CHAPITRE 1

MINISTÈRE

Harry Potter

Tout autour de lui, les plumes grattaient les parchemins comme des rats affairés à creuser une galerie. Le soleil lui brûlait la nuque. Il se frotta le cou et poussa un soupir. Il était épuisé. Sa mère et Hermione l'avaient prévenu, mais il ne les avait pas écoutés. Comme d'habitude. Il relut, encore une fois, le sujet de l'examen à la recherche d'une question à laquelle il pourrait répondre facilement.

« Décrivez les circonstances qui ont mené à la fondation de la Confédération internationale des sorciers et expliquez pourquoi les sorciers du Liechtenstein refusèrent d'y adhérer ».

Il sourit. Il commença à écrire précipitamment, remerciant intérieurement Hermione pour lui avoir prêté ses fiches, la veille. De temps en temps, il jetait un regard anxieux à l'énorme sablier posé sur le bureau à côté du professeur Marchebank. Il était assis juste derrière Hermione et ne pouvait s'empêcher d'envier sa concentration. Il entendait clairement le grattement de sa plume contre le parchemin. Elle en était déjà à son troisième. Un frisson le traversa.

Agacé par la chaleur, il balaya la sueur de son front et pesta, dans un murmure, contre le rayon de soleil qui effleurait ses épaules tendues. Il les fit rouler pour tenter de chasser la tension qui grimpait dans son corps. Sans s'en rendre compte, il ferma les yeux et plongea son visage dans ses mains. Ses paumes rafraîchirent ses paupières dont la rougeur luisante s'assombrit peu à peu. Il tenta de suivre le fil de sa réflexion scolaire, mais cette dernière s'effilochait … il se força à rouvrir les paupières et ressentit un picotement dans les yeux. Ces derniers se remplissaient de larmes, éblouis par le parchemin d'un blanc étincelant. Il voulut reprendre sa plume, mais s'en révéla incapable.

Et soudain la fraicheur. Une fraicheur qui calma momentanément la panique qui grandissait dans sa poitrine. Il reconnut le couloir sombre qui menait au Département des mystères. Il marchait, droit vers son but. La porte noire s'ouvrit, comme d'habitude. Il sursauta et fixa les mèches folles qui s'échappaient du chignon d'Hermione.

Puis sans comprendre comment, il se retrouva, encore, dans la vaste salle, remplie d'étagères et de globes de verre … Son coeur cognait contre ses côtes. L'adrénaline de la victoire pulsait dans ses veines. Il atteignit lentement le numéro quatre-vingt-dix-sept et tourna à gauche. Il fronça les yeux. Au fond de l'allée, dans les ombres, il perçut une vague forme qui remuait comme un animal blessé sur le sol. Son estomac se contracta sous l'effet de la peur … puis de l'excitation. Une voix s'éleva alors de sa propre bouche, une voix aigüe, glacée, dépourvue de toute chaleur humaine.

_ « Prends-la pour moi … Rapporte-la … ».

Sur le sol, la forme noire bougeait légèrement. Sa main s'éleva. Une main aux longs doigts fins et blafards. Ils caressèrent machinalement le bois. Ce pouvoir … il le connaissait. Il l'aimait. Puis il s'entendit :

_ « Endoloris ».

La femme étendue par terre laissa échapper un cri de douleur. Un cri rauque qui lui donna envie de s'écrouler et de se rouler en boule pour attendre la mort. Elle essayait de se relever mais, à chaque fois, elle retombait pour se tortiller davantage. Il voulait que cela cessa. A la place, un rire secoua sa gorge tandis qu'il s'abaissait vers elle.

_ « Lord Voldemort attend … » chuchota-t-il tout en mettant fin au sort.

Lentement, très lentement, la silhouette se retourna pour le fixer. Il l'avait reconnu bien avant que son visage ne le fixe avec colère. Lily. Sa mère. Son visage, habituellement rieur, était maculé de sang. Ses traits étaient marqués par la douleur qui soulevait encore sa poitrine. Pourtant, elle le fixait avec une expression de défi.

_ « Tu devras me tuer » répondit-elle entre deux quintes de toux.

_ « Oh ! Mais c'est ce que je finirai par faire » affirma le Mage noir tout en caressant les traits de son visage avec sa baguette. « Pourtant tu finiras par t'en saisir … Tu crois vraiment que l'endoloris est mon unique recours. Réfléchis … Nous avons des heures devant nous et personne ne peut t'entendre ». Il prononça le reste de sa phrase en fourchelang néanmoins sa mère comprit le message. Derrière la bravade, il lut la certitude de sa mort prochaine dans ses yeux verts.

Il s'éveilla de son cauchemar lorsque son coude rencontra durement la pierre de la Grande Salle. Il porta aussitôt sa main à son front et hurla.

Hermione Granger

Elle avait cessé d'écrire. Le cri d'Harry l'avait saisi et avait broyé ses tripes. Elle pesta dans sa barbe et se leva. Elle ignora l'ordre du second surveillant de se rasseoir et se dirigea droit vers l'entrée de la salle où Harry avait été trainé de force par Marchebank. Elle évita souplement le surveillant qui revenait puis courut. Tant pis, elle aurait une mauvaise note pensa-t-elle tout en priant intérieurement pour que Dumbledore ferme, encore une fois, les yeux. Elle trouva Harry en plein milieu du couloir, devant l'infirmerie. Il fixait le vide, immobile, l'air effrayé.

_ « Harry » soupira-t-elle, heureuse de le retrouver. « Qu'est-ce qui se passe ? ».

_ « Viens avec moi » chuchota-t-il précipitamment tout en cherchant à l'entrainer vers une salle de classe vide. Elle se dégagea de sa poigne, surprise qu'il y ait mis tant de force. Il prit une mine contrite tout en lui ordonnant de le suivre. Elle obtempéra. « Où est Ron ? » L'interrogea-t-il d'une voix hachée tout en refermant derrière lui.

_ « Je crois que l'auror a eu le temps de le retenir » expliqua-t-elle. Harry hocha la tête avant de raconter à toute vitesse ce qu'il avait vu. Face à son discours sans queue, ni tête, elle l'attrapa par les épaules et le secoua avec violence.

_ « Quoi ? » hurla-t-il lorsqu'elle arrêta.

_ « Réfléchis ! » s'agaça-t-elle. « Le Ministère doit être plein d'employés à cette heure et tu me dis que Voldemort aurait réussi à pénétrer dans le Département des mystères sans être vu ! Il aurait forcément été repéré ! ».

_ « Et s'il avait utilisé une cape d'invisibilité ? » rétorqua son ami. Elle ouvrit la bouche pour contrer ce nouvel argument stupide, mais Harry l'en empêcha. « Il s'agit de ma mère ! ». C'était son cœur qui parlait. Ses tripes. Elle comprit qu'elle ne gagnerait jamais pourtant elle assena durement :

_ « Ce que tu racontes n'a aucun sens. Tu n'as pas la moindre preuve que tu ce que tu avances est vrai ».

_ « Je les ai vus ! ».

_ « D'accord » reprit-elle, effrayée par l'éclat étrange qu'elle lisait dans son regard. Elle posa ses mains sur ses épaules pour le forcer à se concentrer sur elle et cesser d'arpenter la pièce comme un chien fou. « Tu … (Elle inspira pour trouver le courage) … Ce n'est pas pour te critiquer, mais tu … d'une certaine manière … je veux dire … Tu ne crois pas que tu as un peu trop tendance à vouloir sauver les gens ? » Risqua-t-elle. Elle sentit la vague de colère monter en lui. Il lui lança un regard noir. « Rappelle-toi … le lac … Gabrielle Delacour … Oh ! Et puis merde, Harry, ne me jette pas ce regard-là … Voldemort te connait. En deuxième année, il a emmené Ginny dans la Chambre pour t'y attirer. Il sait que tu porteras secours à ta mère … Et s'il recommençait … Et s'il voulait t'attirer au Département des mystères ».

_ « Et alors ! » répondit-il avec bravade. « J'ai demandé à Pomfresh de contacter McGonagall ou Severus, mais je te rappelle qu'ils sont à Sainte Mangouste pour la soigner. Je ne vais pas laisser ma mère mourir pour … ».

_ « Et si ce n'était qu'un rêve » le coupa-t-elle durement. Harry laissa échapper un rugissement rageur. Affolée, elle recula d'un pas. Jamais elle ne l'avait vu dans un tel état.

_ « Tu ne veux pas comprendre ! » lui cria-t-il. « Je ne fais pas de cauchemars, ce ne sont pas de simples rêves ! A ton avis, à quoi servait l'occlumencie ? Pourquoi crois-tu que Dumbledore voulait m'empêcher de voir ces choses-là ? Parce qu'elles sont réelles, Hermione … Il la retient, je l'ai vu. Voldemort la tient à sa merci et personne d'autre ne le sait. Ça signifie que nous sommes les seuls à pouvoir la sauver ! Alors, si tu ne veux pas bouger, très bien, mais moi, j'y vais …. ». Il s'arrêta à bout de souffle et ajouta d'une voix faible, presque suppliante : « Tu comprends ? ». Elle faillit répliquer qu'il aurait dû mieux suivre l'apprentissage dispensé par Rogue, mais se mordit les joues. Harry n'était pas en état de l'entendre. « TU COMPRENDS ? » Hurla finalement son meilleur ami en l'attrapant par les épaules pour la secouer violemment.

A cet instant, la porte de la salle s'ouvrit. Ils firent volte-face pour se retrouver face aux deux Weasley et Luna qui les observaient avec un air interrogateur.

_ « On a reconnu vos voix ! C'est quoi ces cris ? » expliqua Ginny tout en pénétrant dans la pièce avec autorité.

_ « Ça ne te regarde pas » répondit son frère en s'interposant. Elle le bouscula en riant dédaigneusement.

_ « Je demandais simplement si je pouvais me rendre utile, Ronald » s'agaça la rousse.

_ « Non, tu ne peux pas » trancha Harry, cassant.

_ « Ce n'est pas très poli, tu sais » fit remarquer Luna de son habituel air serein.

Harry soupira, peu ravi de cet interlude inutile. Tout en s'interposant dans le champ de vision du brun, elle le supplia :

_ « Laisse-nous vérifier que ta mère n'est plus dans votre Manoir avant de foncer à Londres. Si personne ne répond alors je te jure que je n'essaierai pas de te retenir. Je viendrai avec toi, je ferai … tout ce qui est possible pour essayer de la sauver ».

_ « Je n'ai pas de temps à perdre ! ».

_ « La cheminée d'Ombrage » s'interposa Ginny.

_ « C'est brillant ! » clama-t-elle. Réfléchissant à toute vitesse, elle distribua ses ordres. Elle envoya Ron attirer Ombrage dans le département des Métamorphoses en demandant à ce dernier de lui faire croire que Peeves était dans un de ses mauvais jours. Elle demanda à Ginny et Luna de se poster près du couloir où se situait le bureau de la sorcière pour surveiller les allées et venues. Harry, lui, fut chargé d'aller chercher sa cape. Merlin, elle allait finir par avoir une crise cardiaque …

Harry Potter

Il ne prit même pas le temps de répondre et se précipita hors de la classe. Dans sa course, il jeta un oeil à l'extérieur. Les élèves, soulagés d'avoir terminé leurs buses, s'étaient agglutinés dans le parc. Il monta précipitamment deux étages, utilisant les raccourcis qu'il avait appris par coeur avec le temps. Sur le chemin vers leur salle commune, il rencontra Seamus et Dean qui lui annoncèrent d'un ton jovial leur intention d'organiser une fête dans la salle commune, du crépuscule à l'aube, pour célébrer la fin des examens. Il les entendit à peine. Il se rua à travers l'ouverture du portrait pendant qu'ils se disputaient sur le nombre de bouteilles de Bièraubeurre qu'ils devraient se procurer au marché noir. Il entra dans sa chambre et se jeta droit vers son coffre. Il allait l'ouvrir quand une main le referma brusquement.

_ « Tu as failli m'écraser les doigts » s'énerva-t-il d'un ton sec tout en plantant ses yeux verts dans ceux de sa sœur. Emily ne lâcha rien.

