Merci pour votre soutien, Julie, Emelyne et Legend !
Morgane va certainement craquer avant la fin de la bataille, mais de quelle manière vous le verrez, et ça pourrait conduire à des résultats inattendus !
J'espère que ce chapitre vous plaira, le suivant est presque terminé !
CHAPITRE 4
-Vous n'étiez pas à la bataille de Nemeth. Vous n'avez pas vu ce que nous avons affronté.. Moi, je sais. J'étais là, comme Mithian, Thomas, Léon, Perceval, Alator... et surtout, Merlin et Solel, qui ont combattu Smaug, et Horsa à mes côtés. Nous savons tous à quel point la magie noire des Saxons peut être terrible...Nous savons tous que face à elle, nos chances sont très minces.
Le regard d'Arthur était rempli de tristesse alors qu'il prononçait ces paroles à l'attention d'Annis.
Et Morgane avait conscience de tout ce dont ce moment était lourd.
La lassitude et la colère de son frère qui tentait de calmer les élans de la souveraine du Nord.
L'inquiétude de Merlin dont les pensées étaient tournées vers la menace d'un Mordred fantôme, parce qu'il n'avait pas fait le rapprochement entre le prince héritier Solel et l'enfant druide d'autrefois.
L'amusement de Mordred qui regardait le Conseil de la Table Ronde se déchirer avec délectation sous ses dehors de chevalier fidèle.
Si elle avait été libre de faire comme elle l'entendait, si elle avait été libre de n'écouter que son cœur, Morgane aurait dévoilé la vérité, ici et maintenant, mis fin à la mise en scène, coupé court à la comédie. Mais elle ne pouvait pas. Elle avait été enchaînée bien des années auparavant, et aujourd'hui, elle l'était triplement : à son destin, à son démon, et à l'amant qui croyait avoir fait d'elle son esclave.
Arthur, Merlin, Mordred, espéraient tous en son allégeance. Et avec chacun d'eux, elle devrait en passer par le mensonge et la tricherie pour arriver à ses fins. Aithusa l'avait prévenue : elle n'avait pas hérité de la part la plus facile... ce qu'elle devait faire, maintenant, lui était odieux au point de lui sembler insoutenable, mais elle serait courageuse. Il n'était rien à quoi elle ne soit pas prête à renoncer pour embrasser sa mission, ni son intégrité, ni sa parole, ni son cœur. Jusqu'à la mort, s'il le fallait, la dernière des Grandes Prêtresses ne suivrait aucun autre chemin que le sien propre, et les dés étaient jetés.
Elle s'avança en direction du Conseil, et elle affirma :
-Merlin était seul pour combattre Horsa. Cette fois-ci, les choses seront différentes...
-Différentes, à moins que tu ne décides de nous faire faux bond, comme il y a un an, intervint Arthur, en lui adressant un regard plein de doutes. J'ai besoin de pouvoir te faire confiance cette fois-ci, Morgane. Alors, dis-moi. Vas-tu encore changer d'avis au dernier moment ? Ou peux-tu nous assurer que les tiens viendront bel et bien à notre secours ?
Si elle avait été libre, elle lui aurait juré que oui... en pensant chaque mot de son serment.
Tu as raison de te méfier de moi, Arthur, pensa-t-elle, en soutenant le regard de son frère. Je vais t'abandonner, encore. Je vais te trahir, encore. Tu me mépriseras et tu me haïras. Tu penseras que que je me suis retournée contre toi de mon plein gré, parce que je ne suis qu'une sorcière.Tu ne comprendras pas que quand j'ai fait le choix de renoncer à toi, mon cœur s'est brisé...Tu ne réaliseras pas comme ça me fait mal de savoir que je ne regagnerai jamais ton estime, ni ton amour, parce que tu seras mort avant par ma faute. J'aurais voulu être une sœur pour toi. J'aurais voulu pouvoir te dire à quel point je suis désolée. Mais regarde-moi : nous nous voyons pour la dernière fois, et je suis en train de te mentir droit dans les yeux. Je me détesterai pour ça plus que tu ne pourras jamais le faire..
