Disclaimer : Les membres de Rammstein ont tous une vie et les éléments de ma fic n'en font pas partie... malheureusement.


Réunis pour un week-end de répétition qui s'était terminé dans le salon le dimanche soir, les membres de Rammstein se laissaient aller maintenant que l'alcool avait remplacé les instruments. La demeure de Till était isolée dans les montagnes, ils y furent alors tranquilles car ils l'avaient rien que pour eux.

Ils parlaient de tout et de rien sans pouvoir suivre une conversation plus de trois minutes. Il y en avait toujours un complètement ailleurs qui surprenait les autres en passant du coq à l'âne. Mais l'alcool les avait tellement embrumés que personne n'y faisait attention. Certains s'adressèrent spécifiquement à d'autres, autant que les concernés par le sujet purent suivre et répondre, mais les moins touchés par la boisson finirent par ne parler qu'entre eux. Till, Flake et Paul parlaient donc des quelques fausses notes que Richard avait faites lors de la répétition. C'était le moment idéal car ce dernier étant à moitié endormi, il valait mieux aborder le sujet maintenant et pas à un moment où il avait toute sa tête. Kruspe était d'une susceptibilité énervante déjà sobre, mais alors quand il buvait...

Bien évidemment, la diva se réveilla comme par enchantement lorsque son prénom fut prononcé à un instant des plus critiques et dangereux pour l'espérance de vie de Paul, qui dut malgré lui changer instantanément de sujet alors que tous s'étaient réjouis à l'idée que Richard allait subir les pires brimades pendant son sommeil. Voyant le plus jeune bâiller avant de le scruter, il dit de façon irréfléchie :

- Et les cheveux qu'elle se traînait...

Les autres sourirent, Till fixant malicieusement Richard en se demandant si Paul allait réussir à noyer le poisson après avoir trouvé un sujet crédible. Il fallait que Kruspe ne se sente plus étrangement observé depuis que son prénom "semblait" avoir été prononcé.

Paul se mit à parler d'une chose hasardeuse et insignifiante provenant réellement d'une période de sa vie : un dégoût temporaire des femmes aux cheveux foncés. Bien sûr, il inventa les détails les plus repoussants. Alors que Richard se sortit une cigarette - comme toujours -, les autres se préparèrent mentalement à s'ennuyer si le sujet ne leur permettait pas de garder les yeux ouverts.

- Rowena, la première. Ils étaient longs comme ceux de Raiponce et elle ne les lavait jamais. Coco... enfin Cornelia, elle avait les cheveux très courts, elle les lavait et pourtant l'odeur... oh putain ! C'était bête de ma part mais ces deux-là ont eu une mauvaise influence sur ma considération des brunes. Il y a même eu une période de ma vie où j'étais devenu anti-brunes. Le marron ou le noir, c'était pareil... aux chiottes ! La moindre groupie, ou même une femme qui voulait m'approcher pour me dire bonjour, je les évitais. Alors je ne te raconte pas dans ma vie de tous les jours.

- Tu cataloguais juste pour deux filles ? Qu'est-ce que t'as contre les cheveux noirs ?

Après avoir fièrement caressé ses cheveux en pics, Richard prit une bouffée de sa cigarette en le regardant d'une façon si perçante que Paul se sentit soudain d'humeur taquine. Il tint à tout prix à casser son assurance et sa fierté, mettre Richard à l'épreuve concernant son amour de lui-même.

- Ne fais pas comme si tu te sentais concerné, on sait tous que ce n'est pas ta couleur naturelle.

Richard serra les lèvres mais ne se laissa pas démonter. Après tout, le noir était devenu sa couleur depuis longtemps et il se considérait comme tel.

- Peut-être bien ! Mais moi au moins, je me rattrape sur la coiffure ! nargua t-il.

Tout le monde s'attendit à voir Landers monter d'un cran alors que sa "coupe de cheveux" venait d'être publiquement dépréciée, mais il resta très calme. Trop même !

