18 mai
Compte à rebours : Thomas « Quattro » & Michaël « Trey » Arclight
Yu-Gi-Oh ! Zexal
Quattro avait l'air furieux, probablement parce qu'il était en train de perdre et qu'on osait utiliser un de ses monstres, la Poupée Truquée des Cordes, contre lui. Se faire voler ses créatures pendant le Duel était une honte et un déshonneur absolus et cet adolescent était une personne arrogante. Il n'allait pas le supporter, il allait perdre patience et commettre une erreur fatale.
Finalement, son père, le cruel Vetrix, avait raison de dire qu'il était inutile. Sa violence et son sadisme se déchaînaient facilement sur les petits duellistes de bas étage, mais face à un véritable adversaire, ce n'était qu'une tête-brûlée incapable de se concentrer et de se remettre en question.
La vérité, c'était que Quattro était surtout contrarié par le fait qu'on avait retourné sa Poupée Truquée des Cordes et son compte à rebours mortel contre son frère. Il était inquiet pour Trey, bien sûr, mais il était surtout énervé d'être inquiet pour lui alors qu'il était un rebelle indépendant, toujours en opposition avec le calcul de son père et ses frères, et qu'il était censé n'avoir aucune véritable attache dans ce monde. Et puis d'abord, comment cette femme avait-elle décrété que c'était un plan raisonnable et intéressant d'utiliser son frère contre lui ? Il avait vraiment l'air si niais avec sa famille, comme Trey ?
Quattro serrait tellement les dents qu'il commençait à en avoir mal aux gencives. Non, il ne pouvait pas avoir l'air d'aimer son frère ! Lui-même oubliait parfois qu'il aimait son frère, alors comment osait-on lui mettre ces sentiments embarrassants, encombrants et fatigants devant la figure ? L'adolescent était si contrarié que la cicatrice qui lui barrait la moitié gauche du visage, sans avoir affecté son œil, avait pris une teinte rouge sang.
« Quattro…, souffla son cadet de quatorze ans, les fils translucides et argentés du monstre enroulés autour de ses membres et de son cou. Ne t'occupe pas de moi ! Tu dois remporter ce Duel pour Père et pour la paix de notre fam…
-Arrête ! le coupa son aîné, ses cartes en main, en se tournant brusquement vers lui. Tu m'énerves encore plus quand tu fais ça !
-Mais, Quattro…
-Ta niaiserie est insupportable. Contente-toi de me regarder remporter ce Duel sans jérémiades !
-N'oublie pas, appuya son adversaire, que tu n'as plus qu'un tour avant que ton monstre ne fasse se volatiliser les deniers points de vie de ton frère. »
Pendant qu'elle disait cela, son tour s'acheva et une décharge électrique violente, faisant partie du jeu mais bien réelle, parcourut le corps de l'adolescent, lui arrachant un cri de douleur. Pareil que lors du tour précédent, sauf qu'il avait l'air de serrer les dents pour paraître plus digne et… répondre aux attentes de son aîné ? Sauf que c'était un jeune garçon, qu'il n'était pas prêt à encaisser une telle douleur malgré les Duels très durs qu'ils avaient déjà été obligés de mener pour Vetrix et que, au terme de la décharge électrique, son corps s'affaissa en avant, inerte.
« Trey ! s'écria Quattro en le voyant tomber dans les pommes. Toi… ! Tu vas regretter de t'en être prise à mon petit frère !
-C'est maintenant que tu te décides à faire montre d'un peu d'affection ? releva la femme en haussant un sourcil. Tu ne crois pas que c'est un peu tard, maintenant qu'il s'est évanoui ?
-Tais-toi ! Contente-toi de jouer, c'est ton tour ! J'ai hâte de pouvoir t'écraser !
-C'est ce qu'on va voir. »
Mais Quattro était véritablement un duelliste talentueux et décupler sa rage n'avait vraiment pas été une bonne idée. Il oubliait souvent qu'il aimait son frère mais il aimait véritablement Trey, c'était un adolescent si sincère et si fragile, bien qu'un peu moralisateur, et l'aîné ne pouvait pas supporter qu'on lui fasse du mal. Cette femme avait touché Trey, il les vengerait !
Il gagna donc son Duel sur le tout dernier coup et récupéra les cartes Numéros de la femme en même temps que son âme s'envolait il ne savait où, il se fichait de le savoir. Les cordes transparentes de la Poupée Truquée, reliées à sa lame et toujours entortillées autour du corps de Trey, se détachèrent et disparurent en même temps que le monstre. Le cadet des deux frères s'effondra lourdement sur le sol et Quattro, après leur avoir à peine jeté un coup d'œil, rangea les cartes Numéro dans sa poche pour le rejoindre.
« Trey, appela-t-il d'une voix neutre en l'attrapant par l'épaule pour le secouer.
-Hum… Quoi ? marmonna la voix affaiblie de l'adolescent sous la masse de cheveux roses en bazar.
-Tu peux te lever. J'ai gagné. Cette fille n'aura pas ton âme cette fois.
-Tu l'as… eue ? Bien joué… »
Trey roula difficilement sur une épaule et se redressa en chancelant, bien plus à l'aise en position assise sur le sol, qu'il décida d'adopter pour l'instant. Ses yeux verts clignaient à intervalles réguliers, épuisés.
« Félicitations, reprit-il après avoir retrouvé la force de rouvrir la bouche. J'avais peur que ses provocations te fassent oublier la prudence, mais… je me suis trompé. Excuse-moi.
-Tu vas bien ? demanda son aîné au lieu de se mettre en colère.
-Oui, ça va. Je suis juste un peu désorienté… Ça passera dans une minute.
-D'accord, mais ne prends pas trop de temps. J'ai hâte d'aller passer mes nerfs sur un autre de ces idiots de chasseurs de Numéros !
-Quattro…
-Quoi, "Quattro" ? Tu es toujours content de répondre aux ordres que Vetrix nous donne, ça devrait te faire plaisir !
-J'aimerais juste que tu sois plus prudent.
-Je n'ai pas besoin d'une nounou. »
Mais il se trimballerait son petit frère durant chacune de ses traques, il le savait. Sans rien dire, il retourna auprès de Trey pour l'aider à se relever, un bras passé autour de ses épaules. Son cadet le regarda en souriant, le visage triste. Quattro sentit son estomac se nouer et il soupira avec irritation avant de lâcher :
« Je vais peut-être te ramener à la maison. Tu n'as pas l'air en état de battre qui que ce soit.
-Non, Quattro, ça va aller, protesta son frère. Je veux venger notre père, tout autant que toi.
-Tu ne vengeras rien du tout si tu t'évanouis encore une fois. Et je n'ai pas envie de devoir te sauver encore une fois. »
Il fit une pause et ajouta :
« Ça me met trop en colère quand on s'en prend à toi. Après, je suis obligé de prendre les choses au sérieux et tu sais que m'amuser est tout ce qui m'importe.
-Oh, Quattro…, murmura son jeune frère, ému.
-Quoi ?
-Non, rien… Tu as raison. Rentrons à la maison. »