-Tu as ma promesse, Arthur, dit-elle à voix haute.
Elle sentit le poids du regard de Mordred sur elle.
Le coin de ses lèvres était très légèrement retroussé, comme s'il se délectait de l'entendre mentir à son frère face à face. Elle soutint le regard d'Arthur sans flancher, s'étonnant elle-même de ses talents de comédienne. Quels que soient les sacrifices. Elle l'avait promis à Aithusa. Elle eut un sourire qui ressemblait à une blessure en continuant d'une voix sourde :
-Je n'ai pas plus envie que toi de voir Albion tomber aux mains des nécromanciens de Saxe..Mais il me semble important vous rappeler à vous tous, qui êtes rassemblés ici, que les institutions du Sanctuaire sont jeunes, tout comme ses disciples. Le vide générationnel créé par la Grande Purge jouera contre nous... L'ennemi auquel nous devrons faire face est dangereux, et expérimenté. Quant à la magie noire qu'utilisent les Saxons, comme l'a dit Merlin, comme tu le sais toi-même: il s'agit d' un art puissant et destructeur.
Le regard d'Arthur flancha, et elle le sentit hésiter.
-Toi aussi, tu penses donc qu'il n'y a aucun espoir ?
L'assemblée toute entière attendait sa réponse, à présent.
Elle était au centre de l'attention, au centre des attentes.
Non, Arthur. Camelot est perdue, lui répondit-elle en elle-même.
Mais à voix haute, elle dit :
-Il y a toujours de l'espoir.
Mordred sourit...
Et elle eut envie de lui faire mal.
Il savait à quoi il la contraignait en l'obligeant à agir ainsi...
Elle regarda vers Merlin, et elle sentit son cœur sombrer un peu plus profondément dans les abysses des ténè ami avait tellement confiance en elle... Pardonne-moi, Emrys, pensa-t-elle, le cœur rempli de elle maintint le masque en place sur son visage et lui mentit jusque dans l'intimité de leur lien télépathique en affirmant :
-C'est la vérité, tu sais, Merlin. Tu ne dois pas perdre espoir. Nous sommes moins expérimentés, moins nombreux que les sorciers Saxons. Mais mes disciples sont courageux, et nous avons quelque chose que nos ennemis n'ont pas... .
Elle sentit Merlin hésiter alors qu'il la dévisageait avec intensité. «Quoi ? » disaient ses yeux bleus.
Elle lui sourit et se prépara à proférer le plus odieux des mensonges qu'elle avait faits jusqu'ici.
-Une Reine blanche... et cinq œufs qui sont sur le point de donner naissance à une nouvelle génération de dragons.
Elle perçut sa résistance. Elle n'était pas inattendue... Merlin était un Seigneur des Dragons, il connaissait bien des choses à leur sujet. Tenter de lui mentir sur un tel terrain était risqué, elle le savait... .mais Merlin pouvait n'avait pas rendu visite à la dragonne blanche depuis son retour en Albion, il n'avait pas vu sa faiblesse. Il ne l'avait pas écoutée murmurer que cinq œufs étaient un pari presque impossible à tenir pour une créature qui était censée n'en produire qu'un seul à la fois...
Et Morgane avait besoin qu'il la croie. Parce que, même si c'était le plan le plus vicieux qui soit, même si le simple fait de l'avoir conçu la rendait malade... les pouvoirs de Seigneur de Dragon de Merlin étaient sa seule faiblesse, celle sur laquelle elle avait résolu de jouer pour le piéger, et, puisqu'il était à sa portée, celle sur laquelle elle devait commencer à le travailler au corps dès maintenant.
-Même si Aithusa arrive à déposer ses œufs à temps... , protesta-t-il. Même si j'appelle les petits dragons à la vie avant la bataille... ils seront trop jeunes, pour faire pencher la balance de notre côté. Exposés à la magie noire des Saxons, leurs existences seront en péril...Si le choix m'était laissé, je dirais que la décision la plus sage serait de cacher ces œufs, et d'attendre des temps plus paisibles pour les faire éclore, de façon à leur donner une chance. La chance d'arriver un jour à la pleine maturité de leurs pouvoirs...
