Valir : excellente hypothèse ! Ca pourrait être ça ! Mais non XD. Pas tout à fait ;). J'adore vos hypothèses, continuez à en donner !

Julie : oui, je rejoins la légende ;) sauf que c'est Morgane, pas Viviane ! Et qu'il y a des rebondissements au programme. Pour l'illusion... lol. Je me suis bien cassé la tête pour la trouver quand j'ai réfléchi à mon plan 3 épisodes à l'avance mais je suppose qu'à ce stade vous allez deviner ;)

Ma : si on te coupe les doigts à cause de cette fic, tu auras la palme de la bravoure... mais plus de doigts... et les doigts c'est quand même super utile... alors fais-y attention ;) !

Emelyne35 : tu es perspicace ! Morgane n'est pas au bout de ses peines, mais... Merlin va lui en vouloir, oui, c'est clair, mais... bon, je ne vais quand même pas tout raconter...

Legend, tu es revenue ! Et tu n'avais rien de grave. J'ai eu peur pour toi, tu sais ? J'suis trop content... en plus, tu as vu, tu as posté ma centième review sur le Dragon Rouge ! Si ça n'est pas un signe :). Tu vas vite nous rattraper, tu n'as pas trop de retard...

LolOW: les retrouvailles de Morgane et Arthur, c'est compliqué... on dirait parfois que leurs destins sont destinés à s'entrecroiser sans se rejoindre, bien qu'ils soient unis à distance...Ah ! dans ce chapitre, moi aussi j'étais nostalgique de la saison 1. Je regrette la légèreté d'autrefois... Comment ça, tu n'aimes toujours pas Mordred ? Normalement, tu es censée bien l'aimer... (jusqu'à un certain point ;)) Tu as raison, ton com m'a fait sourire...

Dernière nuit avant la bataille. A malin, malin et demi... C'est la devise de ce chapitre... Mordred passe à un niveau de jeu supérieur... (je sais que c'est mon perso, mais parfois, il me fait peur lol). Vous apprécierez j'espère son côté sadique et immoral maintenant qu'il a commencé à se lâcher pour de bon !

CHAPITRE 2

Le banquet de bienvenue battait son plein à Camelot.

Les Rois et les Reines alliés étaient tous arrivés dans le courant de la journée, et ils avaient été accueillis par les souverains légitimes d'Albion, de retour sur leurs terres, au lieu du prince héritier Solel avec lequel ils s'étaient habitués à traiter au cours des derniers mois, et qu'ils s'attendaient à trouver face à eux. C'avait été la grande surprise du jour. Bien sûr, Annis, Mithian, Bayard et Loth s'en étaient réjouis. Même si, pendant les premières heures des retrouvailles, les regards qu'ils avaient jetés vers les deux revenants étaient teintés d'une certaine méfiance...Pouvait-on réellement s'appuyer sur des alliés qui avaient tendance à disparaître ?

La cité de Camelot était encore en pleine effervescence suite à l'arrivée miraculeuse d'Arthur et de Guenièvre, à la veille des grandes festivités célébrant le quinquennat de la naissance d'Albion. Mais, passé le premier mouvement de joie, les gens du peuple avaient commencé à s'interroger... Où était la fameuse Coupe de Vie qui leur avait été promise ? Pourquoi le Roi ne l'avait-il pas ramenée avec lui ?

Beaucoup de bruits couraient à cause de l'histoire que Solel avait inventée...

Et les questions que se posait le peuple, les alliés de Camelot se les posaient aussi.

-Il fallait bien que je trouve quelque chose à dire aux gens, s'exclama Solel, lorsqu'Arthur lui reprocha d'avoir menti. En l'occurrence, pour apaiser les esprits, mieux valait un beau mensonge, qu'un long silence.

Pour essayer de rattraper la situation in extremis, Merlin mit au point un récit fabriqué de toutes pièces qui tentait d'expliquer ce qui s'était passé. C'était une histoire où Arthur avait pu contempler la Coupe de Vie, mais pas la ramener avec lui... une histoire où Guenièvre avait entrepris un grand pèlerinage pour se purifier de sa tristesse... et avait réussi...elle était brodée de quelques aventures chevaleresques et de quêtes enthousiastes pour faire bonne mesure, et il n'était, nulle part, fait mention de Morgane.

