Prompt du jour : Faiblesse


Lorsque Tyrion émergea des profondeurs du sommeil paisible dans lequel il était plongé, il était toujours blotti contre Cersei, mais quelque chose était différent. Il sentait une présence familière dans son dos, et comprit que Jaime avait dû les rejoindre pendant la nuit.

Sans ouvrir les yeux, il put deviner que le jour était déjà levé depuis un long moment. Cersei et Jaime, qui étaient déjà réveillés, bavardaient à voix basse.

Tyrion éprouvait la sensation d'être dans une bulle d'amour et de sécurité. Il ne se souvenait pas s'être déjà senti aussi bien. C'est pour cela qu'il prit la décision de ne pas ouvrir les yeux tout de suite.

Il voulait profiter de cette délicieuse impression avant qu'elle ne s'envole, la graver dans sa mémoire pour le restant de ses jours. Être serré ainsi contre Cersei et Jaime lui donnait le sentiment d'être enfin à la maison.

Cette pensée lui arracha un petit sourire. Ce manque de discrétion ne passa pas inaperçu.

« Je sais que tu es réveillé, Tyrion, » fit Cersei, une pointe d'amusement dans la voix.

Il battit des paupières et poussa un petit soupir, mais son sourire ne s'effaça pas.

« J'en déduis que tu as bien dormi, » poursuivit sa sœur, légèrement moqueuse.

« Quel esprit de déduction, » railla t-il. « Je suis admiratif. »

Même s'il lui tournait le dos, Tyrion devina sans mal Jaime lever les yeux au ciel.

« Un jour passera t-il sans vous vous envoyiez des piques ? »

Tyrion roula sur le dos pour croiser son regard pétillant.

« Probablement pas, » admit-il. « Mais ça fait partie des choses que tu aimes, chez nous. »

« Oui... quand ça ne me donne pas envie de vous étrangler. »

Tyrion laissa échapper un éclat de rire sincère, un rire libéré de toute inquiétude, de toute angoisse, de toute peur.

Sans qu'il ne comprenne comment, son rire se transforma en sanglots, et des larmes roulèrent bientôt sur ses joues.

« Un problème ? » s'inquiéta aussitôt Jaime.

En voyant Tyrion sourire, il comprit que c'étaient des larmes de joie qui cascadaient ainsi de ses yeux brillants.

« C'est... c'est parfait. Tout est parfait... »

Jaime l'attira contre lui et l'embrassa sur le haut du crâne, rassuré.

« Ça l'est, » approuva t-il. « Et ça le restera. Pour toujours. »

À travers ses yeux mi-clos, Tyrion vit Cersei hocher légèrement la tête en guise d'assentiment. Il se laissa retomber sur le dos, un sourire béat s'accrochant encore et toujours à ses lèvres.

« On devrait se lever, » fit Cersei, les sourcils froncés en regardant par la fenêtre. « Nous avons beaucoup à faire. »

« On pourrait passer la journée ici, » suggéra Tyrion.

« Ah oui ? Et qu'est-ce qu'on ferait ? »

« Eh bien... discuter. Raconter des blagues. Lire. Jouer au cyvosse. Boire du vin... »

Il coula un regard vers le ventre de Cersei.

« Ou de l'eau, dans ton cas. »

« C'est tentant, » acquiesça Jaime, qui s'était facilement laissé convaincre.

Cersei, en revanche, rejeta les couvertures et se leva. Tyrion retint un soupir : c'était comme si la bulle venait d'éclater et qu'il lui fallait remettre les pieds sur terre.

« Tentant, peut-être. Mais je vous rappelle que nous sommes toujours en guerre, au cas où vous l'auriez oublié... »

« Je t'assure que ça n'a pas quitté notre esprit, » assura Jaime.

Cersei plissa les yeux, comme pour tenter de déterminer s'il se moquait d'elle, mais décida de laisser couler.

« Tu admettras tout de même qu'il est toujours agréable de faire une pause de temps en temps... » reprit-il.

« Et nous ferons une pause... quand nous aurons gagné la guerre. »

Son ton était sans appel. Jaime leva la paume vers le ciel, comme pour annoncer sa capitulation, et se leva à son tour.

« Très bien, très bien... tu as gagné. »

Le lit de Tyrion lui parut instantanément trop vide, mais il n'eut pas l'occasion de s'attarder sur cette sensation désagréable.

« Habille-toi et rejoins-nous dans la salle du trône dans une demi-heure, » lui dit Cersei.

Il haussa les sourcils, quelque peu surpris.

« Quelqu'un doit nous rendre visite ? »

« Non. »

« Alors pourquoi... »

Elle le coupa d'un geste de la main quelque peu impatient.

« Tu verras bien. »

D'un regard, Jaime lui fit comprendre qu'il n'était au courant de rien. Cersei le prit par la main et tous deux quittèrent la pièce.

De plus en plus intrigué, Tyrion s'habilla rapidement. Même si son estomac gargouillait, il ne pensait nullement à le remplir. Pourquoi donc Cersei avait-elle besoin de sa présence dans la salle du trône s'ils n'attendaient la visite de personne ?

La peur qu'elle soit sur le point de lui annoncer officiellement son bannissement de sa cour lui étreignit brièvement le cœur, mais il se trouva aussitôt ridicule d'avoir eu une telle pensée.

Cersei lui avait dit à peine quelques heures plus tôt qu'elle voulait de lui, alors qu'il se trouvait dans un état de grande faiblesse émotionnelle. Pourquoi donc l'aurait-elle fait si elle voulait le chasser ?

Ses mauvaises expériences lui faisaient envisager le pire, mais il s'obligea à se montrer positif. Ça ne pouvait pas être quelque chose de grave. Sinon, elle aurait forcément mis Jaime au courant.

Ce fut donc le cœur plus léger qu'il sortit de sa chambre et se dirigea vers la salle du trône. Le souvenir de la nuit dernière l'aidait à se montrer positif.

Cersei l'avait rejoint, et elle l'avait serré contre elle, et elle lui avait dit qu'elle voulait de lui. La guerre avec les troupes de Daenerys semblait désormais bien secondaire à Tyrion, parce que la guerre fratricide qui déchirait leur famille s'était enfin achevée. Oh, tout n'était pas parfait entre eux, bien sûr, et il doutait que ça le devienne un jour, mais ça lui convenait très bien.

Lorsqu'il entra dans la salle du trône, il souriait de nouveau.