-Si Aithusa était une dragonne ordinaire, je penserais comme toi, répondit Morgane dans l'intimité de leur lien. Mais ne sous-estime pas sa puissance. La magie qu'elle a placée dans ses œufs est puissante. Pas plus qu'elle, ses enfants ne seront des enfants ordinaires...
Le regard de Merlin était plein de doutes.
Morgane avait un ultime argument pour le convaincre...
Elle se tendit vers la Reine, sur l'Ile des Bénis, et effleura son esprit pantelant de douleur pour lui dire : j'ai besoin de toi.
Elle sentit la volonté de fer de la dragonne blanche lui répondre.
Aithusa ne lui ferait pas défaut; la certitude qu'elle en avait était d'une force inébranlable, et elle s'étonna de découvrir à quel point leur lien s'était renforcé pour la lui offrir... Tu n'as qu'à demander, avait dit la dragonne. Et c'était sa confiance, qui obligeait Morgane à se dresser debout pour tenir son rôle. Elle trahirait tous les autres... mais pas sa Reine, non, jamais.
La dragonne blanche s'arracha à son travail et s'invita dans leur discussion télépathique, pour prononcer ces mots à Merlin :
-Ecoute Morgane. Elle me connaît mieux que n'importe qui d'autre en ce monde, elle a raison à mon sujet.
Morgane se félicita que Mordred soit incapable d'entendre ça. Il espionnait peut-être sa conversation avec Merlin... mais la voix spirituelle d'Aithusa, il n'avait jamais réussi à l'entendre...
Merlin cligna des yeux, et regarda la prêtresse d'un regard qui venait de s'éclaircir un peu...
-Ce serait un miracle, dit-il.
Ainsi Emrys fut-il trahi par tous les siens, pensa sombrement Morgane, en embrassant l'expression de son visage où se lisait un espoir poignant. Il semblait si jeune face à elle... loin de l'homme confiant qu'elle avait revoyait l'instant où il l'avait fait revenir à la lumière en lui disant : je t'aime. Savoir ce qu'elle était prête à lui faire, alors qu'il avait apporté tant de bonté dans sa vie, ne faisait que renforcer la haine qu'elle se vouait à elle-même.
Mais son cœur était dur, à présent, dur comme la pierre dans l'étau de la détermination qui était la sienne. Son attention et se retourna vers l'assemblée...
-En tant que Grande Prêtresse du Sanctuaire, il est de mon autorité de vous annoncer qu'Aithusa, la Reine Blanche, est entrée en travail cette nuit. Si sa délivrance se produit avant l'aube, cinq nouveaux dragons pourront voir le jour avec l'aurore sur laquelle se lèvera Camlann. Ces naissances magiques peuvent faire toute la différence. Avec six dragons de notre côté, nous pourrions bien parvenir à mettre en déroute le druide Mordred et les nécromanciens de Saxe.
Morgane vit le regard d'Arthur se teinter d'espoir.
Merlin sourit à la prêtresse...
-Tu as peut-être raison, lui dit-il. Six dragons pourraient vraiment faire la différence.
Si seulement ç'avait été la vérité. Si seulement.
Morgane savait mieux. Elle avait vu à quel point Aithusa s'était épuisée, et elle savait qu'il y avait une possibilité non négligeable pour qu'elle meure en couches. Ils auraient de la chance, si la moitié de ses œufs seulement étaient viables...
Au moins eut-elle le plaisir de voir Mordred la dévisager avec une pure expression de haine en entendant la dernière répartie télépathique de Merlin. Il pensait sans doute, lui aussi, qu'elle avait dit la vérité...
Elle savait qu'elle pouvait s'attendre à des représailles de sa part, mais elle n'était pas fâchée de voir qu'elle avait réussi à effacer la satisfaction qui couvait dans son regard, même si ce n'était que pour quelques minutes. Au moins saurait-il, maintenant, qu'elle aussi pouvait jouer.
