Pormpt du jour : Oiseau
Dire que Cersei avait peur serait un euphémisme.
Au bout d'un laps de temps qui lui avait paru interminable – alors qu'en réalité, seulement quelques minutes s'étaient écoulées – Tyrion et elle arrivèrent au bord de l'eau. Comme son petit frère l'avait prévu, quelques barques reposaient sur le sable.
Au moins cinq minutes leur furent nécessaires pour en pousser une dans l'eau, puis monter dessus et se mettre à ramer. Son cœur cognait dans sa poitrine. Combien de temps leur diversion parviendrait-elle à occuper Daenerys ?
Elle ne se faisait aucune illusion, ils n'avaient pas plus d'une heure devant eux. La mère des dragons s'apercevrait vite que les mouvements de leurs troupes n'avaient aucun sens et ne représentaient aucune menace. Sentirait-elle que quelque chose clochait ?
« Tu ne rames pas assez vite, » siffla t-elle, exaspérée par la lenteur avec laquelle avançait leur embarcation.
Cersei scrutait le ciel toutes les cinq secondes. Toutes les silhouettes ailées lui donnaient l'impression que son cœur manquait un battement, même si ce n'étaient que des oiseaux.
Si les dragons arrivaient maintenant, ils finiraient tous les deux carbonisés. C'était aussi simple que cela. Sauf si Daenerys parvenait à contrôler ses impulsions et les capturait, mais c'était moins probable.
« Je rame plus vite que toi, » rétorqua Tyrion sans chaleur. « Et tu irais plus vite si tu arrêtais de regarder en l'air. »
Ses nerfs étaient autant à fleur de peau que les siens. Cersei songea que ce n'était pas le meilleur moment pour déclencher une dispute. Par conséquent, elle prit sur elle et s'abstint de répondre.
Dès qu'ils touchèrent terre, Tyrion plongea ses yeux dans les siens, l'air mortellement sérieux.
« Inutile de te rappeler à quel point cet endroit est dangereux pour nous. Ici, tu n'as aucune connaissance du terrain. Il faut que tu me suives et que tu fasses ce que je te dis. »
Obéir aux ordres de Tyrion ne l'enchantait pas le moins du monde, et il le savait.
« Il en va de la survie de Jaime. »
Ce dernier argument, comme toujours, fit mouche. Si ramener Jaime à la maison avec elle signifiait devoir se plier aux ordres de Tyrion pendant moins d'une heure, il n'y avait même pas à hésiter.
« Très bien. »
Satisfait, mais pas moins inquiet, Tyrion hocha la tête et la conduisit aux abords du château.
« Je ne vois aucune entrée par ici. »
« Il y a des grottes qui débouchent sur des passages souterrains. Certains mènent directement aux cachots. »
Visiblement, il ne s'était pas privé d'explorer la demeure ancestrale des Targaryen pendant les quelques semaines qu'il avait passées à Peyredragon. Au grand soulagement de Cersei, ils atteignirent la grotte sans encombre. Malgré l'obscurité, Cersei distingua des fresques peintes sur les murs.
Des dragons, évidemment. Même s'ils étaient pressés, Tyrion ne put s'empêcher de s'arrêter pour les contempler quelques instants.
« C'est magnifique, » murmura t-il.
La fascination qu'il éprouvait pour ces dessins et pour les personnes les ayant réalisés était évidente, et elle ne datait pas du moment où il s'était prosterné aux pieds de Daenerys. Même Cersei savait que, enfant, il dévorait déjà tous les livres sur les dragons qu'il pouvait dénicher. La contrariété qu'elle éprouvait ne cessait de croître, comme un feu dévastateur.
« Est-ce vraiment tout ce qu'ils ont de plus que nous ? »
Tyrion lui jeta un regard interrogateur.
« Des dragons. Est-ce la seule raison pour laquelle ils te fascinent autant ? »
Ce n'était pas des Targaryen morts depuis des siècles que Cersei parlait, et ils en avaient tous les deux conscience.
« C'est vrai, les dragons me fascinent, » admit Tyrion. « Mais, même si Daenerys n'en avait pas eu, je l'aurais quand même servie. Et tu sais pourquoi. Je te l'ai dit. »
Ce n'était pas formulé comme un reproche, et pourtant ce fut ainsi que Cersei l'entendit.
Tyrion s'était incliné devant Daenerys parce qu'elle l'avait accepté. Parce que c'était la reine qui avait voulu de lui.
Cersei n'était pas dupe. Elle savait que si Tyrion l'avait enlacée aussi fort la nuit dernière, ce n'était pas uniquement pour ne pas geler à mort. La chaleur physique n'était pas la seule qu'il avait recherchée.
C'était la première fois qu'elle enlaçait quelqu'un d'autre que Jaime et ses enfants. La sensation qu'elle avait éprouvée était nouvelle, mais pas désagréable. Tyrion lui avait fait penser à un petit garçon se pressant contre sa mère, avide d'affection.
Et une petite voix dans son esprit lui murmurait qu'elle n'était sans doute pas très loin de la vérité.
C'était peut-être pour ça qu'elle s'était si vite écartée de lui en se réveillant. Parce qu'elle aussi avait commencé à éprouver autre chose qu'un simple réconfort physique.
Pour une raison inexplicable, dès que Tyrion était concerné, elle se montrait faible. Cela ne se voyait pas, bien sûr. En apparence, elle faisait tout pour lui rendre la vie impossible, ce qui était réciproque.
Pourtant, elle aurait pu le faire tuer un nombre incalculable de fois. Elle aurait pu se contenter de l'ignorer purement et simplement.
Elle aurait pu le laisser moisir dans sa cellule au lieu d'accepter son aide et sa compagnie. Elle aurait pu ne pas se réfugier auprès de lui après son agression.
Cersei n'avait rien fait de tout ça, et c'était une faiblesse dont elle ne parviendrait jamais à se débarrasser.
Tyrion n'attendait visiblement aucune réponse de sa part. Il se détourna et s'enfonça un peu plus profondément dans la grotte.
« Tu viens ? »
Elle perçut un léger tremblement dans sa voix, et quelque chose lui disait qu'il n'était pas dû à la peur.
La terreur ne suffisait pas non plus à expliquer pourquoi sa gorge était aussi serrée. En silence, Cersei lui emboîta le pas.