- Une coiffure à la va-vite faite de gel et d'une ligne rouge inutile sur un côté... peut-être pour cacher un début de calvitie ?

Quelques rires menacèrent de sortir sous la puérilité de leurs vannes.

- Paul !

Croisant les jambes, Richard fixa sa cigarette d'un air absent. Tous les autres s'étaient mis à les regarder en riant de leurs échanges.

- Encore une remarque comme celle-là et je te viole.

Grognant, Flake lui donna une grosse claque derrière la tête.

- Aïe !

- Très distingué ! souffla Oliver.

- Goujat ! dit Flake.

Se moquant puérilement de Richard qui se frottait l'arrière de la tête en grimaçant, Paul imita son geste précédant en passant ses mains sur ses cheveux déjà lisses. Puis il fixa à nouveau celui qui l'avait "menacé" avec des yeux extrêmement ronds.

- Tu en serais presque sexy à me balancer ça dans cette position. Mais même si j'étais attaché, qu'est-ce qui te fait croire que tu y arriverais ?

Visiblement irrité par cette question dans laquelle il repéra un sous-entendu, Richard laissa tomber sa tête endolorie et remua nerveusement les bras.

- Tu insinues quoi là ?

Paul leva les bras et joua l'innocent.

- Rien du tout, monsieur le susceptible soi-disant dominant. Pourquoi avoir des arrière-pensées ?

- Et il se moque de moi... je te garantis que tu vas y passer si tu ne dis rien.

Un grand sourire aux lèvres, Paul passa les bras derrière sa tête en croisant les jambes.

- Allez, je te laisse deviner. Suspense...

Kruspe perdit patience et s'agita en soupirant. Que ce soit par taquinerie ou par volonté de l'embêter, il détestait ne pas avoir de réponses à ses questions.

- Tu veux tester mon côté "soi-disant dominant" ? Accouche, bordel ! Tu veux apparaître dans les faits divers ?

- Qu'est-ce que j'aime quand tu me menaces comme ça ! Mais ne t'y risque pas, j'ai mes gardes du corps.

Il désigna Doom et Till de chaque côté de lui qui s'amusaient de ses provocations. Mais d'un coté, Till n'aimait pas la tournure que prenait leur "discussion". Dans ce genre de conversations, Richard n'était jamais poli lorsqu'il buvait et surtout dans les cas où il était célibataire, mais là il allait trop loin dans l'agressivité. Lorsque Schneider remarqua sa préoccupation soudaine, il lui envoya un signe négatif de la tête avec un sourire après lui avoir tapoté l'épaule. Il semblait avoir confiance. Satisfait de le voir perdre ainsi ses moyens, Paul se lécha la lèvre et parvint à le faire rougir. Suite à cette petite faiblesse chez Kruspe, il sut parfaitement comment l'achever.

- En fait...

Il se leva du canapé pour s'approcher de l'autre, puis passa sans ménagement par-dessus les cuisses de Richard avant de lui prendre le cou. Retenant toute syllabe superflue de peur de casser cet instant étrange, les autres eurent la respiration coupée mais Paul n'attendit pas de peur que son ami ne se dégage sous la pression des regards. Approchant son visage au maximum, il dit suavement :

- J'insinuais juste que tu aurais du mal à me violer si je suis consentant, mon petit minet.

Aussi estomaqués que Richard par sa réponse, tous le virent embrasser son ami en lui agrippant fermement la mâchoire, avant de se relever à toute vitesse pour retourner à sa place.

- Wow !

- Yeaaaah...

- Bien joué, Paulie !

- Joli final !

Till et Ollie s'étouffaient de rire alors que Richard ne trouva plus rien à dire, rouge comme une brique. Après avoir tapé dans la main de Flake, Landers fixa l'autre guitariste avec une expression de triomphe si ambiguë que Richard en resta pantois. Souhaitant néanmoins savoir jusqu'où irait son ami, il demanda avec un rictus :

- Ah tu veux jouer à ça ?

