15 mai
Instrument de musique : Saint-John & Springfellow « Spring » Hawke
Supercopter
« Hé. Tu dors pas ? demanda Spring d'une voix qu'il s'efforçait de rendre décontractée, à l'image de sa position appuyée contre l'encadrement de la porte. »
Son frère lui jeta un coup d'œil, arraché de ses pensées et de sa contemplation du romarin en pot juste devant lui. Il y avait une bouteille de vin à côté de lui et, même s'il n'avait jamais ne serait-ce qu'effleuré le penchant pour l'alcoolisme, Spring craignait toujours qu'il se laisse piéger un jour. C'était plus facile pour oublier ou pour se relaxer avant de s'endormir. Le jeune homme ne pourrait pas lui en vouloir, il avait été tenté par le repos facile qu'il promettait, parfois. Même s'il connaissait des méthodes bien meilleures !
Saint-John le regarda un moment et décela dans la seconde que cet air détaché que son frère se donnait n'avait rien de réel. Spring le savait, ces yeux-là le perçaient jusqu'au fond du cœur. Il ne pouvait jamais duper son grand frère.
« Je vais bien, répondit Saint-John à côté de la question explicite, mais bien au centre de la question implicite. Je réfléchissais, c'est tout.
-Ça n'avait pas l'air d'être des réflexions bien joyeuses, rétorqua Spring.
-Non, tu sais bien qu'elles ne le sont pas toujours. »
Saint-John était une personne plutôt ouverte, drôle, gentille, enthousiaste, mais il n'avait pas tout le temps envie de partager ses pensées avec son petit frère. Notamment quand elles étaient aussi sombres, ça ne risquait pas de bien matcher avec son tempérament déjà hypersensible. Non, autant garder une partie des choses désagréables pour lui… il allait bien dans sa vie, sinon, il pouvait largement les supporter.
Le frère aîné se leva de sa position assise, rassembla les pans de sa veste en laine – un peu trop grande, probablement empruntée à Dominic – et s'assura qu'il n'avait pas de fourmis dans les jambes. Spring le dévisageait toujours.
« Est-ce que tu veux que je joue du violoncelle pour toi ? demanda-t-il subitement quand Saint-John fit mine de passer devant lui.
-Quoi, une berceuse ? plaisanta son frère en souriant, la main pressant son épaule. Je crois que je n'ai plus exactement l'âge pour ça.
-Non, juste une façon de t'endormir sans avoir recours à des procédés stupides, rétorqua Spring en lui retournant un petit sourire.
-Non mais dis donc, pour qui tu te prends ? Tu crois peut-être que c'est toi l'aîné ?
-Le plus raisonnable.
-C'est ça. Je suis sûr que Dominic ne dirait pas ça après avoir vu ta dernière gamelle en hélico.
-Il n'est pas là, mon pauvre Saint-John. Dommage pour toi.
-Donc tu en profites pour me donner des directives ?
-Absolument. Au lit ! J'arrive avec mon instrument.
-Spring…
-Ça me fait plaisir, grand frère, ajouta le jeune homme d'une voix plus douce en lui pressant l'épaule. Tu sais que ça me fait plaisir. »
Touché, sans un mot, Saint-John rejoignit son lit et se glissa à l'intérieur. Une fois sous les couvertures, il fut de nouveau pris par le besoin irrépressible de se relever et d'aller tourner dans le séjour. Son niveau de stress était vraiment élevé, son frère avait raison… Il avait sommeil mais son esprit semblait tourner à toute vitesse dans sa tête, comme une machine à laver vide.
Il s'était retourné onze fois en cinq minutes lorsque Spring entra dans la pièce. Son regard repéra un siège, qu'il tira jusqu'à la tête du lit avant de s'assoir dessus. Sans un mot, il accorda son violoncelle pendant quelques instants, sourit quand il fut satisfait de sa préparation et enfin saisit son archer. Puis, il se mit à jouer.
La musique rappelait à Saint-John, non pas les moments laborieux que son petit frère avait passés au début en apprenant à jouer, non pas leur enfance, mais quelque chose de plus… aérien. Les mélodies qu'il tirait de son violoncelle lui rappelaient le ciel, la vie, la nature, leur fraternité… la montagne et puis les histoires éternelles. Il cessa instantanément de remuer dans son lit et enfonça sa tête dans son oreiller, fixant son regard sur le visage de son frère.
Spring était vraiment la seule constante de sa vie. Il ne savait pas ce qu'il ferait sans lui, et pas seulement parce qu'il parvenait à le faire dormir.
Au bout de quelques minutes de musique, le corps de l'aîné se détendit complètement et il s'endormit. Il ne vit donc pas son cadet sourire, poser son instrument sur un côté de la pièce (on ne savait jamais, il en aurait peut-être besoin le lendemain), effleurer sa joue avec sa main avec tendresse et quitter la chambre sans un bruit.