Alors qu'elle se faisait cette réflexion, Arthur hocha gravement la tête et se leva pour la rejoindre. Morgane ne s'y attendait pas... Il posa sa main sur son épaule, et la serra en signe de reconnaissance avant de se retourner vers l'assemblée. L'espace d'un instant, ils se tinrent côte à côte, le frère, et la sœur, le Roi, et la Prêtresse, et elle sentit ses doigts effleurer les siens. Alors, elle ferma les yeux, brièvement, en imaginant la bataille qu'ils auraient pu livrer ensemble, si elle avait été libre, Arthur et Morgane Pendragon, puissants, valeureux et complémentaires, les enfants d'Uther, tels que jamais l'ancien Roi n'aurait pu en rêver...
-Si nous ne réussissons pas à obtenir une trève, nous combattrons, affirma Arthur.
-Chevaliers et magiciens, côte à côte, renchérit Morgane.
Leurs regards se croisèrent, et ils hochèrent la tête l'un face à l'autre.
Adieu, Arthur, pensa Morgane, parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait pas venir se battre à ses côtés... Jamais Mordred ne la laisserait faire... Et elle n'avait pas l'intention de le laisser la livrer à son démon.
La grande prêtresse tourna les talons et quitta la chambre du Conseil alors que se dissolvait l'assemblée...
Elle aurait pu disparaître dans un éclair.
Mais elle savait qu'il lui faudrait compter avec Mordred.
Elle le sentait déjà guetter l'opportunité de s'élancer derrière elle sans se faire voir.
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Il la rattrapa un peu avant qu'elle atteigne les portes du château et la poussa dans une alcôve.
Il jeta sur eux deux un sort d'invisibilité puis il se retourna vers elle.
Il était déstabilisé et furieux et elle se réjouit de le voir dans cet état.
-Quel beau discours tu leur as tenu tout à l'heure, mon amour, dit-il, en la plaquant contre le mur. Si convaincu, si crédible. Tu paraissais tellement sincère en leur parlant de ces naissances magiques.
-Il le fallait bien, mon amour, répondit-elle, impétueusement, en soutenant son regard.
Elle refusa de céder à la pression qu'il exerçait sur elle. Ses lèvres se plissèrent dans une moue méprisante et la colère qu'elle avait ressentie lorsqu'elle avait découvert qu'elle avait été convoquée à cette assemblée parce qu'il avait voulu faire de l'esbroufe l'envahit à nouveau.
-A quoi pensais-tu en révélant tes troupes à Arthur et Merlin avant l'heure ? Au plaisir que tu éprouverais en les effrayant ? Vraiment, c'était une manœuvre stupide. N'aurais-tu pas pu... te retenir de jubiler jusqu'à demain matin ?
-Merlin n'a pas eu besoin de moi pour découvrir la vérité, répondit Mordred, courroucé. Il a senti l'impact de la magie noire sur la Source. Et il m'a bien fallu improviser ! Je devais lui faire savoir que j'étais au courant de sa présence. Je devais lui faire peur !
-Peut-être aurais-tu pu m'informer de tes projets au lieu de foncer tête baissée sans réfléchir ! Je ne m'attendais pas vraiment à être convoquée en pleine nuit à un Conseil de guerre... dans le camp opposé de celui que je soutiens, lui lança Morgane, implacable.
-Le camp opposé ? Si vraiment tu considères Merlin et Arthur comme tes ennemis, explique-moi ce que c'était que ces messes-basses télépathiques avec ton magicien bien-aimé... Sans compter ce discours que tu as tenu au Conseil tout à l'heure... J'attends tes justifications... Elles ont plutôt intérêt à me convaincre !
Morgane le dévisagea, furieuse.
-Tu voulais que je les manipule, non ?
Mordred resserra sa poigne sur elle.
-Laisse-moi partir, ordonna-t-elle.
-Hors de question ! répliqua-t-il en lui administrant une salve de magie noire crucifiante en réponse.
