5 mai

Accident : Malcolm « Mal », Joel & Corinne Foxworth

Les enfants du pêché : Les origines du Mal

Disclaimer : Cette série était très glauque mais passionnante, à mon sens davantage que la première, celle qui se concentre vraiment sur les fameux enfants du pêché. Ça me dégoûte un peu quand même d'écrire sur une œuvre où l'inceste est roi, mais cette fratrie-là était saine dans leurs épisodes (je ne sais pas ce qu'il en est dans le tome correspondant, Le jardin des ombres).


« Mal ? Mal ? Mal ! Tu nous entends ? »

À vrai dire, pas très bien. Le jeune aristocrate, aîné de la famille Foxworth, avait l'impression de nager dans le brouillard. Non seulement il percevait mal les sons, les sensations, mais il avait aussi un goût bizarre sur la langue, comme une saveur gonflée, cotonneuse et légère, froide. Il ne savait pas ce que c'était, ne pouvait pas savoir que les lapins qui s'égayaient dans un enclot du jardin portaient une forme très aigue de leptospira et qu'il avait été contaminé… par morsure.

Bien sûr, il l'avait très bien senti lorsque les dents du rongeur s'étaient plantées dans son poignet et que tout le monde avait ri de son infortune. Évidemment, un jeune riche qui se faisait malmener par un petit rongeur blanc et brun et pelucheux et adorable, c'était drôle. Sa fiancée, Helen, ne s'était pas gênée non plus pour pouffer (modérément discrètement) derrière sa main. Il avait vaguement fait un pansement de fortune pendant que son frère lui tenait l'autre extrémité du rouleau de bandage et que sa sœur maniait la compresse et le désinfectant en s'efforçant de ne pas rire.

C'était eux qui, à présent, étaient penchés au-dessus de Mal et essayaient de lui faire reprendre connaissance en lui donnant des claques sur les joues.

« Qu'est-ce qui lui arrive ? paniqua Corinne, la sœur, en levant les yeux vers le second enfant dans l'ordre d'aînesse.

-Je ne sais pas, répondit Joel, le frère, en scrutant avec inquiétude les yeux bleus de Mal qui s'étaient à peine ouverts. Il a de la fièvre, on dirait que sa tête lui fait mal. Va prévenir Mère ! Je vais le porter jusqu'à la maison. »

La jeune fille faillit demander « Tu es sûr ? » tellement elle était affolée, mais finalement, elle se leva et courut vers le manoir dans sa robe verte d'été, son petit pas pressé froissant l'herbe tendre du mois de mai.

Lorsque Mal ouvrit les yeux de nouveau, son corps se renversa immédiatement sur le côté, contracté par une douleur abdominale atroce. Il avait si mal que, si on lui avait affirmé que ses intestins étaient en train de se déverser de son estomac, il n'aurait pas eu de mal à le croire. Il n'arrivait même plus à articuler un mot.

Joel et Corinne étaient toujours penchés au-dessus de lui. Leur sœur aurait été supposée confectionner des compresses à passer sur le visage du malade, comme une bonne aristocrate attentionnée et demoiselle de maison, mais elle était tellement stressée qu'elle n'y arrivait pas. Elle cassait sans cesse le fil, peinait à le remettre dans l'aiguille et ses points étaient complètement discontinus. Joel finit par lui prendre son ouvrage des mains et à tirer machinalement sur le fil à sa place, même si ses yeux ne quittaient pas le visage de leur frère.

Près de la porte, Olivia et Malcolm Foxworth se disputaient.

« Comment se fait-il que vos associés n'aient pas fait vérifier ces stupides bestioles avant de les apporter à mes enfants ? s'emporta la mère.

-Si votre fils n'était pas aussi niais et fragile, il ne serait jamais tombé malade, se moqua le père. D'ailleurs, se passionner pour les lapins, pour d'autres raisons que la chasse ou le tannage, à son âge ! Et pour un homme ! Il n'y a vraiment rien à en tirer. »

Joel et Corinne avaient l'habitude des remarques de Malcolm et ils tressaillirent quand même, mais à peine. Ils préférèrent se focaliser sur le deuxième Malcolm, qui continuait de suer à grosses gouttes. Son petit frère lui jeta l'équivalent d'un verre d'eau sur le visage en humidifiant sa compresse au maximum et en la lui plaçant sur le front. Corinne s'agrippait à sa main si fort qu'elle devait sûrement lui faire mal avec sa nouvelle chevalière. Enfin, s'il avait été capable de ressentir quoi que ce soit d'autre que ses crampes.