Cette version avait sans doute ses défauts, mais, de l'avis de tous les intéressés, elle valait toujours mieux que la réalité !

Car, comme l'avait affirmé Arthur : qui avait envie d'entendre que le Souverain d'Albion s'était retrouvé piégé à l'autre bout du monde à cause d'une panne magique de son sorcier personnel ? Qu'il s'était retrouvé esclave à Rome dans une arène ? Qu'il avait sué sang et eau dans une galère pour ramer jusqu'aux côtes de son île natale ? Ce n'était pas assez héroïque pour faire rêver qui que ce soit..

Tout aurait fonctionné parfaitement, si Gauvain n'avait pas un peu trop bu...

Sans doute, à cause des regards noirs que Mithian lui lançait depuis qu'elle était arrivée à Camelot.

La langue du chevalier avait fourché et il avait commencé à parler de Rome, ce qui avait embrouillé tout le monde.

Quand Merlin s'en était aperçu, il l'avait entraîné à l'écart pour le dégriser... et rattrapé la bourde du chevalier en s'exclamant à qui voulait l'entendre que Gauvain avait un grand talent de bonimenteur quand il était ivre !

Heureusement, Arthur et Guenièvre avaient agi en parfait tandem envers leurs invités.

Leur complicité était palpable, tandis qu'ils répondaient, le sourire aux lèvres, aux questions intriguées de leurs voisins sur leur disparition subite au cours de l'année écoulée... ainsi que sur leurs périples respectifs. La plus belle partie de leur discours à deux voix était celle qui racontait leurs retrouvailles...

Merlin avait plaisir à voir cette harmonie entre eux... et cependant, il se sentait oppressé...

Pourquoi avait-il l'impression d'être pris en étau alors que tout était enfin rentré dans l'ordre, et qu'il aurait dû être submergé de bonheur ?

D'où lui venait cette sensation de malaise qui l'assaillait par vagues ?

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Ce ne fut pas sans mal que Gauvain réussit à traîner Mithian de force jusqu'au secret d'une alcôve, pour lui parler en privé après qu'elle l'ait royalement ignoré toute la soirée.

Mais il n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche avant qu'elle lui coupe la parole.

-Un an, Sire Gauvain, s'exclama-t-elle, furieuse. Cela fait un an que je suis sans nouvelle de vous ! Comment avez-vous osé disparaître de cette manière ! Vous auriez au moins pu me prévenir que vous vous absentiez ! Il a fallu trois mois ! Trois mois avant que Léon m'informe que vous étiez parti et que personne ne savait où au juste ! Je ne peux même pas exprimer... l'étendue de mon embarras à la pensée qu'il ait lu les missives privées que je vous avais envoyées entre-temps !

-Je vous jure que mon départ n'était pas prévu... protesta Gauvain. C'est précisément pour ça que je ne vous ai pas avertie...

-Oh ! Cela ne m'étonne vraiment pas de vous. Vous ne prévoyez jamais rien, n'est-ce pas ? s'exclama la princesse.

Il eut un vaste sourire conquérant, dans une tentative désespérée pour la faire fondre avec son charme...

Elle étrécit les yeux comme une lionne en colère.

Décidant de tenter le tout pour le tout, il voulut l'embrasser.

Elle le gifla.

-Comment osez-vous, dit-elle, courroucée. Revenir vers moi après tous ces mois d'absence... avec ce sourire stupide et fanfaron plaqué sur votre vilaine figure... pour me raconter des inepties... sur un prétendu Empire du Sud que vous auriez traversé de long en large, et qui n'existe manifestement que dans votre imagination... tout ça... pour m'entraîner dans un coin sombre et me voler un baiser comme si je n'étais qu'une simple... fille de taverne !

Il fit un pas en arrière.

-Mithian...

-Je suis la princesse de Nemeth, pas une de vos conquêtes d'un soir !