-Ne comprends-tu pas ? dit Morgane, les yeux brûlants, en le repoussant à bout de bras. C'est ainsi que je vais attirer Merlin dans mon piège. Quel autre moyen pourrais-je trouver pour le séparer d'Arthur à la veille d'une bataille comme celle qui se prépare, maintenant qu'il sait que Camelot est cernée par les nécromanciens ? Il refusera de quitter son Roi le sachant menacé, qu'importe la raison... sauf s'il s'agit de ces naissances. Parce que seul un Seigneur des Dragons peut appeler de nouveaux dragons à la vie... et qu'il est le dernier ! C'est son devoir sacré de les faire éclore !
-Tu te moques de moi, tempêta Mordred, la saisissant à la gorge.
Il sentit son cou lisse bouger sous ses doigts... Elle le dévisageait avec des yeux dilatés, le surveillant comme un animal dangereux...
- Merlin fera éclore ces maudits oeufs.. et ensuite... vous vous retournerez tous les deux contre moi... à la tête d'une armée de dragons, dit-il d'une voix qui tremblait de rage.
-Tu es ridicule, répondit-elle, avec mépris.
Il la regarda avec rage, et son pouvoir jaillit hors de lui pour la frapper une seconde fois. Elle hoqueta de douleur...
-Veux-tu vraiment finir transformée en démon ? menaça-t-il.
-Après toutes les années que j'ai passées à te parler d'Aithusa, tu ne comprends toujours rien aux dragons, haleta-t-elle, pour couper court à son attaque.
Elle détourna la tête pour cacher sa terreur. Elle le détestait. Elle le détestait tellement...Malgré ses efforts pour contenir ses émotions, elles rejaillissaient, s'inscrivant dans ses yeux, sur son visage.
-Merlin n'aura pas l'occasion de faire éclore les œufs. Il avait raison, tout à l'heure. Mais même s'il appelait les petits dragons à la vie... ils n'en deviendraient pas, pour autant, instantanément grands et forts. Ce ne seraient que des bébés. Des bébés fragiles et vulnérables. Certainement pas... des armes de destruction massive prêtes à triompher d'une armée de sorciers noirs dans un torrent de flammes.
Elle avait craché ces derniers mots avec un dégoût qui en disait long sur ce qu'elle pensait de son ignorance...
-La mémoire infuse que les dragons possèdent à la naissance ne fait pas tout, Mordred. Il leur faut des années de maturation pour arriver à la pleine maîtrise de leurs pouvoirs.
Il retint le torrent d'accusations qui lui brûlait la langue et recula d'un pas, perplexe. Tout à l'heure, dans la salle du Conseil, il avait vraiment cru qu'elle disait toutes ces choses pour le défier...
-Pourtant, Aithusa... protesta-t-il.
-Aithusa est une merveille, même parmi les siens, répondit Morgane, les yeux étincelants. Mais même si elle m'a fait le don de vie quelques mois seulement après être sortie de l'oeuf, elle aurait été incapable de livrer bataille contre un nécromancien expérimenté à cette époque...
-Alors, tu leur as menti, réalisa-t-il. A ton frère... et à Merlin.
-Evidemment, que croyais-tu ?
Il secoua la tête, désorienté.
-Je ne sais pas, avoua-t-il. J'ai cru que tu pensais sincèrement à me trahir.
Morgane le dévisagea sans douceur.
-Si vraiment je voulais te trahir, crois-tu que je serais assez sotte pour énoncer mes plans en ta présence ?dit-elle, d'un ton sec.
Il eut un rire soulagé.
-Non, vraiment, reconnut-il. Ca ne te ressemblerait pas, manipulatrice comme tu l'es...
Il la regarda avec fierté et ajouta :
-Tu as été brillante, mon amour. Tu es vraiment digne de devenir ma Reine.
-C'est ce que je m'efforce de te prouver, non ? répondit-elle durement. Alors... laisse-moi agir, au lieu de surveiller mes moindres faits et gestes ! Tu as mieux à faire, il me semble...