Sachant bien que Richard ne tenterait aucune action en retour, Paul le poussa verbalement.

- Tu veux qu'on aille en discuter ailleurs ? Ben alors mon mignon, viens ! Tu es tout rouge, ça m'émoustille.

Till secoua la tête en les regardant tous les deux, et abandonna l'idée de reprendre chacune de leurs bêtises s'ils s'y mettaient avec autant d'entrain.

- Oh bon ben si tu suis sa lancée... ne va pas ta plaindre s'il finit par te la carrer dans un coin et qu'on ne peut pas venir sauver ton cul.

Rien que d'entendre ces mots, une certaine partie du corps de Richard s'emballa alors il se reprit. Commençant à penser à autre chose pour oublier les minutes trop chaudes liées à Paul, il se concentra sur les bouteilles qu'ils continuèrent de descendre. Paul fit de même, bien qu'encore attentif à la moindre réaction imprévisible de l'autre guitariste. Ce que l'alcool ne tarda pas à leur apporter.

Une heure plus tard, Oliver était debout à côté de la chaîne hi-fi. Il regardait les différents vinyles sur l'étagère et bougeait très lentement la tête en suivant le son relaxant dans ses oreilles. Flake avait la tête en arrière sur le canapé et se laissait bercer aussi, surpris que Till puisse être un adepte des musiques à basses fréquences. Richard s'ennuyait et de temps en temps, croisait le regard de Schneider qui avait l'air de s'amuser. Voyant son ami lui sourire de cette même façon qui faisait fondre Paul, Schneider envisagea une flopée de fins alternatives pour leur soirée pas commune. Quant à Till et Paul, ils feuilletaient une revue pas très catholique dans laquelle des femmes en tenue d'Ève posaient avec des instruments de musiques dans des postures explicites. Une pensée sale survenue dans sa tête, Paul ôta rapidement son doigt de la page qu'il allait tourner et regarda Lindemann de côté.

- Je dois m'attendre à trouver des pages collées ? demanda t-il avec dégoût.

Pour faire traîner son malaise, Till afficha un air sérieux puis sadique en regardant tout à coup les deux magazines sur la table basse.

- Non, pas dans celui-là.

Landers ferma les yeux et murmura :

- Oh putain, le dégueulasse ! Et il nous les passe en plus...

Un rire de Christoph lui parvint à l'oreille gauche accompagné d'un son obscène et bien que Till lui jura avoir menti, le plus petit n'eut plus du tout confiance. Il referma le bouquin et le balança sur la table en grimaçant. Bâillant grossièrement, Richard étendit ses jambes sous la table basse et passa ses bras au-dessus de sa tête pour s'étirer. Cette soirée entre eux était passée si vite que sa fatigue prit le dessus... jusqu'à ce qu'une pique ne le réveille. Voyant le regard du batteur se perdre dans le vague mais dans une certaine direction, Richard sentit son élan de provocation lui revenir.

- Qu'est-ce que tu as à fixer ma braguette, toi ?

Éberlué par cette question alors que tous les regards se pointèrent sur lui, Schneider fit une grimace.

- Mais il en veut ce soir lui !

- Ben là c'est toi qui as l'air d'en vouloir ! se défendit Kruspe en désignant ses propres parties intimes.

Derrière le dos de Paul à l'adresse du batteur, Till clama assez fort pour que le guitariste entende :

- Si tu veux, j'ai des saucisses dans mon frigidaire. Mais des vraies, pas de la contrefaçon comme la sienne.

Se fichant du guitariste suite à cette pique acclamée par les autres, le batteur regarda Richard balancer un des coussins du canapé sur le chanteur. Une fois que le silence fut revenu chez eux, Schneider revint à la charge. Pas question pour lui de laisser cette conversation mourir sur une énième provocation de Richard, ce serait comme lui laisser le dernier mot et donc la victoire.

- Te donne pas autant d'importance, tu crois que j'ai faim à ce point ?