-Et moi, je vous ai dit la vérité sur Rome ! cria-t-il, au moins aussi fort qu'elle.

-La vérité ? Ma parole, vous me prenez vraiment pour une idiote, dit Mithian, perplexe. Rappelez-moi pourquoi je prends la peinede vous écouter ? Si ça se trouve, vous n'étiez même pas avec Arthur, mais perdu au fin fond d'une taverne de village à courir les femmes !

Il la saisit à l'épaule, la respiration haletante, bouleversé par ces accusations. Par tous les dieux ! Cette femme allait le rendre fou. Elle soutenait son regard comme un homme, elle résistait à sa poigne comme un guerrier.

Au lieu de la lui faire oublier, le voyage semblait avoir encore renforcé l'admiration qu'il avait pour elle. Et quand il la voyait tempêter ainsi, la seule chose dont il avait envie... était d'essayer de l'embrasser encore, alors même que sa joue lui cuisait !

-Je vous jure qu'il n'y a eu aucune autre femme. Je n'ai pas cessé un instant de penser à vous..., dit-il, d'une voix rauque.

-Un an, répéta Mithian, avec colère, en le repoussant brutalement en arrière. Vous ne croyiez quand même pas que j'allais passer autant de temps à vous attendre ? Vous n'aviez peut-être pas prévu de partir, mais moi, je ne prévois pas plus de passer la soirée à vous écouter, même si c'est pour entendre vos excuses. Je n'ai aucun désir de m'embarrasser de votre présence, si vous voulez tout savoir.

Et sur ces mots, elle tourna les talons comme une furie, rajustant ses gantelets comme si elle s'apprêtait à partir jouter.

Gauvain la suivit du regard, bouche bée, en pensant : quel chien... si jamais j'arrive à la reconquérir, c'est certain, je l'épouserai !

(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo)

Arthur guettait le bon moment pour s'éclipser avec Guenièvre depuis le début du repas.

La veille, ils avaient passé la nuit debout, à régler des détails dont ils étaient obligés de s'occuper sans attendre, et lorsqu'était enfin venu le moment de dormir un peu, ils s'étaient effondrés privés de toute énergie côte à côte, sans même se toucher.

Mais après qu'ils aient réussi à apaiser les craintes et les tensions de leurs alliés, et prouvé à tous qu'ils étaient vraiment de retour, ce soir n'appartenait qu'à eux.

C'était celui où ils se retrouveraient enfin, après un an de séparation.

Le Roi n'en pouvait plus d'attendre...

Après qu'ils aient achevé le dessert, à l'heure où les musiciens vinrent proposer leurs distractions, il se rapprocha de sa femme et lui glissa à l'oreille :

-Et si nous les laissions terminer sans nous ?

-Je ne sais pas si c'est très raisonnable, lui répondit Guenièvre, amusée. Nous nous sommes absentés pendant près d'un an... Recommencer maintenant risquerait de faire mauvaise impression.

-Au diable les impressions des gens, répondit-il avec fièvre. Viens.

Il lui saisit les mains et l'entraîna discrètement à l'écart.

Dès qu'ils furent hors de vue de leurs invités, il l'enleva dans ses bras, déterminé à la transporter en direction de leur chambre comme une jeune mariée.

Elle éclata de rire quand il la souleva,puis, ses yeux noirs jetèrent des étincelles quand elle les leva vers lui.

Elle noua ses mains autour de son cou, et, avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, elle l'embrassa farouchement.

Pendant tout le trajet à travers les couloirs, leur baiser ne cessa pas un instant.

Ils étaient à la fois impatients d'arriver au lit et incapables d'attendre jusque là...

Ils se cognèrent aux portes et ils faillirent tomber dans les marches à plusieurs reprises dans la fièvre qui les poussait l'un vers l'autre, se comportant comme deux amants cachés plutôt que comme des époux de longue date...

Entre eux, les choses n'avaient jamais été aussi impatientes, aussi précipitées.

Même à l'époque de leurs commencements, ils avaient toujours été sages et raisonnables...