Il acquiesça en silence. Il la préférait ainsi, sauvage et revêche, que parée des illusions d'une douceur trompeuse. Là, il pouvait sentir son honnêteté. Et sa détermination à lui prouver son allégeance.
Il s'approcha pour l'embrasser, et il sentit sa colère.
Elle détourna la tête pour éviter sa bouche, et il sourit sombrement. Sa fierté était blessée... elle n'aimait pas qu'il lui rappelle qui d'eux deux était le maître. Elle devrait quand même s'en souvenir. La saisissant par la nuque, il la força au baiser, lui mordant la lèvre au passage. Elle eut un sursaut outré, mais répondit en le mordant en retour à pleines dents. Quand il s'écarta, un filet de sang coulait sur le menton de Morgane, tranchant avec la blancheur de sa peau...
Elle essuya son visage sans mot dire, la mâchoire crispée.
-Je compte sur toi pour la suite de notre plan, dit-il, d'un ton déterminé. Tu intercepteras Merlin, juste après nos pourparlers, et tu feras ce que tu as promis...
Morgane ne répondit pas. Elle se dématérialisa... quand elle réapparut, elle n'était pas sur l'Ile des Bénis, mais à l'entrée de l'Antre de Cristal
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Merlin baissa les yeux sur ses mains, assis à la table du Conseil qu'avaient déserté les souverains des cinq royaumes. Morgane et Aithusa pouvaient-elles avoir raison ? Les cinq nouveaux dragons réussiraient-ils à faire la différence s'il les appelait à la vie ? La prêtresse et la dragonne avaient toutes les deux semblé si convaincues quand elles lui avaient parlé...
Et pourtant...
Merlin ne savait plus où il en était. Quelque chose, dans l'attitude de Morgane, le perturbait. Ce n'était qu'une étrange impression...mais...
La fatigue qu'il avait lue dans ses yeux lorsqu'elle était arrivée dans la salle du conseil... son expression perdue quand elle avait regardé Arthur...
Avait-elle eu une vision qu'elle lui avait cachée ? Avait-elle vu le Roi mourir, comme il l'avait vu lui-même ?
Il aurait voulu avoir assez de temps devant lui pour pouvoir le lui demander... mais le temps était compté.
Si seulement il n'avait pas eu ce sentiment, d'être en train de passer à côté de quelque chose d'essentiel...
-C'est l'heure, dit Arthur, en regardant les premiers rayons du jour pointer à l'horizon.
Le Roi se retourna vers Merlin, le dévisageant de son beau regard hésitant, et le magicien pensa : je ne peux pas le perdre je ne peux pas le perdre je ne peux pas le perdre.
-Crois-tu qu'il soit encore possible d'éviter la bataille ? demanda Arthur.
-Nous ferons tout ce que nous pourrons pour essayer, répondit-il honnêtement. Mais tout dépendra de lui... de Mordred. Si sa détermination à entrer en guerre est trop forte... je crains que nous ne puissions rien faire pour l'en empêcher.
Arthur hocha la tête.
-J'espère qu'il ne nous a pas lancé cette invitation à négocier pour nous tendre un piège, murmura-t-il.
Merlin fronça les sourcils.
-Je ne pense pas... il n'a pas besoin de ça alors qu'il a cinq cents soixante nécromanciens à ses ordres. Les troupes de Saxe sont là, depuis des heures, à attendre, aux portes de Camelot, que nous ayions eu cette confrontation avec lui... Mais je ne suis pas sûr qu'il l'ait organisée pour négocier quoi que ce soit... j'ai plutôt l'impression...
-Quoi ? demanda Arthur, en venant s'asseoir à ses côtés.
-Je ne sais pas... qu'il cherche à régler ses comptes avec nous.
Arthur regarda pensivement Merlin. Il avait l'air épuisé et hagard.
-Quelque chose m'échappe dans toute cette histoire, reconnut le magicien en secouant la tête, frustré. Mais je n'arrive pas à comprendre quoi. Et cela m'effraie...
