22 mai
Bataille d'oreillers : Edward « Ed » & Alphonse « Al » Elric
Full Metal Alchemist : Brotherhood
Un oreiller s'écrasa sur la tempe d'Alphonse, dans un geste qui aurait dû être fort mais qui s'avéra en fait hésitant et plutôt maladroit. Le polochon resta même tellement longtemps avachi mollement contre son épaule que l'adolescent, déboussolé, finit par plier son bras squelettique pour ramener le coussin contre sa poitrine. Ce geste dégagea sa vue. Il put donc voir son frère, désabusé et un peu désespéré, en train de se masser le biceps. Le gauche, celui qui lui avait été arraché par leur transmutation ratée durant plusieurs années.
« Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Alphonse en laissant retomber l'oreiller et son bras.
-Je n'ai pas encore retrouvé toute la force dans mon bras, expliqua son frère en continuant de faire des petits mouvements distraits. La rééducation prend plus de temps que je le pensais.
-Et moi alors, tu crois que je ne vais pas en avoir pour longtemps ? »
Alphonse plaisantait, mais sa voix, basse et parfois cassée, rendait sa blague tout à fait sérieuse. Edward le regarda d'un air concerné. C'était sûr que, après avoir été privé de cordes vocales pendant des années, devoir réapprendre à les utiliser était très difficile; on se (re)faisait avec lenteur aux vibrations dans la gorge, au souffle nécessaire pour les utiliser et aux modulations incessantes pour reproduire les différentes intonations. Quand il ne parlait que par l'expression de son âme, dans son armure, c'était moins difficile.
Mais le plus ardu à regarder, parfois, c'était son apparence physique. Il était si maigre, squelettique. Il s'efforçait de faire croire à son frère, à tout le monde, qu'il mangeait suffisamment, mais son estomac ne supportait pas la nourriture parfois. Ça ne l'aidait pas à regagner du poids et des forces… mais il savait que ça reviendrait un jour, ça prendrait juste du temps.
Au lieu de s'apitoyer sur son sort, il le dit à Edward :
« Ça reviendra, Ed, il te faut juste être patient.
-Je le sais, répondit l'ancien alchimiste, mais je ne te cache pas que ça me met en colère et que ça me frustre parfois. On s'est toujours débrouillés tous seuls et regarde où on en est maintenant…
-Ne te mets pas martel en tête pour ça, grand frère. On n'était pas très beaux à voir quand on a perdu nos corps non plus, souviens-toi. »
Edward sourit sans répondre, l'air un peu rasséréné malgré tout. Il cessa de malaxer son bras et attrapa son autre oreiller… qu'il lança de nouveau dans la tête d'Alphonse.
« Hé ! Mais qu'est-ce que tu fais ? protesta l'adolescent.
-Tu me dis de ne pas me mettre martel en tête, lança son frère, mais toi aussi, tu es complètement déprimé. Allez, réveille-toi un petit peu.
-Quoi, me réveiller ? Tu as vu dans quel état je suis ? se plaignit le cadet. Ça n'a rien à voir avec un bras ou une jambe, c'est mon corps entier ! »
Sans répondre, Edward se glissa au bas de son lit et récupéra un de ses coussins sur le sol. Puis, il le leva au-dessus de sa tête et l'abattit de nouveau sur la tempe d'Alphonse.
« Hé ! Tu pourrais me tuer ! se plaignit l'intéressé en essayant de se protéger avec les bras. Arrête ! Arrête ! Arrête ! »
Finalement, il en eut assez et se laissa tomber sur le côté, replia les jambes puis les propulsa subitement contre celles de son frère. La droite, celle qui lui avait été rendue après avoir payé leur tribut pour leur transmutation ratée, céda tout de suite et Edward s'effondra par terre.
« Hé ! Ma jambe la plus faible ! s'exclama-t-il, ses cheveux blonds tout décoiffés. C'est déloyal, Alphonse !
-Plus que de t'attaquer à un convalescent ! rétorqua son cadet, qui commençait à s'échauffer. Prends ça ! »
Il attrapa un coussin et le projeta dans la tête d'Edward. Le mouvement fut faiblard et, emporté par son mouvement, encore fragile, emporté par son élan, il faillit tomber du lit. La contre-attaque de l'ancien alchimiste la lui évita de justesse et son frère se retrouva bientôt sur lui, à essayer de l'étouffer avec son polochon, comme toutes les fratries pendant toutes les batailles d'oreillers.
Pour le piéger, Alphonse décida de faire le mort et cessa complètement de bouger, les bras en croix. Il s'écoula quelques instants durant lesquels Edward fit semblant de l'avoir achevé avant de se souvenir brusquement que son cadet avait encore quelques problèmes de respiration.
« Al ! Al, est-ce que ça va ?! s'inquiéta-t-il en dégageait immédiatement son visage.
-Ah ! Je t'ai eu ! triompha l'intéressé avant d'abattre, de toute la force dont il était capable, son oreiller sur sa tête. »
Les deux frères, épuisés par leur effort, s'accordèrent quelques instants de repos, effondrés sur le lit d'Alphonse.
« C'était vraiment déloyal de me faire croire que je t'avais étouffé, finit par s'indigner Edward en donnant un petit coup dans la joue de son cadet. Tu sais que je ne me suis toujours pas complètement remis de tout ce qu'on a traversé, n'est-ce pas ? Tu sais que je m'inquièterai toujours pour toi, même pour rien… jusqu'à ce que ces nuits de stress et d'angoisse soient derrière nous.
-J'espère bien que tu continueras de t'inquiéter quand même, plaisanta Alphonse en retournant le geste. Mais je vois ce que tu veux dire. Je te promets de ne plus te faire ça jusqu'à ce que tu sois remis.
-Comment ça, ne plus "me" faire ça ? Ne me dis pas que tu te fiches complètement de tout ce qui s'est passé ?
-Non, ce n'est pas ça. Ça m'empêche de dormir, parfois, c'est vrai, mais il suffit que je me tourne sur le côté pour que ça aille mieux. Tu veilles sur moi. Tu as toujours veillé sur moi. »
Edward lui sourit, touché. Les deux frères restèrent un moment à se fixer, leurs yeux dorés plongés dans ceux de l'autre, et puis l'aîné se tourna sur le côté en emportant la moitié de la couverture.
« Bon, ça suffit, maintenant, décréta-t-il. On dort.
-D'accord…, répondit Alphonse en se nichant dans son matelas avec un sourire de contentement. Bonne nuit, Ed.
-Bonne nuit, Al. »
Ça faisait du bien, les nuits comme celles-là. Tout paraissait si simple à nouveau.