Mais ce soir, toute réserve était oubliée dans le torrent de la passion avec laquelle ils se redécouvraient.

Ils se retrouvèrent à moitié dévêtus, essoufflés, et les cheveux en désordre, avant même d'avoir atteint la porte de la chambre.

-Si on nous voyait... dit Arthur, en reprenant son souffle dans un sursaut de conscience.

Qui dura assez longtemps pour qu'il puisse jeter un coup d'oeil inquiet dans le couloir.

La jeune femme rit et répondit : «qu'importe», en cherchant à recapturer ses lèvres.

-Guenièvre ? dit Arthur, les yeux dilatés.

Elle l'observa en silence, et elle lui fit un sourire qui était tout sauf innocent.

-C'est moi, répondit-elle, d'une voix rauque.

-Je crois... que tu as passé trop de temps avec Morgane... observa-t-il.

-Tu as raison. Ta sœur est une très, très mauvaise influence, répondit-elle gravement.

Puis elle l'embrassa pour couper court à toute discussion.

Ce n'était pas un soir pour parler.

Ce soir, Gwen voulait faire l'amour avec son mari comme si c'était la dernière fois.

Elle voulait éprouver sa force et garder sa trace en elle, inscrite si profondément qu'elle ne l'oublierait pas quoiqu'il arrive.

Elle voulait voir son visage épuisé, et son sourire incrédule, quand elle sentirait son corps trembler contre le sien.

Elle voulait regarder ses yeux vagues et éperdus et savoir qu'elle lui avait donné un aperçu d'Avalon dans son étreinte.

Elle voulait inventer une nouvelle manière de lui dire «je t'aime » dont il se souviendrait encore après mille ans.

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Merlin se leva de sa chaise, les oreilles assourdies par la musique, le cœur en vrac, et il se dirigea vers le couloir pour s'échapper.

-Ca ne va pas ? lui demanda Solel qui revenait vers la grande salle, lorsqu'il le croisa.

-Si. Non. Je ne sais pas... J'ai la nausée, répondit-il, avec un sourire d'excuse.

-Ne me dis pas que c'est la nourriture..., fit Solel, avec un visage perplexe. La fête de demain sera gâchée si tout le monde est malade !

-Non... je ne pense pas que ce soit ça, dit Merlin, oppressé. Il y a trop de monde à l'intérieur, je n'ai plus l'habitude. Je vais juste... aller prendre un peu l'air. Si tu veux bien m'excuser.

-Oui, bien sûr.

Merlin le dépassa, la bile au bord des lèvres.

-Tu es certain que ça va aller ? Tu ne préfèrerais pas que je t'accompagne ? dit la voix de Solel, dans son dos, pleine de sollicitude.

-Non merci, ne te dérange pas...

Merlin déscendit les escaliers en hâte, arriva dans la cour, et ferma les yeux.

L'air frais lui fit du bien, mais ne réussit pas à faire disparaître son sentiment de malaise...

De nouvelles vagues de vertige vinrent l'assaillir.

Ce fut alors qu'il comprit, ce qui n'allait pas.

Il y avait quelque chose d'anormal avec la magie...

La Source était agitée de violents remous, comme si son flux était divisé en deux mouvements contraires.

-Alator ? appela-t-il, par télépathie.

Le magicien qui était venu assister au banquet donné en l'honneur de la naissance d'Albion lui répondit aussitôt.

-Que se passe-t-il, Merlin ?

-S'il te plaît, prends Gili et Thomas avec toi, et rejoignez-moi en bas. Il faut que je vous parle à tous les trois...

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Mordred jura entre ses dents, en voyant Alator, Gili, et Thomas se regrouper à la hâte, puis, emprunter le couloir où s'était engouffré Merlin un peu plus tôt, en réponse à son appel télépathique.

Le magicien avait senti quelque chose, il en avait la conviction...

Aucun sorcier, aucun druide d'Albion n'avait soupçonné jusqu'à présent l'invasion dont le royaume faisait l'objet.

Ikbaal et les siens utilisaient des boucliers élaborés pour masquer leur présence, et en principe, ils étaient indétectables.