- J'en sais rien mais si tu désespères, je veux bien te faire avaler ce qu'il y a derrière.

S'attendant à une cascade de répliques piquantes étant donné que leur soirée avait de toute façon débuté sur des sujets sexuellement douteux, les autres restèrent attentifs à chaque réponse au point qu'Ollie était revenu s'asseoir. Sans délaisser leurs boissons, ils regardèrent particulièrement Doom en espérant une réplique bien tordue de sa part. Après tout, il était celui qui avait le moins sa langue dans sa poche en général et il n'avait pas peur des mots dégoûtants.

- Voici les effets de la fatigue sur un guitariste lambda ! murmura Till.

- Je te remercie, moi je ne suis pas aussi atteint ! répondit Paul.

- "Pas aussi atteint" ? Alors que tu prétendais être consentant ?

Paul ne répondit à ça que par un clin d'œil.

- Allez ! Désespéré ou pas, viens manger si tu as la dalle. J'ai de la sauce en rab ! insista Kruspe.

D'une mine faussement insultée, Schneider pointa l'entrejambe de Kruspe avec une mine de dégoût.

- C'est vrai qu'il faudrait être désespéré. Boulotter ce petit truc pour rester sur ma faim, non merci.

- Putain ! Tu vas voir, toi.

Richard passa d'un canapé à l'autre pour se jeter sur lui sous les éclats de rire des autres. Par réflexe pour ne pas se faire écraser, Till et Paul s'écartèrent pour changer de canapé. Profitant de la vue à quatre en face, ils rirent alors que Richard retint Christoph sur le dos pour le chatouiller sans le laisser respirer une seconde.

- Tu vas t'en pisser dessus, je te le garantis.

Se débattant furieusement, le batteur hurla de rire. Cela faisait si longtemps que personne ne l'avait chatouillé qu'il se croyait devenu complètement insensible à ces sensations.

- Arrête !

- Ah il va falloir me supplier pour ça ! s'écria Richard, victorieux et impitoyable.

- Même pas en rêve... AAAH !

Le visage de Doom était rouge sous la chaleur et le peu de mouvements qu'il réussit à effectuer ne lui permirent que de s'étendre sur la totalité du canapé, facilitant les choses à Richard en lui donnant plus d'accessibilité lorsqu'il se plaça au-dessus de lui. Doom envoya involontairement un genou dans le flan du guitariste mais ce dernier continua de le torturer. Richard l'immobilisa en s'allongeant sur lui pour l'empêcher de se défendre, engendrant ainsi des sifflements sur l'autre canapé, puis il s'en prit aux recoins les plus sensibles du batteur. Sous les encouragements des autres qui se mirent au pop-corn avec exaltation en les regardant, Kruspe ne s'arrêta que deux minutes plus tard, lorsque lui-même se fatigua et sentit son visage bouillir. Mais au lieu de se relever du batteur pour que chacun ne reprenne son souffle de son côté, il resta au-dessus de lui et ils se regardèrent longuement, laissant leurs respirations redevenir stables. Pris de petits rires, ils entendirent un raclement de gorge annonçant une prochaine provocation de l'autre côté et murmurèrent dans leur coin.

- Changement d'ambiance ! constata Oliver en se caressant le bouc.

- C'est vrai, vous comptez rester comme ça longtemps ? fit remarquer Till.

Troublés par les mots du chanteur autant que par leurs positions intimes, les musiciens ne purent se résoudre à regarder les autres ni même à se relever. Pire encore, ils rougirent de gêne mais restèrent figés l'un sur l'autre. Leurs regards ne se quittèrent plus et comme les bras de Richard commencèrent à trembler sous son poids, il s'abaissa par perte d'énergie et se retrouva à quelques centimètres du visage de son ami. Paul et Flake inclinèrent la tête de façon à ce qu'elle se retrouve dans le même sens qu'eux, puis les saluèrent d'un grand signe de la main. Sachant qu'avec ça, ils n'échapperaient pas à une autre remarque, Richard les devança.

