Prompt du jour : Guérir


Une fois que le mestre eut terminé d'appliquer des onguents sur les blessures de Jaime, Cersei ne perdit pas de temps. Elle ordonna aux domestiques de préparer les plats préférés de son jumeau, qui avait l'air de se sentir un peu mieux, tandis qu'elle le conduisait vers ses appartements avec Tyrion.

Elle ne songea même pas à ce qu'il s'était passé la dernière fois qu'elle s'était trouvée là. Jaime occupait tout son esprit, et le fantôme d'Euron Greyjoy ne faisait que pâle figure face au soleil qu'il était pour elle.

La décoction du mestre avait fait son effet : la fièvre de Jaime était déjà un peu tombée. Une fois les plats servis, il mangea avec appétit tout ce que Cersei mit dans son assiette.

« Cersei... » murmura t-il au bout d'un moment alors qu'elle venait de déposer devant lui une nouvelle tranche de pain. « Je t'assure que je ne peux plus rien avaler. »

« Tant mieux, » plaisanta Tyrion en lui chipant la tranche de pain. « Ça en fera plus pour moi. »

Ils échangèrent un sourire. Le cœur de Cersei se réchauffa instantanément. Jaime était là, avec elle, Jaime allait déjà mieux, Jaime ne serait plus jamais séparé d'elle.

« Veux-tu que nous t'aidions à prendre un bain ? » demanda t-elle en posant une main sur sa joue.

Ses cheveux étaient si sales qu'ils paraissaient bruns. Jaime hésita, sans doute parce que, en bon Lannister, lui aussi tenait à sa fierté. Cependant, il finit par acquiescer.

« Tu n'as pas à avoir honte, » lui glissa Tyrion. « Je... je ne compte plus les fois où tu t'es occupé de moi, quand j'étais petit. »

Des larmes étaient apparues dans ses yeux à l'évocation de ces souvenirs. Jaime, touché, l'embrassa sur le front.

Une fois le bain prêt, Cersei et Tyrion aidèrent leur frère à se débarrasser de ses vêtements. Il vacilla légèrement et se rattrapa de justesse à Cersei.

« N'aie pas peur. Je te tiens. »

Il plongea longuement son regard dans le sien.

« Je n'ai pas peur. »

Cersei et Tyrion entreprirent ensuite de nettoyer la peau de Jaime avec beaucoup de délicatesse afin de ne pas le blesser davantage. Il se laissa faire sans mot dire, les yeux clos. Aucun d'eux ne jugea nécessaire de parler, mais le silence n'était pas pesant pour autant. Au contraire, il était reposant.

Ils ne posèrent aucune question à Jaime sur sa trop longue captivité, pas plus qu'il ne leur demanda comment se faisait-il qu'ils étaient venus ensemble à son secours et se montraient cordiaux l'un envers l'autre. Il y aurait un temps pour les sujets douloureux, mais il n'était pas encore venu.

Pour l'instant, ils profitaient de la présence les uns des autres après d'interminables semaines d'angoisse.

Jaime était dans un tel état de faiblesse qu'il lui faudrait une longue convalescence pour guérir, mais l'inquiétude avait déserté Cersei, pour l'instant du moins. Après s'être sentie aussi vide, elle avait la sensation d'avoir retrouvé la part d'elle-même qui lui manquait. Son regard ne cessait d'accrocher celui de son jumeau, en vertu de la communication non verbale dont ils avaient le secret.

Une fois Jaime propre, Cersei et Tyrion l'aidèrent à se sécher et à enfiler des vêtements propres. Il bailla à s'en décrocher la mâchoire. Dehors, le soleil n'allait pas tarder à se coucher.

« Il est temps de dormir, » murmura Cersei en le guidant vers le lit.

Il s'y écroula sans aucune grâce, ce qui lui arracha un petit sourire.

« Vous... vous êtes venus pour moi, » bredouilla t-il après s'être glissé sous les couvertures. « Vous... »

Mais ses paupières se fermaient déjà, le forçant à s'interrompre.

« Dors, » murmura Cersei en se blottissant contre lui. « Nous parlerons à ton réveil. »

Jaime marmonna quelque chose qui devait ressembler à un assentiment, puis sombra dans un sommeil profond.

Un sourire attendri se dessina sur les lèvres de Tyrion. Cersei songea que sous-estimer la force du lien qui l'unissait à Jaime avait été la pire erreur de Daenerys. C'était ce lien, après tout, qui avait poussé celui qu'elle avait nommé comme Main à lui tourner le dos. Si elle l'avait mieux compris, elle aurait peut-être agi avec plus de prudence et d'intelligence.

Cela n'importait plus, désormais. Daenerys Targaryen était morte, et jamais plus elle ne pourrait représenter une menace.

« Est-ce que ça va aller ? » lui demanda Tyrion.

Cersei le rassura d'un hochement de tête.

« Ça va aller. »

« Eh bien... à demain, alors. »

Après un vague signe de la main, il quitta la pièce, non sans regret. Une curieuse sensation de vide s'insinua dans le cœur de Cersei, mais elle s'efforça de ne pas y prêter attention.

Elle enfouit le visage dans le cou de Jaime et se pressa davantage contre lui. Avoir failli le perdre lui avait fait réaliser à quel point il lui était indispensable.

Sans lui, sa couronne ne valait rien. Sa vie non plus. Ils étaient nés ensemble et n'étaient pas faits pour vivre séparément.

Elle-même avait eu tendance à l'oublier, parfois, et c'était avec une pointe de honte qu'elle y songeait. Elle ne commettrait plus jamais cette erreur, elle s'en faisait la promesse.

Après avoir observé le visage paisible de son jumeau pendant un long moment, Cersei ferma les yeux à son tour. Cette fois, elle ne ferait pas de cauchemar, et elle n'aurait pas de difficulté à trouver le sommeil.

Elle était avec Jaime, et Jaime allait bien.

Ils n'étaient plus en danger, ils ne risquaient plus de se faire carboniser par un dragon furieux, ils ne risquaient plus de voir leur bonheur voler en éclats.

Pour la première fois depuis bien longtemps, le ciel de son avenir était de nouveau d'un bleu éclatant.