« C'est pourtant vous qui l'avez poussé à interagir avec ces lapins, attaqua de nouveau Olivia. Que faisaient-ils dans sa chambre plutôt que dans une autre ? C'est vous qui les avez fait emmener là-bas ? Pour l'humilier encore une fois ?

-Vous débloquez complètement, lâcha Malcolm. Ils s'étaient probablement échappés.

-Comment ?

-Pourquoi le saurais-je ? Ce n'était qu'un banal, pathétique accident.

-Monsieur Malcolm Jr. ne devrait pas encourir d'autres risques que de la fièvre et une certaine fatigue musculaire pendant quelques jours, intervint le médecin qui se trouvait là avec une petite toux gênée. Mais il a eu de la chance que nous possédions des médicaments puissants. La leptospira peut dégénérer en forme grave si elle n'est pas soignée à temps. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de manifester son malaise ?

-Je ne sais pas. Sans doute qu'il préfère mourir plutôt qu'être moqué encore une fois par son propre père pour une prétendue « faiblesse », rétorqua la mère de famille.

-Il s'est évanoui pendant que nous nous promenions, intervint Joel en remarquant enfin que son linge était trop humide. »

Il le retira, l'essora, le reposa sur le front de son frère pendant que Corinne attrapait les médicaments dans le récipient en cristal et les fourrait entre les lèvres de Mal.

« Corinne, fais gaffe, la reprit doucement le cadet en lui prenant délicatement le poignet. Ne va pas l'empoisonner, ce n'est vraiment pas le moment.

-Pardon…, souffla la jeune fille en frissonnant. »

Leurs parents décidèrent d'aller se lancer des piques ailleurs et Mal perdit connaissance de nouveau. De toute façon, il valait mieux ça que ces douleurs lancinantes horribles dans la tête et dans les tripes.

Trois jours plus tard, l'aîné de la fratrie ouvrait de nouveau les yeux, enfin dans la fraîcheur et la sérénité d'une aube tranquille, sans sensation pâteuse et sans douleur. Joel et Corinne étaient encore penchés au-dessus de lui, chacun d'un côté de son lit.

« Hé ? Tu vas bien ? lui demanda son frère en lui donnant des tapes sur la joue, non pas que ce soit nécessaire maintenant mais ça lui permettait de manifester son inquiétude et de se moquer de lui en même temps.

-Hummm… Oui, ça va, marmonna Mal en essayant de se redresser. J'ai vraiment été terrassé comme ça par un lapin ?

-Oui, par une adorable peluche pleine de fourrure toute douce, le chambra leur sœur en se penchant pour lui donner un baiser sur la joue.

-Corinne, ne fais pas ça, le médecin a dit que la maladie se transmettait par les muqueuses, lui rappela Joel. Tu pourrais l'attraper aussi.

-Et Père ne nous le pardonnerait jamais, reprit le frère aîné, revêche. Il a fait tellement d'efforts pour que ce soit moi qui soit mordu et pas toi. »

Un court silence gêné s'abattit sur la chambre et Joel et Corinne se jetèrent un coup d'œil.

« Papa ne ferait jamais ça, décréta la préférée d'une voix un peu trop aigüe. »

Les deux frères et la sœur laissèrent passer un nouveau moment de doute puis se remirent à respirer. Oui, c'était sans doute vrai, après tout. Il n'avait pas de cœur à l'égard de ses fils mais ce n'était quand même pas une raison pour les tuer.

« Tu devrais te rendormir au lieu de dire des bêtises, lança Corinne en lui remontant exagérément haut la couette sur la poitrine, pendant que Joel lui pressait l'épaule. La bave de ce lapin t'a vraiment fait disjoncter le cerveau. Ce n'était qu'un accident. Tu ne peux pas mourir d'une façon aussi stupide. »

Ils voulaient y croire, tous les trois. Ils voulaient faire en sorte qu'il n'y aurait pas d'autre accident mortel tant qu'ils vivraient sous ce toit – au cas où. Ils veilleraient les uns sur les autres. Mal pensait à ça en s'endormant et en tenant dans chaque main celle de son frère ou de sa sœur.