- On est confortablement installés et on restera comme ça aussi longtemps que ça nous plaira.

- Oui, et on vous emmerde ! conclut Schneider.

Préférant délaisser leur prolongation horizontale sachant que cela n'irait plus nulle part, qu'ils agissaient par pur défi, leurs camarades passèrent à autre chose et s'occupèrent comme ils purent. Déjà qu'ils étaient serrés à quatre sur ce canapé... Avec humour, Paul leur proposa de laisser sa place. Ce qu'ils apprécièrent avant qu'il ne dévoile son envie de s'allonger sur eux trois, demande refusée à l'unanimité et sans surprise. Il préféra donc rester assis de peur de se voir "banni" du canapé. Faisant semblant de bouder, Paul les qualifia de "cruels grands frères" et croisa les bras en préférant regarder ses amis allongés. Cependant, il trouva l'opportunité de les tromper tous sur ce coup lorsque son portable vibra. Il se leva du canapé et s'éloigna en faisant celui qui était concentré sur son message reçu. Comme il s'y attendait, les autres avaient baissé la garde et lui reprirent la place. Pendant qu'il fit semblant de répondre, Flake et Ollie commencèrent à feuilleter les magazines pornos de Till. Ce dernier avait un sourire lubrique sur le visage et observa chacune de leurs réactions au fil des pages. Décidé, Landers profita de l'occasion. Il se précipita de façon énergique et leur sauta dessus, réussissant à leur faire peur mais surtout à leur faire jeter l'éponge.

- Mais il se croit où lui ? râla Till.

Après s'être effectivement moqué en riant de façon trop puérile pour être sincère, Paul se défendit lamentablement.

- Je teste ma fluidité.

Ses amis en face exhibèrent leurs pouces et clamèrent :

- Bien joué Paul !

- Bel élan !

- Deux allongés l'un sur l'autre et un troisième sur nous. Ils ne savent vraiment plus boire, de vrais fossiles ! dit Lorenz en regardant les trois concernés.

Pendant que Paul les écrasa gentiment pour se mettre à l'aise sur le dos, ses amis reprirent leur lecture et lui put s'occuper avec son téléphone. Mais alors qu'il commença à sentir l'ennui le gagner, il remercia le côté féminin de la soirée car comme il fallait s'y attendre, l'un des hommes se retrouva dans un état embarrassant à l'entrejambe. Une certaine image représentant une brune dans la position inversée à celle de l'homme qui la prenait n'avait pas laissé Oliver de marbre, et Till en constata l'effet lorsqu'il lui redonna le livre de façon brusque en rougissant violemment.

- Moi aussi elle grimpe quand je la mate, sois pas pudique.

- Je n'avais pas envie de le savoir ! répondit Oliver.

Son pauvre ami était déjà assez gêné d'être excité à cause d'une image, il ne voulait pas donner l'impression d'être en manque en éternisant la conversation là-dessus. Par chance pour lui, Paul se "rabaissa" également.

- Ne vous plaignez pas alors que j'ai la tête pile à côté, c'est moi qui ai l'impression d'avoir gravi l'Everest.

- Si tu veux, j'ai un dvd à la dernière page et tu la trouveras en pleine action. De toute façon, les soixante-neuf sont toujours plus bandants en vidéos. D'ailleurs, il y a vraiment une guitare dans l'histoire ! ajouta Till avec un sourire pervers.

Blasé, Oliver haussa les sourcils en se demandant en quoi une guitare avait sa place dans un film pornographique en tant qu'élément aphrodisiaque. De toute façon, il n'y avait plus de place pour ce genre de choses dans son esprit depuis longtemps.

- Je n'préfère pas demander.

Pestant alors que Till plaça volontairement le magazine entre eux pour le regarder, Ollie souffla en fermant les yeux mais Paul tapa d'un doigt juste en dessous.

