Auteur : It's-a me

Titre : « Celsius »

Pairing : DainKae, Chaeya et d'autres.

Genre : Family, Angst, Romance, Drama (oui 4 genres, laissez-moi)

Rating : M (scènes de sexe, d'automutilation, consommation d'alcool et de drogues et d'autres trucs pas super funky)

Note : Bonjour, bonsoir, bon anniversaire, joyeux Noël, bonne année, bonne santé, ne buvez pas trop d'alcool et mangez vos légumes verts. J'ai passé un moment sans écrire mais il se trouve que je suis tombée dans un trou qui s'appelle Genshin Impact et que ma foi c'est fort distrayant mais très chronophage.

Mais venons-en au fait. Cette chose, les amis, est une fic qui déjà de 1) possède visiblement un libre arbitre mais c'est un autre sujet et de 2) est un Kaeya centric, une pure et dure tranche de vie de l'existence terrible de ce pauvre garçon qui ici, avance à tâtons dans l'errance la plus totale pendant que ses proches tentent de toutes leurs forces de le rattraper pour qu'il n'explose pas en plein vol. Et croyez-moi, c'est pas gagné. D'aussi loin que je me souvienne, je bosse sur ce truc et y pense H24 depuis décembre/janvier, alors autant vous dire que le bébé va être balèze.

Cette fic est un Modern AU donc tout sera pas mal différent du canon, et les perso' risquent d'être ultra OOC ! So ! Vous ! Êtes ! Prévenus ! Kaeya et Diluc sont plus jeunes et ils sont étudiants, Crépus n'est pas mort (best daddy mérite de vivre 10/10 would recommend), et d'autres trucs. Je me suis amusée avec ce texte, j'adore les univers alternatifs où tout ce petit monde prend bien cher. Déso. Also je me rends compte que la consommation d'alcool et de drogues devient un sujet récurrent dans mes fics et je m'inquiète mdr

MAIS BREF, j'arrête de raconter ma vie et je vous laisse découvrir la bête. Bonne lectuuuure

Soundtracks : Dans l'ordre « My Heart Has Teeth » - DeadMau5 ; «Keep It Tucked » - ThxSoMch

TW : Consommation de drogues


Celsius I

Skin - Kaeya


Vendredi 31 octobre 2008 - 00:54

L'entrée du sous-sol était bardée d'une rangée de néons qui projetaient leur lumière vive sur les murs, aveuglant ceux qui descendaient pour s'enfoncer dans les entrailles de la boîte de nuit. Deux silhouettes se faufilaient vers la cave, silencieuses, sveltes, poussant d'un même geste les lourdes portes matelassées du club qui laissèrent s'échapper les notes furtives d'un morceau de techno aux basses agressives, inondant momentanément la rue et perçant la réalité pour créer une autre dimension menant droit vers le monde de la nuit.

Kaeya avait l'impression que ses pas étaient aussi légers que s'il avait marché sur un nuage. Si ses semelles foulaient bel et bien le sol en pierre poisseux du Celsius, il se sentait incroyablement léger. Ses gestes étaient lents, comme dans un rêve. Ses mouvements, entravés par une couette imaginaire. La transe assourdissante était lointaine, la lumière hachée, vive, épileptique du stroboscope glissait sur le myosis de ses pupilles comme s'il n'avait s'agit que d'un simple rayon de soleil. L'héroïne l'avait emmené loin, arraché du monde réel et projeté dans un mirage de rêve. Dans son dos, il sentait la main de Childe. Elle était chaude et le brûla lorsqu'elle remonta sur la peau dégagée de sa nuque.

Dans le sous-sol, l'atmosphère était moite, l'air rendu irrespirable par le nombre démesuré de danseurs et danseuses déchaînés qui sautaient avec force sur la piste comme s'ils avaient décidé d'en venir à bout. On se serait cru dans une serre où la lourdeur de l'air bloquait le souffle, un jardin d'hiver musical où le son que dégueulaient les amplis était si puissant qu'il rendait sourd et faisait battre le cœur au rythme des basses, cognant entre les côtes, faisant vibrer le sang, la lymphe, la sueur et les larmes.

