Prompt du jour : Célébration


Tyrion éprouvait une étrange sensation en parcourant les souterrains de Peyredragon. Il y a quelques semaines à peine, il foulait ce même sol sans aucune crainte, son insigne de Main de la reine fièrement épinglé à ses vêtements, en n'ayant pas d'autre chose en tête que la façon dont il allait aider Daenerys à remporter la guerre.

La manière dont la situation avait basculé si rapidement lui apparaissait toujours aussi surréaliste.

En quittant Daenerys, il avait laissé derrière lui ce qu'elle lui avait donné. Sa place de Main. La certitude d'une place à sa cour jusqu'à la fin de ses jours.

Sa confiance et son affection.

Plus il se rapprochait des cachots et plus cela faisait mal. Néanmoins, il s'efforça de rester de marbre. Parler de ses tourments à Cersei ne lui vint même pas à l'esprit. Elle penserait sûrement qu'il le méritait, que c'était une juste punition pour l'avoir trahie et avoir tourné le dos à leur dynastie d'or et de sang.

Pas une seule seconde elle ne se remettrait en question, pas une seule seconde elle ne songerait que c'était de sa faute s'il l'avait abandonnée. Sans trop comprendre pourquoi, Tyrion éprouva une bouffée de colère contre elle.

Le moment était particulièrement mal choisi pour cela. Ils venaient de quitter les souterrains et évoluaient à présent au niveau des cachots. Le silence était de mise.

Tyrion fit signe à Cersei de s'arrêter quelques instants. Aucun bruit ne régnait, à tel point qu'ils n'entendaient rien d'autre que les battements effrénés de leur cœur.

« C'est étrange, » murmura t-il. « Même les Immaculés ne sont pas si silencieux. »

Normalement, ils auraient dû entendre des bruits de pas. Tyrion avait d'ailleurs dressé mentalement un inventaire de toutes les cachettes dont il se souvenait au cours de leur périple jusqu'à Peyredragon.

Finalement, il semblait bien que celui-ci ne serait pas nécessaire. Il aurait dû en éprouver du soulagement, il le savait. Pourtant, pour une raison inexplicable, il ne parvenait pas à s'en réjouir.

« C'est très étrange, » répéta t-il, parce que Cersei ne l'avait visiblement pas écouté et avait avancé de quelques pas. « Il devrait y avoir des Immaculés, ici. »

« Je croyais que Daenerys ne faisait pas de prisonniers, » railla t-elle.

C'était vrai. Il n'était pas dans les habitudes de la mère des dragons d'enchaîner les prises de guerre. Ployer le genou ou être carbonisé sur-le-champ : telles étaient les deux options qui s'offraient à ses ennemis.

Tyrion ne pouvait pas dire qu'il approuvait, mais puisqu'il avait juré fidélité à Daenerys, il avait tenu sa langue, respectueux de ses décisions.

« Oui, c'est vrai, » répondit-il finalement. « Sauf que cette fois, elle en a un. Et Jaime Lannister n'est pas n'importe quel prisonnier. »

C'était bien en raison de la valeur de leur frère qu'elle avait décidé de l'épargner – pour un temps, du moins. Et Daenerys n'aurait jamais laissé un prisonnier aussi précieux sans surveillance.

« Tous les Immaculés qui gardaient la cellule de Jaime l'ont sans doute suivie lorsqu'elle a quitté l'île, » avança Cersei.

Sa voix avait retrouvé son intonation habituelle, c'est-à-dire qu'il y avait tant de certitude dedans qui quiconque ayant une opinion différente pouvait avoir l'impression d'être stupide.

« Je ne sais pas... »

La boule au ventre, il consentit à avancer. Au fond de lui, il savait que quelque chose n'était pas normal. Se pouvait-il tout simplement que Jaime ne soit pas ici ? Mais dans ce cas, dans quelle partie du château Daenerys aurait-elle pu l'enfermer ?

Il refusait d'envisager l'autre explication, à savoir qu'elle avait fini par se débarrasser de lui et avait jeté son corps dans la mer.

Ils évoluaient à présent entre les cellules. Cersei ne tenait plus en place : la perspective d'être sur le point de retrouver Jaime avait fait voler en éclats sa prudence et son bon sens. Sans même penser que des Immaculés pourraient être dissimulés à l'intérieur, elle ouvrait les cellules les unes après les autres, les yeux pleins d'espoir.

Tyrion se demanda brièvement laquelle leur servirait de nouvelle demeure si jamais ils se faisaient prendre. Si Daenerys ne décidait pas de les brûler vif, bien sûr. Peut-être s'amuserait-elle à les parader dans les rues de Port-Réal pour sceller sa victoire éclatante.

Il n'aurait jamais pensé qu'elle en était capable quelques semaines plus tôt, mais la froideur dont elle avait fait preuve à son égard après avoir capturé Jaime avait entaché l'image de reine bienveillante qu'il avait d'elle.

Lorsque Cersei poussa une exclamation mi-euphorique, mi-horrifiée, il cessa brutalement de penser et se précipita dans la cellule qu'elle venait d'ouvrir aussi vite que ses courtes jambes le lui permettaient.

Son cœur se souleva face au triste spectacle qui se déployait devant ses yeux.

Jaime était vivant, mais il était loin d'être indemne. Visiblement inconscient, il était enchaîné au mur. Il ne portait pas de chemise, ce qui permit à Tyrion d'avoir un aperçu des nombreuses coupures et des bleus qui recouvraient son torse. Il était sale et il avait beaucoup maigri. Le cœur serré, Tyrion songea que Daenerys avait dû négliger de nourrir son prisonnier.

Cersei et lui tombèrent à genoux devant lui. Sa sœur prit le visage de Jaime en coupe, les larmes aux yeux.

« Jaime. Je suis là, Jaime. Réveille-toi. »

Il battit difficilement des paupières. Tyrion posa une main sur son front – il était brûlant de fièvre.

« Cersei... Tyrion... » balbutia t-il en les reconnaissant.

« C'est fini, » assura Tyrion. « On va te ramener à la maison. C'est fini. »

Leur célébration fut de courte durée. Il eut la sensation de recevoir un coup de couteau dans le dos quand une voix familière s'éleva dans leur dos.

« Au contraire, » fit Daenerys en sortant de l'ombre. « Ça ne fait que commencer. »