- Hé ! Je n'ai droit qu'à la couverture du magazine, alors arrêtez de me laisser dans l'ignorance et faire-moi voir cette bichette. En voilà des manières, bande d'égoïstes !

Lorenz leur prit le magazine et pour rajouter une bonne couche à l'exagération précédente, il le retourna dans tous les sens pour changer les angles de l'image.

- Mignonne ! Mais bon, elle n'est pas à mettre sur le podium non plus.

- Mais faites voir ! demanda Paul.

La revue finalement en mains, il croisa les jambes sur ses amis outrés et exprima son confort par un long soupir d'extase. Lindemann soupira lorsque la tête du guitariste disparut complètement sous les pages.

- Pas maaaal !

- Ça va ? Son Altesse n'a besoin de rien d'autre ?

- Si, je veux bien que tu me branles pour me faire plaisir. Comme ça, je peux tenir le bouquin sans faire le travail et...

- Foutez-moi ce machin par terre ! coupa Lindemann.

Lorsque Till, Oliver et Flake commencèrent à le renverser, Paul sut ce qui allait lui arriver car ils ne plaisantaient pas. Se voyant aller vers le sol, il se prépara à la chute alors que Richard et Christoph hurlaient de rire en le regardant. Bien qu'il riait aussi, Paul plaça ses mains de façon à protéger son visage lors de l'atterrissage.

- ARRÊTEZ, JE PLAISANTAIS.

Rien à faire, il se retrouva par terre dans la seconde qui suivit. Bien que Chris et Richard le perdirent de vue à cause de la table basse, ils l'entendirent éclater de rire sur le tapis et ce fut contagieux pour tout le monde. Sur ordre de ses trois amis à côté, Paul fut privé de se remettre debout jusqu'à nouvel ordre. Bien qu'il osa tout démentir en prétendant être un "petit ange", il ne joua pas avec le feu pour une fois. Il lui fallut plus de cinq minutes afin de sentir lui-même qu'il avait vraiment retrouvé sa tranquillité. Pourtant, il ne se releva pas car se placer près de ceux qui l'avaient balancé serait suicidaire en cas de rechute. Il préféra rester assis à feuilleter les revues directement sur la petite table. De plus, il avait une double distraction sur qui il gardait un œil très attentif : Kruspe et Schneider. Les deux hommes n'étaient concentrés que sur eux-mêmes, entièrement plaqués l'un sur l'autre et cela ne semblait plus les gêner. Leurs visages à quelques centimètres d'écart, ils étaient dans un autre monde. Après avoir silencieusement alerté ses trois amis derrière lui, qui n'en demeurèrent pas moins estomaqués, Paul finit par se lasser de leur inactivité et continua de regarder les revues avec les autres.

Till feuilleta sans grand intérêt car il connaissait chaque page de ces magazines qu'il n'avait que trop parcourus. Paul regarda juste les images et Ollie abandonna cette activité de peur de garder son érection jusqu'au lendemain. À la place, il entama une grande conversation avec Flake à propos de leurs costumes de scène... pour dévier injustement sur les kilos qu'avaient pris Till et Richard avec l'âge. Lorsqu'il s'en rendit compte, Lindemann tapota vivement sur sa cuisse et lui montra qu'en face, Schneider avait du empêcher Richard de rechanger de canapé pour sauter sur quelqu'un. En effet, le guitariste était très susceptible sur son apparence.

- Au moins, tu l'as tiré de sa transe ! dit Till.

Paul avait tiqué sur cette façon dont Doom avait retenu Richard avant de le ramener de nouveau sur lui. Ses amis devenaient étranges ce soir mais il mourrait d'envie d'en voir plus. Gardant néanmoins son impatience pour lui, Paul s'adossa au canapé et entre les jambes de Till, autour desquelles il enroula ses bras. Alors que ce dernier le réprimanda, Paul se posa l'index sur les lèvres avant de désigner ceux d'en face en murmurant :

- Ils vont finir par s'en rouler une, je ne veux pas rater ça.

