Bonjour baguette

Disclaimer : Hetalia appartient à Hidekaz Himaruya


De deux cent dix mètres de long, le ministère de la Guerre occupait presque dix pour cent du Ring. Pour François-Joseph, il s'agissait du bâtiment le plus important. Aujourd'hui le siège de différents ministères, seule la statue du maréchal Radetzky, homme honni des Italiens, laissait une trace du goût qu'avait l'empereur pour la guerre.

Roderich, lui, n'aimait pas la guerre. Il n'avait été aussi bon à la guerre qu'il ne l'aurait voulu, et ce fait l'avait souvent chagriné par le passé. Les situations auxquelles il avait été confronté étaient souvent embarrassantes, et les défaites qu'il avait maintes fois essuyé n'étaient jamais oubliées à son plus grand désarroi. Comment se rappeler du positif quand ses nuits étaient hantées par l'autre piefke ne sachant que l'humilier ? L'audace de faire appel à un peintre pour laisser une trace de son visage défait dans l'Histoire avait été un coup de trop dans son ego. L'infâme Prussien osait le faire mettre à genoux pour lui implorer sa clémence, pensant qu'il ploierait à la moindre occasion. Ô Dieu, il détestait cet homme.

Rien chez ce Prussien ne lui valait une place dans l'estime de l'Autrichien. Il détestait son attitude, un véritable fanfaron ! Il faisait la même taille que lui, c'est consternant ! Ses yeux avaient le même éclat que des rubis, pour qui il se prenait avec de pareils bijoux en plein milieu de la figure ? Ses cheveux étaient si clairs, c'est trop lumineux ! Il tenait un journal intime, c'est attendrissant ! Le Prussien se prenait pour le meilleur, jamais l'Autrichien n'avait vu quelqu'un d'aussi orgueilleux ! Franchement, comment pourrait-on estimer positivement cet idiot ?

Avec horreur, Roderich Edelstein réalisa que Gilbert Beilschmidt, qu'il avait observé durant toutes ces années pour lister ses défauts, commençait à avoir une place spéciale dans son cœur. Il était imbécile de cet homme, chaque pensée qu'il avait à son encontre l'effarait de plus en plus. L'appréciait-il ? Curieusement, le mot dans sa tête paraissait juste. Passé ses lèvres, le mot paraissait faible.

Avec horreur, Roderich Edelstein réalisa qu'il était sur le point de capituler face à Gilbert Beilschmidt. Inconcevable. Inacceptable même.

Kapituliere, Roderich ! Il ne pouvait pas.

Il ne savait pas quand cela avait commencé. Au début, ce n'était que de simples œillades, un discret regard jeté par-dessus l'épaule pour s'assurer qu'il ne faisait rien pour l'embêter. Roderich ne savait pas quand il avait vraiment commencé à voir Gilbert différemment. L'Autrichien se sentait perdu. Son sens de l'orientation était déjà catastrophique, et le voilà à se perdre aussi dans ses propres pensées.

Austria réalisa que Prussia n'était plus, physiquement, au centre de son univers depuis un moment déjà.

Quand fut la dernière fois que l'énergumène se ramena chez lui pour y mettre le bazar ? La dernière fois qu'il le prit en traître pour l'humilier ? La dernière fois qu'il lui avait parlé ? La dernière fois qu'il l'avait appelé par des adjectifs désobligeants ? Austria se sentit bête de se remémorer uniquement les pires moments qu'il avait eus avec cet homme.

Un étrange sentiment le prit par la gorge. Prussia s'était-il lassé de lui, pile au moment où il allait capituler ? Avait-il réalisé que son attitude ne l'affectait plus de la même manière que par le passé ? Le trouvait-il désormais ennuyant, presque indigne de ses brimades ? N'était-il que le stupide aristo coincé pour lui ?

Ne comprends-tu pas ?

Pourquoi n'arrivait-il pas à penser à autre chose ?

Kapituliere, Roderich !

Avait-il déjà capitulé ? Devait-il nier ? Non, ce n'était pas possible ! Devait-il se rendre à l'évidence ? Oui, c'était possible.

Il était vraiment pitoyable. Avait-il vraiment capitulé ? Si facilement ?

"SILENCE !"

Le brun sursauta, et ses lunettes manquèrent de tomber de son nez. Il avait complètement oublié la réunion malgré le chahut, constante des réunions entre nations.