Guidé par la main de Childe contre son cou, Kaeya fendait habilement la foule, serrée et compacte, pour se faufiler jusqu'au bar, large ouverture de lumière qui habillait tout le mur du fond de la salle. Le jeune homme posa ses mains sur le comptoir au bois tâché par les ronds de verre et les gouttes d'alcool renversées par mégarde, penchant son buste par dessus la bure, glissant presque ses lèvres contre l'oreille du barman pour se faire entendre et briser le vacarme. Le garçon aux cheveux blonds, noués en une couette basse et aux yeux émeraudes lui fit comprendre d'un hochement de tête qu'il avait déchiffré le message, et se retourna pour se mettre au travail. Ses doigts s'enroulèrent autour d'un shaker qui luisait d'argent. Sous les lumières intermittentes, Kaeya devina l'éclat de deux petites perles rouges à ses lobes. Derrière lui, les bouteilles alignées faisaient comme un immense vitrail. Trente secondes plus tard, le verre était posé sur le comptoir, et Kaeya porta à ses lèvres la liqueur dorée qui disparut au rythme des aller-retours de sa paume d'Adam. Childe s'était glissé à sa droite, parlant fort à son oreille pour se faire entendre par-dessus le bruit. Kaeya sourit, se retourna vers lui, et partagea le goût sucré du cocktail en fondant sa bouche contre la sienne. Le rouquin se passa la langue sur les lèvres. Kaeya lui tira la sienne, traversée d'une barre en titane. Ils s'embrassèrent encore, et quittèrent le bar pour la piste de danse.

Et alors, momentanément, le cocktail tempère les effets de l'héroïne. L'engourdissement le quitte. La piste est bondée, et la température dans le sous-sol au plafond bas avoisine les quarante degrés. C'est de là que le night club tire son nom: s'il n'est rien de plus qu'une crypte glaciale le jour, aux murs de pierre et au plafond croisé d'arceaux gothiques, la salle troglodytique se transforme en une véritable ruche mécanique et brûlante dès la tombée de la nuit.

Les muscles de Kaeya sont moins engourdis, ses gestes deviennent plus vifs. La lumière bleue qui baigne la boîte de nuit cerne la minceur de son corps et lui donne quelque chose d'électrique. La musique change, troque l'électro contre du rock. Kaeya sourit. Childe et lui se déchaînent sur la piste comme si plus rien ne comptait, comme s'ils venaient d'apprendre qu'ils allaient mourir et que cette nuit serait leur dernière. Ils sont trempés de sueur, sentent les mèches qui leur collent au visage, le t-shirt plaqué contre la peau. Kaeya se sent bien. En face de lui, les yeux bleus de Childe luisent à travers ses mèches rousses comme deux diamants.

Regarde-moi, Ajax, regarde au plus profond de moi, transperce-moi de tes yeux, donne-moi quelque chose à quoi m'accrocher, sinon je vais perdre pied…

Kaeya rejette la tête en arrière, exhibant sa gorge contre laquelle Childe fait glisser ses lèvres. Sur le dancefloor, il n'y a plus qu'eux. Les autres n'existent plus, le monde s'est éteint. Ils sont les derniers. Ils sont seuls. Si cette sensation pouvait durer toute sa vie, Kaeya serait le plus heureux des hommes.

Et presque aussi vite qu'il est arrivé, l'effet se disperse. La musique revient, elle se rapproche brusquement de lui, lui fait mal aux oreilles, l'enlace, l'avale, le digère. Kaeya enroule ses bras autour du cou de l'autre garçon, pose ses lèvres contre les siennes. Ils s'embrassent. La lumière des néons glisse sur leur peau comme une aurore boréale.