Till rit tout bas avec Oliver, mais Flake ne sembla pas y croire. À voix basse, Paul n'hésita pas à parier avec lui cent euros qu'ils s'embrasseraient avant la fin de la soirée et Flake accepta. Alors que Schneider et Kruspe ne semblèrent pas décidés à changer de position, se murmurant des petits mots, le quatuor recommença à faire comme si de rien n'était par simple monotonie. Enfin en apparence, car ils faisaient semblant rien que pour mieux les observer. Les deux hommes allongés n'en sachant rien, Richard fit un léger mouvement car son corps s'engourdissait, mais il ne réussit qu'à provoquer un brusque frottement entre leurs organes génitaux. Stoppant tout mouvement, ils se mirent tous les deux à rougir en espérant que ce contact était passé inaperçu, mais aucun n'osa regarder les autres pour en avoir le cœur net. Désespéré mais amusé aussi, Kruspe se maintint plus haut sur ses mains et murmura à l'oreille de Chris :

- J'ai chopé une érection, j'ose pas me relever.

Bien que rieur, Schneider fit de même.

- Pareil pour moi depuis que j'ai senti la tienne. Je propose qu'on attende qu'ils se lèvent et on passe le temps, ça te dit ?

Bien que troublé par ces mots tranchants, Richard n'en demeura pas moins émoustillé.

- Passer le temps... comment ? Et comment savoir quand ils vont se relever ? Mes bras lâchent complètement.

À ces mots, Chris se lécha les lèvres sans faire attention aux regards de plus en plus attentifs en face d'eux.

- Tu sais quoi ? On va accélérer les choses à notre sauce. Relâche doucement tes bras, laisse-toi tomber sur moi.

- Entièrement ? Mais on risque de...

- Aie confiance ! coupa Doom.

Répondant positivement à sa question, Doom l'accueillit avec ses mains en les glissant lascivement dans le bas de son dos... et avec ses lèvres en les ouvrant au contact des siennes lorsqu'il lui "tomba" dessus.

- Et gagné ! Par ici la monnaie ! s'exclama Paul en sautant sur le tapis.

Après avoir réclamé son dû à Flake en tendant la main vers lui, ce dernier prétendit ne pas avoir la totalité de l'argent dans ses affaires. Paul ricana et menaça de le harceler une fois sortis s'il ne lui donnait pas tout.

- T'es pas trop jaloux, Paul ?

- Jaloux pourquoi ? Ils m'ont fait gagner mon pari.

Ollie désigna face à eux.

- Ben Schneider embrasse ton mec là !

Alors que les "tourtereaux" ne s'occupaient même plus d'eux, Till leva le doigt.

- Je te rappelle que Richard n'est pas un homme fidèle.

- Alors Paul ?

D'un sérieux et une indifférence peu crédibles, Landers plissa les yeux et fusilla l'assistance en dehors de Doom et Richard.

- Je m'en fous, j'emballe Richard quand je veux.

- Tiens donc ! se moqua Till.

Après avoir souri en jetant un regard entendu à Doom, Richard se lécha les lèvres. Voyant ses yeux brillants d'envie, Schneider appela leur ami.

- Paul, viens voir un peu par ici.

- Oui, on a quelque chose à t'annoncer ! approuva Kruspe.

Ce dernier s'approcha, se doutant que ses amis avaient une idée en tête. Et il s'en ficha puisqu'il voulait à cet instant mettre une "claque" à leurs trois autres amis. Il fut à peine arrivé vers le canapé que Doom lui attrapa le bras, laissant au plus jeune la possibilité de lui agripper la nuque pour l'embrasser à pleine bouche. Oliver fit les gros yeux.

- Restez habillés, c'est un ordre ! souffla Flake.

- Tout ça va finir en partouze, je vous le dis.

Till croisa les jambes et se pencha sur le côté pour mieux voir.

- N'oublie pas la langue, petit frère, comme je t'ai appris.

