9 mai

Soirée canapé : Kazuma Yagami & Ren Kannagi

Kaze no stigma


Kazuma avait du mal à déterminer si son frère était contrarié et lui, l'homme si arrogant, moqueur et tête-brûlée qu'il était, avait, pour une fois, un peu peur de lui poser frontalement la question.

Les efforts de Ren n'avaient pas suffi à le ramener à la raison quand il était possédé par la rage après avoir retrouvé l'assassin de sa Tsuo Rin. Le jeune garçon avait pourtant essayé, de toutes ses forces, et Kazuma aimait sincèrement son frère, mais c'était ses nouveaux sentiments pour Ayano qui l'avaient finalement sauvé.

Maintenant que cette histoire était terminée, il se sentait un peu mal. Ren était un garçon gentil, altruiste, doux, qui se souciait avant tout du bien des autres et que tout le monde finisse heureux. Mais Kazuma le sentait malgré tout un peu fermé… sans pouvoir retenir son geste, il posa sa main sur son bras.

« Hé, Ren. Ça te dirait de passer un moment tous les deux, entre frères ? lui proposa-t-il avec un sourire encourageant.

-Oui, si tu veux, répondit le jeune garçon en esquissant un sourire lui aussi, mais à peine. Qu'est-ce que tu as envie de faire ?

-Ce soir, dans l'appartement que je loue. Juste la télé, des pizzas surgelées et toi et moi.

-D'accord. Je préviendrai Père et Ayano. Ils se font un peu de souci depuis la dernière fois. À tout à l'heure. »

Le ton de Ren était neutre et la mention de la « dernière fois » le fit grimacer. Il ne voulait vraiment pas que son frère pense qu'il ne se souciait pas sincèrement de lui.

« À tout à l'heure, frangin, lança-t-il. »

Ren retrouva le chemin de son appartement tout seul une fois que l'heure du dîner commença à approcher. Il sourit à son frère qui lui ouvrit, distraitement, et se dirigea vers son canapé, laissant tomber son sac dans l'entrée.

« On fait une soirée pyjama ? demanda Kazuma, amusé.

-Père pense que c'est mieux que je dorme chez toi, répondit son cadet d'une façon toujours aussi terre-à-terre qui ne lui ressemblait pas. Ça ne te dérange pas ?

-Non, bien sûr que non. Tu es mon p'tit frère. Et je ne crois pas que j'ai mon mot à dire, tu t'es bien imposé pour dormir dans mon lit à l'hôtel, le jour où je suis revenu, tu te souviens ?

-Évidemment. On ne s'était pas vus depuis si longtemps.

-C'est vrai. Tu étais encore un petit garçon quand je suis parti. »

Ren eut visiblement un élan pour aller fureter dans le domicile de son frère, mais il se contrôla et il s'assit à la place dans son canapé. Kazuma prit place à côté de lui et attrapa la télécommande pour allumer la télé.

« Est-ce qu'il y a un film en particulier que tu as envie de voir ? lui demanda-t-il.

-Non, pas vraiment, soupira Ren.

-Ah… Est-ce qu'il y a quelque chose en particulier que tu as envie de manger ? J'ai pris des hot-dogs surgelés en plus des pizzas.

-Non, merci… Je n'ai pas faim pour l'instant.

-Ren, je suis désolé de ce qu'il s'est passé, lâcha soudain Kazuma, incapable de laisser le silence s'accumuler plus longtemps. Je t'assure que ce n'est pas par désintérêt pour toi que je n'ai pas réussi à revenir du bon côté en te voyant. J'étais juste… confus, blessé, en colère, horrifié, endeuillé… T'es mon p'tit frère. Jamais je ne pourrai oublier le lien que nous partageons.

-Pourquoi est-ce que tu n'es pas parvenu à écouter ma voix, alors ? rétorqua le jeune garçon.

-Cette blessure, elle provenait de la perte de Tsuo Rin. L'aimer elle, ce n'était pas pareil que l'aimer toi… En revanche, c'était un peu plus aimer Ayano. C'est pour ça que j'ai plus été sensible à son appel… tu comprends ?

-Oui… Je suppose que je comprends. »

Le cœur serré, Kazuma attrapa son frère dans ses bras et le tira sur ses genoux, sur ses jambes qui étaient croisées sur le canapé. Il l'enlaça et posa son menton sur sa tête blonde, esquissant un sourire gentil lorsqu'il sentit les mains de son cadet remonter le long de ses bras pour se nouer autour de son cou et rapprocher leurs têtes l'une de l'autre.

« Je suis désolé si c'est immature, soupira le jeune garçon. Mais ton refus de m'écouter, tu sais… ça m'a rappelé quand tu es parti. Je sais que tu étais fou de rage contre Père, mais tu m'as à peine adressé un mot avant ton départ.

-Je suis désolé, Ren, répéta le contractor du vent avec honte en le serrant un peu plus fort contre lui. Je crois que je n'avais pas encore totalement réalisé à quel point tu comptais pour moi, quand je suis parti. Mais maintenant qu'on est vraiment devenus amis, on ne se quitte plus, pas vrai ?

-J'espère bien, acquiesça son frère avec, enfin, un léger rire. »

Kazuma sourit et le serra plus fort contre lui, se permettant de laisser passer quelques instants d'affection de plus. Il se trouvait de plus en plus idiot d'être parti sans dire un mot à son frère quatre ans auparavant. S'il n'y avait pas eu la mort de Tsuo Rin, il ne serait peut-être jamais revenu ici. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris ?! Il fallait qu'il rattrape toutes ces années.

« Bon, alors, est-ce que tu as fini par te décider pour le film ? relança-t-il son cadet au bout de ces quelques minutes.

-Tu ne veux pas jouer à un jeu vidéo, plutôt ? proposa Ren en descendant de ses jambes pour s'installer à côté de lui. J'ai passé des heures à jouer avec Ayano quand elle avait besoin de passer ses nerfs après un entrainement particulièrement éreintant !

-Je vois ! Eh bien, si tu veux. Mais tu ne crois quand même pas que tu vas vaincre ton frère aîné, non ?

-On verra ça ! »

Souriant, Kazuma lança une manette à son frère et se leva un instant pour aller faire décongeler les pizzas, quoi que ça aurait plutôt été à Ren et son pouvoir de feu de s'en charger ! Cette idée le fit sourire. Il avait beau avoir renié toute sa famille quand son père et son clan l'avaient chassé, mais Ren était toujours resté son frère, c'était un lien impossible à oublier.

À la fin de la soirée, quand le jeune garçon commença à s'endormir, il alla chercher une couverture et l'enveloppa autour de leurs deux formes fatiguées. Juste après avoir attiré Ren contre sa poitrine, le berçant longuement dans ses bras sous le coup d'une tendresse dépourvue d'arrogance, de sarcasmes ou de cynisme, qu'il ne montrait que quand il s'agissait de lui.