2 mai

Balade en forêt : Robin de Locksley « Robin des Bois » & Gilles l'Écarlate

Robin des Bois : Prince des voleurs


C'est l'anniversaire de Nantha-senpai ! Je ne vais pas dire que j'ai fait exprès de choisir cette paire pour ça mais peut-être un peu.


Robin avait pensé qu'une balade en forêt aiderait son frère à se calmer.

Il ne fuyait plus les élans de rage de Gilles comme avant. Il ne haussait plus les épaules, ne se comportait plus avec indifférence, balayant sa colère d'un geste de la main, et ne le laissait pas se débrouiller tout seul. Désormais, c'était son frère, c'était donc sa responsabilité de l'aider à exprimer ces sentiments et les faire disparaître. Sauf que c'était beaucoup plus difficile que prévu, évidemment. Gilles avait une grande propension à nourrir son ressentiment tout seul et à le ressasser pendant des jours et des jours.

Robin le regardait du coin de l'œil, maintenant vaguement une distance prudente, un peu inquiet. Son cadet l'avait laissé l'accompagner, ce qui était déjà une bonne chose. Il n'avait pas déserté le camp pour aller bouder dans son coin ou faire des bêtises par frustration et inconscience. Mais il n'empêchait que, depuis une heure qu'ils étaient là, marchant et remarchant dans les fourrés, Gilles n'arrêtait pas de grommeler et de donner des coups de pied dans les cailloux.

Au bout d'un moment, l'archer finit par s'en prendre un dans le genou, un endroit bien stratégique qui faisait bien mal. Il poussa un grognement de douleur et lâcha finalement, à bout de patience :

« Je crois que ça ne sert à rien que tu continues de repasser les événements en boucle dans la tête. Ce qui s'est passé s'est passé. Ce bûcheron n'a certes pas été très malin, mais… »

Robin s'interrompit en voyant que son frère le fusillait du regard.

« Oui, c'est facile à dire quand on a été adulé et respecté toute sa vie, répliqua-t-il agressivement.

-Pas par tout le monde, rétorqua l'archer, piqué au vif. »

Il détestait son sentiment de culpabilité à chaque fois que Gilles lui rappelait que sa vie avait été « un Enfer » à cause de lui. Surtout quand il considérait n'être pas tout à fait en tort… il n'y pouvait rien s'il avait eu la chance d'être le fils d'un comte et de sa femme légitime, d'être élevé au milieu de ses pairs et d'avoir acquis un bon naturel, joyeux et attachant.

Gilles n'avait certes pas eu de chance, mais il était doté des mêmes qualités que lui. Il était espiègle et gentil quand il se donnait la peine de se laisser aller, il était juste trop colérique. Robin grommela dans sa barbe à ce constat : c'était vrai que c'était en partie de sa faute si le jeune voleur était devenu aussi amer et avait fini par faire fuir les autres.

« Tu ne comprends vraiment rien, cracha son frère, le sortant de ses pensées. Tu ne comprends rien et tu n'as jamais essayé de comprendre ! Tout ce qui t'intéresse, c'est de comparer la vie des autres à celle de ta petite personne. Est-ce que tu réfléchis parfois au fait que j'ai été obligé parfois de manger des fourmis à cause de toi ?! Est-ce que vraiment, en ayant cette donnée en tête, tu ne peux pas penser à taire ton ego un seul instant ?!

-Mais qu'est-ce que tu racontes ?! Ça n'a rien à voir avec cette histoire avec le bûcheron ! Qu'est-ce que tu cherches à accomplir, me faire comprendre que je serai toujours pire que les gens comme lui ?

-Pfff. Tu m'agaces. Je me demande pourquoi j'ai accepté que tu viennes avec moi ! »

Les deux frères s'étaient immobilisés au milieu des arbres, dans une passe particulièrement frustrante où les buissons étaient emmêlés de ronces. Il fallait faire attention où on marchait, au risque de se prendre le pantalon dans les épines et de chuter sur les pierres qui se trouvaient aux alentours. Robin sentait que, lui aussi, il commençait à bouillir. Il avait bien envie de dire des choses méchantes à Gilles, mais il avait la maturité nécessaire pour s'en empêcher. À la place, il tourna les talons et lâcha par-dessus son épaule.