Mais cinq cent soixante nécromanciens représentaient forcément un bouleversement dans la magie de la Source. Et ce bouleversement devait être perceptible à un sorcier aussi sensible qu'Emrys. Mordred avait toujours en tête la réaction que Merlin avait eue, un an plus tôt, face à Horsa...

Le sorcier noir était seul, et, cependant, il avait réussi à rendre le magicien d'Albion malade par sa simple présence... à cause de la nature de ses pouvoirs.

La connexion que Merlin avait avec la Source était trop forte pour qu'il puisse passer à côté de l'influence que l'armée d'Ikbaal avait sur elle... même à distance.

Mordred aurait dû se douter que Merlin découvrirait la vérité peu après son retour sur les terres d'Albion !

Ce qui signifiait que la surprise de demain risquait d'être découverte bien avant l'heure.

Mordred ne réfléchit pas.

Retournant dans ses appartements pour s'emparer de sa cape noire, il inclina son capuchon sur son visage, et lança un sort d'invisibilité pour aller espionner les magiciens en plein rassemblement.

-Ne ressentez-vous donc rien ? demandait Merlin à ses frères, visiblement perturbé.

-Non, dit Alator. Mais souviens-toi que tes pouvoirs sont supérieurs aux nôtres. Ce qui parvient à se dissimuler complètement à nos perceptions est donc passé au crible des tiennes... Peux-tu être plus précis et nous décrire ce que tu éprouves ?

-La magie est en souffrance, souffla Merlin, d'un ton troublé. La Source est agitée par des turbulences d'une violence incomparable.. Quant à ce poids qui m'écrase... ce sentiment de malaise...je n'arrive pas à me souvenir quand je l'ai déjà éprouvé... mais il m'est étrangement familier.

-Familier comme quoi ? s'inquiéta Thomas. Merlin ?

Le regard bleu du sorcier se dilata brusquement.

-Comme quand j'ai combattu Horsa, dit-il, d'une voix blanche.

Il redressa la tête et parvint à la conclusion que redoutait Mordred.

-Quelqu'un utilise la magie noire à grande échelle sur les terres d'Albion. C'est la seule explication...

-Penses-tu pouvoir localiser l'origine de ces émanations ?

-Je vais essayer, affirma Merlin.

Mordred le vit se concentrer... il savait à présent ce qui allait suivre.

Son armée serait découverte.

Voilà qui lui apprendrait à sous-estimer l'intelligence d'Emrys...

Mais à malin, malin et demi.

S'il n'avait pas l'intention de laisser Merlin planifier une contre-attaque susceptible de faire obstacle à ses projets...s'il voulait protéger son identité jusqu'au bout... il ne pouvait plus l'empêcher de découvrir la vérité à propos des cinq cents soixante nécromanciens.

Alors, il adapterait ses plans.

Et il lui donnerait une révélation digne de ce nom.

Il conjura un couloir et devança les quatre magiciens d'Albion au sein du campement d'Hengist...

Ikbaal le regarda avec surprise lorsqu'il se matérialisa devant lui.

-Que fais-tu là ? lui demanda-t-il. Nous ne devions pas nous revoir avant demain.
-Vous avez été démasqués, répondit-il.

-Par qui ? fit Ikbaal ave surprise.

-Emrys. Il est très sensible à la magie noire... ne t'inquiète pas, ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Simplement, il est en route, et il apparaîtra d'ici quelques minutes... alors faites ce que je vous dis. Rassemblez-vous... Je vais tenir un discours. Efforcez-vous de prendre l'air fascinés par ce que je vous dirai... même si cela vous paraît stupide.

Ikbaal le regarda avec intérêt, et Mordred sourit.

Prenant soin de dissimuler les traits de son visage, il regarda les sorciers Saxons s'avancer vers lui.

La perspective de pouvoir s'opposer ouvertement à Merlin, en tant que Mordred, le remplissait d'excitation.

Il savourait d'avance la peur qui serait celle d'Emrys, quand il découvrirait le nombre, et les pouvoirs de ses ennemis... Mais il savait que ce serait l'évocation de son nom qui le ferait vraiment trembler.