Suite à ses mots et son rire subit, Flake émit une ignoble grimace de dégoût vers le chanteur.

- Tu es dégueulasse, Till... Putain ! Il faut que j'aille prendre l'air maintenant, j'ai l'alcool qui remonte.

Par soutien pour leur claviériste, Oliver et Till se levèrent également afin de s'extirper un peu de cette atmosphère bouillante. Ils avaient besoin de respirer et de laisser leurs amis retrouver leur âge mental. Sur le balcon qui surplombait la noirceur nocturne de son immense terrain, le chanteur couina de désespoir alors que leurs bières étaient restées au salon et que leurs plaisirs à eux avaient disparu. Il expliqua que dès qu'ils en auraient marre, les autres les rappelleraient rien que pour crier victoire. Flake s'alluma une cigarette sous l'ennui.

- Tu ne devais pas arrêter ? demanda Riedel.

- J'essaie. Mais on n'a rien d'autre à faire le temps que ces énergumènes viennent faire les malins en disant "on vous a bien eus".

Sans comprendre, Ollie soupira.

- Alors pourquoi on est sortis si on pensait avoir nous-mêmes le dessus ? On leur a juste donné le moyen de nous faire peur.

- Parce que si on était restés, ils auraient continué de nous emmerder jusqu'à plus soif ! répondit Till.

Empêchant Lorenz de se pencher dans le noir, il l'éloigna du bord par prudence car son ami marchait de travers.

- Je pense qu'ils ont du s'exciter un peu trop alors ils doivent ruminer leur honte en rougissant comme des puceaux effarouchés. Ou alors ils se sont rassis et attendent qu'on y retourne.

- Ils continuaient de se bouffer des yeux quand on est sortis, ils n'en avaient rien à cirer de nous. Alors tu crois que c'est une bonne idée d'avoir laissé trois partouzeurs complètement bourrés sur ton canapé ? On leur a donné l'excuse et le moment idéal pour une première fois entre potes.

Lorenz conclut avec un rire sournois et ajouta qu'ils n'avaient plus qu'à tendre l'oreille pour écouter. Repensant aux effets de l'alcool sur les trois hommes, ainsi qu'à l'influence qu'ils avaient eue les uns sur les autres toute la soirée, Lindemann pâlit lorsqu'il imagina son canapé être la cible d'une violente activité sismique... et de ce qui en "découlerait".

- Dès maintenant, je te recommande de le cramer ou de le bazarder.

Il n'y eut plus aucun rire ni regard vers la maison, de peur de commencer à entendre des bruits suspects. Les trois hommes se turent, leurs regards ahuris perdus dans la nuit noire. Ils espérèrent en silence et Till se mit à faire les cent pas lorsque l'envie de remuer fut plus forte que sa sagesse.

Dans le salon, les trois musiciens buvaient tranquillement leurs bières. Ils avaient passé dix minutes à s'amuser en prenant des photos d'eux dans des positions inappropriées, afin de les envoyer toutes en même temps à Till. Ils avaient même été jusqu'à se mettre torses nus, et se caresser en s'embrassant à trois pour accentuer leur délire. Riant désormais de leur plaisanterie, ils regardèrent Richard qui savourait l'instant de l'envoi du fameux message.

- Au fait, c'était quoi ce "n'oublie pas la langue comme je t'ai appris" ?

"Oh putain, ce n'est pas fini" pensa Till. Tournant très lentement la tête, il vit Oliver et Flake le fixer tels des enquêteurs, les bras croisés avec des haussements de sourcils, mais des lèvres pincées prêtes à éclater de rire.

BZZZZZ

Till n'ayant rien d'autre à faire, il remercia intérieurement ce hasard et sortit son téléphone, mais...

- PAUL ! RICHARD ! CHRIS !

Il avait retrouvé tout son punch grâce aux photos envoyées par son ami. Malheureusement, il allait devoir remplacer sa porte vitrée qui avait explosé sous le choc de l'ouverture.

Fin.