Prompt du jour : Ignorer


Lorsque Tyrion avait assisté, impuissant, à la mort d'Oberyn pendant son duel judiciaire, il avait eu l'impression qu'une force invisible lui avait coupé la respiration. C'était comme si l'air refusait de s'engouffrer dans ses poumons, ou bien qu'il se noyait sans la moindre goutte d'eau.

En cet instant, alors que Daenerys s'avançait vers eux, le regard plus froid que jamais, il éprouvait de nouveau cette terrible sensation. Peut-être même était-elle plus atroce cette fois, car sa vie n'était pas la seule qui était en jeu.

La mère des dragons n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vue, et c'était bien normal : il n'avait quitté son service que quelques semaines plus tôt.

Néanmoins, cela ne l'empêcha pas d'avoir l'impression de n'avoir jamais vu une telle fureur chez elle. Oh, elle ne s'était pas mise à hurler, pas plus qu'elle ne lui donnait l'impression qu'elle était sur le point de se jeter sur lui pour lui faire payer sa trahison.

C'était dans ses yeux violets qu'était concentrée toute sa colère.

Pendant un long moment, elle n'accorda pas un seul regard à Tyrion et concentra toute son attention sur Cersei. Celle-ci, bien qu'horrifiée par la tournure catastrophique que venait de prendre leur mission de secours, ne flancha pas.

Au contraire : elle se plaça devant Jaime, comme pour faire barrage de son corps, et se tint bien droite, la tête fièrement relevée. Jamais elle ne laisserait transparaître le moindre signe de peur. Si Tyrion avait été capable de réfléchir clairement, il l'aurait sans aucun doute admirée pour cela.

Jaime, à moitié évanoui en raison de son état de faiblesse, ne se rendait visiblement pas compte de ce qui était en train de se passer. La gorge de Tyrion se serra. Par tous les dieux, comment allait-il faire pour s'en tirer, cette fois ?

Comment allait-il pouvoir sortir son frère de là ?

Après avoir observé sous toutes les coutures la reine ennemie qu'elle cherchait à détrôner, Daenerys daigna enfin accorder à Tyrion son attention.

« Eh bien, » lança t-elle d'une voix en apparence dénuée d'émotions. « Vous ne saluez pas votre reine ? »

Il se mordit la lèvre. Son cœur battait si fort qu'il n'aurait pas été étonné de le voir jaillir hors de sa poitrine.

« Je... je... » bredouilla t-il.

Elle lui adressa un sourire faussement amusé.

« Je vous ai connu bien plus éloquent. »

La main de Cersei se rapprocha imperceptiblement de sa dague.

« Et moi, je vous ai connu plus clémente. »

Ce n'était pas exactement vrai. Daenerys lui avait fait comprendre à de nombreuses reprises qu'elle ne montrait aucune pitié envers ses ennemis. Néanmoins, c'était une tentative désespérée comme une autre de ramener à la surface la bienveillance présente au fond d'elle.

Son regard se durcit aussitôt.

« Jaime Lannister a tenté de me tuer, exactement comme il a tué mon père. Pourquoi aurais-je dû faire preuve de merci envers lui ? »

C'était une excellente question, à laquelle il n'avait pas de réponse. Dans une situation similaire, Cersei n'aurait montré aucune clémence.

« Jaime... Jaime est mon frère, » répondit-il, comme si ça justifiait tout.

Il s'agissait de toute évidence de la pire réponse qu'il aurait pu lui fournir. Daenerys éclata d'un rire sans joie.

« Et je suis votre reine, Tyrion. Ne vous ai-je pas tout donné ? Une place de conseiller ? Ma confiance ? L'insigne de Main de la reine ? »

Il éprouva une ridicule envie de fondre en larmes. Croyait-elle qu'il n'avait pas souffert lorsqu'il lui avait tourné le dos ? Pensait-elle qu'il ne regrettait pas toutes ces choses, la nuit, lorsqu'il ne parvenait pas à s'endormir ?

« Vous l'avez fait, » approuva t-il, parce que c'était l'entière vérité.

« Et pourtant, vous êtes allé vous réfugier dans les jupes de votre sœur à la première occasion. Une sœur qui n'a jamais fait que vous trahir et vous laisser tomber. »

La tension dans la cellule était à son maximum. Cersei ne disait toujours rien, mais il savait qu'elle était sur le point de dégainer sa dague.

« Jaime est mon frère, » répéta t-il d'un air désolé qui était sincère.

Daenerys ne pouvait pas comprendre, bien sûr. Sa relation avec Viserys avait été plus que conflictuelle, d'après ce qu'il avait déduit des quelques confidences qu'elle lui avait faites. Elle ne pouvait qu'ignorer ce qu'était une relation fraternelle aussi forte que celle qui unissait Tyrion et Jaime.

Pour la première fois, la colère laissa un peu d'espace à la tristesse, mais cela ne dura pas.

« Eh bien, sachez que votre ridicule plan n'a pas fonctionné, » reprit Daenerys en faisant quelques pas supplémentaires vers eux. « J'ai su où vous étiez parti dès que je me suis aperçue que vous aviez disparu. Et je savais que vous feriez tout pour récupérer votre frère. »

Tyrion s'attendait à moitié à voir les Immaculés rejoindre leur souveraine dans la cellule à tout moment.

« Lorsque mes soldats m'ont parlé de cet étrange mouvement de troupes, je pensais que vous alliez m'attaquer. Néanmoins, au bout d'une dizaine de minutes sur le dos de Drogon, j'ai commencé à trouver cela suspect. J'ai donc immédiatement fait demi-tour et me suis rendue ici. »

Elle était fière d'elle, il le voyait bien.

« N'avez-vous pas trouvé étrange de ne croiser aucun Immaculé sur votre route ? » se moqua t-elle. « Je les ai tous congédiés. Je voulais que vous parveniez jusqu'ici. Jusqu'à moi. »

Tyrion n'éprouva aucune satisfaction à l'idée d'avoir eu raison concernant la facilité avec laquelle Cersei et lui s'était glissés jusqu'ici.

Il devait se rendre à l'évidence : la situation était désespérée.

Et, peut-être pour la première fois de sa vie, il ne voyait véritablement aucune issue.