6 mai

Voyage à l'étranger : Einhéria, Méphilia & Artémia Vénus

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« L'étranger », ce n'était pas du tout facile à définir lorsqu'on était les membres d'élite d'un duché aux aspirations conquérantes. Quand on avait l'habitude de voyager partout… pour représenter les glorieuses valeurs de sa patrie et montrer au monde, par la fierté et par la force, qu'il fallait qu'ils se plient à ces nouvelles vertus.

Einhéria avait donc tracé sa route sans réfléchir pendant de longs, de très longs, de très très longs jours depuis que les aéronefs les avait déposées, ses sœurs et elle, après les frontières de leur monde connu. Il fallait qu'elle s'éloigne d'Éternia, de tout ce qu'elles avaient vu là-bas, du sang qu'elles avaient répandu pour leur idéal jusqu'à ce que la Valkyrie s'aperçoive que la destruction ne pouvait pas être une chose totalement vertueuse, même pour les bonnes raisons. Méphilia et Artémia avaient été obligées de se soumettre à des ordres qui les affecteraient jusqu'à la fin de leur vie, même si la cadette avait un goût prononcé pour la mort des belles choses « répugnantes » et la benjamine, des pulsions plus animales qu'humaines. Elles étaient traumatisées et elles étaient tristes… La sœur aînée devait les emmener le plus loin possible de tout ce qu'elles connaissaient.

Au bout d'un moment, les trois sœurs franchirent un petit pont en bois, sur une petite rivière, et arrivèrent dans un petit village aux maisons en pierres grises et toits rouges qu'elles ne connaissaient pas. Il y avait un château, au-dessus du hameau, sur la colline. Et des fanions et des drapeaux de toutes les couleurs qui décoraient la rue, plus loin, là où avaient l'air de se rassembler la plupart des habitants et s'organiser une fête.

« Artémia sent des odeurs de nourriture, déclara la Rôdeuse. Elle peut ordonner à ces gens de les donner à Einhéria, si Einhéria le veut.

-Non, répondit son aînée en lui jetant un regard équivoque pour qu'elle comprenne qu'il ne fallait plus s'en prendre comme ça aux personnes qu'elles rencontraient. Nous allons voir de quoi il s'agit et simplement leur demander si nous pouvons en acheter. Vous avez faim ?

-Ils ne connaissent peut-être pas notre monnaie, observa Méphilia de sa voix douce, lancinante et un peu vicieuse. Il faudra peut-être échanger quelques coups et menaces, tu ne crois pas ?

-Plus de coups et menaces, mes sœurs, répéta patiemment Einhéria en mettant sa main sur le bras de Méphilia. Nous allons simplement nous amuser à ce festival… à cette foire… peu importe ce que c'est.

-Nous amuser ? répétèrent les deux jeunes filles en s'entreregardant.

-Oui. L'expansion d'Éternia est loin derrière nous, maintenant. Venez. »

Elle les prit chacune par une main, par réflexe, et les entraina sur le petit pont, passant devant le petit moulin à vent et le petit grenier à blé, se dirigeant droit vers le bruit et la foule colorée de la rue principale. Faisant son chemin, et appréciant d'une façon assez bouleversante la quiétude de l'endroit et la douceur du vent, elle oublia complètement de leur lâcher la main. Méphilia et Artémia la regardèrent, regardèrent leurs mains entrelacées, se regardèrent, regardèrent le festival qui bruissait et bourdonnait devant elles, se sentirent un peu bouleversées à leur tour et suivirent les pas de leur sœur en silence.

Dès qu'elles arrivèrent dans les artères secondaires qui joignaient l'artère principale, elles se firent happer petit à petit par les gens qui marchaient vers les festivités, les dames avec leurs robes longues et simples et leurs fichus dans les cheveux, les hommes avec leurs tuniques, les enfants habillés tous pareil sans considération pour leur sexe. Elles détonnaient bien, les trois jeunes femmes, avec ses plaques de protection blanches, autour de la robe, pour Einhéria, son justaucorps et sa grande barrette multicolore pour Méphilia et son intégral masque de loup violet pour Artémia. Mais personne ne leur fit de remarques, ils se contentèrent de les observer et de retourner à leurs occupations.

« De la viande de poulet frite, marmonna l'Invocatrice lorsqu'elles passèrent devant un stand abrité par un auvent rouge à rayures blanches. J'ai… faim.

-Artémia préfère chasser sa propre nourriture, décréta leur petite sœur. On ne sait pas ce que les autres gens mettent dans la leur !

-Très bien. J'ai quelques mouchoirs de tissu fin dans mes poches. Je vais voir s'il y a moyen de faire un échange, déclara la Valkyrie. Je crois qu'il va falloir te contenter de celle-là pour l'instant, ma sœur. Nous ne connaissons pas leur législation en matière d'abattage de gibier. »

Elle voulut lâcher les mains de ses sœurs, s'aperçut que les deux jeunes filles étaient complètement solidarisées à elle. Elles regardaient devant elles d'un air vague. Einhéria soupira, le cœur un peu serré, et se dégagea quand même le temps de discuter avec le propriétaire du stand.

Fort heureusement, l'homme et la femme acceptèrent de lui échanger un de ses mouchoirs contre trois grands cornets de poulet frit, plus des croquettes de pommes de terre à réchauffer plus tard et des beignets à la confiture de roses. La Valkyrie apprit que le troc se pratiquait autant que la transition par la monnaie, ici, et elle en eut le cœur plus léger. Avec ça, elle pourrait fournir un toit, de la nourriture et de l'amusement à ses sœurs durant leur voyage.

Les trois anciennes guerrières s'assirent sur un banc en bois, près d'une fontaine de la place principale du village, et admirèrent les funambules et les troubadours qui faisaient diverses représentations. Même si elles durent composer avec l'humeur méfiante d'Artémia, qui comme les animaux se méfiait du feu et donc des cracheurs de flammes, et des pulsions destructrices de tout ce qui était beau de Méphilia. Ce ne serait pas facile d'inhiber au maximum leurs sinistres tendances, mais Einhéria était bien décidée à essayer. Ses sœurs méritaient ça, elles méritaient mieux que cette vie de violence et elle avait tout le temps de se consacrer à ça, maintenant.

À la fin de leur repas de poulet pané, l'Invocatrice et la Rôdeuse posèrent leurs serviettes à côté d'elles sur le banc et se rapprochèrent de leur grande sœur, qui était assise au milieu, pour lui reprendre la main comme au début et se lover contre son bras.

« Mes sœurs, nous sommes en voyage mais nous n'allons pas rester sur ce banc toute la journée, les prévint la Valkyrie. Le toit, le couchage, les informations, ça ne se trouve pas au pied levé. »

Mais elle ne bougea pas et laissa ses cadettes se blottir contre elle. Elle était tellement soulagée de les avoir emmenées loin de ces conquêtes avec elle. Tellement, tellement soulagée.