Prompt du jour : Nature
Au cours des jours qui suivirent, Jaime reprit lentement mais sûrement des forces. Il passait encore la majeure partie de son temps au lit, plus pour rassurer Cersei que par réelle fatigue, ce qui amusait Tyrion.
Un matin, il proposa à son grand frère de faire une longue promenade dans les jardins du Donjon Rouge pendant que Cersei, comme tous les matins, s'occupait des affaires du royaume. Jaime accepta sans hésiter.
Même si l'été avait pris fin, cette journée était particulièrement agréable. Ils marchèrent un peu, puis s'installèrent sur un banc situé entre deux orangers. Jaime ferma les yeux et inspira à pleins poumons. Tyrion supposa qu'il se sentait revivre dans ce petit coin de nature après les semaines passées enfermé dans une cellule obscure de Peyredragon.
De sa captivité, Jaime ne leur avait raconté que peu de choses. Tyrion savait que c'était davantage pour ne pas les horrifier qu'autre chose. Malgré tout, il songeait qu'il serait bon pour eux d'échanger quelques mots sur le sujet, pour qu'ils laissent définitivement ce terrible événement derrière eux.
« Jaime ? »
« Oui ? »
« Je suis désolé. »
Surpris, Jaime lui jeta un regard interrogateur.
« C'est... c'est de ma faute si tu as été capturé. »
« Tyrion... »
Celui-ci le coupa, ne lui laissant pas l'occasion de lui assurer qu'il n'y était pour rien.
« Je sais ce que tu vas dire... mais c'est de ma faute. C'est moi qui ai amené Daenerys à Westeros. C'est moi qui étais assez stupide pour penser qu'elle accepterait de vous épargner, Cersei et toi, si je le lui demandais. »
Des larmes étaient apparues dans ses yeux après avoir prononcé ces quelques mots. Jaime lui attrapa la main et la serra.
« Tu le faisais confiance. Tu ne pouvais pas savoir. Ne t'en veux pas, je t'en prie. »
Toutes les émotions intenses qu'il avait ressenties ces derniers temps se mirent à surgir de ses yeux comme des cascades de regrets, de tristesse et de culpabilité.
« Je... je ne pouvais pas rester à ses côtés, tu comprends ? Ta vie était en jeu... je devais la trahir... je devais... »
Jaime l'attira contre lui et le serra fort, comme quand il était petit et qu'il venait le réveiller au milieu de la nuit après avoir fait un cauchemar terrible. Tyrion se laissa faire et enroula les bras autour de sa taille.
« Je ne peux pas vivre sans toi... » pleura t-il. « Je t'aime. »
Jaime déposa un baiser sur son front.
« Je t'aime aussi, petit frère. »
Les larmes de Tyrion finirent par se tarir, mais ils restèrent dans cette position un long moment, jusqu'à ce que Cersei les rejoigne.
Elle se figea en les apercevant, comme si elle craignait de les déranger. Tyrion s'écarta de Jaime et, d'un petit signe de tête, lui fit signe qu'elle pouvait se joindre à eux.
Cersei avait retrouvé sa couronne et ses robes ouvragées, et si elle restait impressionnante, elle ne lui faisait plus peur. Pas alors qu'il avait vu toutes ses faiblesses, et qu'elle avait vu les siennes.
« Tout va bien ? » demanda t-elle.
Tyrion acquiesça.
« Maintenant, oui. »
Il remarqua qu'elle ne cessait de passer la main dans ses cheveux, comme si elle espérait que ce simple geste suffirait à retirer les dernières traces de teinture qui s'y accrochaient encore.
« J'ai l'air ridicule, » pesta t-elle en s'asseyant à côté de Jaime.
Celui-ci s'esclaffa et l'embrassa sur la tempe.
« Tu peux être beaucoup de choses... mais tu n'es jamais ridicule. »
« Hmm... »
Même si elle n'était pas convaincue, quelque chose sembla chasser ses cheveux très loin de ses préoccupations.
« J'ai quelque chose à te dire, » annonça t-elle à Jaime.
Tyrion, lui, savait exactement ce dont il s'agissait, et garda donc le silence, déjà attendri. Plutôt que de lui annoncer directement la nouvelle, Cersei prit la main de Jaime et la déposa sur son ventre. Vu la façon dont ses yeux s'illuminèrent, il ne devait pas avoir remarqué avant que celui-ci était un peu plus gonflé que d'habitude.
« C'est... c'est... »
L'émotion l'empêchait de formuler une phrase cohérente, alors à la place, il captura les lèvres de Cersei d'un baiser passionné.
« Et... tu es quand même venue à mon secours ? » demanda t-il quand ils s'écartèrent pour reprendre leur souffle.
Elle acquiesça, le regard brillant.
« Il le fallait. Je ne pouvais pas te laisser là-bas. »
Des perles d'eau roulèrent sur ses joues.
« Vous avez tout risqué pour moi... » souffla t-il.
Son regard se perdit dans le lointain.
« Quand j'étais là-bas... pas un instant ne passait sans que je pense à vous. »
Sa main se crispa sur le banc, comme si les mauvais souvenirs menaçaient de le faire sombrer à tout instant mais qu'il résistait, encore et encore, parce qu'il n'était pas dans sa nature de se montrer faible.
« J'étais enchaîné dans une cellule sans lumière. Les Immaculés se montraient brutaux avec moi, parce qu'elle le leur demandait. Je pouvais rester des jours et des jours sans qu'ils ne m'apportent à manger... parfois, ils négligeaient aussi de me donner à boire. »
Cersei posa la tête sur son épaule et entrelaça ses doigts aux siens, comme pour l'encourager.
« Pour ne pas sombrer dans le désespoir... je pensais à vous. Je m'accrochais de toutes mes forces à la certitude que je vous reverrais un jour, que je pourrais de nouveau vous serrer contre moi. »
Il leur adressa un regard où brillait tout l'amour du monde.
« Je pense qu'au fond de moi... je savais que vous viendriez me sauver. »
Pour ne pas fondre en larmes une nouvelle fois, Tyrion lui répondit d'un ton bourru :
« Évidemment qu'on est venus pour toi. Mais, par tous les dieux, Jaime... qu'est-ce qui t'a pris de foncer sur Daenerys comme tu l'as fait ? »
N'ayant nullement l'air de se sentir coupable, il haussa les épaules.
« Je suis peut-être le plus stupide des Lannister... »
Leurs éclats de rire les réchauffèrent davantage que le soleil le plus ardent n'aurait pu le faire.