_ « Quel dommage ! » soupira-t-elle d'un ton faussement mélodramatique. « Qu'est-ce qui se passe ? » le questionna-t-elle durement. Incapable de lui mentir, il préféra détourner le regard.

_ « Rien ».

_ « Je sais quand tu mens. Et tu mens très mal comme Maman … ». Le mot lui fit monter les larmes aux yeux. « Harry ! » grogna-t-elle. En cet instant, il nota à quel point elle lui ressemblait. « Qu'est-ce que tu as vu ? ».

Il n'arriva pas à lui mentir. Il n'avait jamais pu. Pas à Emily. Pas à sa petite sœur. En une seconde, elle abonda le plan d'Hermione et l'aida à sortir sa cape tout en pestant contre son incapacité chronique à ranger ses affaires correctement. Ce n'était pas le moment, mais il se sentit sourire face à cet accent de normalité. Emily était maniaque. Lui, il était le bordélique.

A leur arrivée, Hermione jeta un œil noir à Emily, peu ravie de la voir. Elle fit signe à sa sœur de rejoindre Ginny et l'entraina en soupirant sous une alcôve.

_ « Quoi ! Je n'allais pas l'encorder pour l'empêcher de me suivre » grogna-t-il, mal à l'aise par la proximité soudaine de leurs deux corps. Il comprit, avec une acuité nouvelle, pourquoi Cho lui avait reproché sa relation avec Hermione lorsque deux premières années de Serpentard passèrent et commentèrent leur proximité en riant. Ginny les chassa d'un ton très énervé. Hermione lui tira le poignet pour l'obliger à se concentrer sur la situation.

_ « Tu es sûr que ça va ? » l'interrogea-t-elle d'un ton méfiant. Il grommela qu'il allait très bien tout en sortant la cape de sous son tee-shirt. En réalité, sa cicatrice lui faisait un mal de chien pourtant la sentir vibrer lui faisait dire que Voldemort n'avait pas encore tuer sa mère. Il se rappelait encore la sensation qui l'avait traversé lorsque le Mage noir avait tué Avery, quelques mois plus tôt, et là c'était différent. Il repoussa ses craintes tout en s'approchant de la lionne pour étendre la cape sur eux. Ils restèrent immobiles quelques dizaines de seconde, l'oreille aux aguets, sans se laisser distraire par le monde extérieur. Ginny, Emily et Luna distribuaient leurs ordres à coup de mensonges grossiers, mais efficaces. Les filles mirent du temps à convaincre les rares élèves encore à l'intérieur de faire le tour pour se rendre à la bibliothèque.

_ « On ne peut pas espérer mieux » chuchota-t-il au bout d'un moment. Hermione approuva. Ils avancèrent de concert jusqu'à la porte du bureau. Elle sortit un couteau mince de sa manche et commença à crocheter la serrure. « Qu'est-ce que tu fais ? » Murmura-t-il si bas qu'il ne fut pas certain qu'elle l'ait entendu. La serrure s'ouvrit dans un déclic. Hermione l'entraina dans le bureau.

_ « Protection magique » chuchota la brune en rempochant son arme. A l'intérieur, les chatons aux couleurs criardes se chauffaient au soleil qui baignait leurs assiettes mais, pour le reste, le bureau était aussi vide et paisible que la dernière fois. Hermione poussa un soupir de soulagement. « Je ne détecte pas d'autres systèmes de sécurité » ajouta-t-elle tout en retirant la cape.

Tandis que la lionne se postait à la fenêtre pour surveiller le parc, baguette en main, il se précipita vers la cheminée. Il attrapa la boite de poudre et en jeta une pleine poignée dans l'âtre. Des flammes émeraude jaillirent aussitôt. Il s'agenouilla, plongea la tête dans le feu puis s'écria :

_ « Manoir Potter ! ».

Sa tête se mit à tourner comme s'il venait de descendre d'un manège de fête foraine mais ses genoux restèrent solidement plantés sur le sol de pierre froide du bureau. Il ferma les yeux pour les protéger du tourbillon de cendre et les rouvrit lorsque l'impression de tournis eut cessé. Problème : son regard ne rencontrait qu'un noir immense et profond. Il hurla jusqu'à s'en arracher la gorge le prénom de son père et de sa mère. Il supplia sans parvenir à amoindrir la panique qui grandissait dans sa poitrine.

Puis il éprouva une intense douleur au sommet du crâne. Sous le coup de la surprise, il respira une bouffée de cendres et s'étouffa. Tiré en arrière à travers les flammes, il atterrit durement sur le sol de pierre. Il eut l'horrible déplaisir de voir devant lui le gros visage blafard d'Ombrage. C'était elle qui l'avait trainé hors du feu. Elle lui tirait le cuir chevelu à présent pour le forcer à s'éloigner de la cheminée. Il avait l'impression qu'elle voulait lui arracher la peau de son crâne.

_ « Vous pensez sans doute … » murmura-t-elle, serrant davantage sa poigne. « … qu'après deux Siffleurs, j'allais laisser une ignoble petite créature fouiner dans mon bureau quand j'ai le dos tourné ? Depuis la dernière fois, j'ai jeté des sortilèges anti-intrusion autour de ma porte, espèce d'idiot. Prenez sa baguette ! ». Elle aboya la dernière phrase à quelqu'un qu'il ne pouvait pas voir. Il sentit une main fouiller les poches de sa robe de sorcier et en retirer sa baguette magique. Un sentiment de dépossession lui troua le ventre. « La sienne également » ajouta Ombrage avec son rire de crapaud. Il entendit un bruit de lutte près de la porte et devina que quelqu'un s'occupait d'Hermione.

Ombrage le secoua avec violence, le forçant à lâcher un couinement peu gracieux pour tenter d'amoindrir la douleur.

_ « Que faites-vous ici, Potter ? » cracha le crapaud d'une voix venimeuse.

_ « J'essayais … de récupérer mon Éclair de feu » répondit-il d'une voix rauque.

_ « Dans une cheminée, vraiment ? » ricana la sorcière de sa voix croassante.

Il serra les dents en se traitant mentalement d'imbécile. Il aurait dû inventer un meilleur mensonge, mais la douleur l'empêchait de réfléchir convenablement. « Menteur ! » hurla-t-elle dans son oreille. Elle le projeta vers le bureau avec violence. Sa tête en heurta le coin de plein fouet.

Sa vue se brouilla quelques secondes mais sa nouvelle position lui permit de voir qu'Hermione était plaquée durement contre le mur par Milicent Bulstrode. Accoudé contre le rebord de la fenêtre, Théodore Nott les jaugeait avec un sourire goguenard. Il lançait sa baguette en l'air par pure fanfaronnade. Il y eut un grand bruit dans le couloir. Ron, Ginny, Luna, Emily et Neville entrèrent à leur tour, bousculés par plusieurs Serpentards inscrit dans la Brigade inquisitoriale. Crabbe immobilisait Neville en lui serrant la gorge. Ce dernier semblait sur le point de défaillir. Ils hurlaient tous derrière leurs baillons.

_ « Nous les avons tous » annonça Warrington avec fierté.

_ « Très bien … Très bien » se réjouit Ombrage en regardant Ginny se débattre. « Il semble que Poudlard sera bientôt un espace libéré des Weasley ».

Tous les Serpents eurent un rire servile. Ombrage s'installa, avec un large sourire satisfait, dans son fauteuil recouvert de chintz et contempla ses captifs avec ses yeux de crapaud.

_ « Alors … » commença-t-elle en se tournant vers lui. Un Serpent l'attrapa par les épaules et le força à se relever. Il se débattit jusqu'à ce qu'un sort d'entrave l'en empêche. Il n'écouta pas la femme déblatérer son fiel habituel. Il refusa de lui répondre, de lui accorder la moindre miette d'attention jusqu'à ce qu'elle prononce un nom. « Théodore, allez chercher votre directeur ».

Nott rangea la baguette d'Hermione dans sa poche et sortit du bureau en ricanant. Sa stupidité le frappa de plein fouet. S'il avait pu, il aurait ri. Pourquoi n'avait-il pas pensé à Severus … parfois il était un tel idiot. Le silence retomba dans le bureau. On n'entendait plus que les mouvements brusques et les froissements d'étoffe dus aux efforts des Serpents pour maintenir en place leurs prisonniers. Ron avait gagné une lèvre ouverte à force de gesticuler pour se libérer de la poigne de Warrington. Neville prenait lentement mais surement une teinte violette suspecte. Hermione, elle, tentait de repousser Milicent, en vain. Ginny et Emily avaient reçu le même traitement que lui. Elles fixaient le plafond avec d'inutiles regards noirs. Seule Lune demeurait tranquille à côté de sa ravisseuse. De temps à autre, elle jetait un œil vague par la fenêtre comme si la situation l'ennuyait. De son côté, il soutenait le regard globuleux du vieux crapaud quand elle se tournait vers lui.

_ « Vous vouliez me voir, madame la directrice ? » l'interrogea Severus en regardant avec une totale indifférence leur piètre tentative pour s'en sortir. S'il ne l'avait pas mieux connu, il n'aurait pas perçu l'éclat colérique qui se cachait au fond de son œil apparemment placide.

_ « Oui ! » s'exclama Ombrage, ravie de le voir. « Je voudrais un autre flacon de Veritaserum, aussi vite que possible, s'il vous plait ».

_ « Vous avez pris mon dernier flacon, la semaine dernière » répondit ce dernier. « Vous en utilisez beaucoup » ajouta l'homme.

Ombrage rougit de colère.

_ « Préparez-m'en rapidement » lui ordonna-t-elle d'un ton doucereux.

_ « Très certainement » assura Rogue. « Je m'y attelle cet après-midi ».

_ « Et quand sera-t-elle prête ? ».

_ « Dans un mois. La potion doit mûrir pendant un cycle complet de la lune ».

_ « Un mois ! » couina la sorcière qui enfla comme un crapaud. « Mais ! » éructa-t-elle telle une petite fille qui n'obtient pas son jouet. « J'en ai besoin maintenant, Rogue ! Je viens de surprendre Potter, la tête dans ma cheminée pour communiquer avec une ou des personnes dont il n'a pas voulu me révéler le nom ! ».

_ « Vraiment ? » dit Rogue, se tournant enfin vers lui pour le regarder. « Je n'en suis pas surpris. Potter n'a jamais manifesté un goût très prononcé pour le respect du règlement de l'école ».

Ses yeux noirs et froids plongèrent dans les siens. Il soutint son regard, laissant ses souvenirs affleurer dans son esprit. Il sentit une pression légère, très légère. A peine un contact … il pria pour que l'homme ait réussi à lire.

_ « Je veux l'interroger ! » s'écria Ombrage. Severus détacha lentement son regard du sien pour le reporter sur le visage tremblotant de fureur de la femme. « Je veux que vous me fournissiez une potion qui le forcera à me révéler la vérité ! ».

_ « Je vous ai déjà dit qu'il ne me reste plus de Veritaserum » répondit Rogue d'une voix doucereuse. « A moins que vous ne souhaitiez empoisonner Potter - et je puis vous assurer qu'une telle tentative m'inspirerait la plus grande sympathie - il m'est impossible de vous aider. Un venin pourrait le faire parler. Le seul ennui, c'est que la plupart des venins agissent trop vite pour laisser à la victime le temps de dire tout ce qu'elle sait ».

S'il avait pu bouger, il aurait attiré l'attention de l'espion et l'aurait supplié de partir immédiatement. Il rêvait que l'homme pénètre son esprit. Tant pis s'il était bon pour un autre mal de crâne à s'en taper la tête dans les murs.

_ « Vous êtes mis à l'épreuve ! » hurla Ombrage. Severus resta de marbre face à ses cris. « J'attendais mieux de votre part. Lucius Malefoy parle toujours de vous en termes très élogieux, mais je suis déçu par votre incompétence ».

Si elle avait été intelligente, elle aurait eu peur de l'éclat noir qui traversa les iris sombres du maitre des potions. En réponse, Rogue s'inclina en un salut ironique. Il s'apprêtait à repartir lorsqu'Hermione se dégagea quelques secondes de la poigne de Milicent et hurla :

_ « Il a pris la promise de Cornedrue ! ». Elle ajouta dans un cri étranglé par la main sur sa gorge : « Il l'a .. mené là où … chose…chée ».