Autour d'eux, la foule s'amasse, se mue, prend vie, elle rugit. La langue de Childe contre la sienne est la seule chose qui l'ancre encore au monde réel, et il sent la bille de son piercing rouler contre l'épaisseur mouillée et tendre. Plus loin, un homme les remarque. Ils sont deux, ils sont jeunes, et ils se roulent des pelles sans aucune pudeur en plein milieu du club. Il s'avance, intéressé, tentant de voir s'il n'y aurait pas un moyen pour lui de participer. Lorsqu'il s'approche, sa main alunit dans le bas du dos du brun. Kaeya se retourne, ses bras sont toujours cadenassés autour du cou du rouquin. Il lui jette un regard. Le type se penche près de lui, frôle son oreille du bout des lèvres. Il veut se joindre à eux, ils lui plaisent. Kaeya est encore défoncé, et la demande lui arrache un ricanement. Il détache un bras des épaules de Childe, l'autre toujours autour de son cou, et invite l'inconnu dans l'étreinte en l'attirant vers eux. Sa main libre se pose sur son torse, descend sur son ventre, se perd sur son jean et la bosse qui le déforme. Le type l'attrape par les hanches, essaie de l'embrasser comme il a vu l'autre garçon le faire. Kaeya rit encore et tourne la tête. Ils s'échangent un dernier regard, furtif, haché par les lumières du club, et Childe le tire hors de la piste, l'arrachant à l'inconnu et ses caresses. Il ne se sent pas d'humeur à partager, ce soir, et ce type ne lui dit rien. Ils fendent la foule dans le sens inverse, vont là où l'euphorie est plus leste. Kaeya s'est appuyé contre un mur et passe une main dans les mèches humides de sueur qui lui collent au front et à la nuque.

« Qu'est ce qui te prend? » La voix de Childe est engloutie par la musique. Il doit se pencher, répéter sa question, plus fort. Kaeya hausse les épaules.

« J'ai besoin d'une raison? Il était pas si mal. » L'héro' fait encore des siennes, il ricane. Childe est seulement curieux. Après tout, ils ne sont pas et ne seront jamais un couple. Il se gratte la tête, ses doigts se perdent dans le mouvement fluide de ses boucles.

« Tu parles, il était surtout en chien. Tu veux boire autre chose? »

Kaeya acquiesce. À nouveau, ils sont au bar, vident deux verres. Puis l'heure avance et la boîte se vide. Ils ne recroiseront jamais l'autre type. Deux heures plus tard, ils se réfugient dans les toilettes et s'enferment dans une cabine, chez les hommes. Childe sors un sachet en plastique de sa poche, en tire un petit cachet blanc qu'il fait fondre contre son palais. Il en tend un à l'autre garçon qui sort la langue où il l'y réceptionne. La pilule disparaît derrière une rangée de dents blanches.

Au dessus du lavabo, sur le miroir, quelqu'un a écrit en grosses lettres noires « Règne des Ténèbres ».

§§§

Vendredi 31 octobre 2008 - 03:47

Le froid de la nuit les engloutit comme une gueule béante. Le tapage que faisaient les amplis agita la rue déserte une poignée de secondes, ne devenant plus qu'un rythme lointain lorsque les portes matelassées du club se refermèrent derrière les deux garçons. L'air formait une orbe fantomatique devant leurs lèvres, et la sueur qui faisait luire leur peau et collait leurs vêtements leur tenait froid, à présent. Kaeya frotta vigoureusement ses bras, regrettant de ne pas avoir pris plus que la veste qui enroulait ses épaules sans lui tenir chaud. Au dessus d'eux, le ciel couvert était rendu rouge par les lumières nocturnes.

« Tu me passes ton briquet? » fit-il en donnant un léger coup d'épaule contre celle de son ami, qui le lui tendit après avoir tâtonné dans toutes les poches de son jean. Kaeya sortit une cigarette qu'il coinça entre ses lèvres. Bientôt, la vapeur de son souffle chaud dans le froid de la nuit se mêla au cumulus de tabac qu'il recracha après sa première taffe. Il sentait encore ses tympans battre et vibrer au son des basses, acouphène lointain qui faisait désagréablement siffler ses oreilles et lui vrillait le crâne. Il tituba jusqu'au mur pour y prendre appui, et, la barrette de nicotine coincée entre le majeur et l'index, se frotta les yeux du bout des doigts en étalant sous ses paupières un brouillard de rimmel. Lorsque Kaeya releva les yeux, il croisa le regard de Childe posé sur lui.

« Ça va, bébé ? T'as l'air crevé.

-J'ai grave la tête qui tourne, c'était pas une bonne idée, le dernier truc que tu m'a filé… C'était quoi, d'ailleurs ? »

Il n'eut qu'un haussement d'épaules en réponse. Lâchant un long soupir, il laissa son dos glisser le long du mur pour s'accroupir.

