Prompt du jour : Reste avec moi


Les secondes s'étiraient avec une lenteur insupportable. Tyrion attendait que Daenerys reprenne la parole, que les Immaculés débarquent, que Cersei ait, pour une fois, une brillante idée pour les tirer d'affaire. Il attendait n'importe quoi qui pourrait mettre fin à cette attente qui lui donnait l'impression que son cœur était écrasé par un étau d'angoisse.

« Pourquoi ? » finit-il par demander, incapable de se taire une minute de plus. « Pourquoi nous avoir laissés venir jusqu'ici ? Pourquoi ne pas avoir ordonné aux Immaculés de nous tuer sur-le-champ ? »

Il pensait déstabiliser la mère des dragons avec sa question, mais il n'en fut rien. Au contraire, elle croisa les mains, presque sereine.

« Parce que je souhaitais vous parler, bien sûr. »

« Me... me parler ? »

Elle lui décocha une œillade amusée.

« Oui. Je l'admets, j'ai commis une erreur en sous-estimant l'ampleur de l'affection que vous éprouvez pour votre frère. »

Cette soudaine bonne humeur ne lui disait rien qui vaille. Cersei, de plus en plus nerveuse, avait les poings crispés.

« Bien entendu, je vous en veux énormément de m'avoir abandonnée sans un regard en arrière. Mais... je peux comprendre, d'une certaine manière. »

Tyrion s'abstint de répondre. Il avait le sentiment que le moindre mot prononcé pourrait signer leur arrêt de mort à tous les trois.

« C'est pourquoi je suis prête à vous accorder une seconde chance. »

Il battit des paupières, certain d'avoir mal entendu. Pourtant, il fut forcé de reconnaître que Daenerys était sérieuse.

« Restez avec moi, Tyrion, et je serais prête à oublier ce regrettable incident. »

Elle plongea de nouveau son regard dans celui de Cersei. Celle-ci le soutint sans broncher. Le dos de sa main effleura celle de Tyrion, qui ignorait si c'était volontaire ou non.

« Je serais même prête à épargner votre frère, dont la survie semble tant vous importer... il demeurerait mon prisonnier, mais il vivrait. »

Tyrion s'attendait à ce qu'elle allait dire ensuite, et ne fut donc pas surpris lorsqu'elle poursuivit :

« Néanmoins... il me faudrait une preuve de votre bonne volonté. Une preuve que je suis la reine que vous servirez jusqu'à la fin de vos jours. »

Tyrion n'eut pas besoin d'en entendre plus. Il échangea un regard avec Cersei, qui avait elle aussi très bien compris l'insinuation. Il put lire de la panique dans ses yeux.

Le choix qui s'offrait à lui était simple. Cersei ou Daenerys. Daenerys ou Cersei.

Il avait rejoint Daenerys parce que Cersei n'avait pas voulu de lui. La situation était-elle différente, à présent ? Que signifiait leur étrange rapprochement aux yeux de sa sœur ? Il était dû à leur peur commune de perdre Jaime, mais cela l'empêchait-il d'être sincère ?

De manière inconsciente, Cersei posa la main sur son ventre et le frotta, comme pour protéger le bébé qui y grandissait. Daenerys ne manqua pas son geste, et fronça les sourcils.

« Que pensez-vous ? Que votre bâtard s'assiéra un jour sur le Trône de Fer ? Sur mon trône ? »

Pour la première fois, Cersei lui adressa la parole, et sa voix évoqua à Tyrion le rugissement puissant et fier d'une lionne.

« Vous ne nous faites pas peur, Votre Majesté. »

Elle avait craché ces derniers mots, mais ce n'était pas ce qui retint l'attention de Tyrion.

Sa sœur avait dit nous, et visiblement sans y penser.

Elle l'avait inclus. Elle avait d'eux un duo. Elle n'avait pas douté de son choix.

Et Tyrion comprit qu'il l'avait fait, ce choix, qu'il l'avait fait depuis longtemps. Qu'il le ferait toujours, peu importe ce qui s'était passé entre lui et Cersei.

Daenerys le comprit au regard d'excuse qu'il lui adressa. Un rictus haineux déforma ses lèvres.

« Très bien. J'ai bien peur que ceci soit le dernier choix que vous ne ferez jamais. »

La suite fut si rapide, si absurde que Tyrion se demanda s'il ne l'avait pas imaginée. Daenerys, incapable de réprimer sa colère un instant de plus, s'était jetée sur Cersei. Et Tyrion, sans même hésiter, sans même réfléchir, s'était interposé.

Il avait saisi la dague qui pendait à la ceinture de sa sœur. Et il avait dirigé la lame droit devant lui.

Maintenant, il contemplait la plaie béante sur le ventre de Daenerys, qui s'était écroulée sur le sol et se vidait de son sang. Paralysé, il regardait bêtement la dague ensanglantée toujours serrée dans son poing.

Cersei, elle, n'hésita pas avant de réagir. Elle prit la clé des chaînes qui entravaient Jaime à Daenerys, puis s'affaira à détacher son jumeau.

« Tyrion ! » siffla t-elle. « Vite ! »

Il ne réagit que lorsqu'elle lui saisit le bras et le secoua avec force.

« Il faut qu'on file d'ici ! »

Il parvint à détourner son regard de Daenerys, qui agonisait en silence, et se précipita auprès de Jaime.

Tyrion avait choisi. Il avait choisi Jaime, il avait choisi Cersei. Il avait choisi sa famille, et il n'était plus temps de regarder en arrière.

Avec leur aide, Jaime parvint tant bien que mal à se relever. Ils n'étaient pas encore tirés d'affaire, Tyrion le savait très bien. Heureusement que, dans un excès de confiance, Daenerys avait ordonné aux Immaculés d'évacuer la zone.

Ce qui ne voulait pas dire qu'ils ne risquaient pas de débarquer à tout instant. Il fallait qu'ils quittent Peyredragon sur le champ s'ils voulaient avoir une chance de regagner le Donjon Rouge vivants.

« Tu peux marcher ? » demanda t-il à Jaime.

Les jambes de celui-ci tremblaient, mais il acquiesça faiblement.

« Ça va aller, » murmura Cersei. « On rentre à la maison, Jaime. On rentre à la maison. »

Même si les mots de sa sœur ne lui étaient pas directement adressés, Tyrion eut l'impression de se réchauffer de l'intérieur, en dépit de sa peur et de sa tristesse.

Il rentrait lui aussi à la maison.