Severus s'immobilisa, la main sur la poignée de la porte.

_ « Cornedrue ? » s'exclama Ombrage en regardant successivement la lionne et son professeur avec un œil avide. « Qui est Cornedrue ? Où est cette chose cachée ? Que veut-elle dire, Rogue ? ».

Rogue fixait Hermione avec une expression insondable. Il ignorait s'il avait compris le message derrière son cri désespéré. Il était cependant logique qu'il n'ose s'exprimer clairement devant Ombrage et ses élèves.

_ « Je n'en ai aucune idée » répondit-il finalement d'un ton glacial. « Granger, quand j'aurai envie de vous entendre crier des paroles sans queue ni tête, je vous donnerai une potion de Babillage. Quant à vous, Crabbe, desserrez un peu votre prise. Si Londubat meurt étouffé, il faudra remplir tout un tas de paperasses. De plus, j'ai bien peur d'avoir à le mentionner dans vos références quand vous chercherez un emploi ».

Sur ces mots, il ouvrit la porte et la referma derrière lui avec un léger claquement, les laissant dans un désarroi le plus total. Severus avait constitué son dernier espoir et il n'avait pas compris. Il fixait Ombrage qui semblait ressentir la même chose. La rage et la frustration accéléraient sa respiration, soulevant sa poitrine avec force. Un frisson glacé le traversa lorsqu'elle sortit sa baguette et qu'elle le fixait d'un oeil impénétrable.

Severus Rogue

Une fois dans le couloir, il se força à réfléchir un instant. Une cheminée. Il lui fallait une cheminée … Il avait parcouru trois couloirs d'une démarche raide lorsqu'il s'arrêta. Le réseau avait été condamnée par le Ministère depuis la fuite de Dumbledore. Il était impossible de contacter le monde extérieur depuis le réseau de Poudlard. Avisant une salle de classe vide, il s'y engouffra et s'enferma.

Il inspira profondément. Il n'avait pas besoin de laisser son corps paniquer. Il devait conserver l'esprit clair. Un patronus serait suivi par le Ministère à cause de la paranoïa de la sorcière. Elle avait tout verrouillé pourtant il lui fallait sortir discrètement pour vérifier les dires de la lionne. A cette pensée, son sang se glaça. Il occluda violemment.

Lily. Il occluda. Lily. Il occluda. Lily.

Il échoua.

Par réflexe, il convoqua une bulle de silence autour de la salle de classe avant sa magie lui échapper. Les vagues pulsèrent hors de son corps, envoyant les bureaux contre les murs. Le vacarme, le désordre lui firent du bien. Une fois calmé et maître de lui-même, il sortit.

Au croisement d'un couloir, il manqua de renverser un Gryffondor de première année. Surpris, l'enfant lâcha le sac de confettis qu'il transportait. Le gamin le fixait, les yeux ronds et le visage blême, attendant visiblement la mort. Il allait passer son chemin lorsqu'une idée particulièrement stupide lui vint en tête. Il rattrapa l'élève qui avait commencé à battre sagement en retraite par la manche. L'enfant se figea tout en laissant échapper un couinement.

_ « Une petite fête se préparerait-elle chez les Gryffons, Vors ? » l'interrogea-t-il. Le gamin n'eut même pas besoin de répondre pour lui confirmer ses soupçons. « Et si nous allions faire un tour » lui suggéra-t-il en lâcher sa cape tout en se mettant à marcher. D'un coup de baguette, il ramassa le sac de confettis qui était tombé puis le plaqua sèchement contre le petit torse.

Énervé, il marchait vite, obligeant le petit à suivre sa cadence infernale. Il ne s'obligea à ralentir que devant le portrait de la Grosse Dame.

_ « Professeur Rogue » s'étonna cette dernière de sa voix de crécelle.

_ « Les Gryffons prépareraient-ils une fête clandestine ? » l'interrogea-t-il froidement. La femme prit une expression outrée, plaçant une main sur son énorme poitrine et couina :

_ « Une fête ? Vraiment ? Oh non … Ils n'oseraient jamais, Professeur. Ils savent bien que c'est interdit ».

Un rire sec, sans joie, passa la barrière de ses lèvres.

_ « Dans ce cas, pouvez-vous m'expliquer la raison pour laquelle je viens d'attraper celui-ci avec des confettis ? » lui demanda-t-il en attrapant le gamin pour l'approcher de la porte. La femme le fixa d'abord avec un air fâché avant de mimer le désintérêt.

_ « Ce n'est qu'un enfant, Severus ».

Si elle ne s'était pas permis cette fausse intimité, il aurait peut-être conservé son calme. Il sortit sa baguette et explosa la porte, lui laissant tout juste le temps de se réfugier dans un autre portrait. Pour les empêcher de lui hurler dessus, il figea les peintures avant de pousser le garnement dans les appartements des Gryffons. Il y avait rarement mis les pieds et, comme à chaque fois, le rouge le frappa de plein fouet. Du rouge. Trop de rouge. Tout ce rouge lui faisait voir rouge.

Tous les élèves présents se figèrent, leur forfait à la main. Il lâcha le première année et clama d'une voix froide, calme :

_ « D'ici à ce que je redescende, cette salle est rangée et vidée de toutes vos œuvres infâmes ! ». Il fixa, un à un les adolescents présents puis s'arrêta sur Seamus Finnigan. « Finnigan, votre dortoir » hurla-t-il tout en plongeant droit vers l'adolescent. D'un sort informulé, il rattrapa à temps la bouteille de Bièraubeurre qu'il avait laissé tomber sous le choc puis le prit par le col pour le mener vers les étages. Il laissa l'adolescent le mener droit vers son dortoir.

_ « Restez-ici » grogna-t-il avant de pénétrer dans la pièce. Il s'arrêta sur le seuil et jaugea avec un œil noir le capharnaüm qui régnait dans la pièce. Les adolescents vraiment …

Il convoqua la carte des Maraudeurs d'un accio et l'ouvrit précipitamment, manquant de déchirer le parchemin déjà bien abîmé par le temps. Il mit plusieurs secondes à se remémorer la formule exacte puis observa Poudlard se dessiner sous son regard.

Il nota qu'Harry, Granger et Ombrage avait disparu du bureau de cette dernière. Décidant que cette information n'était pas sa priorité, il se concentra sur le meilleur passage secret à utiliser pour rejoindre le monde extérieur. Il mémorisa la route et referma la carte. Il ressortit la carte en poche, ordonna sèchement à Finnigan de rejoindre ses camarades dans la salle commune. Il se força à leur faire un sermon sur leur manque de jugeote, sur les possibles dangers d'une fête sans supervision et veilla à ce qu'il passe tous une très mauvaise soirée. Il termina sa tirade par un retrait de points conséquent et ajouta avant de partir :

_ « Et à vos cent-cinquante points, j'en ajoute cinquante autres ».

_ « C'est injuste ! » clama Dean Thomas avec colère.

_ « Pourquoi ? » l'interrogea finalement Finnigan, trouvant dans le courage de son ami, le moyen de l'interroger.

_ « Mais pour vous être fait prendre ! ».

Sous le choc, ils furent incapables de réagir à son départ tout en claquement de robe.

Lily Potter

_ « Arrête ! » ricana-t-elle bêtement tout en tentant vainement d'échapper à ses doigts vengeurs. Elle se tortillait sans parvenir à préparer convenablement leur repas du soir. Agacée de casser un troisième œuf à côté du plat, elle se retourna et planta sa baguette dans la gorge de son attaquant. La lueur espiègle qui éclaira les iris noisette de son époux la fit frissonner, même après toutes ces années.

En un instant, elle comprit que ce jeu idiot s'était transformé en tout autre chose. Une chose délicieuse dont elle ne se lasserait jamais. James commençait à la déshabiller lorsque la porte d'entrée claqua contre le mur. Ils sursautèrent dans un même mouvement quand la voix de Severus l'appela :

_ « LILY ! ».

Plus que l'étrangeté de la situation, ce fut le ton qui la persuada de l'urgence. Ils se précipitèrent dans le hall, baguette en main.

_ « La dernière fois que nous sommes allés à la cabane hurlante ? » demanda James en l'empêchant de foncer tête baissée vers son amie d'enfance.

_ « Remus a tenté de me tuer parce qu'un chien stupide s'étaient dit qu'il serait marrant de me présenter à un loup-garou » cracha l'homme.

_ « Pas de doute, c'est lui » soupira James.

_ « Que se passe-t-il ? »

Severus les observait tour à tour comme s'il n'y croyait pas.

_ « Sev' ! ».

Il frissonna lentement puis se ressaisit.

_ « Les enfants sont en danger ».

Les instants de félicité précédents disparurent aussitôt, remplacés par une lourde pierre dans son estomac. Severus leur expliqua alors la scène qu'il avait surpris dans le bureau d'Ombrage.

_ « Et on peut être certain que ces idiots vont courir jusqu'au Ministère » ajouta son meilleur ami dans sa barbe.

Harry Potter

_ « Il va les massacrer » haleta Hermione en se relevant pour épousseter la poussière qui recouvrait son pantalon d'écolière noir.

_ « Pour tout te dire, je m'en fiche un peu » répondit-il d'un ton amer tout en observant les centaures fuir devant les pas désordonnés du géant. Il les écouta s'éloigner, heureux de pouvoir échapper à la menace des hommes-cheveux. Il se plia en deux lorsqu'une nouvelle douleur traversa sa cicatrice et le submergea d'une vague de terreur. Agacé d'avoir perdu tant de temps, il se força à se redresser. Non seulement il s'était débrouillé pour perdre sa baguette mais en plus ils étaient coincés au milieu de la Forêt interdite sans aucun moyen de transport. « Intelligent comme plan » lança-t-il à Hermione d'un ton acrimonieux.

_ « Oh mais je t'en prie, la prochaine fois, je la laisserai te rendre stupide jusqu'à la fin de tes jours » grogna la lionne en retour.

Un autre jour, il se serait excusé. Il avait été injuste. Hermione lui avait permis d'échapper à une mort certaine.

_ « On aurait besoin d'une baguette » pesta-t-il, n'aimant pas se sentir démuni sans son précieux bout de bois.

_ « Et d'un moyen de transport » ajouta Hermione d'un ton défait en s'adossant contre un arbre pour tenter de se remettre de ses émotions.

_ « On se posait justement la même question » clama une voix dans leur dos. Ils levèrent les bras, prêt à se battre avec leurs poings puis les laissèrent retomber le long de leurs flancs, soulagés de voir apparaître leurs amis. Emily se dirigea aussitôt vers lui et lui sauta au cou. Il la serra brièvement, son attention détournée par ce que lui tendait Ron : sa baguette. Il la récupéra, heureux de sentir sa magie reconnaître le pouvoir détenu dans le morceau de bois. Ginny, Neville, Luna, Violet et Alexandre parlaient avec Hermione. Hormis les jeunes Black, ils semblaient tous assez mal en point. Ginny arborait de longues égratignures sur la joue tandis qu'une grosse bosse violacée enflait au-dessus de l'œil droit de Neville. Luna tapotait sa lèvre ensanglantée avec un drôle de mouchoir orange. Pourtant malgré leur état, ils avaient l'air plutôt content. Jusque-là il n'avait jamais compris pourquoi Severus traitait les Gryffons d'idiots … Ils racontaient dans un brouhaha incompréhensible la manière dont ils avaient réussi à se débarrasser des Serpents. Ce fut Alexandre qui doucha leur joie en posant une question censée :

_ « Comment va-t-on se rendre au Ministère ? ».

Un silence accueillit sa question avant que la clairière explose à nouveau sous les propositions fébriles.

_ « Et si on essayait d'y aller par la voie des airs ? » proposa finalement Luna d'une petite voix, légèrement ferme. Elle n'avait encore jamais paru aussi sûre d'elle.

_ « Mais on n'a pas de balai ! » contra Violet.

_ « Moi, j'ai un balai ! » intervint Ginny.

_ « Sauf que tu ne viens pas avec nous » rétorqua Ron avec colère.

