Prompt du jour : Sang


Tyrion, les yeux fixés sur la bougie posée sur sa table de chevet depuis ce qui lui semblait être des heures, ne parvenait pas à trouver le sommeil. Une boule d'angoisse lui serrait le ventre et aucune pensée optimiste ne parvenait à l'en chasser.

L'euphorie qui avait couru dans ses veines les jours suivant le retour de Jaime s'était envolée. C'était en apparence incompréhensible : il avait retrouvé son frère après être passé tout près de le perdre pour toujours. La menace que représentait Daenerys était écartée, les dragons n'étaient plus en vue, et Cersei avait à présent de très bonnes chances de remporter la guerre.

Bien sûr, la mort de la reine dragon attristait Tyrion. Il regrettait que les choses se soient terminées de cette manière entre eux, regrettait d'avoir dû faire un choix terrible qui l'avait conduit à lui transpercer le ventre.

Néanmoins, ce n'était pas la principale raison de son désarroi.

Lorsqu'il était aux côtés de Daenerys, il avait un but à atteindre – l'aider à conquérir le Trône de Fer. S'il avait rejoint Cersei, c'était parce qu'un autre objectif l'avait remplacé, quelque chose de bien plus important : sauver la vie de Jaime.

Mais que lui restait-il, à présent ?

Il avait l'impression d'errer comme une âme en peine dans le Donjon Rouge. Depuis leur retour, Cersei n'avait pas discuté une seule fois avec lui.

Bien sûr, ils se parlaient lorsque Jaime était présent, mais ce n'était pas pareil.

Leur alliance de circonstance les avait conduits à se rapprocher, à se montrer faibles l'un devant l'autre, à se faire quelques confidences – à se faire confiance.

Et Tyrion n'avait pas pu empêcher le brasier de l'espoir de se rallumer dans son cœur.

Que restait-il de ceci, à présent ? Des souvenirs déjà partis en fumée dans l'esprit de Cersei ?

Sa sœur n'avait plus besoin de lui, à présent. Était-ce simplement par égard pour Jaime qu'elle ne lui avait pas demandé de débarrasser le plancher ?

La pensée qu'il était tout à fait possible que ce soit vrai fit apparaître des larmes dans ses yeux.

Il avait retrouvé Jaime, mais il avait pourtant l'impression d'être plus seul que jamais.

Lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit, il s'attendit à reconnaître Jaime, mais le pas de la silhouette qui s'avançait vers son lit était plus léger.

Il tournait le dos à Cersei lorsqu'elle se glissa sous les couvertures. Le souvenir des nuits où elle avait trouvé refuge auprès de lui après son agression lui revint immédiatement en tête.

« Tu es malheureux. »

Tyrion n'avait même pas eu le temps de lui demander ce qu'elle voulait. Il serra les dents. Jaime avait dû remarquer que quelque chose s'était éteint dans ses yeux. Avait-il demandé à Cersei de lui glisser quelques mots vides de sens pour le rassurer ?

Il ne se donna pas la peine de répondre. Le silence, après tout, valait parfois mille mots. À la grande surprise de Tyrion, Cersei n'insista pas.

À la place, elle passa un bras autour de lui et l'attira contre elle. Médusé, il la laissa faire. Puis, elle se pencha vers son oreille et lui murmura quatre petits mots.

« Je veux de toi. »

Sa surprise fut telle que les mots s'entrechoquèrent sur sa langue, et aucun ne parvint à se frayer un chemin hors de sa bouche.

Je veux de toi.

Soudainement, il n'était plus un enfant abandonné en quête d'un foyer, il n'était plus un lionceau égaré qui cherchait encore et toujours son chemin.

Le poids douloureux qui pesait sur son cœur s'envola. Le futur cessa de se dessiner en contours flous tous plus noirs les uns que les autres.

Alors Tyrion fit la seule chose qu'il avait la force de faire.

Il se retourna, enfouit le visage dans le cou de Cersei, et fondit en larmes. Et elle le laissa faire sans mot dire, elle laissa ses larmes rouler sur sa peau, elle le laissa enrouler un bras autour d'elle et se presser davantage contre son cœur.

Ces mots, il les avait désirés toute sa vie, et ne les avait véritablement entendus que de la bouche de Jaime, la seule personne à ne jamais l'avoir trahi.

Ces mots, il avait rêvé de les entendre de sa bouche à elle.

Et elle venait de lui accorder son souhait caché, d'exaucer son vœu le plus cher. En avait-elle seulement conscience ?

C'était probable. Après tout, elle le connaissait aussi bien qu'il la connaissait. Néanmoins, cela importait peu. Elle avait prononcé ces mots, et elle était sincère, il le sentait.

Elle voulait de lui.

Et Tyrion ne voulait rien d'autre que de rester là où il se trouvait, de continuer de ressentir cette délicieuse sensation de plénitude et de sécurité pour toujours.

Ses larmes finirent par se tarir, mais il ne fit pas un seul geste pour s'écarter. Une petite part de lui craignait encore que ceci n'était qu'une illusion destinée à se briser d'un instant à l'autre. Un autre rêve avorté.

« Tu serais là quand je me réveillerai ? » demanda t-il finalement d'une toute petite voix, comme s'il redoutait la réponse.

La réponse de Cersei l'emplit d'une douce sensation de soulagement.

« Si c'est ce que tu veux. »

Il n'eut aucune difficulté à parler, cette fois.

« C'est ce que je veux. »

Les liens du sang étaient les plus forts qui soient, disait-on. Tyrion y avait toujours cru, dans une certaine mesure, parce que Jaime était la personne qu'il aimait le plus au monde.

Jamais il n'y avait autant cru qu'en cet instant, alors qu'il savait que le même sang maudit circulait dans leurs veines à tous les trois, un sang qui avait si souvent coulé mais qui avait forgé un lien indestructible, plus fort que la haine, plus fort que les trahisons, plus fort que tout.

Tyrion ferma les yeux et sombra dans les profondeurs du sommeil, l'esprit plus tranquille que jamais.