16. Oiseau


Jack lâcha un grognement sonore en entendant l'alarme du manipulateur de faille commencer à sonner frénétiquement. Contre lui, Ianto grogna à son tour, avant d'attraper son visage, l'embrassant plus fort. Le capitaine caressa ses cheveux, avant de reculer à regret.

-Le devoir nous appelle, sourit-il, un large sourire aux lèvres, avant de tracer sur sa joue un chemin de son doigt. Ne pense pas que je t'oublie.

-Parole, parole.. Ianto se leva du canapé où ils étaient affalés, avant de se diriger vers le manipulateur de faille. Il appuya sur un bouton, coupant le son, avant de froncer les sourcils. Hu. Les relevés sont hors normes. Nous avons un énorme évènement à venir ! s'exclama-t-il en se tournant vers lui.

-Quel endroit ? interrogea le capitaine, ses yeux brillants.

Ianto se glissa derrière lui, l'aidant à enfiler son manteau. Jack attrapa sa main, l'entrainant vers la grande porte.

-Le parc municipal. Heureusement qu'il fait nuit, on ne devrait pas avoir grand-monde pour nous déranger !


Comme prévu, Victoria Park était vide à cette heure tardive de la nuit. Jack en était reconnaissant, car l'évènement à venir était considérable : il pouvait déjà sentir l'air trembler autour de lui, l'explosion d'énergie imminente. A quelques pas devant lui, Ianto courait, son scanner fermement en main.

-Quelques mètres enc..

-Ianto ! hurla Jack lorsque l'air se fissura en face d'eux.

D'un bond, il l'attrapa, le projetant sur le sol. Les deux hommes s'écrasèrent dans l'herbe humide, avant de rouler plusieurs mètres en arrière. Jack haleta, se redressant : il écarquilla les yeux en voyant l'air continuer à se déchirer, jusqu'à former un immense z lumineux sur plusieurs dizaines de mètres de haut. A côté de lui, Ianto fixa la faille, ébahi. Il resta silencieux en même temps que Jack prenait sa main, l'aidant à se relever.

Presque aussitôt, les deux hommes commencèrent à bouger, leurs gestes assurés : Ianto sortit un appareil photo, en même temps que Jack levait la main, scannant l'ouverture à l'aide de son bracelet. Le capitaine secoua la tête, souriant.

-L'énergie est stable. Pas de danger imminent à venir. C'est magnifique, s'exclama-t-il alors que Ianto mitraillait la déchirure.

-Ne t'approche pas trop.. Les relevés indiquaient plusieurs pics, commenta celui-ci.

-Je me demande ce qu'ils..

Jack s'interrompit brutalement lorsque l'air recommença à pulser autour d'eux. Le duo recula jusqu'aux arbres, leurs mains posées sur leurs armes. Face à eux, l'ouverture se contracta, avant de trembler. Jack lâcha un juron lorsqu'une explosion retentit, faisant tomber plusieurs arbres autour d'eux. A côté de lui, Ianto s'agrippa au marronnier les dissimulant : celui-ci trembla, mais demeura solidement planté dans le sol, les protégeant du plus gros de l'onde.

-Ça va ? appela le capitaine. Tu

Sa voix mourut dans les airs en même temps que plusieurs ombres traversèrent en volant l'ouverture éclatante. D'autres créatures les rejoignirent bientôt, le son de leurs plumes résonnant dans les airs.

Jack lâcha un rire, incrédule.

Des oiseaux ?

A côté de lui, Ianto se redressa, amusé.

-C'est une première, murmura-t-il, ses yeux brillant.

-Pour une fois que ce ne sont pas des Weevils, commenta le capitaine.

-Chuuut !

Jack rit, en même temps que Ianto reprenait frénétiquement des photos. Les deux hommes se rapprochèrent lentement, leurs yeux rivés sur les immenses oiseaux aux plumes rouges et dorés.

-Des aigles, murmura Ianto. Des aigles rouges et or..

-Les phénix n'existent pas, Ianto, sourit le capitaine.

-Des aigles rouges et or qui naissent d'une lumière mortelle..

-Tu penses trop, murmura son compagnon en le prenant dans ses bras. Profite plutôt du moment présent.

Le silence retomba en même temps qu'ils regardaient les créatures danser autour de la lumière aveuglante. De temps en temps, Ianto prendrait une nouvelle photo, en même temps que Jack continuait de vérifier les niveaux d'énergie. Tout était stable, cependant, et ils finirent par s'assoir dans l'herbe pour mieux observer le spectacle qui leur était offert.

-Si seulement tout était toujours ainsi, murmura finalement Ianto.

-Tout n'est pas horrible là-haut, Yan. Jack secoua la tête. J'ai vu des champs entiers recouverts d'oiseaux au plumage multicolore, et des ciels emplis du chant de milliards d'oiseaux.. Son regard se perdit dans le lointain, en même temps qu'il se remémorait des souvenirs. Certains faisaient la taille d'un homme adulte.. Il sourit. Et je ne parle même pas de tous les hommes-oiseaux que j'ai pu rencontrer.

-Étrangement, je ne suis pas certain de vouloir savoir, commenta Ianto en roulant des yeux.

-Ah, tu as tort.. Tant de passion chez les Aviens.. La faille s'agite, s'exclama le capitaine lorsque l'ouverture commença à trembler légèrement.

Les deux hommes se relevèrent, en même temps que les oiseaux laissaient s'échapper un long cri. C'était un son empli d'espoir, et peut-être aussi un au revoir. Un bonjour, et un ensemble, et peut-être aussi un rire. Quoi qu'il était, il tira un nouveau sourire aux deux hommes, qui les regardèrent repartir, disparaissant sans crainte au milieu de la Faille. Celle-ci se referma en un petit 'pop', ne laissant derrière elle comme trace que les arbres tombés, et les sons des animaux indignés.

-Est-ce que tu crois qu'ils viennent de l'autre côté ? demanda finalement Ianto.

Jack secoua la tête. Il jeta un regard à son bracelet.

-Je crois qu'ils viennent de l'intérieur, répliqua-t-il. Je crois qu'ils se nourrissent de l'énergie de la Faille, et qu'ils voyagent à travers les mondes. Il secoua de nouveau la tête. Ah. Peu importe. Rentrons, murmura-t-il, avant de l'embrasser. La nuit est encore longue, sourit-il en caressant son bras.

Son compagnon roula des yeux, mais le laissa l'entrainer derrière lui. il jeta un regard en arrière, pensif.

Jack pouvait bien se moquer de lui, mais Ianto connaissait ses légendes.

Les Oiseaux de la Faille rejoindraient dès le lendemain toutes les informations dont il disposait sur les phénix.