_ « Sauf que je n'ai pas passé ces derniers mois à apprendre à me battre pour rester en arrière ! » s'énerva la rousse en terminant sa réplique par un crissement de mâchoire qui la fit soudain ressembler à sa mère d'une manière frappante.

_ « Elle a raison » assena Emily d'une voix dure.

Il ferma les yeux, inspira profondément. Ils avaient d'autre chose à faire que de se disputer. Ils perdaient du temps.

_ « Luna, a quoi pensais-tu quand tu parlais de passer par les airs ? » demanda Hermione, ramenant ainsi le silence dans la petite clairière.

_ « A eux » répondit la blonde d'un ton où perçait une pointe de fierté. Elle leva le bras pour désigner un point derrière son dos. Il fit volte-face. Entre deux arbres, deux yeux blancs luisaient d'un reflet étrange et inquiétant. Un sombral, haut et majestueux, broutait calmement. Il leva son nez et le fixa comme s'il avait compris chaque mot de leur conversation. Il marcha droit vers lui, soudain calme et déterminé. Tandis qu'il s'approchait, l'animal secoua sa tête reptilienne pour rejeter sa longue crinière en arrière. Il tendit la main pour flatter son encolure brillante. En cet instant, il le trouva beau.

_ « C'est encore cette histoire démente de chevaux volants ? » dit Ron d'une voix mal assurée en fixant des yeux un point qui se trouvait légèrement à gauche du sombral qu'il caressait. « Ceux qu'on ne peut voir que si on a eu un cadavre sous les yeux ? ».

_ « Oui » répondit-il.

_ « Il y en a combien ? ».

_ « Un ».

_ « Il nous en faut cinq » annonça Hermione en scrutant les alentours comme si elle pouvait soudain en apercevoir un.

_ « Et comment on va en trouver cinq, Miss-Je-Sais-Tout ! » s'agaça Ronald qui blanchissait à vue d'œil. L'idée de voler sur un animal invisible ne semblait pas l'enchanter.

_ « Oh ! Ils vont arriver » assura Alexandre, confiant.

_ « Et qu'est-ce qui te fait penser ça ? » demanda Neville, un brin méfiant lui aussi. Tout comme Ron, il fixait son regard dans la mauvaise direction en ayant l'impression de regarder les chevaux.

_ « Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, Hermione et Harry, sont couverts de sang » répondit-il d'un ton calme, détaché. « Et Hagrid s'est toujours servi de viande crue pour attirer les Sombrals, c'est d'ailleurs sûrement pour cela que ces deux-là sont venus ici ».

Au même moment, il sentit quelque chose tirer légèrement sur sa robe. Il baissa le nez pour regarder l'animal lécher sa manche trempée du sang de Graup.

_ « D'accord » affirma-t-il au moment où une idée se formait dans son esprit. « Ron et moi, on va prendre celui-là et partir tout de suite. Hermione reste avec vous en attendant que d'autres ne viennent ».

_ « Je refuse de rester derrière ! » protesta la lionne, furieuse.

_ « Ce ne sera pas nécessaire » assura Luna avec un sourire. « D'autres arrivent » compléta-t-elle en désignant, encore une fois, un point par-dessus son épaule.

Il fit, à nouveau, volte-face. Une dizaine de Sombrals s'avançaient lentement parmi les arbres, leurs grandes ailes lisses comme du cuir étroitement replié sur leur corps, leurs yeux luisant dans l'obscurité. Il n'avait plus aucune pour espérer laisser les autres en sécurité.

_ « Très bien. Un chacun ! » soupira-t-il avec colère.

Emily Potter

Monter sur l'animal fut une véritable épreuve de confiance. Ce fut Violet qui l'aida à assurer ses appuis sur le sien. Elle cala ses genoux afin d'assurer son assise derrière l'articulation des ailes. C'était étrange de sentir un poids invisible broyer ses articulations sans rien apercevoir. Luna, Alexandre et Harry aidaient les autres du mieux qu'il le pouvait. Tous nerveux, ils se cramponnaient fermement à une crinière invisible.

_ « C'est de la folie … » répétait Ron en boucle, visiblement le plus mal à l'aise. Hermione gardait une mine concentrée derrière laquelle la peur était aisément perceptible. « Si seulement je pouvais le voir … ».

_ « Espère plutôt que tu ne le verras jamais » répliqua sombrement Alexandre en se glissant à ses côtés pour regarder Violet grimper sur le sien. Une drôle de boule se forma dans sa gorge. Avec le temps et l'habitude, il était si facile d'oublier que les enfants Black n'avaient plus de mère. Il était si facile d'oublier que parfois la mort n'avait rien à voir avec un Mage noir mais tout avec la noirceur de l'être humain.

_ « Prêt ? » clama son frère d'une voix forte.

Ils hochèrent tous la tête avec une assurance plus ou moins grande. Elle regarda son frère chuchoter quelque chose après s'être penché en avant. Quand il se redressa, rien ne bougea pendant un long instant. Puis, elle eut l'impression d'être tiré en avant à une vitesse folle. Elle s'accrocha de toutes ses forces, bras et jambes serrées contre une force invisible en priant pour ne pas glisser vers l'arrière. Par peur de s'évanouir, elle préféra fermer les yeux et imaginer qu'elle rêvait. Un drôle de rêve où elle volait sans aucune sécurité.

Au bout d'un moment, elle ouvrit un œil et aperçut la lueur rougeâtre du crépuscule. Discernant un village moldu inconnu, elle ouvrit la bouche avec un grand O. Elle ne pensait pas s'être déplacé à une telle vitesse. L'air frais lui fouettait le visage. Elle avait froid, considérablement froid mais elle refusait de se hasarder à utiliser sa baguette pour lancer un sort de réchauffement. Elle se contenta donc de se concentrer sur autre chose que la douleur qui innervait dans tout son corps.

Le soleil disparaissait : le ciel était d'un violet sombre, parsemé de minuscules étoiles d'argent. Seules les lumières des villes moldues lui donnait une idée de leur altitude. Bien qu'habituée à voler en balai, elle n'appréciait pas l'expérience. Harry était en tête, couché vers l'avant. Il filait dans les airs, un air déterminé sur le visage. Elle ignorait ce qu'il avait vu exactement mais la situation ne lui disait rien qui vaille. Une partie de son esprit la suppliait de ralentir et de réfléchir, seulement le poids qui pesait sur son cœur refusait de la laisser faire.

Ils continuèrent à voler ainsi dans l'obscurité qui s'épaississait. Elle n'osait même plus jeter des coups d'oeils prudents aux autres. Son corps commençait à réclamer un changement de position mais elle refusait de lui obéir. Bandant sa volonté, elle utilisait toute sa détermination pour se concentrer. Puis elle sentit son estomac faire un bond. La tête du Sombral pointait soudain vers le sol. Elle hurla en se sentant glisser de quelques centimètres vers l'avant. Son cri effrayé se mêla à ceux qui ne pouvait pas voir l'animal.

A présent, des lumières orangées grandissaient de toutes part, rondes et brillantes. Elle distinguait les sommets des immeubles, les traînées des phares des voitures, semblables à des insectes lumineux, et les lueurs jaune pâle qui filtraient à travers les fenêtres. Elle ferma les yeux au moment où l'animal s'inclina vers le bas pour foncer vers le trottoir. Rassemblant toutes ses forces, elle se prépara à l'impact, les jambes serrées contre les flancs du cheval. Mais il se posa avec la douceur d'une ombre dans la ruelle. Abasourdis, ils restèrent tous en place avant qu'Harry ne se glisse maladroitement au sol. Ron sauta carrément de sa monture et laissa échapper un cri avant de se tenir la cheville en grommelant.

_ « Crétin » s'agaça Ginny en regardant son frère boiter en grimaçant.

_ « Quoi ! Je voulais toucher terre parce que ce truc, c'est … »

Luna passa à côté d'eux, un large sourire aux lèvres comme si elle venait d'effectuer une agréable balade.

_ « Et maintenant, où va-t-on ? » demanda-t-elle à Harry d'une voix polie et intéressée.

_ « Là-bas » répondit ce dernier tout en tapotant ce qui devait être le flanc du Sombral avec gratitude. Il rejoignit ensuite le bord de l'impasse, droit vers une cabine téléphonique aux vitres cassées et en ouvrit la porte. « Entrez ici ! Vite ! » les pressa-t-il en les voyant hésiter.

Ils avancèrent tous docilement à l'intérieur de la cabine. Serrés les uns contre les autres, ils grognèrent jusqu'à ce que l'habitacle s'élargisse de lui-même pour les laisser respirer un peu plus aisément. Serrée contre Violet, elle respirait son parfum fleuri à chaque inspiration.

_ « Celui ou celle qui est le plus près du téléphone compose six, deux, quatre, quatre, deux » dit Ginny en se hissant sur la pointe des pieds pour désigner du menton ledit téléphone. Ce fut Alexandre qui s'en chargea, le bras bizarrement tordu pour atteindre les numéros. Lorsque le cadran circulaire se fut remis en place, une voix féminine, froide et distante résonna dans l'appareil :

_ « Bienvenue au Ministère de la Magie. Veuillez indiquer votre nom et l'objet de votre visite ».

_ « Harry Potter, Emily Potter, Ronald Weasley, Ginny Weasley, Hermione Granger, Violet Black, Luna Lovegood, Neville Londubat et Alexandre Black … » récita Alexandre avant d'hésiter un instant pour répondre à la deuxième question.

_ « Nous sommes venus sauver quelqu'un à moins que votre ministère puisse s'en charger à notre place ! ».

_ « Merci » dit la voix féminine. « Les visiteurs sont priés de prendre les badges et de les attacher bien en vue sur leurs robes ».

Une dizaine de badges glissèrent dans le réceptacle habituellement destiné aux pièces inutilisées. Violet les ramassa comme elle le put et les distribua maladroitement à tout le monde. Elle jeta un œil au sien : Emily Potter, mission de secours.

_ « Les visiteurs sont priés de se soumettre à une fouille et de présenter leurs baguettes. Magiques pour enregistrement au comptoir de la sécurité situé au fond de l'atrium ».

Ils n'eurent pas le temps de répondre. Un cri inarticulé lui échappa au moment où le plancher de la cabine téléphonique se mettait à vibrer. Le trottoir s'éleva devant les fenêtres. L'obscurité se referma sur eux et, avec un grondement sourd, ils s'enfoncèrent dans les profondeurs du Ministère de la Magie.

Un rayon de lumière dorée tomba sur leurs pieds et s'élargit jusqu'à éclairer leurs corps tout entiers. Elle sortit sa baguette en donnant des coups de coude maladroits aux autres. Ils se frappaient tous sans douceur pour arriver à attraper leurs baguettes. Puis l'atrium apparut derrière la vitre. Ils se hissèrent tous sur la pointe des pieds pour voir si quelqu'un les attendait ; sauf qu'ils se gênaient plus qu'autre chose. Une idée lui vint en tête : ils n'étaient pas prêts pour ce qu'ils comptaient affronter. Son sang se glaça dans ses veines. La cabine s'arrêta en douceur au moment où la voix féminine s'élevait à nouveau :

_ « Le Ministère de la Magie vous souhaite une agréable soirée ».

La porte s'ouvrit à la volée, leur permettant de sortir dans un imbroglio de cris légers et de gestes maladroits. L'atrium était étrangement silencieux. Seul l'écoulement régulier des jets d'eau qui sortaient des baguettes magiques des statues de la sorcière et du sorcier, de la flèche du centaure, du chapeau du gobelin et des oreilles de l'elfe de maison pour retomber dans le bassin, autour de la fontaine d'or.

_ « Venez » leur ordonna Harry en s'adressant inutilement à eux à voix basse.

Dans le couloir, seules les flammes des torches étaient agitées par le souffle d'air qu'avait provoqué l'arrivée de l'ascenseur. Devant eux se trouvait une porte noire et lisse. Celle dont Harry lui avait parlé une fois.

_ « Allons-y » murmura-t-il d'une voix fêlée en commençant un pas avant de s'arrêter pour les regarder. « Et si … ».