Merlin devait être au courant de la prophétie selon laquelle il tuerait Arthur, puisque Kilgarrah la connaissait, au moment où il était mort.

Mordred ne pouvait résister à la tentation de lui provoquer des sueurs froides.

L'idée de le confronter sous ses traits de sorcier noir tout en continuant à jouer les alliés sous l'identité de Solel le faisait frémir d'anticipation...

Tu vas voir comme nous allons jouer, pensa-t-il en démarrant sa mise en scène.

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-Le cœur des émanations se trouve sur les côtes de Gedref, dit Merlin, en relevant la tête, la mâchoire tendue.

-Nous devons aller voir ce qui a provoqué ces bouleversements, affirma Alator.

Merlin acquiesça et ouvrit un couloir de déplacement instantané.

-Venez, s'exclama-t-il. Il n'y a pas de temps à perdre...

Alator, Gili et Thomas s'engouffrèrent à sa suite dans la fenêtre.

Ils se matérialisèrent dans les airs, au-dessus de la plage qui se trouvait par-delà le labyrinthe...

-Je ne vois rien, dit anxieusement Thomas, en scrutant la terre en-dessous d'eux.

Merlin fut incapable de lui répondre. Le sentiment d'oppression qui s'était saisi de lui à Camelot semblait s'être multiplié par cent... il transpirait à grosses gouttes, et il avait l'impression de s'affaiblir d'instant en instant, comme si sa magie était étranglée, saisie à la gorge...

Peut-être que rien n'était visible... mais il se passait certainement quelque chose ici.

L'or dansa dans ses yeux bleus avec le sort de révélation qu'il lança pour dévoiler la vérité...

Et soudain, elle leur apparut, dans toute l'étendue de son horreur.

La plage grouillait de soldats ennemis, la mer était recouverte de navires à perte de vue.

Merlin reconnut aussitôt les bannières du Roi Hengist.
Mais l'aura de pouvoir qui émanait de ses troupes dépassait de loin la magie d'un seul homme...

Elle réduisait à l'état de plaisanterie le nœud auquel avait puisé Horsa en ressuscitant le corps sans vie de Smaug.

Cette magie était ténébreuse comme la mort, puissante comme la houle.

Merlin hoqueta sous le choc, alors qu'il réalisait l'ampleur des pouvoirs qui se trouvaient ramassés en-dessous de lui, prêts à frapper.

Puis, son regard se focalisa sur un homme, tout de noir vêtu, qui allait et venait devant les troupes des Saxons. Sa voix était grondante et menaçante, ses traits invisibles sous son capuchon noir, et sa cape dansait dans son sillage tandis qu'il parlait aux hommes amassés devant lui par centaines...

-Cinq cents soixante sorciers noirs, rassemblés pour former la plus puissante armée qui ait jamais été levée. Cinq cents soixante nécromanciens, déterminés à prendre le contrôle d'Albion à la pointe de leurs pouvoirs. Vous êtes terribles et fiers, braves combattants de Saxe. Vous m'avez suivi, depuis votre terre lointaine, par-delà l'océan, pour conquérir cette terre que gouverne un Roi sans mérites. Lorsque nous frapperons le cœur de Camelot demain, nul ne pourra nous arrêter. Nous détruirons le Arthur et ses chevaliers de pacotille. Nous arracherons à leurs mains misérables leur pouvoir usurpé. Et même ce traître d'Emrys ne pourra pas nous arrêter.

Un rugissement vint ponctuer ce monologue passionné.

-Merlin, souffla Alator, à côté de lui, les yeux remplis d'effroi. Ils sont beaucoup trop nombreux...S'ils nous attaquent, nous sommes perdus.

-Demain, répondit Merlin, horrifié. Nous pourrons leur tenir tête. Nous avons Morgane. Nous avons les disciples de l'Ile des Bénis...

-Combien sont les disciples de Morgane, tout au plus une centaine ? Et tous jeunes... et tous inexpérimentés. Ils ne sauront pas faire face à une telle force de frappe. Ils seront décimés...

