Prompt du jour : Maladresse
Cersei avait l'impression de vivre un véritable conte de fées. C'était comme si, après avoir vécu en apnée pendant des semaines, croulant sous des trombes et des trombes de terreur et d'angoisse, elle respirait de nouveau.
Oh, tout n'était pas réglé, elle le savait très bien. La mort de Daenerys ne signifiait pas la fin de la guerre.
« Tu penses qu'ils vont chercher à se venger ? » lui demanda Jaime un soir, alors qu'elle contemplait le coucher du soleil par la fenêtre de sa chambre.
C'était presque comme si elle s'attendait encore à voir la silhouette d'un dragon crever le ciel.
« J'en suis certaine, » répondit-elle, la mine sombre.
Comme pour la rassurer, il enroula les bras autour de sa taille et posa le menton sur son épaule. Sa main recouvrit son ventre, là où grandissait leur lionceau.
« Les dragons semblent s'être enfuis, » souffla t-il.
Les soldats qu'elle avait envoyés faire diversion avaient rapporté qu'ils n'avaient pas vu les dragons voler au-dessus de Peyredragon lorsqu'ils étaient passés à proximité de l'île. Cersei supposait que, maintenant que Daenerys n'était plus là pour les contrôler, ils étaient retournés à l'état sauvage. Peut-être se trouvaient-ils sur les ruines de l'ancienne Valyria, à présent. En tout cas, elle espérait ne plus jamais les revoir.
« Nous avons une bonne chance de gagner si les Immaculés attaquent, » approuva t-elle.
Bien évidemment, battre ces soldats surentraînés ne serait pas une mince affaire, mais elle préférait se montrer optimiste.
Maintenant qu'elle avait retrouvé Jaime, elle ne voulait pas imaginer que quoi que ce soit puisse leur arracher le bonheur auquel ils avaient enfin droit.
Désormais, ils ne cachaient plus leur amour au reste du monde. Elle ne se privait pas d'embrasser Jaime à chaque fois qu'elle en avait envie. Comme elle l'avait répété à maintes reprises, elle était la reine des Sept Couronnes. Elle pouvait faire ce qui lui plaisait.
Néanmoins, il y avait une ombre au tableau idyllique dans lequel elle évoluait, et elle n'avait rien à voir avec les Immaculés.
Cette ombre n'était autre que Tyrion.
Son comportement l'intriguait. Il aurait dû être aussi euphorique qu'elle d'avoir retrouvé Jaime, et il l'avait été durant les premiers jours.
À présent, il se refermait sur lui-même de jour en jour. Ses sourires étaient moins nombreux, ses silences plus longs, ses éclats de rire plus faux.
« Il y a un problème ? » lui demanda t-elle directement un matin, alors qu'il prenait son petit-déjeuner en leur compagnie.
Il fut clairement pris au dépourvu par sa question. Jaime fronça les sourcils. Lui aussi avait forcément remarqué que quelque chose clochait.
« Absolument aucun, » fit Tyrion, d'un ton bien trop enjoué pour qu'il paraisse naturel.
Cersei n'insista pas mais n'en pensait pas moins. Les affaires du royaume l'empêchèrent d'enquêter davantage jusqu'au soir, où elle en discuta avec Jaime alors qu'elle était blottie dans ses bras.
« Tu penses qu'il regrette de m'avoir choisie plutôt que Daenerys ? »
La pensée que son hypothèse était exacte l'atteignait davantage qu'elle aurait jamais été prête à le montrer. Jaime, bien sûr, devina ses pensées, et l'embrassa sur le front.
« Non, ce n'est pas ça. »
« Alors où est le problème ? Nous... nous t'avons retrouvé. Je pensais que rien ne pourrait le rendre plus heureux. »
Il y avait une pointe d'amusement dans le sourire triste que lui adressa son jumeau.
« Tu n'en as vraiment aucune idée ? »
Cersei fronça les sourcils. Elle se doutait bien qu'il y avait un rapport plus ou moins proche entre la mélancolie de Tyrion et la disparition de Daenerys, mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt sur la source du problème.
« Toi, visiblement, tu en as une. »
Il poussa un long soupir.
« Bien sûr, il est triste que les choses se soient terminées de cette manière avec Daenerys. Mais je ne pense pas que ce soit la cause exacte de sa tristesse. »
Cersei était suspendue à ses lèvres. Pour une fois, elle ne parvenait pas à deviner ce qu'il avait en tête, ce qui l'agaçait au plus haut point.
« Vous vous êtes beaucoup rapprochés, pendant mon absence. »
Ce n'était pas une question, et nier aurait été bien inutile.
« As-tu passé un moment seule à seul avec lui depuis notre retour ? »
La question la prit au dépourvu.
« Eh bien... non. Mais nous passons presque tout notre temps ensemble, tous les trois. En quoi est-ce différent ? »
Jaime pouffa, visiblement amusé.
« N'est-ce pas évident ? Il a peur que tu l'abandonnes, maintenant que tu n'as plus besoin de lui pour me sauver la vie. »
Cersei eut la sensation que sa mâchoire se décrocha sous le choc. Jamais elle ne se serait attendue à une telle explication.
C'était étrange. Pourtant, elle n'avait pas cherché à faire comprendre à Tyrion que sa présence l'indisposait. Avait-elle fait preuve d'autant de maladresse ?
« Je... je ne voulais pas... »
Malgré elle, elle s'était habituée à la présence de son petit frère, et ne souhaitait pas qu'il débarrasse le plancher.
« Je sais. Mais il a été abandonné tellement de fois... c'est normal qu'il réagisse de cette manière. »
Il ne l'accusait en rien, et pourtant, elle ne put s'empêcher de se sentir coupable. Jaime captura ses lèvres d'un baiser.
« Essaie de le rassurer, d'accord ? Il en a besoin. »
Cersei lui adressa un petit sourire et acquiesça. Jaime s'endormit quelques minutes plus tard, mais elle ne parvint pas à trouver le sommeil. Le fait que Tyrion puisse être si malheureux par sa faute la dérangeait, ce qui ressemblait à une bonne blague mais n'en était pas une.
Après avoir hésité pendant un long moment, elle se leva et quitta la pièce à pas de loups pour ne pas réveiller Jaime.
Pourquoi attendre le matin quand elle pouvait arranger la situation tout de suite ?