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Le Conseil était terminé, et chacun allait récupérer ses armes pour monter sur les remparts... Gauvain était sur le point de suivre Léon et Elyan en direction de l'armurerie... quand il se retrouva face à face avec Mithian au milieu du couloir bondé. Ils se regardèrent en silence. La princesse avait les yeux dilatés. Ses cheveux défaits encadraient son visage, barré par la cicatrice blanche de sa dernière bataille... Est-ce qu'elle lui en voulait encore ? Est-ce qu'elle serait d'accord pour lui reparler ?
Le chevalier sentit son cœur cogner dans sa poitrine la regardant s'avancer vers lui pour réduire encore la distance qui les séparait...
-J'ai vu les troupes de Saxe, dit-elle.
Gauvain hocha la tête.
-Redoutables, à ce que l'on m'en a dit ?
Mithian leva sur lui un regard hésitant.
-Quoi que puisse en dire Morgane Pendragon si nous devons aller jusqu'à combattre, beaucoup d'entre nous tomberont demain sur le champ de bataille.
-C'est un risque, répondit-il d'une voix sourde.
Il y avait du mouvement tout autour d'eux, mais c'était comme s'ils étaient seuls au monde. Mithian haussa un sourcil, et Gauvain pensa qu'il n'avait jamais rien vu de plus séduisant que l'accent circonflexe que cette expression dessinait sur son visage.
-Je n'ai pas peur de mourir, dit-elle, d'un ton de défi.
-Je sais, répondit le chevalier, d'un ton rauque. Vous êtes une adversaire redoutable, même pour la mort...
Il tendit la main pour effleurer sa joue blessée.
-Après tout...
Il suivit le dessin de sa cicatrice. Elle ne chercha pas à se dérober..
-Vous m'avez vaincu, dit-il.
Ses doigts glissèrent dans les boucles de ses longs cheveux, et il poursuivit :
-Nous pourrions combattre ensemble. Nous n'avons pas eu l'occasion de livrer cette joute dont nous parlions dans nos lettres.. Et j'aimerais beaucoup découvrir... comment vous maniez vraiment la lance. Ce sera peut-être ma dernière chance de l'apprendre...
Une étincelle dansa dans le regard de la princesse.
-Si vous le voulez, Gauvain, je serai votre bouclier, et vous serez ma lance. Et lorsqu'il nous verront combattre côte à côte, les Saxons eux-mêmes se mettront à trembler.
Gauvain sourit.
-Comme si nous étions un couple de légende, murmura-t-il.
Cette idée lui plaisait.
-Mais c'est ce que nous sommes, lui répondit Mithian. Et avant de mourir... j'ai bien l'intention d'avoir été vraiment vivante au moins une fois. Ici. Maintenant. Avec vous, chevalier.
Elle l'embrassa. Et soudain, Gauvain oublia tout : les Saxons, les sorciers, Arthur, la bataille. Mithian était contre lui, comme une évidence, et elle avait raison...
L'aube était sur eux. S'ils devaient mourir aujourd'hui, il voulait faire en sorte que chaque instant compte...
Ce moment était de ceux qui devaient être saisis, non comme une chope de bière au fond d'une taverne, mais comme une coupe de cristal contenant un vin d'excellence, dont il entendait bien savourer chaque gorgée...
Par son baiser plein de désir, d'autorité, de désespoir et de force, Mithian faisait disparaître toutes les femmes qui avaient existé avant elle.
Gauvain avait envie d'être à elle, parce qu'elle avait envie d'être libre... et maintenant, ensemble...oubliant tout le reste, enfin, ils allaient jouter.
-Venez, dit-il.
Et ouvrant la porte de la chambre la plus proche, il la précipita à l'intérieur.
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Après le départ de Morgane, Mordred rejoignit Léon et Elyan dans l'armurerie et revêtit son armure de combat...
-Quand je pense qu'Arthur était censé rapporter avec lui la joie et la prospérité, dit tristement Léon en terminant de boucler son matériel.
-Arthur n'est pas responsable de l'invasion des Saxons, répondit «Solel ». N'est-ce pas, Elyan ?
