11 mai
Lettre à l'autre : Séléna & sa sœur
Pokémon Ranger : Nuit sur Almia
Séléna écrivit à son bureau jusque tard dans la nuit, placée devant la fenêtre qui donnait sur la cour arrière privée de l'école. Heureusement qu'il n'était pas occupé à cette heure-là, parce qu'il n'y en avait qu'un seul, et les autres pensionnaires féminines ronflaient dans leurs lits superposés.
En chemise bleue, sa veste verte d'uniforme accrochée au montant de sa couche, la jeune fille terminait de répondre à sa sœur, qui lui écrivait quotidiennement depuis qu'elle avait été admise à l'université des rangers. Elles étaient loin l'une de l'autre pour la première fois depuis longtemps et sa cadette était toujours une petite fille. Elle devait lui manquer mais Séléna savait ce qu'elle faisait lorsqu'elle l'avait laissée à Fiore pour déménager à Almia.
Elle s'interrompit subitement en plein milieu d'un mot lorsqu'une idée la frappa. Certains rangers de leur école seraient peut-être mutés à Fiore à la fin de leurs études. Devait-elle lui faire part de la possibilité qu'elle revienne chez elles un jour et que cette distance qui les séparaient n'ait duré qu'une année ?
Au bout d'un moment de réflexion, Séléna décida de ne pas le faire. Elle ne voulait pas lui donner de faux espoirs.
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La petite fille de huit ans, que Séléna appelait tout le temps affectueusement « 'tite sœur », n'avait pas autant ritualisé leur conception de courrier quotidienne que son aînée. Elle écrivait un peu quand ça lui prenait, n'étant pas aussi occupée que l'apprentie ranger. Séléna étudiait en classe ou bien se rendait en travaux pratiques tous les jours et il était très important pour ces futurs garants de la paix de leurs régions respectives d'être très sociaux. Ils passaient donc la majeure partie de leur vie entre eux, alors que sa 'tite sœur rentrait chez elles tous les soirs, les week-ends et les mercredis après-midi. Entre deux parties de jeux avec ses amis, un coloriage, la vaisselle avec Maman et le jardinage avec Papa, elle prenait une feuille et couchait ses pensées du moment à l'égard de son aînée. Elle signait toujours du paraphe : « Ta 'tite sœur ».
Elle ne lui en voulait pas d'être partie. Elle avait ça pour aider les gens et les Pokémons et elle était très fière d'elle. C'était son héroïne et la petite fille ne put presque pas se contenir de joie lorsqu'elle apprit que sa sœur avait été affectée à la base ranger de Véterville… et que leurs parents et elle allaient déménager afin d'être près de la nouvelle ranger ! Elle eut envie de lui écrire tout de suite pour le lui annoncer, elle voulait que ce soit par leurs échanges épistolaires quotidiens, qui duraient depuis un an, qu'elle en prenne connaissance !
La 'tite sœur écrivit un premier courrier, qu'elle perdit, dans lequel elle évoquait ses espoirs pour l'avenir qu'elles allaient créer, ses peurs aussi que leur lien se distende (elle avait été très frappée par ce mot, « distendre ») du fait du nouveau travail de Séléna et une ou deux réflexions très intéressantes sur la vie. Sa sœur fut folle de joie, évidemment, d'apprendre que sa famille allait de nouveau être avec elle, mais la petite fille était quand même contrariée d'avoir perdu sa première lettre.
Comme la seconde avait dû être rédigée dans la précipitation, entre une montagne de cartons et Papa qui ne retrouvait plus le grille-pain dans tout ce bazar, sur une table de cuisine sans nappe. Elle n'avait pas pu y mettre tout ce qu'elle voulait ! Elle entreprit donc de la réécrire dans sa nouvelle petite chambre à fleurs une fois que son père, sa mère et elle furent installés. Sa sœur, elle, vivait dans la base de Véterville avec ses camarades.
Une fois terminée, la 'tite sœur voulut poster sa missive, mais Bourg-Chicore, ce n'était pas du tout la même chose que la grande ville d'où elle venait. Il y avait beaucoup de campagne, de plaines, de forêts, et puis la plage des Vents Salés juste à côté. Atteindre la boîte aux lettres pouvait s'avérer une véritable péripétie.
Surtout lorsqu'on la confond avec la machine infernale des Sombres Héros qui sert à rendre agressifs les Pokémons.
Lorsque la petite fille parvint devant la grosse borne rouge et se haussa sur la pointe des pieds pour y glisser sa lettre, elle s'aperçut brusquement du grondement de la machine, qui faisait trembler le sol. Confuse, elle retomba sur ses talons et regarda autour d'elle, ses deux couettes châtain clair battant et rebattant l'air autour de sa tête tellement elle était confuse.
Soudain, un groupe d'Étourvols fondit sur elle, déboussolés par les vibrations du Minitélec et rendus donc d'autant plus contrariés par sa présence. La petite fille cria en se recroquevillant sur le sol en voyant les serres oranges et griffues plongeant droit sur elle. Un froissement dans les fourrés juste derrière elle se fit entendre et une silhouette rouge et noire en jaillit, se mettant immédiatement entre la 'tite sœur et les Pokémons. Une ou deux griffes l'effleurèrent sans doute, si on en crut son grognement de douleur, mais elle entreprit de capturer les quatre individus en quelques coups de Capstick bien envoyés.
À cause du Minitélec, les Étourvols s'enfuirent au lieu de se lier avec le ranger et Séléna – car c'était elle – se tourna vers sa cadette.
« Hé ! C'est fini, maintenant, affirma-t-elle en aidant la petite fille à se relever.
-Oh ! Grande sœur ! s'exclama l'enfant en se jetant contre son ventre.
-Qu'est-ce que tu fais là, 'tite sœur ? demanda Séléna en surveillant les alentours d'un œil.
-Je croyais que c'était une boîte aux lettres ! Je voulais te poster un message.
-Quoi, mais pourquoi ça ? J'habite juste à côté. »
D'une main, la jeune ranger souleva sa sœur et la fit glisser dans son dos, les jambes enroulées autour de sa taille.
« Accroche-toi bien, commanda-t-elle. Je vais avoir besoin d'un Sancoki pour détruire cette machine. Tu te sens de m'accompagner ?
-Oh ! Bien sûr ! s'exclama la cadette, des étoiles plein les yeux. J'ai toujours rêvé de te voir sauver des gens et des Pokémons, grande sœur.
-Tu me donneras ta lettre, après.
-D'accord ! »
Le Pachirisu de Séléna se faufila de la tête de sa partenaire aux épaules de la 'tite sœur, qui rit quand il frotta sa fourrure blanche toute douce sur elle. C'était drôle d'écrire des lettres, mais elle était si heureuse que son aînée et elle vivent de nouveau ensemble !
