Petit mot de l'auteure : est-ce que c'est encore un truc que je veux changer en fic longue ? Oui
Jour 16 : Oiseau
Contexte : UA pré canon
Le masque était absolument merveilleux. Il représentait un oiseau aux plumes parfaitement lustrées, si brillantes qu'elles en paraissaient lumineuses malgré leur noirceur. Le bec était tout aussi sombre, tout comme le costume qui allait avec. Un corbeau, reconnu alors Inej. Encore une fois, elle ne put qu'admirer la délicatesse du travail accomplit. Ce masque était tout aussi beau que le sien – et donc tout aussi horrible. La nouvelle recrue se doutait-elle encore du calvaire qui allait être le sien ? Inej était en train de se promettre de tout faire pour l'épauler quand elle remarqua une chose étrange, que sa fascination pour le masque l'avait empêchée de voir : la recrue n'était pas une femme.
Elle ne put que froncer les sourcils. Que faisait un homme ici ? Était-il là pour les espionner ? Pour lui faire du mal ? Tante Heleen avait-elle décidé de permettre à de riches clients de se parer des mêmes masques qu'elles, pour mieux sévir sans être reconnus ? Comme pour répondre à ses questions, la maquerelle agita son éventail vers lui.
- Nos riches bienfaiteurs m'ont fait remarquer que notre établissement manquait de diversité et que certains goûts ne pouvaient être satisfaits. Je vous demande donc de réserver un chaleureux accueil à votre nouveau camarade, le Corbeau.
Cette phrase ne put qu'irriter Inej ; elle détestait quand tante Heleen utilisait ces surnoms dégradants, leur retirant jusqu'à leur prénom. Son agacement se renforça quand elle la vit pousser le garçon vers elle. Le pauvre boitait, signe évident qu'il avait déjà pu bénéficier de « l'accueil chaleureux » de la maquerelle.
- Bien, conclua-t-elle comme si de rien n'était. Je vous souhaite à toutes et à tous une très bonne nuit.
À la manière dont le Corbeau se crispa, Inej n'eut aucun doute sur le fait qu'il avait déjà comprit qu'avec ce choix de mots douteux, elle ne leur souhaitait pas de doux rêves.
…
Deux mois étaient passées depuis l'arrivée du garçon. Inej n'avait pas vraiment pu parler avec lui. Ce n'était pas étonnant ; Heleen faisait tout pour que ses « protégées » ne communiquent pas entre elles. Elle n'allait pas faire autrement avec le Corbeau simplement parce qu'il s'agissait d'un homme.
Dire qu'elle fut donc surprise en le voyant planté devant la mansarde qui lui servait de chambre relevait donc de l'ordre de l'euphémisme.
- Qu'est-ce que... s'étrangla-t-elle avec un petit cri. Pars ! Heleen ne va pas tarder à faire sa ronde et si elle te voit ici, elle...
- Elle n'arrive que dans 2 minutes et 40 secondes. 35, maintenant, se contenta de dire le garçon. Ce qui me laisse le temps de t'expliquer mon plan.
Inej était perdue. Quel plan ? Comment pouvait-il savoir dans combien de temps Heleen reviendrait ? Comment pouvait-il être si sûr de lui ? Il dit remarquer son trouble puisqu'elle le vit lever les yeux au ciel derrière son masque.
- Cela fait des semaines que je suis arrivé, cela m'a amplement suffit pour repérer les habitudes de la vieille mégère. Demain, comme chaque semaine, elle va recevoir les mercuriens de son cercle. Juste avant de les faire rentrer dans son bureau, elle se grattera le nez. C'est le signal pour que Zyk, son bras droit, ferme toutes les portes, puisque l'établissement est privatisé pour ces invités de marque. Cette opération dure trente secondes. Durant ces trente secondes, la porte du bureau de Heleen est ouvert, pour offrir une voie de sortie au cas où les autres resteraient bloquées. Il faut que tu t'y introduises, vole la clef de la porte de service, et ressortes. On pourra ensuite l'utiliser pour s'enfuir par là. Contrairement à l'entrée, la porte de service n'est jamais surveillée ; justement parce que, contrairement à l'entrée, il y a une clef spéciale. Une fois que tu l'as, on se retrouve en bas. Je m'occuperai de la diversion. Ça te va ?
Inej ne savait que répondre à cela. Trop d'informations lui étaient tombées dessus pour qu'elle ne puisse réellement tout assimiler. Pourtant, de la foule de questions qui naissaient en elle, une seule surgit :
- Qu'est-ce qui te ferait croire que je pourrais en être capable ?
- Cela fait deux mois que j'observe tout le monde ici, haussa des épaules le Corbeau. Tu es la seule qui as des grelots aux pieds et pourtant, tu es la seule que je n'entends jamais arriver.
Devant la responsabilité qu'il lui confiait, Inej recula.
- Tu... tu t'es trompé. Je... je ne peux pas...
- J'espère ne pas avoir fait erreur. Je compte sur toi demain. Cela serait dommage de faire exploser un lustre pour rien.
Quand il la quitta, 20 secondes avant que Heleen ne surgisse, elle eut presque l'impression de voir des ailes dans son dos.
…
Inej n'arrivait pas à croire que ce qui se passait était réel.
Le vent lui fouettait le visage, l'eau de la mer lui donnait le tournis, pourtant, elle se sentait plus heureuse que ce qu'elle n'avait jamais été. Elle était libre. En fuite, mais libre, loin de la Ménagerie. Et tout cela, grâce au plan du garçon qui se trouvait près d'elle. Le Corbeau... il n'avait pas beaucoup parlé depuis leur échappée et Inej n'avait pas cherché à le brusquer. Toutefois, elle songeait qu'il était peut-être temps de laisser enfin la Ménagerie derrière eux.
- Au fait, dit-elle en jetant son masque de lynx à la mer, je m'appelle Inej.
Le garçon la regarda un long moment, avant de faire connaître au masque de corbeau le même sort.
- Kaz.