_ « Non ! » le coupa-t-elle sèchement. « Nous y allons ensemble » assena-t-elle durement. Elle savait qu'il voulait continuer seul mais elle refusa de lui laisser le choix. Il s'agissait aussi de sa mère. Elle attrapa donc sa main et l'emmena jusqu'à être stoppé par cette stupide porte. Il n'eut pas besoin de faire un geste pour qu'elle s'ouvre. Ils la franchirent ensemble.

Ronald Weasley

L'adrénaline courrait dans ses veines, s'insinuant dans son coeur pour accélérer son rythme cardiaque et rendre chaque inspiration plus douloureuse que la suivante. La porte dissimulait une grande salle circulaire noire. Entièrement noire. Ils faisaient face à une douzaine d'autres portes noires, sans aucune marque, dépourvues de poignées. Alignées à intervalles réguliers, seule un mince trait doré marquait leur existence. Des chandeliers fixés entre les portes éclairaient la pièce de flammes bleues dont la lueur froide, vacillante, se reflétait dans le marbre brillant du sol, lui donnant l'aspect d'une eau sombre.

_ « Fermez la porte » murmura Harry.

Il regretta qu'il ait donné cet ordre au moment même où Neville s'exécuta. Privée de la lumière provenant des torches du couloir, la pièce circulaire devint si obscure que, pendant un moment, seules les flammes qui tremblotaient sur les murs et leurs reflets fantomatiques dans le marbre du sol restèrent visibles.

Harry observait les lieux, interdit. Un grondement sonore retentit et les chandeliers se déplacèrent latéralement. Le mur circulaire était en train de tourner sur lui-même. Sous le coup de la surprise, il recula et attrapa un poignet. Une main ferme et forte se referma sur son bras pour le rassurer. Un parfum musqué effleura son nez. Il reconnut Alexandre et sentit son cœur faire une étrange embardée. Il oublia la sensation quand les flammes bleues devinrent floues, traçant des lignes lumineuses semblables à ces drôles de lumières moldues. Puis aussi soudainement qu'il avait commencé, le grondement s'interrompit et la pièce retrouva sa stabilité.

_ « A quoi ça rime ? » murmura-t-il, effrayé.

_ « Je crois que c'est pour qu'on ne sache plus par quelle porte on est entré » baragouina Hermione d'une voix étouffée.

Parfois il aurait aimé qu'elle ait un esprit moins vif réalisa-t-il en pensant qu'elle avait raison. Tout se mélangeait dans sa tête : il était incapable de reconnaître la porte d'entrée que de repérer une fourmi sur le sol de marbre noir. Désormais la porte qu'ils devraient franchir pour poursuivre leur chemin pouvait être n'importe laquelle.

_ « Comment on va faire pour ressortir ? » demanda Neville, mal à l'aise.

_ « Ça n'a aucune importance » affirma Harry d'une voix forte. Il paraissait à l'aise malgré l'étrange tour qui venait de se jouer devant leurs yeux pourtant, à la manière qu'il avait de serrer sa baguette, il savait qu'il était stressé. « Nous n'avons pas besoin de sortir avant d'avoir retrouvé ma mère ».

_ « Notre mère » le reprit Emily.

Un silence pesant s'installa. Ce fut Harry qui reprit la parole d'une voix plus incertaine cette fois :

_ « Je ne … Dans mes rêves, je passais la porte située au bout du couloir en sortant de l'ascenseur et j'arrivais dans une pièce sombre. Celle-ci. Ensuite, je franchissais une autre porte qui donnait sur une salle où je voyais … euh … des lumières briller et … ».

Alexandre lâcha finalement son poignet pour se diriger droit vers une porte au hasard. Il l'ouvrit sans difficulté. Après l'obscurité de la première pièce, les lampes suspendues à de longues chaînes d'or fixées au plafond donnaient l'impression que cette longue salle rectangulaire était beaucoup mieux éclairée. L'endroit était vide, à l'exception d'un énorme réservoir aux parois de verre, si grand qu'ils auraient pu y nager tous ensemble. Il occupait le centre de la pièce et contenait un liquide vert foncé dans lequel flottaient paresseusement des objets d'un blanc nacré.

_ « Qu'est-ce que c'est que ces machins-là ? » murmura Violet d'une voix dégoûtée.

_ « Des poissons ? » proposa Ginny en s'avançant pour mieux voir.

_ « Des larves d'Aquavirius » affirma Luna avec enthousiasme. « Papa dit que le ministère élève … ».

_ « Non. Ce sont des cerveaux » contra Hermione avec assurance. Elle se faufila entre Alexandre et l'ouverture pour s'avancer jusqu'à la paroi transparente. Harry s'avança jusqu'au chambranle, observa la pièce puis affirma :

_ « Sors d'ici. Ce n'est pas par-là, il faut essayer une autre porte ».

_ « Ici aussi, il y a des portes » souffla Ginny en pointant une démarcation sur le mur du fond. Hermione se pencha et approuva d'un coup de tête.

_ « Cet endroit est donc si vaste ? » souffla Alexandre d'un ton défait.

_ « Ce n'est pas la bonne salle. Hermione, sors » exigea Harry d'un ton impérieux, cette fois. Elle les rejoignit rapidement. Alexandre s'apprêtait à refermer la porte quand Luna eut un éclair de génie. Elle dessina une croix enflammée sur le bois avant que le Serpent ne referme la porte en la claquant avant de s'éloigner rapidement. Le grondement remonta des entrailles de la terre et les murs se remirent à tourner. Une lueur rouge s'était glissée parmi les tramées bleues, et lorsque tout redevint immobile, la croix flamboyante brûlait toujours, indiquant la porte qu'ils avaient déjà ouverte.

_ « Bonne idée » approuva Emily en prenant la blonde entre ses bras pour la féliciter chaudement. Luna rougit légèrement, peu habituée à recevoir des compliments et la pleine attention des autres.

_ « Et si on essayait celle-là » dit Ginny en s'avançant vers une porte noire au hasard. Elle l'ouvrit et ils se retrouvèrent devant une pièce rectangulaire et faiblement éclairée. Plus vaste que la pièce précédente, ils se penchèrent pour distinguer, au centre, une grande fosse de pierre d'environ six mètres de profondeur. Ils se trouvaient au sommet d'une série de gradins formés de bancs de pierre qui faisaient tout le tour et descendaient en marches escarpées comme dans un amphithéâtre. En bas, au milieu de la fosse, se trouvait un socle de pierre sur lequel reposait une arcade en pierre qui paraissait antique, lézardée et si fragile qu'il était étonnant qu'elle fût encore debout. Isolée, sans aucun mur pour la soutenir, elle encadrait un voile qui, malgré l'absence d'air, ondulait légèrement, comme si quelqu'un venait de l'effleurer.

Il n'aimait pas cette pièce.

Hermione Granger

Elle n'aimait pas cette pièce.

_ « Attention » murmura-t-elle au moment où Harry descendait les gradins un à un jusqu'au fond de la fosse. L'écho de leurs pas résonnaient bruyamment lorsqu'ils s'approchèrent du socle. L'arcade pointue paraissait beaucoup plus haute de l'endroit où il se tenait que vue d'en haut. Le voile continuait de se balancer doucement comme si quelqu'un venait de le traverser.

C'était étrange. Une voix s'élevait. Douce. Sourde. Tentante.

Serrant étroitement sa baguette dans sa main, elle contourna le socle de pierre mais il n'y avait personne derrière. Ce n'était que l'autre face du voile noir déchiré par endroits.

_ « Allons-nous-en » affirma Emily d'une voix hachée.

Elle l'entendit comme si elle avait parlé loin.

Très loin.

La voix douce, sourde, tentante continuait son chant.

Une main ferme la tira en arrière. Alexandre l'observa, effrayé avant de l'éloigner plus fermement. Elle cligna des yeux, se rendant compte qu'elle s'était avancé plus près qu'elle ne l'avait cru. Tous paraissaient effrayés.

_ « Ne les écoute pas » chuchota le Serpent effrayé à son oreille.

Elle hocha la tête sans parvenir à lui obéir. Elle allait faire un pas en avant mais Alexandre la bloqua avec son bras.

_ « Arrête ! » assena Ginny d'une voix sèche en s'interposant dans son champ de vision.

Elle ne reprit totalement ses esprits qu'après avoir été tiré jusqu'à une autre porte, dans le fond de la salle. Ils entrèrent dans une salle aussi vaste qu'une église et rempli d'immenses étagères sur lesquelles s'alignaient de petits globes de verre poussiéreux. La voix se tut lorsque Ginny referma derrière eux. Les globes luisaient à la lueur des chandeliers fixés à intervalles réguliers le long des rayons. Elle frissonna. Le froid était plus intense ici.

Harry, baguette dressée, s'avançait prudemment et scrutait l'obscurité. Il s'enfonça entre deux rangées d'étagères en veillant à marcher le plus doucement possible.

_ « Quelle rangée ? » souffla Emily en commençant à le suivre.

_ « Quatre-vingt-dix-sept » murmura Harry.

Alexandre la relâcha pour la laisser suivre les autres. Il se plaça derrière elle pour fermer la marche. Au bout d'une rangée, elle leva sa baguette et éclaira le chiffre 53. Harry partit vers la droite.

Ils progressèrent lentement, lançant des coups d'oeils nerveux aux globes ou derrière eux. L'obscurité quasi-totale était oppressante. De minuscules étiquettes jaunissantes étaient collées sous chaque globe de verre. Certains d'entre eux diffusaient une lueur étrange, liquide, d'autres étaient aussi sombres et ternes que des ampoules usagées.

Devant la rangée soixante-treize, elle marqua un arrêt et fronça les sourcils. Elle avait cru entendre une voix. Elle secoua la tête et reprit sa marche, inutile de se laisser distancer. En cas d'attaque, il valait mieux former un groupe.

_ « Quatre-vingt-dix-sept ! » murmura Emily.

Ils se rassemblèrent tous derrière les Potter pour scruter la pénombre. Il n'y avait personne. L'affreux doute qui l'avait saisi à Poudlard revint, particulièrement lorsqu'Harry murmura en s'enfonçant entre les deux rangées :

_ « Elle devrait être là ».

Elle le suivit, consciente avec une acuité de plus en plus importante qu'elle aurait dû écouter son instinct et bloquer Harry jusqu'à ce qu'un adulte compétent arrive. Elle aurait dû hurler à Rogue qu'ils allaient au devant du danger mais, comme d'habitude, elle n'avait rien fait. Elle avait écouté cette voix qui lui soufflait d'être courageuse. Devant elle, les autres commençaient à se regarder nerveusement sans rien dire tandis qu'Harry murmurait de plus en plus. La panique se glissant lentement dans sa voix.

Ils longèrent la rangée. Ils étaient passé de l'autre côté. D'autres chandeliers jetaient une lueur bleue étrange. Il n'y avait personne. Tout était plongé dans un silence poussiéreux où le moindre bruit résonnait en écho. Harry tournait sur lui-même. Il arrêta lorsqu'Emily plaça une main sur son épaule.

_ « Elle n'est pas là » affirma-t-elle doucement.

Aucun d'eux n'osa prononcer un mot. Harry regardait ses pieds en blêmissant à vue d'œil. Elle n'osait pas comprendre pourquoi Lily n'était pas là où elle aurait dû être.

_ « Je crois que j'ai trouvé un truc » lâcha Ron d'un ton où perçait la sidération.

Emily leva sa baguette et éclaira l'endroit indiqué par le roux.

_ « Harry … C'est … C'est ton nom là-dessus » souffla-t-elle.

Ils s'approchèrent tous en même temps de la petite sphère de verre à l'intérieur de laquelle brillait une faible lueur, malgré l'épaisse couche de poussière qui la recouvrait. L'objet était visiblement là depuis de nombreuses années.

_ « Mon nom ? » répéta Harry, incertain, tout en se faufilant entre eux.

Moins grand que Ron, il dut se mettre sur la pointe des pieds pour parvenir à lire l'étiquette jaunie collée sous la sphère poussiéreuse. Une écriture longue et fine indiquait une date qui remontait à seize ans auparavant et au-dessous :

S.P.T à A.P.W.B.D.

Seigneur des Ténèbres et (?) Harry Potter

Elle allait lui recommander de ne pas y toucher au moment où Harry tendait le bras et attrapait la sphère. Ils retinrent tous leurs souffles mais rien ne se passa. Ils fixèrent longtemps le globe, interdits.

_ « Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » demanda Ginny.

Un silence épais suivi sa question.

_ « On rentre » ordonna-t-elle d'une voix ferme. Harry leva le nez de la sphère pour la fixer avec un œil noir. « Ta mère n'est pas là, Harry. Ça pue le piège à plein nez, j'avais raison … alors on rentre en priant pour être passé entre les mailles du filet ».

Harry s'apprêtait à discuter mais les autres approuvèrent largement son idée. Se retrouvant en minorité, il n'osa pas la contredire ouvertement et suivi le mouvement de repli que Neville avait déjà commencé à effectuer. Ils avaient remonté l'allée quand elle entendit un bruit derrière elle. Léger. Elle se retourna vers Alexandre qui la regarda étrangement.

_ « Il y a … » commença-t-elle.

_ « Rien » termina-t-il dans un chuchotement en la bousculant légèrement pour qu'elle reprenne sa marche mais, à peine avait-elle fait deux pas supplémentaires qu'une noirceur épaisse les entoura. Surprise, elle s'arrêta net et sentit Alexandre se cogner contre son dos. Son parfum fut la seule chose qui l'empêcha de perdre pied. Elle avait toujours craint le noir. Du noir profond particulièrement.

Elle sentit un bras se serrer autour de sa taille. Elle allait se laisser faire mais son instinct se réveilla. Elle se débattit comme une lionne seulement la personne qui la tenait avait une poigne ferme et davantage de force. Elle sentit quelque chose heurter son front et ce fut le noir. Complet cette fois.

Voldemort

Un à un, les gamins furent ramenés dans la salle aux multiples portes. L'exaltation de la victoire parcourait ses veines mais il s'obligeait à réguler le sentiment d'euphorie qui voulait s'emparer de lui. Il avait appris à se méfier avec ce satané gamin. Lucius revint, encore une fois, avec une jeune fille entre les bras. Il la déposa sans brutalité sur le sol, évanouie.

_ « Et Potter ? » demanda-t-il d'une voix sèche au moment où Bellatrix revenait, bredouille.

_ « Impossible de le trouver pour le moment » répliqua la sorcière en se penchant au-dessus de la gamine que Lucius venait de ramener. Elle fit une grimace puis la bouscula de son pied comme elle l'aurait fait d'un déchet. « Sang-de-bourbe » cracha-t-elle tandis que le corps de la petite roulait vers lui sous le coup.

Il sentit son estomac se serrer brusquement à la vue de son visage. Un visage presque oublié. Un visage surgi du passé. Un visage …

_ « Trouvez-moi Potter ! » hurla-t-il, perdant son sang-froid. Tous sursautèrent et se mirent en route aussitôt. « TOUS ! » ajouta-t-il à l'intention de Bellatrix qui observait tranquillement une rousse. Une Weasley surement. Il connaissait les racontars. Une famille de sang-pur aux cheveux aisément reconnaissables. La sorcière sursauta, s'inclina respectueusement avant de prendre la poudre d'escampette.

Il attendit que ses pas s'éloignent dans le couloir pour s'approcher de celle qui l'intéressait. Lentement il s'abaissa pour l'observer de plus près. Il prit soin de tourner sa tête entre ses doigts. C'était étrange de sentir son cœur battre pour autre chose que la victoire ou la vengeance. Et pourtant, en cet instant suspendu, il battait lourdement pour un passé qu'il avait cru enfoui.

Plusieurs visages se mélangeaient dans sa mémoire. Hélia d'abord. Helena ensuite. Hélia surtout.

_ « Qui est-ce ? » demanda-t-il au gamin qui le fixait silencieusement depuis que ses ouailles étaient sorties.

_ « Her … Hermione Granger, monsieur » répondit-il d'un ton nerveux.

Il sentit un sourire ourler ses lèvres.

_ « Monsieur » répéta-t-il dans un ricanement amusé. L'adolescent blêmit violemment. « Ne sois pas honteux du respect que tu confères à tes aînés, jeune homme » ajouta-t-il en se relevant. Il avait vu ce qu'il voulait voir, inutile que le gamin comprenne davantage. Lentement ce dernier hocha la tête sans quitter la brune des yeux. Il tenait à elle. Avait-il été aussi lisible à cet âge ?

Lily Potter

Ils étaient tous venu. Ils avaient tous répondu présents. Le coeur gonflé par la solidarité qui existait encore entre eux, elle bondit hors de l'ascenseur pour foncer vers la première rangée visible de la salle des prophéties. Elle savait que James la suivait, le cœur aussi lourd que le sien. Elle ignorait comment Dumbledore pouvait être certain que les adolescents seraient ici, mais elle avait décidé de le croire. Elle le crut encore plus en entendant des explosions qui provenaient de l'autre côté de l'immense salle cathédrale.

_ « Inutile d'avancer plus loin » clama une voix trainante dans leur dos.

Elle s'arrêta en apercevant une silhouette floue à l'autre bout de la rangée. Ils étaient coincés. Un horrible sentiment se glissa dans sa poitrine quand l'ombre se stabilisa en une forme qu'elle reconnaîtrait n'importe où malgré le masque.

Peter.

Peter Pettigrow.

Elle remercia le ciel que James lui tourne le dos à l'instant. Le sang glacé dans ses veines, elle peinait à respirer tandis que le rat avançait de son habituelle démarche un peu gauche.

_ « Vous attaquer à des gamins, tu es tombé bien bas, Lucius » cracha James à l'encontre de l'homme qu'elle entendait approcher d'une démarche ferme.

_ « Ce n'est pas sa faute si ce sont des idiots » clama Pettigrow de sa voix couinante. Et ce fut le chaos. Consciente de ce qu'allait faire James avant même de réfléchir, elle fit volte-face et convoqua un bouclier pour protéger le dos de son époux qui fonçait droit vers son ancien ami en hurlant. Tout en répliquant à la perfidie de Lucius, elle se promit de le tuer dès la fin de ce combat.

La bataille entre James et Pettigrow s'éloigna à son grand soulagement. Elle pouvait désormais se concentrer sur le blond sans craindre de toucher son époux. Le Serpent était doué.

Il avait toujours été doué.

Elle fronça le nez lorsqu'un sort noir la frôla, mordant la peau de son bras. Elle le secoua, changeant de main pour répondre au sorcier qui devenait de plus en plus inventif. Agacée de s'être laisser bêtement acculée, elle décida de transformer son bouclier en un sort explosif. La protection vola en éclats, aveuglant le blond durant quelques secondes.

Temps qu'elle mît à profit pour prendre la fuite. Elle n'avait pas le temps de se mesurer à lui. La priorité était ses stupides gosses. Gosses qu'elle allait se faire une joie d'étriper une fois qu'il serait sorti de là. Elle ouvrit une porte au hasard et s'apprêtait à opérer un demi-tour quand un sort la heurta en pleine poitrine.

La douleur se développa au moment où le sol disparaissait sous ses pieds. Elle dévala brutalement les grands gradins qu'elle avait aperçu, rebondissant de marche en marche jusqu'à attirer sur le dos dans un choc qui lui coupa le souffle, tout au fond d'une fosse où se dressait une arcade sur un socle de pierre. Le rire de Lucius résonna dans la salle. Elle leva les yeux et le vit descendre tranquillement les degrés pour la rejoindre. Elle se releva mais ses jambes tremblaient si fort qu'elle avait du mal à se soutenir. Elle resserra sa prise sur sa baguette et dévia de justesse le sort de mort du blond.

_ « NON ! ».

Le cri lui arracha les tripes tandis qu'elle cherchait d'où son fils avait pu crier. Elle comprit en voyant des sorts mineurs sortir de nulle part qu'il avait au moins eu l'intelligence de prendre la cape de James avec lui. Désarçonné par ces attaques sans attaquant visible, Lucius adopta une stratégie de défense avant de comprendre que c'était elle que l'être invisible défendait durement. Son sort de mort fit voler en éclats son nouveau bouclier. Lucius allait recommencer lorsqu'il fut déstabilisé par une force invisible qui roula avec lui jusqu'à ses pieds.

Elle n'hésita pas un instant, assommant le blond à l'aide d'un sort noir de sa connaissance, attrapa le pied découvert de son fils et tâtonna jusqu'à sentir le tissu sous ses doigts. Elle la retira prestement et le fusilla du regard.

_ « Que ce soit bien clair, jeune homme, la prochaine fois que tu me fais cela, je t'enferme dans ta chambre jusqu'à tes vieux jours ! » persifla-t-elle tout en le relevant. Hormis quelques bleus, il semblait aller bien. « Où sont les autres ? ». A son silence, elle comprit que la réponse n'allait pas lui plaire. Un regard noir plus tard, il avouait ce qu'elle avait espéré ne pas entendre. « Et merde » grommela-t-elle tout en refermant sa poigne sur le bras de son fils pour l'entrainer à sa suite.

James Potter

_ « Tu n'es qu'un sale rat » cracha-t-il en jetant des sorts tout autour de lui. Il savait que l'animagus rôdait dans le coin, certainement caché sous une étagère. Il le sentait. Il fit voler une autre étagère et ses centaines de prophéties en éclats pour tenter de le débusquer. Il se moquait du savoir qu'il était en train de détruire. Une seule chose comptait : sa vengeance. Une vengeance froidement entretenue pendant quinze ans.

Une vengeance pour la traitrise. Une vengeance pour mettre fin à la plaie qui n'avait jamais cessé de saigner depuis ce 31 octobre. Longtemps il avait refusé de croire les faits. Il avait tout fait pour les retourner, pour ne pas admettre que celui qu'il avait accueilli chez lui voulait sa mort … Puis il avait fallu reconnaître qu'Hélia Habenaria et Albus Dumbledore n'avaient pas menti. Il était venu. Il avait failli détruire leur vie.

Un frisson d'effroi le traversa comme à chaque fois qu'il s'aventurait à repenser à cette terrible nuit.

Un bruit attira son attention.

Des grattements à peine perceptibles mais il était lui aussi un animagus et bien meilleur que Pettigrow. Le sort ne lui fit pas mal mais obligea l'homme-rat à reprendre forme humaine pour réussir à contenir la douleur. Il n'hésita pas une seconde et envoya sa lourde silhouette contre le mur le plus proche. Il entendit son souffle être expulsé de sa poitrine malingre et sourit tandis qu'une main invisible bloquait sa gorge et serrait doucement. Un sourire, presque extatique, étira lentement ses lèvres.

_ « Papa ».

Le murmure choqué de son fils l'arrêta net. Il se retourna, surpris de le trouver là puis son regard se mélangea à celui de Lily. Il baissa le nez, honteux d'avoir cédé. Lily s'avança jusqu'à lui, caressa sa joue en souriant tristement. Plus que quiconque elle comprenait mais pas devant leur fils pouvait-il lire dans son regard. Pas devant un enfant. Il desserra la main invisible avant d'assommer le rat et de l'enfermer dans un cauchemar dont il peinerait à se relever indemne.

_ « Où est ta sœur ? » demanda-t-il à Harry plus durement qu'il ne l'avait escompté. L'adolescent baissa le nez, honteux.

_ « Le Mage noir est là, James et Emily doit … » commença Lily tout en prenant leur fils entre ses bras pour lui embrasser les cheveux. Pour une fois, l'adolescent se laissa faire.

_ « Ici » s'écria cette dernière en courant vers eux.

_ « Je l'ai trouvé dans une salle avec de drôles de cerveaux » expliqua Sirius après avoir repris forme humaine. « Je me disais bien que ça sentait le rat » grommela-t-il en apercevant la silhouette endormie de Pettigrow contre le mur. « Il mérite davantage qu'un somnus un peu salé ».

_ « Je sais, mon ami, mais nous ne sommes pas là pour cela. Pas aujourd'hui du moins » affirma-t-il d'une voix ferme. Sirius tressaillit, les poings serrés le long de ses flancs. « Il est assommé. Nous allons enfin l'arrêter et il finira à Azkaban » ajouta-t-il. La haine déformait les traits émaciés de son ami.

_ « Il a … ».