« C'est vrai que, à l'évidence, ma présence ne t'aide pas beaucoup. Je vais rentrer au camp. Manifeste-toi quand tu te seras calmé. »

Bien sûr, Robin ne pouvait pas le savoir, mais cette phrase, « Manifeste-toi quand tu te seras calmé », c'était une chose qu'on avait souvent dite, avec colère et mépris, au jeune voleur à l'époque où des gens essayaient encore de l'approcher. C'était un reproche, une déception, un blâme, une haine… Il ne supportait plus d'entendre cette phrase et Robin l'entendit tourner les talons pour partir en courant avant même que lui-même ait eu le temps de s'éloigner.

Au bout de quelques minutes à marcher dans la forêt, la colère de l'archer commença à se calmer. Il était toujours indigné mais il se dit que, peut-être, il aurait mieux fait de rester avec son frère. À ce moment-là, il entendit un cri et un juron retentir dans les bois.

« Gilles ? s'inquiéta-t-il en se tournant dans la direction du bruit. »

Avant qu'il ait eu le temps de prendre consciemment cette décision, ses jambes étaient reparties dans l'autre sens et marchait d'un bon pas vers l'endroit où devait se trouver son frère. Gilles était presque à l'endroit où ils s'étaient séparés, sauf qu'il y avait encore plus de ronces sur le sol et que les rochers étaient beaucoup plus gros. Il était assis sur l'un d'eux et se tenait le coude en pestant et en jurant.

« Ça, c'est pour le caillou que je me suis pris dans le genou, plaisanta Robin en s'approchant. Tu t'es emmêlé les pieds dans les buissons ?

-Oui…, marmonna son cadet en évitant son regard. Je ne regardais pas où j'allais et j'ai fini par tourner en rond sans m'en apercevoir.

-Fais voir.

-Pourquoi ?! »

Sans répondre, Robin prit le bras de son frère et observa l'hématome violet qui était en train de se former sous sa peau. Ça n'était pas très grave mais, devant l'expression abattue de Gilles, l'archer sentit sa vexation fondre complètement. Allons, il était beaucoup plus âgé que son frère ! Ce n'était pas lui qui avait des problèmes de gestion de la colère ! Il n'avait pas à être aussi immature, il devait agir mieux que ça.

Après une hésitation, il se décida à porter la main à la joue de son frère. Il lui caressa la pommette avec son pouce, comptant sur ce geste qui avait confirmé leur lien fraternel pour l'apaiser.

« Tu survivras, plaisanta-t-il, et tu n'auras peut-être même pas besoin d'une amputation.

-Robin…

-Excuse-moi de m'être énervé. »

Il passa une nouvelle fois son doigt sur sa peau pour s'assurer qu'il acceptait le geste et se pencha ensuite pour le serrer dans ses bras. Gilles lui rendit le geste presque immédiatement, changeant même de place sur son rocher pour se rapprocher de lui. Robin cala sa tête sur son épaule et profita de l'odeur qui se dégageait de ses cheveux en resserrant ses bras autour de ses épaules et de son dos; cette odeur, elle lui était devenue encore plus indispensable que toutes celles qui le touchaient auparavant. D'une main douce, il frotta le dos de son frère et nota les muscles de son corps mince qui se décrispaient peu à peu.

« Je suis désolé d'avoir passé mes nerfs sur toi… aussi, finit par lâcher le jeune voleur. Je crois… que j'avais besoin d'exprimer mon ressentiment… et que la personne m'importait peu à ce moment-là. Excuse-moi…

-C'est tout oublié. Je comprends que tu en aies besoin. Et j'ai sûrement été un peu maladroit. »

Les deux frères restèrent quelques minutes de plus blottis l'un contre l'autre sans rien dire. De cela aussi, Gilles en avait besoin. Il ressentait une telle angoisse de l'abandon de son frère, ce qui était bien normal après tout ce qu'il avait vécu… Quant à Robin, il aimait juste faire des câlins à son cadet.

« Bon, et si nous allions chercher une rivière où tremper ton coude ? proposa-t-il en s'écartant de Gilles. Ça serait enfin une vraie balade en forêt et pas un duel caché !

-D'accord, sourit le jeune voleur en se remettant sur ses pieds. Mais fais attention, il y a plein de cailloux par terre ! »