Petit mot de l'auteure : j'ai hâte d'être demain pour partager le texte de ce jour-là


Jour 3 : Nouveau

Contexte : pré canon


D'après Tante Heleen, la Ménagerie avait plus de deux cent ans. Quand elle lui avait fait visiter les lieux pour la première fois, elle s'en était enorgueilli.

- Tu as l'honneur de rejoindre un véritable monument historique, très chère ! Aucune institution n'est aussi prestigieuse que la mienne !

Inej, bien qu'encore cruellement naïve, avait eu le réflexe de tenir sa langue. Elle avait en effet pressentit que la dame n'apprécierait que peu qu'elle lui fasse remarquer qu'être arrachée à sa famille puis vendue à une proxénète n'était en rien un honneur. Un incroyable manque de chance, tout au plus.

Les mois suivant lui avaient montré qu'elle avait bien raison : rien dans la Ménagerie n'était honorable. Ni la façon dont Tante Heleen les battaient jusqu'au sang, ni la façon dont ses clients se repêtissaient des miettes de leur innocence. Ainsi, à chaque fois qu'un nouvel homme franchissait la porte de l'établissement, Inej n'avait qu'une envie : leur vomir sa haine. Évidemment, elle se contenait à chaque fois ; malgré le désespoir dans lequel elle était plongée, elle tenait trop à la vie. Elle se contentait d'avancer, la poitrine bombée mais le regard baissé, espérant qu'un jour, son salut vienne à elle.

Elle n'aurait jamais imaginé que celui-ci prenne la forme d'un garçon de son âge.

Quand il était entré dans l'établissement, Inej avait serré les dents. Avec le temps, elle avait apprit à distinguer les chefs de gangs des simples touristes. Ce garçon-là appartenait sans aucun doute à la première catégorie. Elle avait eu affaire de nombreuses fois à des hommes comme lui, et l'expérience n'avait pas été agréable. Non pas qu'elle le fut était avec les autres d'ailleurs ; simplement, ces hommes étaient habitués au sang et aimaient le faire couler jusque dans les lits qu'ils prenaient de force. Elle tâcha donc de se faire la plus petite possible.

Malheureusement, une serveuse arriva au moment même où l'inconnu la dépassait, le forçant à se décaler vers elle... jusqu'à lui rentrer dedans. Le choc ne fut pas brutal, mais il suffit à la faire frissonner de peur. Le garçon allait forcément se rendre compte qu'elle existait.

Ce fut le cas, bien évidemment. Pourtant, ce qu'il dit l'étonna.

- Pardon.

Il avait grommelé le mot plus qu'il n'avait parlé. Il ne resta qu'une seconde près d'elle, avant de suivre Heleen dans son bureau.

Par la suite, quand elle se renseigna, elle apprit que ce Kaz Brekker ne consommait jamais, se contentant de marchander avec Heleen – sans jamais soutenir son commerce, lui avait apprit la femme de chambre de la maquerelle. Ces informations pesèrent bien évidemment dans sa décision de se tourner vers lui. Mais ce qui fit réellement pencher la balance, ce fut le souvenir de ce mot jeté avec réflexe.

« Pardon »

En trois mois, personne ne s'était jamais excusé auprès d'elle. Au contraire, c'était elle qui devait supplier Heleen de lui accorder son pardon quand elle avait le malheur de sortir abîmée d'une séance. Entendre ce simple mot lui rappelait donc une chose qu'elle en était presque venue à oublier : elle était un être humain.

Rien que pour cela, elle serait toujours reconnaissante envers lui, quoi que l'avenir leur réserve.