_ « Je sais » le coupa-t-il en lui serrant fort le bras. « Mais tu as des enfants qui n'ont pas besoin que tu termines dans la même cellule que lui » ajouta-t-il. La mention d'Alexandre et de Violet sembla réveiller l'animagus de sa douleur.

_ « Ils sont venus ? » l'interrogea-t-il en blêmissant.

_ « Ils sont tous venus » s'agaça Lily en se détachant brièvement des deux enfants pour les fusiller tour à tour du regard. Un bruit sourd les fit sursauter violemment. Ils levèrent le nez vers le plafond, surpris par la force de la détonation. « Qu'est-ce que … ».

_ « Ils sont dans l'atrium » affirma-t-il.

_ « Je les ramène à la maison et … ».

La seconde détonation les déstabilisa. Harry profita de leur chute pour se défaire de sa mère et partir en courant vers l'avant. Il hésita trop longtemps à le saucissonner, n'osant le faire chuter brusquement et le regarda disparaître à l'angle d'un couloir.

_ « Et merde » hurla-t-il avant de le suivre. « Restez-là » leur ordonna-t-il vaguement. Harry courrait vite, bien plus vite que lui. Habitué à éprouver son corps au Quidditch, l'adolescent était rapide et se dit qu'il était temps qu'il se remette un peu au sport en repensant à la remarque de Lily, quelques jours plus tôt. Il grogna en voyant disparaître son fils dans l'ascenseur à l'autre bout du couloir tandis que son estomac se serrait violemment.

Cette sensation il la connaissait parfaitement : la peur.

Harry Potter

Il serra et desserra sa prise autour de sa baguette, impatient de se mêler au combat. Il savait qu'Il était là. Il ne savait pas d'où il tirait cette certitude mais Il était là. L'ascenseur lui paraissait lent et il tournait en rond comme un lion dans sa cage. Une fois dans l'atrium, il bondit hors de la cage et …

Rien.

Une nouvelle détonation le déstabilisa. Le bâtiment trembla longuement, bien plus que les deux premières fois. Baguette serrée dans sa paume, il s'avança à pas lents, surpris de ne découvrir personne. Il s'adossa à la fontaine, le souffle court. Quelque chose clochait. Il le sentait au plus profond de lui-même. Il ne voyait pas grand-chose et il n'entendait rien. Strictement rien.

Les cheveux sur sa nuque se dressèrent. Quelque chose clochait. Il … Il se tourna et laissa échapper un hoquet surpris. Le vide … un vide immense cherchait à l'attirer. Le hall avait disparu pour ne laisser qu'un immense vide, noir et profond, dans lequel une voix lui réclamait de plonger. Cette voix, il la connaissait. Cette voix … C'était Lui.

Au moment où cette conviction se formait dans son esprit, une douleur immense lui déchira le front. Jamais il n'avait eu si mal. Jamais il n'aurait cru pouvoir mourir de douleur. Deux yeux apparurent dans le noir et le fixèrent froidement. Puis une bouche aussi fine qu'un fil de laine ; une bouche qui s'étira lentement en un sourire gourmand.

La créature qui le maintenait sous le feu de son regard rouge sang parla et étrangement il sentit ses propres mâchoires remuer …

_ « Tuez-moi » la supplia-t-il alors qu'il n'avait aucune envie de mourir.

Et il comprit.

Il aurait ri amèrement s'il l'avait pu.

Aveuglé, agonisant, tout son corps le suppliait de trouver le moyen de desserrer l'emprise du Mage noir sur son esprit.

_ « Tuez-moi » répéta-t-il.

Un instant, il pensa que la créature qui le forçait à parler avait raison. Il allait mourir. Il voulait mourir. Son corps était prêt. Il allait …

Puis tout s'arrêta.

Tremblant de sueur, il observa son père sans comprendre ce qui s'était passé. Ce dernier passa une main sur sa joue pour attirer son attention et accrocher son regard.

_ « Qu'est-ce qui t'est arrivé ? » l'interrogea ce dernier, le visage blême.

Sa main froide sur sa peau poisseuse le fit frissonner. Par-dessus son épaule, il aperçut la silhouette floue de sa mère et de sa sœur. Sirius arriva le premier sous sa forme de chien.

_ « Que s'est-il passé ? » demanda l'Animagus d'une voix rauque.

Il écouta son père expliquer qu'il était monté puis redescendu avec l'ascenseur. Il voulut ouvrir la bouche pour le leur dire mais il en fut incapable. Sa mère monta à l'intérieur.

Où était Emily ?

Il ouvrit la bouche pour l'interroger mais il avait l'impression qu'une pierre lui écrasait la poitrine pour l'empêcher de respirer, de parler. Alors que l'ascenseur reprenait sa course, il sentit la créature reprendre des forces, le ramener vers les ténèbres.

Il voulut hurler.

Il en fut incapable.

Il entendait distinctement le cliquetis métallique des rouages magiques qui s'actionnaient pour les faire monter vers l'étage. Il leva le bras vers la poignée qui permettrait de l'arrêter toutefois ce dernier pesait une tonne. Il ne réussit à le soulever que d'un pauvre petit centimètre. Les trois adultes posaient des questions auxquelles il n'arrivait pas à répondre. A l'intérieur de sa tête, il l'entendit rire.

Hermione Granger

Ce fut la douleur qui la réveilla. Elle observa ses pieds sans comprendre puis la panique inonda son corps. Le sol … Le sol était trop loin de ses pieds. Elle remua les jambes tout en laissant échapper un gémissement craintif. C'était la douleur aux épaules qui l'avait éveillé. Elle regarda ses mains suspendues dans le vide en levant le nez. Retenue par une corde qui entaillait sa peau, elle eut envie de pleurer. A force de bouger, elle aperçut une lueur rousse dans la pénombre.

_ « Ginny » murmura-t-elle.

Et derrière la rousse, elle aperçut chacun de ses amis. La cheville de la jeune fille formait un drôle d'angle. Elle retint un haut-le-coeur violent, sentant la bile envahir sa bouche. Elle serra les dents pour ne pas céder à son premier instinct et se força à ravaler l'immonde liquide qui lui brûlait les gencives.

Son corps se balançait doucement sous son propre poids. Les liens avaient été mal serrés, elle sentait la corde érafler sa peau à mesure qu'elle glissait lentement vers le sol.

Quelques mètres. Ce n'était que quelques mètres. Une détonation la fit chanceler davantage, lui arrachant un cri bref et rauque tandis que ses mains glissaient hors des liens.

Elle chuta. Son épaule rencontra durement le sol noir. Elle se mordit la langue pour ne pas crier et attirer l'attention d'un Mangemort. Elle ignorait pourquoi ils n'étaient pas morts et décida que la question se poserait plus tard quand elle ne serait plus en danger de mort. Elle hésita à les libérer mais elle n'avait plus sa baguette.

Elle se cala contre le mur, près de la porte entrouverte et écouta attentivement. Personne. Elle fronça les sourcils. Toute cette mise en scène était étrange. Elle passa dans le couloir, le cœur cognant violemment contre ses côtes douloureuses. Elle longea le mur et fut surprise de déboucher dans l'atrium sans encombre.

Elle marcha lentement, de cheminée en cheminée puis s'arrêta derrière la dernière d'entre elle.

Dans l'atrium, la scène était comme figée. Voldemort, grand et majestueux squelette, observait Harry, bloquée dans une cage d'ascenseur avec ses parents et Sirius sous sa forme animagus. Elle allait opérer un demi-tour quand elle sentit une main froide se refermer sur sa nuque.

_ « Maitre, regardez qui j'ai trouvé » s'écria Bellatrix Lestrange en la bousculant vers l'avant à l'aide d'un sort. Elle sentit un poids la tirer jusqu'au milieu de la scène. Elle leva le nez, effrayée vers l'homme au pied duquel elle avait atterri et croisa son regard rouge sang. Elle sentit une pointe s'enfoncer dans son cerveau mais refusa de le laisser faire.

« Avada Kedavra ».

Tom Jedusor

Il le tenait.

Enfin.

Il allait écraser sa misérable existence maintenant. La prophétie ne comptait plus. Elle n'avait été qu'un prétexte pour attirer son attention et lui permettre de pervertir son esprit. Comme il avait pris plaisir à envahir chaque petit instant de sa piètre existence, à glisser son fiel dans ses relations, à le briser lentement.

Il n'avait pas pensé à l'ascenseur. Lorsque la machine était redescendue, il avait perdu le contact visuel et avait senti sa prise se desserrer. L'empêcher de parler n'avait pas été difficile mais la présence de ses parents et de ce chien n'allait pas l'aider à accomplir son dessein. Il l'entendait poser leurs questions inquiètes et ne put s'empêcher de sourire. Triste spectacle.

Ils n'étaient que des insectes qu'il allait bientôt pouvoir écraser.

Enfin.

Quinze ans qu'il attendait son heure.

Quinze longues années.

Quinze années à respirer un air qu'il n'aurait jamais dû connaître.

Quinze années à devenir un symbole quand son nom était raillé par les lèvres immondes de la plèbe.

Quinze années pour se reconstruire, morceau par morceau.

Quinze années pour ourdir un plan.

Une année à pervertir lentement son âme innocente.

Il le sentit paniquer alors que l'ascenseur remontait. Il le vit observer la poignée pour arrêter l'appareil et ricana.

_ « Oui, jeune Potter, je vais les tuer » susurra-t-il, profitant de la peur qu'il sentait dans ses entrailles. Ce goût, ce sel dans son existence, lui avait manqué. Il se délecta de ce sentiment de puissance.

Ce soir, il allait triompher.

L'ascenseur s'ouvrit. Les deux adultes se placèrent devant leur fils pour le lui cacher. Un sourire carnassier étira ses lèvres. Une seconde lui était suffisante pour agir. Il avait rétabli le contact, leurs corps formaient désormais une barrière bien inutile.

Coincé à l'intérieur de son propre corps, le gamin se débattait comme un diable. Il le força à lever la main avec laquelle il tenait sa baguette. Il l'obligea à ouvrir la bouche, brusquant les muscles de sa bouche pour les obliger à prononcer une formule qu'il adorait sentir rouler sur ses lèvres.

_ « Maitre, regardez qui j'ai trouvé » s'extasia Bellatrix.

Il entendit le bruit d'un sort touchant un corps et se tourna vers la sorcière, agacée qu'elle ait osé l'interrompre. Un corps juvénile s'arrêta à quelques centimètres de ses pieds. Il baissa le nez et sentit son sang se glacer dans ses veines. Il connaissait cette broussaille invraisemblable. La jeune fille leva son regard effrayé et le maintint avec courage. Son esprit fut aussitôt attiré par le sien. Il fut surpris de sentir une résistance à ce qu'il tentait instinctivement de faire et …

« Avada Kedavra ».

Il rompit le contact avec Potter et réintégra son corps à toute vitesse. Le sort filait droit vers eux, vers sa silhouette recroquevillée. Sa magie réagit avant même qu'il ne formule une pensée cohérente. La sorcière de la fontaine prit vie et s'interposa entre eux et l'éclair de magie noir. Elle explosa sous l'impact, le forçant à convoquer un bouclier qui les protégea. Tous observaient la scène sans comprendre ce qu'il venait de faire …

Puis ce fut le chaos. Il se baissa à temps pour éviter un sort de lumière verte. Il reconnut la signature magique sans difficulté et se retourna vers l'être qu'il haïssait le plus au monde : Albus Dumbledore.

Il disparut pour atterrir à sa gauche. Tant pis pour Potter. Cette nuit, il abattrait une autre personne.

Toutes les statues du hall prirent vie. L'une d'elle se rua vers Bellatrix. Il aurait pu la détruire et empêcher la sorcière de voler à l'autre bout de la pièce mais, à l'instant, l'idée de la voir mourir ne lui déplaisait pas. Son bouclier protecteur explosa sous les assauts du vieux sorcier. Il jeta un œil négligeant à la gamine qui n'avait pas bougé et serra les dents. Il n'avait pas le temps de s'occuper d'elle. D'un jet de baguette, il l'envoya à travers les airs, loin de la bataille et entendit distinctement son corps rebondir sur le marbre de l'atrium. Il ne chercha pas à savoir si elle allait bien. Il savait que désormais la priorité de l'homme qui l'attaquait serait de la défendre, elle et Potter.

