Petit mot de l'auteure : je dois faire une visite à des maternelles aujourd'hui. Rendez-vous cet après-midi dans les notes du SV31 RemusxSirius pour savoir comment ça c'est passé !


Jour 4 : Encore

Contexte : tome 1 (Palais de glace)


Kaz avait parcouru de nombreux lieux effroyables dans sa vie : il fallait dire que ces derniers ne manquaient pas au Barrel. Néanmoins, aucun ne semblait aussi hostile que le Palais de Glace. L'endroit était tout d'abord très froid. Ensuite, il grouillait d'araignées et, bien que Kaz ne l'aurait jamais avoué, il détestait les araignées. Enfin, il était remplis de fjerdans armés jusqu'aux dents qui n'hésiteraient pas à les tuer si jamais ils ne faisaient repérer. Ou juste si il leur prenait l'envie de s'amuser un peu avec leurs prisonniers, comme Jesper avait pu l'expérimenter.

- Ces monstres ont osé abîmer mon magnifique visage, marmonnait le zemini à ses côtés. Si ça se trouve, je serai obligé de porter un chapeau à vie pour masquer ça. Cela fera certes gentleman, mais tout de même ! C'est une honte !

En temps normal, Kaz aurait levé les yeux au ciel en l'entendant se plaindre ainsi. Là, néanmoins, il ne pouvait qu'éprouver une once d'empathie pour lui : Jesper n'avait pas avancé suffisamment vite au goût des gardes, qui lui avaient administré un coup de crosse. Son arcade sourcilière était pleine de sang et un bleu commençait à naître. Le résultat était détonnant. Kaz n'allait toutefois pas lui dire qu'il était d'accord avec lui. Premièrement car il s'était fait un principe de ne jamais donner raison à Jesper et, secondement, parce que le moment était mal choisit pour des jérémiades.

- Jesper, tais-toi, ordonna-t-il. Ce n'est pas parce que nous avons récupéré tes pistolets que nous sommes en sécurité. Nous devons faire preuve de discrétion.

Pour une fois, Jesper obéit sans trop protester. Sûrement saisissait-il lui aussi toute la délicatesse de leur situation : Nina et Inej étaient encore introuvables. Conformément au plan, ils avaient été séparés dès le début, les femmes étant amenées dans une autre partie de la prison. Kaz n'était ainsi pas inquiet outre mesure, mais tant de choses pouvaient mal tourner – quelqu'un pouvait les tuer, le côté patriote de Matthias pouvait le pousser à les trahir, un garde avait pu poser sa main sur Inej comme tant d'entre eux le faisaient... A cette seule pensée, Kaz sentit son ventre se tordre. Les risques étaient ceux qu'ils étaient. Mais si quelqu'un touchait son Spectre, il ne se pardonnerait jamais.

Dire qu'il fut soulagé en retrouvant enfin Nina au lieu de rendez-vous était donc un euphémisme. Au moins l'une des deux filles allait bien. Alors qu'il allait demander ce qu'il en était de la seconde, Inej sorti du conduit de cheminée. Elle était en sueur, ses vêtements brûlés, ses yeux fatigués, mais elle semblait entière. Il allait donc lui demander où elle en était de l'installation de la corde quand une lumière aussi aveuglante que celle d'un phare se dirigea vers eux. Kaz sentit son cœur rater un battement : si les gardiens les avaient rattrapés, c'était la mort assurée. Pourtant, à la place d'ordres en fjerdan, il entendit une trompette.

Pris d'un effroyable pressentiment, il murmura :

- Non, non... Dites moi que c'est une plaisanterie !

Ça ne l'était pas.

La musique continua de retentir toujours plus fortement et, lorsque les lumières se furent atténuées, Kaz put reconnaître sa Némésis.

- Kaz Brekker, Inej Ghafa, j'ai l'honneur de vous annoncer que vous êtes des âmes sœurs.

- Encore ? soupira Nina.

- Oui, encore, marmonna l'animal. Ce n'est pas ma faute si ces idiots se tournent autour sans jamais oser se dire « Je t'aime ». On est toujours obligé de revenir !

Pour preuve, la banderole qu'il tenait et dont les fils d'argent tissant les deux prénoms qui commençait à pendre piteusement devant l'usure.

- Donc me voilà de nouveau.

- Non, non, et non ! pesta Kaz. Je refuse qu'un Pangolin vienne gâcher ma fête !

- J'ai dû mal à considérer une intrusion suicide comme « une fête », commenta pensivement Wylan.

- Et moi je suis indigné ! râla Jesper. Je croyais qu'on était censés faire preuve de discrétion ?

- Oui on l'était, dit Kaz en lançant un regard noir au Pangolin.

Le dit Pangolin se contenta de souffler une nouvelle fois dans sa trompette.

- Je vais te tuer, promit Kaz en direction du monstre.

L'animal haussa les épaules l'air de dire « Essaie toujours » avant de s'envoler dans une tempête de confettis et paillettes. Les corbeaux purent alors entendre de nouveaux bruits de pas, cette fois-ci provenant bien de fjerdans.

Bien.

Le meurtre sur Pangolin allait devoir attendre. D'abord il allait falloir revoir le plan pour se sortir de ce merdier dans lequel cet ignoble animal les avaient fourré.