Petit mot de l'auteure : je lis en ce moment J'ai dû rever trop fort
Jour 23 : Nature
Contexte : pas de contexte précis
Il n'était pas vraiment dans la nature de Kaz Brekker d'être malade.
Pourtant, ce soir-là, Inej pouvait dire qu'il l'était. Certes, il s'efforçait de le cacher. Il conservait son masque d'impassibilité, traitait ses dossiers comme si de rien n'était. Pourtant, il y avait des signes qui ne trompaient pas. Il avait plissé ses yeux cinq fois, comme si la lumière de la lampe de son bureau était trop violente pour lui. Il avait frissonné trois fois, alors qu'elle avait bien veillé à refermer la fenêtre après s'y être introduite. Enfin, il avait fait une chose qu'elle ne l'avait jamais vu faire : il avait baillé.
Oui, il n'y avait aucun doute, Kaz était malade.
Malade et fatigué.
Pourtant, comme il fallait s'y attendre, il ne semblait pas décidé à l'admettre. C'était une chose qu'elle ne comprendrait jamais avec lui : pourquoi refuser de se montrer faible ? Il était le premier à supporter les femmes quand elles avaient leurs lunes rouges et à leur donner des jours de repos. Pourquoi n'acceptait-il pas l'idée que lui aussi pouvait ne pas être, certains jours, au meilleur de sa forme ? Parfois, elle avait l'impression qu'il avait presque peur à l'idée d'être malade... Comme si s'endormir en étant enrhumé le conduirait à se réveiller dans un champ de ruines.
Quoi qu'il en était, ce n'était certainement pas aujourd'hui qu'elle parviendrait à avoir une réponse à ses interrogations. Elle mit donc sa curiosité de côté pour se concentrer sur l'immédiat : forcer Kaz à lâcher prise et à se reposer.
Après réflexion, elle se décida donc pour une approche subtile : elle lâcha un bâillement.
- Je suis fatiguée...
- Et bien, va dormir, commenta Kaz sans lever les yeux de ses papiers.
- Oui mais je... Je n'ai pas envie d'aller dormir. Pas ce soir.
Avec le temps, Kaz avait apprit à ne pas la questionner quand elle faisait ce genre de déclaration. Elle avait en effet toujours un nouvel anniversaire plus sordide à fêter – jour son enlèvement, jour de son arrivée à Ketterdam, premier viol, premier coup, première punition... Certaines dates étaient difficiles à affronter. Aujourd'hui n'était pas vraiment un jour particulier, mais Kaz n'avait pas besoin de le savoir. Elle aurait pu se sentir coupable d'utiliser ses traumatismes pour le manipuler, mais elle ne le fut pas. Pas quand il lui offrit ce qu'elle attendait :
- Tu peux rester, si tu veux. Je veillerais sur ton sommeil.
Elle le remercia d'un hochement de tête.
Comme elle l'avait prévu, Kaz finit par s'endormir avant elle. Même si il ne l'admettrait jamais, elle savait qu'il n'avait cédé à l'appel du sommeil seulement parce qu'elle était là, pour s'assurer que les cendres ne le recouvrent pas.
Ou peut-être il n'en était rien, et se racontait-elle des histoires.
Mais au fond, cela n'avait guère d'importance.
Tout ce qui comptait, c'était qu'elle serait là pour veiller sur lui.