Il sourit. Affaibli par les protections qu'il avait invoqué pour ses pairs, Albus Dumbledore représentait désormais une cible presque trop facile. Il dévia aisément son sort de lumière à l'aide d'un bouclier d'argent.

_ « C'était une idiotie de venir ce soir, Tom » clama fièrement l'homme en évitant avec une souplesse insoupçonnée pour son âge un avada. Il se volatilisait et réapparaissait à la vitesse de l'éclair, frappant son bouclier pour le fragiliser. Enfermée derrière sa protection, il répondait avec les mêmes ressorts magiquement pernicieux.

_ « Tu vas mourir » énonça-t-il alors qu'un sort rouge déchirait sa manche. Il poussa un cri, peu ravi de sentir sa peau s'ouvrir. Sa chair se désintégra sous l'impact. Il allait répliquer quand il comprit ce qui n'allait pas. Un sort mangeur de chair … Un rire fou lui échappa. « Il va falloir m'apprendre ce tour, Albus » clama-t-il en se recroquevillant pour échapper à un jet de pierre.

Avec l'arrivée du vieux sorcier, l'atrium était devenu une véritable scène de carnage. Ses Mangemorts, surement appelés par Bellatrix, répondaient avec violence aux assauts des membres de l'Ordre. Il sentit l'adrénaline du combat rouler dans ses veines et gonfler ses muscles noueux. Il n'avait plus connu un tel enchantement depuis longtemps. Son esprit se connectait à chacun de ses sbires, glissant dans leurs cerveaux la haine qu'il ressentait envers ceux qui le défiait. Lorsqu'il effleura l'esprit de Bellatrix, il manqua de justesse un sort de mort du vieux fou et jura dans sa barbe. Il fit exploser son bouclier dans un hurlement de rage et concentra toute son attention sur l'esprit de la brune.

La pénétrer ne fut pas difficile. Elle aimait tant le sentir en elle qu'il eut presque envie de vomir. De tous, elle était celle qu'il avait le plus facilement briser. Briser au point qu'elle s'était raccrochée à son regard dans sa folie. Regard qu'elle ne supportait plus de voir se tourner vers une autre. Il frissonna, l'empêcha de lever son bras contre l'adolescente évanouie et surtout de répondre au sort rouge qui filait droit vers elle. Il quitta son esprit au moment où l'éclair rouge frappait sa poitrine. Lily Potter saurait parfaitement protéger la gamine.

Son regard croisa celui du vieux fou. Il avait compris.

Lily Potter

Retourner sur le champ de bataille était une drôle de sensation. Quinze années de paix mais elle n'avait rien oublié. Son corps retrouvait ses vieux réflexes. Cette idée lui tira un frisson dégoûté. Du coin de l'œil, elle aperçut James et Sirius qui se débattaient contre trois Mangemorts masqués tout en tentant de protéger Harry. Un sort rouge sorti de nulle part l'obligea à se concentrer sur la scène. Lestrange se releva, une main sur les côtes et la fusilla du regard à travers sa chevelure folle. La haine brûlante qu'elle lisait sur ses traits la fit frissonner.

Un sort et la danse reprenait. La sorcière refusait de céder du terrain et l'obligeait à se protéger elle et la jeune fille. Elle enchainait sorts d'attaque et de défense sans parvenir à prendre le dessus sur la brune. Si l'adolescente avait été éveillée, elle aurait pu se protéger mais le sang qui coulait le long de sa tempe lui disait qu'elle ne le ferait pas de sitôt. Son bouclier explosa. Sa magie s'épuisait à mesure que la colère de la Mangemort prenait de l'ampleur.

Elle se jeta à terre pour éviter un sort violet, cria en sentant son coude rencontrer durement le marbre. Elle entendit distinctement son os craquer. Elle se mordit les joues jusqu'au sang pour ne pas hurler. Elle leva le bras avec un geste brusque pour contrer le nouveau sort à l'aide d'un bouclier doré mais la douleur l'empêcha de se protéger entièrement. La chair de sa jambe se déchira lorsqu'il la frôla. Elle grogna et changea de main. Se protéger de la main gauche n'était pas aisé mais toujours mieux que rien.

_ « On recule » se gourmanda Bellatrix en se léchant les lèvres avant de l'attaquer à nouveau. Elle ne dut sa survie qu'à James. Elle sentit son bouclier se déployer devant elle et exploser au moment où l'avada la menaçait le plus. Elle n'eut même pas le temps de le remercier qu'un autre sort la frôlait. Elle se jeta dans l'autre sens, loin de la jeune fille.

Comme dans les films qu'elle regardait enfant dans la télévision en noir et blanc de ses parents, elle eut l'impression que la course du temps s'étira. Elle observa, interdite, Bellatrix armé son bras et viser la petite. Tout s'assécha en elle. Une fiche se planta dans sa tête. Un instant, elle pensa à lutter mais la douleur était trop forte.

Une force nouvelle enfla dans ses veines, obligeant ses muscles à réagir à une vitesse ahurissante. Le sort heurta sa poitrine. Ses côtes craquèrent sous l'impact violent tandis qu'elle rebondissait contre le corps de la jeune fille.

_ « Merci » susurra une voix à son oreille.

James Potter

Il perçut la scène avec une acuité extraordinaire. Il vit le sort exploser sur la poitrine de Lily dont le corps soulevé par l'impact magique rebondit contre celui d'Hermione. Le cri rauque d'Harry lui arracha les entrailles. Il eut toutes les difficultés du monde à le retenir, à l'empêcher de courir droit sur sa mère tout en protégeant les corps évanouis d'un bouclier maladroit. Sirius virevoltait entre sa forme animagus et humaine pour échapper aux sorts et les protéger.

_ « Papa » couina son fils d'une voix paniquée.

Il leva le nez et regarda l'eau de la fontaine s'élever dans les airs. Voldemort, perché sur les débris de la statue, maitrisait l'eau à l'aide de gestes précis. Entouré d'une volute de fumée noire, rien ne semblait pouvoir l'atteindre, pas même les sorts puissants du vieux sorcier qui le combattait tout en étant acculé par quatre Mangemorts à la fois.

Et soudain tout explosa.

La sphère retomba en une immense vague qui lui faucha les genoux et l'envoya promener quelques mètres plus loin. Dans la panique, il lâcha la main de son fils. Le souffle court, à quatre pattes sur le sol, il crachota l'eau qu'il avait avalé.

_ « Il était là ! » s'écria un homme au moment où il se relevait. Il fouilla aussitôt l'atrium pour repérer Harry, le trouva dans les bras de Sirius qui l'empêchait de se relever pour courir vers Lily.

Lily.

Un instant, il avait presque oublié. Il ignora les voix qui enflaient dans le hall désormais vidé des sbires du Mage noir pour se concentrer sur la silhouette recroquevillée près de la jeune lionne. Il marcha droit vers elle comme un automate. Dans sa poitrine, son cœur pesait lourd. Il renifla pour tenter de chasser la douleur qui lui serrait la gorge alors qu'il s'abaissait vers elle.

Il chassa délicatement les cheveux qui cachait son visage. Sur sa gorge, il vit une veine trembloter. Elle respirait. Quelque chose se dégonfla au moment où un boulet de canon le heurtait presque avec violence.

_ « Elle respire, Harry. Elle respire » souffla-t-il d'une voix émue.

Ce dernier ne l'entendait pas et secouait bêtement sa mère en criant presque.

Ce fut une main vieillie, posée calmement sur son épaule, qui le fit taire. Il tourna un regard surpris vers Albus Dumbledore, debout, salement amoché, qui l'observait avec sérieux.

_ « Nous allons nous occuper d'elles » affirma le vieil homme en l'obligeant à se relever. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Deux médicomages, reconnaissables à leur tenue blanche, apparurent à leur côté.

_ « Arrêtez-les ! ».

L'ordre hystérique le fit frissonner. Il se retourna et se leva au moment où une nuée d'Aurors les entouraient. Les deux médicomages, surpris, cessèrent de s'occuper de leurs patientes pour fixer les baguettes pointées sur eux avec une peur panique. Sirius sauta souplement au cœur de leur cercle et grogna en montrant les dents. Ses collègues frémirent, déstabilisé de le trouver là.

_ « Cornélius » soupira Dumbledore tout en plaçant Harry derrière lui. L'homme désigné s'intercala entre deux Aurors et leur jeta un œil furieux, saisissant parfaitement l'insulte dans le refus d'utiliser son titre officiel.

_ « Saisissez-vous de lui » ordonna froidement le Ministre.

Un rire s'échappa des lèvres du vieil homme. Un rire sec et sans joie.

_ « Même après l'avoir vu de vos propres yeux, vous refusez encore de voir la vérité, Cornélius. Votre déni n'empêchera pas la vérité d'éclater au grand jour. Tous vos Aurors ici présents l'ont vu : Voldemort est de retour ».

Lesdits Aurors se regardèrent avec inquiétude. Tous savaient que celui que le Ministère avait passé un an à insulter avait raison. Tous savaient que leur collègue n'avait pas cédé à la folie et que son renvoi de leur ordre n'avait jamais été justifié. Tous savaient qu'ils avaient eu tort et baissèrent le nez lorsque l'animagus reprit forme humaine. Tous savaient qu'ils étaient coupables.

_ « D'autres preuves attendent en ce moment même dans le département des Mystères, monsieur le Ministre » ajouta ce dernier d'une voix sèche.

_ « Je … Ne … Bon » bégaya l'homme qui blêmissait à vue d'œil. Il se tourna vers ses hommes, les suppliant presque de réagir à sa place. Dumbledore le fit à leur place.

_ « Vous allez faire votre travail, Cornélius et, pour une fois, vous allez bien le faire. Vous allez donner l'ordre de mettre fin aux fonctions de Dolorès Ombrage à Poudlard. Vous allez dire à vos Aurors d'arrêter de rechercher mon professeur de soins aux créatures magiques afin qu'il puisse reprendre son travail. Vous allez réintégrer le meilleur élément du département des Aurors et laver son nom pour la seconde fois. Vous allez enfin adresser un mea culpa à la nation et lui expliquer que nous sommes désormais en guerre. ». Dumbledore tira de sa poche une montre à douze aiguilles qu'il consulta d'un bref coup d'œil puis reprit sa tirade : « Quant à moi, je vous accorderai une demi-heure de mon temps au cours de laquelle je vous résumerai l'essentiel et vous dicterai les mots qui passeront désormais la barrière de vos lèvres ». L'homme ouvrit la bouche pour répliquer mais aucun sort ne dépassa la barrière de ses lèvres fines. « Je viens de vous le dire : aucun mot que je ne vous ai pas dicté ne passera désormais la barrière de vos lèvres, Cornélius » assura le Directeur avec autorité.

Sa magie enfla un instant autour de lui, faisant se dresser leurs poils, avant que son aura ne retombe comme un soufflet. La démonstration eut le mérite de faire comprendre à ceux qui les menaçaient que leurs baguettes étaient inutiles. Tous les Aurors baissèrent leurs baguettes et il respira un peu mieux. Ils s'écartèrent même pour laisser les médicomages se retirer en faisant flotter sa femme et la jeune fille derrière eux. Harry voulut les suivre mais Dumbledore l'en empêcha en plaçant un objet entre ses mains. Il se pencha et chuchota quelque chose à l'oreille de son fils. Il comptait répliquer mais un œil à l'homme lui fit comprendre qu'il n'en avait pas le droit. Il serra donc les dents et le laissa ordonner à son fils de l'attendre. Harry disparut en laissant échapper un hoquet surpris.

_ « Nous parlerons demain, James » affirma l'homme tout en faisant signe au Ministre de le suivre.

_ « Qu'allez-vous faire ? » ne put-il s'empêcher de lui demander, serrant les poings contre ses jambes. Il n'aimait pas sa façon de traiter les autres, particulièrement son fils et ce point était l'objet de leurs nombreux désaccords. Le vieil homme s'arrêta, se retourna et lui jeta un regard vieilli.

_ « Il doit savoir ».

Une pierre heurta le fond de son estomac.