Prompt du jour : Froid


Les événements s'enchainaient si vite que Cersei ne parvenait pas à avoir pleine conscience de ce qu'il se passait. La mort de Daenerys, bien que déterminante pour la suite de la guerre, n'occupait qu'une place minime dans son esprit. En fait, elle n'y pensait même pas.

Tout ce qui lui importait, c'était de sortir Jaime de là le plus rapidement possible. Même avec son aide et celle de Tyrion, son jumeau peinait à maintenir le rythme effréné auquel ils marchaient – courir était évidemment exclu.

Cersei était horrifiée par le nombre de blessures et de coupures présentes sur son torse. Les bleus, semblables à des fleurs qui s'épanouissaient, avaient donné une teinte violette à sa peau. Elle lui avait brièvement touché le front et avait constaté qu'il était brûlant de fièvre.

Néanmoins, elle ne pouvait pas se permettre d'exiger qu'ils s'arrêtent afin d'examiner l'étendue des dégâts. Les Immaculés ne s'étaient peut-être pas encore aperçus de la mort de leur reine, mais ce n'était qu'une question de minutes, elle en était persuadée.

« On y est presque... » encouragea t-elle Jaime, quand bien même ce n'était pas le cas. « Encore un petit effort... »

Jaime n'était de toute façon pas en état de se rendre comptait qu'elle mentait. En guise de réponse, il poussa un petit gémissement. Cersei savait qu'il ne s'effondrerait pas. Après tout, n'était-il pas le plus courageux des chevaliers ?

Au bout de ce qui lui semblait être une éternité, ils parvinrent à sortir des cavernes et laissèrent l'atmosphère menaçante du château derrière eux. Ils s'empressèrent de regagner leur barque.

« Allez, Jaime... on sera bientôt en sécurité... » promit Tyrion en l'aidant à s'asseoir dans la petite embarcation.

Cette fois, Cersei ne perdit pas un temps précieux en contemplant le ciel d'un air inquiet. Au contraire, elle entreprit de ramer comme si la mort en personne était à ses trousses. Ce qui était d'une certaine façon le cas.

Les Immaculés n'étaient toujours pas en vue lorsqu'ils touchèrent terre. Elle ne prit pas le temps de savourer le bref sentiment de soulagement qui se répandit en elle. Tyrion et elle aidèrent Jaime à marcher jusqu'à l'endroit où ils avaient attaché leurs chevaux.

Ils mesurèrent l'étendue de l'état de faiblesse de leur frère lorsqu'il ne parvint pas à monter sur le cheval de Cersei. Celle-ci put sentir que, malgré la douleur et l'épuisement, il en fut humilié.

« Ne t'inquiète pas, » lui murmura t-elle d'un ton rassurant. « Nous allons t'aider. »

Cersei était parfois montée derrière Jaime lorsqu'il l'emmenait faire une balade à cheval sur la plage de Castral Roc, à l'époque où ils étaient encore de jeunes adolescents insouciants. Même si elle savait qu'elle ne risquait pas de tomber, elle enserrait sa taille avec force et enfouissait le visage dans sa nuque.

Cette fois, les rôles étaient inversés. Pour rassurer Jaime, Cersei lâchait parfois les rênes de son cheval pour recouvrir sa main de la sienne. Daenerys lui avait évidemment confisqué sa main d'or, mais elle le remarqua à peine.

« On doit faire une petite pause, » lança Tyrion alors que la nuit allait bientôt tomber.

« Non, » rétorqua Cersei d'un ton sans appel. « Ils nous rattraperont. »

« Nous n'avons pas le choix. Les chevaux sont épuisés. Et les Immaculés se déplacent à pied. Ils ne nous rattraperont pas. »

Cersei fut forcée d'admettre qu'il avait raison. S'ils s'écroulaient d'épuisement, les chevaux ne leur seraient plus d'aucune utilité, et là, ils donneraient véritablement aux Immaculés une occasion de les rattraper.

« Très bien. »

Ils aidèrent Jaime à s'asseoir contre un tronc d'arbre.

« J'ai... j'ai soif... » parvint-il à bredouiller.

Il attrapa avec reconnaissance l'outre que Cersei lui tendit et but goulument. Il dévora tout aussi rapidement les lamelles de viande séchée qu'elle lui proposa. Son cœur se serra. Daenerys avait-elle seulement pris la peine de lui apporter à manger régulièrement ?

Tyrion posa une main sur le front de Jaime d'un air soucieux. Il garda ses pensées pour lui, mais Cersei pouvait ressentir l'ampleur de son angoisse.

Ils profitèrent des dernières lueurs du jour pour nettoyer les blessures de Jaime. C'était peu, mais c'était tout ce qu'ils pouvaient faire pour le moment.

La nuit venue, Jaime se mit rapidement à trembler, mais Cersei ne savait pas si c'était en raison du froid ou de la fièvre – peut-être les deux.

« Essaie de dormir un peu, » suggéra Cersei en se blottissant contre lui.

Tyrion l'imita. Jaime les avait protégés toute sa vie. Cette fois, c'étaient eux qui le protégeaient, qui lui tenaient chaud, qui lui murmuraient que tout allait s'arranger.

Si Cersei n'avait pas été aussi fière, elle aurait peut-être pleuré de joie lorsqu'ils atteignirent enfin la sécurité du Donjon Rouge le lendemain matin. Quand les portes du château se refermèrent derrière eux, elle s'autorisa enfin à se détendre.

La journée était déjà bien avancée. Le soleil brillait dans le ciel, mais il ne lui apporta aucune chaleur : Jaime était très mal en point.

Leur nouveau mestre s'empressa de venir l'examiner. Même si elle n'était pas près de l'admettre à voix haute, elle songea que Tyrion avait eu raison d'insister pour qu'ils fassent venir un remplaçant ayant les mêmes connaissances médicales que Qyburn.

« Alors ? » demanda t-elle d'un ton sec alors que le mestre observait Jaime sous toutes les coupures.

Celui-ci, exténué, se laissait faire, le regard un peu vide.

« Il s'en remettra, Votre Majesté. Je vais appliquer des onguents sur ses blessures et lui préparer une décoction destinée à faire tomber sa fièvre. Il lui faudra beaucoup de repos. »

Soudainement épuisée, Cersei se laissa tomber sur une chaise. Elle ne sursauta même pas quand Tyrion lui pressa doucement la main.

« On l'a fait, » souffla t-il, les yeux brillants. « On a réussi. »

Et Cersei acquiesça, sans quitter Jaime du regard.

« On a réussi. »