Petit mot de l'auteure : c'est pas très joyeux
Jour 6 : Arme
Contexte : UA première guerre
Remus n'aurait su répondre à cette angoissante question : depuis combien de temps était-il enfermé dans le sous-sol des Malfoy ? Des jours ? Des semaines ? Il avait tant perdu la notion du temps... Tout ce qu'il savait, c'est que, puisqu'il ne s'était pas transformé, son emprisonnement se limitait à maximum un mois. Pour une fois que lycanthropie lui servait à quelque chose...
Néanmoins, il aurait préféré lui trouver un autre usage que celui de calendrier interne. Comme, par exemple, lui donner une force surhumaine pour se tirer de ce guêpier. Il n'en était malheureusement rien. Remus était ainsi condamné à subir les interrogatoires incessants des Mangemorts.
Où se cachait Dumbledore ? Qui étaient ses partisans ? Où était leur repère ? Comment communiquaient-ils ?
Autant de questions qui revenaient sans cesse. À la fin des séances, son cerveau était tant embrouillé qu'il répondait « Oui » à tout, sans réellement comprendre la question. Un simple mot, comme pour reprendre le contrôle de sa bouche et, par extension, de son corps. Ce n'était bien sûr qu'une amère illusion. Son corps avait cessé de lui appartenir depuis que Bellatrix s'était déchaînée sur lui. Ainsi, quand il se regardait tant bien que mal dans l'obscurité, Remus ne se reconnaissait pas. Ses membres étaient décharnés, rouges d'un sang qui séchait en croûtes qui le démangeaient, ses ongles de moins en moins nombreux, sa volonté de plus en plus frêle. Pourtant, il tenait, tant bien que mal.
Plutôt mourir que de parler, c'était-il juré.
Il comptait bien tenir cette promesse.
Jusqu'au jour où Bellatrix déposa devant lui le corps ligoté de Sirius.
Celui-ci était conscient. Malgré ses entraves, il tâchait de rester droit et digne. Si il avait pu parler, sûrement serait-il en train de se moquer de sa cousine. Remus se félicita alors presque du bâillon qui l'empêchait de parler. Provoquer Bellatrix n'avait jamais été une bonne idée. De toute manière, son regard était suffisamment éloquent.
- Bien, dit la Mangemort. Comme tu t'en doutes, j'ai des questions. Toujours les mêmes. Je dois avouer que je respecte la résistance de ton esprit. Mais je commence à me lasser. Il est donc temps de passer à la vitesse supérieure. Où est votre quartier général ?
Comme d'ordinaire, Remus se tut. Il s'attendait alors à recevoir la déflagration de l'endoloris, mais rien.
Il entendit Sirius crier avant de le voir se tordre de douleur.
Son esprit comprit immédiatement où Bellatrix voulait en venir.
- J'ai toujours trouvé votre couple charmant, chantonna-t-elle. Je pense que tu as saisi comment cela allait se passer. Je répète ; où est votre quartier général ?
Remus n'avait pas besoin de regarder Sirius pour savoir ce qu'il essayait de lui faire comprendre par le regard ; de ne surtout pas parler. Remus, lui, était moins résolu. Il ne pouvait trahir l'Ordre ! Mais comment pourrait-il supporter de voir Sirius être ainsi torturé – voire pire ! Il n'avait en effet aucun doute quant au fait que Bellatrix finirait par le tuer s'il ne répondait pas. Devant le choix impossible, son souffle se fit court, ses mains encore plus tremblantes. Son angoisse ne fit que se renforcer quand Sirius subit l'assaut d'une nouvelle attaque, Bellatrix jugeant qu'il n'allait pas assez vite à son goût.
Et là, avant qu'il n'ait réellement pu y réfléchir à deux fois, les mots jaillirent de sa bouche. Il tâchait de se résonner, se convaincre de la laisser martyriser Sirius, qu'elle les tuerait probablement tous les deux sitôt ses renseignements obtenus. Et pourtant, il ne pouvait retenir le flot de paroles.
Quand il eu enfin terminé, Bellatrix eu un petit hochement de tête appréciateur.
- Et bien, j'ai faillit attendre, railla-t-elle. Merci beaucoup. Je vous souhaite une très bonne nuit.
Sa voix était si railleuse que Remus cru qu'elle allait les éliminer mais, à son grand étonnement, elle se contenta de les laisser.
Enfin seuls, Remus rampa vers Sirius pour le détacher. Comme il s'en doutait, celui-ci s'empressa de lui reprocher son choix.
- Tu aurais dû me laisser crever, Lunard !
- Je sais.
- Alors pourquoi tu ne l'as pas fait, abruti ?!
- Tu m'aurais laissé comme ça, toi ? Murmura-t-il d'une voix lasse.
Les yeux de Sirius se voilèrent alors.
- Non. Jamais de la vie. Quand ils m'ont arrêté, j'étais terrifié qu'ils se servent de toi comme une arme pour m'atteindre.
Puis, comme pour vérifier qu'il était bien là, il le prit dans ses bras. Remus se laissa aller contre son épaule, des larmes. Ils restèrent ainsi de longues minutes qui s'étirèrent en heures, profitant de l'accalmie tant qu'elle durait. Remus sursautait à chaque bruit, craignant qu'un Mangemort ne revienne vers eux.
Finalement, la menace vint du ciel.
Il la sentit plus qu'il ne la vit, l'étroite fenêtre de la cellule ne lui offrant pas une belle vue sur l'extérieur. Mais ce n'était guère important ; elle était là.
- Non, non... non ! supplia-t-il, une terreur non dissimulée dans la voix.
- Remus ? Que se passe-t-il ?
Il ne répondit pas ; il venait de réaliser pourquoi Bellatrix n'avait pas cherché à tuer Sirius.
Il allait s'en charger très bien tout seul.
Sirius le comprit en même temps que lui.
- Ne t'inquiète pas, murmura-t-il. Ça va aller.
- Non !
- Si. Ca va aller, répéta Sirius. Quoi qu'il arrive, n'oublie pas que je t'aime, d'accord ?
- Je...
Il ne put en dire plus ; les rayons de la pleine lune l'en empêchèrent.
Il poussa son premier hurlement au moment même où Sirius lui répétait combien il l'aimait.