Childe et lui s'étaient rencontrés au lycée. Au club de basket, plus précisément, où Jean avait traîné le brun sous prétexte qu'il était grand et qu'il leur manquait juste une seule personne dans l'équipe, et que, s'il te plaît, Kaeya, Diluc, lui, aurait été d'accord. Il avait accepté, surtout pour qu'elle lui lâche la grappe avec son frère, mais dès qu'elle avait eu le dos tourné, il s'était éclipsé du terrain pour aller traîner derrière le gymnase, peut être se cramer une cigarette -s'il trouvait quelqu'un à qui en taxer une. C'est là qu'il l'avait vu. Un rouquin, seul, appuyé contre l'angle du mur, qui crachait un rond de fumée rendu orange par les rayons du soleil couchant de la fin d'après midi. Il lui avait demandé une clope, et le courant était passé très vite.

Ajax, de son véritable prénom par lequel Kaeya ne l'appelait pratiquement jamais, semblait être à première vue être quelqu'un de tout à fait abordable. Il était souriant, il avait la tchatche, il s'intéressait à tout et ses sujets de conversation préférés étaient la pêche à la ligne et les nombreux et parfois questionnables exploits de ses jeunes frères et sœurs. Mais en apprenant à le connaître, Kaeya avait vite découvert qu'il était en réalité un garçon instable menaçant de disjoncter d'un moment à l'autre, ce qui n'était pas arrangé par la consommation démesurée de substances dont il faisait preuve. Malgré tout, et aussi peut-être parce que Kaeya n'était pas tout à fait très stable non plus, il ne s'étaient jamais quittés depuis qu'ils s'étaient rencontrés et même si Diluc -il avait ses raisons- le haïssait profondément, ce n'était pas le cas de son frère qui le traînait partout où il allait et l'avait emmené presque à tous les endroits où il avait l'habitude de se rendre pour passer du bon temps. Et petit à petit, de meilleurs potes de sorties nocturnes et de défonce dans les chiottes sordides des boîtes, ils étaient devenus plus, plus proches, plus tactiles, plus charnels. Childe et Kaeya étaient sex friends.

Plus tard. À l'horizon, les nuages s'étaient dispersés, teintant la pénombre de la nuit d'une aube bleutée. Enfoncés dans un canapé abandonné près de la zone industrielle où se trouvait le Celsius, le nez levé vers la voûte céleste dont la noirceur se décolorait au fil des heures, Kaeya et Childe se tapaient une redescente difficile qui les clouaient au cuir usé et déchiré du vieux sofa oublié au bord du trottoir. Kaeya n'avait rien dit depuis de longues minutes, une jambe ramenée vers lui, la semelle ayant laissé une trace terreuse sur l'assise, et Ajax écrasait la fin de son mégot sur l'accoudoir, se replaçant en grognant quand il sentit un ressort lui rentrer dans le bas du dos. Il brisa un silence que l'aurore avait rendu mystique:

« Je suis éclaté. Je rentre.

-Ok, à plus.

-Tu m'appelles? »

Childe s'était levé. Il tâtonna les poches de son jean avant de se tourner vers Kaeya . Ils s'échangèrent un coup d'œil. Un trait de khôl noir soulignait son regard bleu pâle.

« Ouais. »

Un instant plus tard, il fut seul. Ajax s'était évaporé, avalé par l'aube. Kaeya soupira, étendant les bras sur le vieux dossier. Ses yeux se fermaient tout seuls et il dû lutter pour les garder ouverts. Il avait envie de dormir, mais il devait aller en cours.

§§§

Vendredi 31 octobre 2008 - 08:03

Malgré la fatigue qui lui rongeait les paupières et le faisait bailler non-stop depuis quinze minutes, Kaeya ne put s'empêcher de sourire en reconnaissant la silhouette de son frère qui l'attendait devant la fac, son sac sur l'épaule et son téléphone à la main, jetant de part et d'autre des regards impatients en scrutant son arrivée. Il sentait son téléphone s'exciter dans la poche de son jean et devina qu'il était probablement en train de le harceler de sms pour savoir ce qu'il pouvait bien être en train de foutre. Arrivé à sa hauteur, il lui donna un petit coup sur l'épaule et lui arracha un léger sursaut de surprise en déboulant dans son dos.