Elyan ne répondit pas. Il avait l'air préoccupé...
-Je ne comprends pas pourquoi ma sœur n'a pas assisté au Conseil, dit-il. Je suis inquiet pour elle... J'ai demandé à Arthur où elle était, mais il ne m'a pas répondu... J'aimerais prendre quelques instants pour monter jusqu'à sa chambre, et voir comment elle va.
-Nous avons besoin de toi sur les remparts, lui rappela Léon. C'est toi qui es censé commander aux archers...
-Je vais y aller à ta place, dit Mordred, sautant sur l'occasion d'avoir une bonne excuse pour s'éclipser. Je ne pense pas que ça me prenne très longtemps... je suis sûr qu'Arthur lui a juste demandé de rester à l'abri.
-Comme si elle était du genre à l'écouter, pointa Elyan.
-Peut-être l'a-t-il assommée, dans ce cas ? plaisanta Mordred.
Léon lui adressa un regard choqué.
-Après tout ce qu'il lui a fait subir, il entendra parler de moi s'il l'a en plus assommée, s'exclama Elyan, avec colère. Quoi ? fit-il, face à l'expression de Léon. C'est ma sœur... et il l'a abandonnée pendant une année entière, alors qu'elle venait de perdre son enfant ! J'ai quand même le droit de prendre sa défense !
-Calme-toi, dit Mordred. Va rejoindre les archers... Je vais aller parler à Guenièvre.
-Ne tarde pas, dit Léon en lui adressant un regard entendu. Tu as la confiance des chevaliers... Ils ont déjà été abandonnés par leur Roi... si tu n'es pas là pour combattre à leurs côtés aujourd'hui, ils le vivront très mal.
-Ne t'inquiète pas, dit Mordred avec un sourire. Je serai là.
Il attendit d'être seul pour ouvrir un couloir de déplacement instantané, et se transporter auprès d'Hengist, dans le camp des Saxons. Il était grand temps ! Le géant rouge s'impatientait...
Morded se doutait qu'il n'appréciait que très peu le tour qu'avait pris la situation, mais il ne s'attendait pas à le trouver à ce point un colère.
-Depuis quand un Roi est-il forcé de suivre ses troupes, et non l'inverse ? s'exclama-t-il, dès qu'il le vit apparaître. Depuis quand Ikbaal décide-t-il des prochaines manœuvres sans m'en tenir informé ? J'ai découvert que mes armées avaient commencé à cerner Camelot après que la moitié de mes hommes aient déjà été transportés ici par magie !
Depuis quand... mais depuis que tu n'es plus Roi, bien sûr, répondit Mordred en lui-même. Ne vois-tu pas que tu es déjà détrôné ?
-Depuis qu'Emrys nous a découverts et que j'ai été forcé de modifier nos plans d'origine... répondit-il, à voix haute, avec un coup d'oeil au nécromancien qui se trouvait derrière Hengist.
Ikbaal hocha la tête à son intention d'un air entendu... La situation semblait l'amuser.
-Mais la tournure qu'a pris les choses est encore plus satisfaisante à présent, reprit Mordred pour le du géant rouge.
-Satisfaisantes ? Ces... pourparlers que tu as organisés étaient-ils vraiment nécessaires ? insista Hengist.
-Peux-tu me reprocher de n'avoir pas résisté à la tentation de confronter mes ennemis ? dit Mordred au Saxon. Tu auras ton plaisir quand Arthur et Merlin mourront. Laisse-moi prendre le mien avec eux maintenant ! Cette conversation, il fut une époque où je la leur tenais toutes les nuits en rêves. Je veux qu'ils comprennent que tout est perdu... je veux qu'ils tremblent devant moi. Laisse-moi prendre la mesure de ma victoire, laisse-les contempler leur défaite par avance ! Cela ne te coûtera qu'un peu de patience supplémentaire... en échange d'un futur allié satisfait.
Hengist soupira.
-Tu es encore plus mauvais joueur que ne l'était Horsa, dit-il enfin. Tu ne respectes vraiment aucune règle...