-Nous avons Aithusa, souffla Merlin.

-Tu ne l'as pas vue depuis ton retour, n'est-ce pas ? dit Alator avec tristesse.

-Non, mais...

-Si tu lui avais rendu visite, tu saurais que son pouvoir suffit à peine à la maintenir en vie. Sa gestation l'a rendue fragile, Merlin. Wildor est très inquiet pour elle.

-Alors, que ferons-nous ? demanda Gili.

-Nous serons bien obligés de nous battre ! Quel autre choix existe-t-il ? s'exclama Thomas.

Merlin se rendit compte qu'ils le regardaient tous, attendant une réponse...

En bas, sur le rivage, l'homme à la cape noire se retourna vers lui. Et il pointa son doigt dans sa direction.

-Je sais que tu es là, Emrys ! s'écria-t-il. Je sais que tu m'observes !

Merlin blanchit, quand il réalisa que son bouclier d'invisibilité avait disparu, et que son ennemi pouvait le voir...

Le pouvoir corrompu de la magie noire montait en vagues hostiles à sa rencontre.

Tous les regards des sorciers de Saxe étaient tournés vers lui...

-Regarde-moi bien... ! Tu sais qui je suis. Tu connais mon nom...

Si seulement le capuchon noir avait pu se soulever ! Si seulement il avait pu regarder en-dessous...

-Je suis Mordred, triompha l'homme en noir.

Et soudain, Merlin sentit la peur s'emparer de lui.

Mordred... l'enfant-druide... le fléau d'Arthur... dont Kilgarrah lui avait dit de se débarrasser autrefois... et que les années lui avaient fait oublier !

Comment pouvait-il être devenu aussi puissant ? Comment pouvait-il avoir rassemblé une telle armée ?

Merlin pouvait sentir sa haine... vibrante, pure et destructrice.

Dans un flash aveuglant, il eut une vision : au milieu d'un champ de bataille en ruines, Arthur se retournait pour être frappé en plein coeur... son visage exprimait le choc, et la stupéfaction. Les flammes brûlaient, ardentes et dévorantes, derrière la silhouette de l'homme qui venait de le frapper... et bien que le visage de son assassin soit invisible, ses lèvres dessinaient un sourire triomphant sur son visage...

Non, pensa-t-il, désespéré.

Des étincelles lumineuses dansèrent devant ses yeux.

Un instant plus tard, quelque chose apparaissait entre ses doigts... il baissa les yeux sur sa main et découvrit que c'était un message enroulé...

-Merlin, le pressa Alator. Nous sommes en danger ici ! Il faut partir, vite !

Il sortit de sa transe, et fut envahi par la terreur sentant tout le poids du monde peser sur lui avec les yeux des sorciers Saxons le dévisageaient intensément, comme en attente. Ils auraient pu le frapper. Ils auraient pu le détruire... mais ils ne bougèrent pas d'un pouce, comme s'ils l'autorisaient à s'en aller.

Sous le capuchon noir de Mordred, Merlin vit s'inscrire le même sourire qui avait déchiré sa vision fugace...

Il ouvrit le couloir de déplacement sans réfléchir, pour fuir cet endroit horrible et ses sorciers corrompus.

L'instant d'après, lui, Alator, Gili et Thomas étaient revenus à la musique de la fête, comme au sortir d'un cauchemar.

Mais le rouleau de papier était là, concret, tangible dans sa main, comme un cuisant rappel qu'il n'avait pas rêvé, lui brûlant les doigts.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda Thomas, en désignant la missive.

-Un message, répondit Merlin, le visage blême.

-Que dit-il ? insista Gili.

Merlin le déplia et lut :

Rendez-vous demain, à l'aube, aux portes de Camelot.

Quand les courageux champions d'Albion comprendront que leur seule issue réside dans le pavillon blanc des pourparlers.

Tu n'as pas eu pitié de l'enfant que j'étais, mais peut-être serai-je un meilleur homme que toi ?

Peut-être accepterai-je de négocier les termes de la reddition d'Arthur Pendragon, et de son cher Emrys.

Signé : Mordred.