« Kaeya ! Enfin! T'as vu l'heure qu'il est ? Les cours commencent dans deux minutes, et… »

Le jeune homme ne termina pas sa phrase. S'étant retourné vers son frère, il se mit soudainement à froncer les sourcils et à le dévisager de la tête aux pieds.

« Oh. Ouh là, c'est quoi, cette dégaine ? T'es passé sous un bus avant de venir ?

-Bonjour à toi aussi, hein, » ricana le brun en faisant mine de lisser son t-shirt du bout des doigts, en vain. Il avait effectivement l'air d'en avoir vu de belles, la nuit dernière. Il était dans un état pitoyable.

« Tu étais où ? » Demanda Diluc, sonnant subitement très sérieux. Kaeya se mit à regarder ailleurs. Les grilles qui longeaient l'entrée de l'université étaient soudainement devenues hyper intéressantes.

« Peu importe. On y va ? Il me semble qu'on est pas en avance.

-T'as vu dans quel état tu es ? » Diluc ignora totalement ce que son frère venait de dire. Il n'en fallut pas plus pour qu'il se lance dans un de ses énièmes monologues un poil moralisateurs sur les bords que Kaeya détestait tant. « Tu sais pas quel mensonge j'ai encore dû inventer pour que Papa te crames pas. Et c'est quoi, ce regard ? Est ce que tu es sobre, au moins ?

-Par pitié, Diluc, tais-toi. J'ai la tête qui va exploser, là. » Le coupa Kaeya en gémissant, le doublant pour passer le portail. Mais les doigts de son frère qui s'enroulèrent autour de son poignet le stoppèrent net. Kaeya se retourna vers lui, et les deux perles rouges qu'il croisa étaient empreintes d'une inquiétude bien réelle.

« Attends, attends, c'est bon, j'arrête. » Diluc lâcha un soupir et le fixa encore. « … On va quand même passer aux toilettes avant, tu peux pas aller en cours comme ça. »

§§§

Vendredi 31 octobre 2008 - 08:12

Les toilettes du troisième étage étaient désertes. Appuyé contre le rebord d'un lavabo, Kaeya tira d'un paquet en fin de vie une ultime cigarette. Diluc le regarda de travers.

« T'es pas censé fumer, ici. » Le sermonna-t-il, mais il n'eut en réponse qu'un haussement de sourcils qui se voulait un poil provocateur -« et qu'est ce que tu vas faire, appeler la police ? » disaient les yeux de Kaeya- puis le crissement d'un briquet, suivit d'un nuage de tabac qui se mit à monter lentement au plafond.

Diluc tira plusieurs feuilles de papier du distributeur fiché contre le mur en carrelage blanc qu'il passa sous l'eau. Le papier ramollit, se gorgea d'eau, devenant souple et fragile entre ses doigts.

« Regarde-moi. » Fit-il, prenant le bas du visage de son frère dans sa main libre pour lui faire tourner la tête et lui nettoyer le dessous des yeux, noirs de vestiges d'un maquillage que la transpiration avait fait dégouliner. « On dirait un raton laveur… »

Kaeya mima un faible sourire. Le silence retomba sur eux, seulement troublé du débit de l'eau qui se remit à couler lorsque Diluc ralluma le robinet.

« Tu devrais arrêter ça, Kae. »

Le regard tourné vers la seule fenêtre de la pièce qui offrait une vue plongeante sur la cour bétonnée du campus, Kaeya ne répondit rien. Diluc continua:

« Est ce que tu te rappelles au moins de ce que tu as fait, hier soir? Tu pues l'alcool… Et d'autres trucs, j'ai même pas envie de savoir d'où ça vient. »

Il se retourna vers lui. Diluc fronçait le nez, avisant sa dégaine misérable. Kaeya détestait quand il faisait ça. Il n'en avait pas besoin, il avait un miroir juste dans son dos, il était au courant. Il écrasa son mégot dans l'évier avant de le jeter dans la poubelle et quitta son assise, glissant une main dans les cheveux de son frère pour les lui ébouriffer, esquissant un sourire fatigué.

