédilection, mais Tyrion avait lu quelques ouvrages sur la grossesse écrits par des mestres. La moitié de ce qui y était écrit n'était selon lui que des affabulations. Il doutait en effet que les Sept aient quelque chose à voir avec le sexe ou l'apparence de l'enfant. En revanche, il avait déniché des informations qui lui paraissaient plus véridiques.

« C'est peu commun, » admit-il. « Mais tu n'es pas la seule femme à avoir accouché après quarante ans. La fille d'un roi Targaryen a même donné naissance à un enfant en parfaite santé à quarante-quatre ans. »

Il se rendit compte après avoir prononcé ces mots que mentionner les Targaryen en cet instant n'était peut-être pas la meilleure chose à faire. Néanmoins, ce fut autre chose qui contraria Cersei.

« Si tu fais référence à Alyssa Velaryon, elle est de nouveau tombée enceinte à quarante-sept ans. Et elle est morte en couches. »

Il était tellement surpris qu'il eut l'impression que sa mâchoire allait se décrocher sous le choc. L'ombre d'un sourire amusé passa sur les lèvres de Cersei.

« Me prendrais-tu pour une inculte ? Moi aussi, je connais l'histoire de Westeros. »

« Je... non, bien sûr que non, je ne te prends pas pour une inculte » balbutia t-il. « Mais je ne pensais pas que l'histoire t'intéressait autant. »

Elle balaya ses paroles d'un geste de la main.

« Je suis la reine des Sept Couronnes. Je ne peux pas me permettre d'être ignorante sur ce sujet. »

Il se gratta le menton, pensif. Ainsi donc, Cersei prenait vraiment son rôle de reine au sérieux. Il avait déjà eu l'occasion d'en avoir aperçu en l'observant gouverner les semaines précédentes.

Certes, elle avait soif de pouvoir – et ne s'en était jamais cachée – mais, contrairement à Robert, elle faisait l'effort de s'intéresser aux affaires du royaume et ne se contentait pas de rester assise sur le Trône de Fer en laissant toutes les tâches ingrates à des subalternes quelconques.

« Il n'y a aucune raison pour que ça se passe mal, » tenta t-il de la rassurer.

En fait, il y avait mille raisons qui pourraient faire en sorte que ça se passe mal, et ils n'allaient pas tarder à en affronter une. S'ils étaient pris... non, Tyrion ne pouvait pas penser à ça. Ils ne seraient pas pris. D'ici quelques heures, ils seraient en route pour le Donjon Rouge avec Jaime à leurs côtés. Il le fallait.

Cersei n'était pas dupe, pourtant elle se contenta d'acquiescer. Sans doute parce qu'elle avait envie de le croire.

« Je crois qu'il y a du mouvement, » reprit-elle.

Tyrion plissa les yeux et constata qu'elle avait raison. De nombreux Immaculés se dirigeaient vers les barques et les navires. Quant à Drogon, il s'était posé sur le sol. Quelques instants plus tard, il s'envola de nouveau.

En apercevant un éclat blanc sur son dos, Tyrion comprit que la diversion avait fonctionné. Après tous les revers qu'elle avait subis, Daenerys n'avait pas voulu prendre le risque de voir la situation lui échapper des mains encore un peu plus.

« Laissons les chevaux ici, et allons-y. »

Tyrion savait que quelques barques se trouvaient à proximité de l'endroit où ils étaient postés, laissées là par des Immaculés ayant quitté l'île plus tôt.

Les doigts de Cersei se resserrèrent autour du manche de sa dague.

Il n'était plus temps de reculer.