L'ordre du jour était la question de la gestion des crises, en particulier des cas sanitaires. L'objectif était d'arriver à établir un protocole commun pour gérer une crise de ce type, et de discuter des cas particuliers. Bien évidemment, comme d'habitude, la réunion se tourna bien vite sur d'autres sujets, dont pourquoi les États-Unis d'Amérique se devaient de sauver le monde d'une hypothétique invasion extraterrestre.

Roderich se risqua à jeter un coup d'œil à Gilbert, installé à son extrême opposé. Là, entre Spain et France, le fanfaron riait d'une quelconque bêtise. Son rictus amusé eut le don d'énerver le brun, alors que la réunion allait reprendre dans un calme retrouvé. Du moins, c'est ce qu'essayait d'entreprendre Germany, à deux doigts de sauter sur l'Américain qui troublait chacune des réunions depuis des décennies.

Ruminant dans son coin, coincé entre le taciturne Switzerland et la guillerette Hungary, l'Autrichien ne pouvait que s'impatienter de quitter cette salle si bruyante.

Son regard dériva de nouveau vers Prussia, qui s'était tu lorsque son frère hurla une énième fois en tapant du poing. Austria eut un sourire en coin, satisfait que le caquet fut rabattu.

Il n'avait pas capitulé. S'il ne pouvait pas s'ôter cet homme de sa tête, il devait tout simplement le laisser au fin fond de son esprit. Roderich n'avait pas perdu la guerre, même si son adversaire ne savait même pas qu'elle avait commencé. Il ne lui donnera pas ce plaisir.

La réunion prit finalement fin, Roderich n'ayant pas décroché un mot, comme la plupart de ses pairs. Il se leva difficilement de sa chaise, des fourmis dans les jambes à force de ne pas bouger. Le brun balaya la pièce de ses yeux améthystes, remarquant qu'il ne restait que peu de monde. En autre, il n'y avait que lui, Germany et Prussia. Si Roderich tolérait la présence de Ludwig, celle de Gilbert avait l'effet d'une puce sur le dos d'un chien. Elle était indésirable. Fatalement, le nuisible posa ses yeux sur lui, son visage se tordant d'une expression purement diabolique. Peut-être exagérait-il, mais Roderich trouvait que Gilbert tenait plus du petit démon qu'autre chose.

D'un geste désespéré, ne voulant pas lui adresser la parole, l'Autrichien se dépêcha d'atteindre la porte de sortie.

À peine fut-il à l'extérieur que le brun sentit derrière son dos une présence qui lui fit hérisser le poil.

"Tiens donc, ne serait-ce pas Little Master ?"

Un ton jovial qui lui fit grincer des dents. Roderich se tourna pour voir le visage si familier de Gilbert. Ce visage lui faisait mal rien qu'au simple coup d'œil. Comment pouvait-il se montrer si faible intérieurement face à lui ?

Kapituliere, Roderich !

C'était vraiment agaçant, ce poids dans sa poitrine. Il se crispait à la moindre pensée affectueuse, non, simplement aimable à l'égard du Prussien. L'Autrichien ne décrocha pas un mot, plantant son regard lassé dans ce regard toujours aussi arrogant. Il n'écoutait même pas ce que lui disait l'homme, se décidant à tourner les talons. Il ne capitulait pas, il ne capitulera pas si facilement. Toutefois, éviter les problèmes en s'en allant était un mouvement intelligent.

Évidemment, Gilbert fut piqué au vif. Comment Roderich osait-il l'ignorer de cette façon ? Spontanément, il l'arrêta en lui prenant le bras.

Pour le brun, c'en était trop. Pour qui se prenait cet idiot ? Au diable ce troublant regard rubis ! Au diable ce poids dans sa poitrine ! Roderich Edelstein ne capitulera pas face à Gilbert Beilschmidt. D'une colère nouvelle, d'une colère qui ne lui allait pas, l'Autrichien se tourna à nouveau face au Prussien. L'améthyste se dressa contre le rubis.

"Le monde ne tourne pas autour de toi, Gilbert Beilschmidt !"

Brusquement, Roderich se défit de l'emprise de Gilbert. D'un pas rageur, l'Autrichien quitta la pièce aussi vite qu'il le put, laissant derrière lui un Prussien pantois.

Roderich n'aimait pas la guerre, mais capituler ne faisait pas partie de ses plans.


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