« Putain, arrête! » Diluc repoussa sa main d'un coup de poignet. « T'écoutes ce que je te dis ou pas? »

Mais Kaeya n'eut rien à répondre. Cinq minutes plus tard, ils s'infiltraient aussi discrètement que possible dans l'amphithéâtre où avait lieu leur premier cours de la journée dont ils avaient manqué un bon quart d'heure. Ils s'installèrent au dernier rang, déballant leurs affaires sans un bruit.

Cinq autres minutes plus tard, Kaeya avait croisé les bras sur la table devant lui et s'était profondément endormi.

§§§

Vendredi 31 octobre 2008 - 20:37

Le tintement aigu d'une fourchette reposée un peu trop brutalement contre la porcelaine d'une assiette le sortit de ses pensées. Kaeya releva brusquement la tête comme si on venait de l'interpeller, mais il n'en était rien. En face de lui, Diluc et leur père échangeaient une conversation tout à fait triviale dont il avait depuis longtemps perdu le fil.

Il se sentait exténué. La nuit blanche de la veille accumulée à la journée qui venait de s'écouler et aux nombreuses substances qu'il avait eu l'ingéniosité de mélanger la nuit dernière était un cocktail qui ne lui réussissait pas et qui ne lui réussirait jamais, mais dont il n'était pourtant pas à la première gorgée. Kaeya passait peu de semaines sans faire au moins une fois le mur pour sortir, comptait les nuits complètes qu'il avait pu faire au cours du dernier mois sur les doigts d'une main, et par dessus tout, était rarement sobre.

Mais il était un excellent menteur, un remarquable cachottier et un manipulateur exceptionnel, si bien que son père ne se doutait pas un seul instant de sa débauche nocturne et que son frère, qu'il le veuille ou non, était le complice parfait malgré lui. Le jour, Kaeya jouait les innocents, fils pas tout à fait modèle mais qui faisait de son mieux. La nuit, il faisait un concours avec lui-même pour savoir combien de pilules différentes il serait capable d'avaler sans faire d'overdose.

Le regard dans le vide, il grattait distraitement un reste de vernis noir qui subsistait sur l'ongle de son pouce. Devant lui, le contenu de son assiette demeurait intact. Ses couverts, de part et d'autre du cercle de faïence, n'avaient pas bougé d'un millimètre. La voix de son père l'arracha de sa rêverie fatiguée et le ramena brutalement à table :

« Tu ne manges pas, Kaeya? »

Le jeune homme redressa à nouveau la tête, rencontrant les grenats de Crépus. Ses traits se superposèrent à ceux de Diluc. Père et fils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, et Kaeya était persuadé que dans dix ans, il ne serait même plus capable de faire la différence entre les deux. Il esquissa ce qui se voulait être un sourire:

« Non, je… J'ai pas super faim. Je suis crevé, en fait. Je pense que je vais aller dormir. »

Assis à sa gauche, Diluc lui jeta un regard en coin, auquel le jeune homme répondit par un coup d'œil tout aussi discret et équivoque qui voulait dire « promis, ce soir je dors ».

« Tu ne veux pas essayer d'en manger la moitié, au moins ? Ça te ferait reprendre des forces. »

Kaeya regarda succinctement son père et ce qui se trouvait sous ses yeux. La viande avait refroidi, et ses fibres s'étaient solidifiées. Le fromage intouché avait créé une croûte luisante par dessus. Il se mordit la joue.

« Non, je le mangerai demain, plutôt. Je vais le ranger au frais. » Il se leva sans même laisser à son père le temps d'argumenter et lui déposa un baiser furtif sur le haut de la joue. « Bonne nuit, Papa. »

Il emporta l'assiette et son contenu, sachant pertinemment qu'il n'y toucherai pas le lendemain, ni le surlendemain, ni même jamais. En revanche, son frère, lui, se ferait un plaisir de faire sa fête à l'empilade de viande et de fromage dont il raffolait tant, mais que Kaeya avait toujours trouvé beaucoup trop indigeste pour un estomac comme le sien.

Deux minutes et une feuille de cellophane posée par dessus l'assiette plus tard, il s'engouffrait dans les escaliers.

La voix de Crépus s'était doucement atténuée au fil des marches. Le timbre de son père et de son frère était devenu incompréhensible lorsqu'il avait atteint le palier, sa main s'enroulant autour de la poignée de la porte de la salle de bain dans laquelle il se glissa avant de laisser son dos choir contre la paroi avec un long soupir. Il ne les entendait presque plus, à présent, et seul le ronronnement de la chaudière qui se déclencha à ce moment-là fut présent pour lui tenir compagnie.

Kaeya pressa ses paumes sur ses paupières. La fatigue qui lui pesait sur le dos et les épaules était si lourde qu'elle faisait tout tanguer autour de lui, à moins que l'effet n'ait été dû aux résidus médicamenteux qui lui couraient encore dans les veines.

Après un certain temps passé là à s'écraser les globes oculaires, il trouva finalement la force de se lever, s'appuyant contre le mur et poussant sur ses jambes dans un soupir épuisé qui avait quelque chose d'un râle, tituba jusqu'au lavabo contre lequel il s'appuya, posant son front contre le miroir qui lui faisait face sans même avoir la force de défier son propre reflet. La glace était froide, et le contact avec son crâne qu'il sentait tendu, prêt à exploser, ne fut qu'un soulagement bref.

Finalement, il redressa la tête.

Le reflet que lui renvoya le miroir n'était pas beau à voir. Il avait l'air absolument minable. Des cernes violettes lui labouraient le dessous des yeux et ses joues étaient creusées, lui donnait l'air émacié d'un malade. Les traits de Diluc se superposèrent aux siens dans une hallucination brève qui lui arracha un ricanement cynique. Ils ne se ressemblaient pas. Ils ne s'étaient jamais ressemblé, et ils ne se ressembleraient jamais. Il était même son total opposé. Une peau mate et veloutée contre un teint blanc et diaphane. Des cheveux bruns, teints cobalt, contre une chevelure rousse, enflammée, naturelle. Yeux bleus contre bruns qui virent au rouge. Secret et insaisissable contre loyal et honnête. Il n'avait rien d'eux, même pas leur sang. Et chaque jour le faisait se sentir un peu plus en décalage avec cette famille lui offrant un amour qu'il était incapable de rendre.

Il venait d'ailleurs, et s'il appartenait en apparences à la famille Ragnvindr car ils vivaient sous le même toit, partageaient leurs repas, et accessoirement, l'avaient vu grandir, il ne s'y retrouvait pas. L'abandon de sa famille biologique l'avait mené à l'errance, privé de repères et marqué au fer rouge d'un manque qui le poursuivait comme une ombre.

La douche que Kaeya prit ce soir-là lui fit un bien fou. L'eau qui lui coula le long des cheveux et du corps emporta avec elle toute la transpiration et la torpeur pour les faire disparaître dans le siphon. Lorsqu'il sortit de la salle de bain embuée, il tituba jusqu'à son lit dont le contact moelleux l'enveloppa pour une nuit moite et sans rêves.

À suivre…


Je vous ai dit que j'étais sponsorisée par Angst Industries ? Parce que là, vous allez être servis.

Parlons sérieusement trente secondes: Voici le début de ma première vraie longue fic depuis… Longtemps. Je n'ai pas le nombre de chapitres final ni de rythme de parution fixé d'avance: je poste juste le chapitre quand le suivant est bouclé. Dire qu'à la base, ce truc était censé être un two-shot full DainKae, on s'en retrouve à des kilomètres haha mais on reste cool

N'hésitez pas à laisser une trace de votre passage, je serais vraiment curieuse de savoir ce que vous pensez de ce premier chapitre ! nwn J'ai l'impression que le fandom GNSHN est archi mort en français (moins d'une cinquantaine de fics avec tout ce POTENTIEL? Mais?) so venez discuter qu'on refasse le monde avec nos otps et nos théories sur le jeu huehuehue

Aussi j'ai un twitter (ookami97_) où je balancerai peut-être des updates ou peut-être pas. Venez on est bien, en plus promis je mords pas et j'offre des chocolats aux anniversaires