Julie : à propos, moi aussi Kilgarrah m'a dépité dans le 510 la semaine dernière ! Cet épisode m'a dégoûté : les magiciens tombent comme des mouches, le grand dragon bat de l'aile... et le pompon, c'était la prophétie à la fin... ils veulent nous tuer ou quoi ? (l'avantage en même temps, c'est que ça ne peut pas être pire que dans ma fic pour l'instant). Eh oui, tu avais vu juste sur l'illusion de Morgane.. What else ? Gwen ne sera pas contente du tout quand elle se réveillera... en effet !
Emelyne : toi, tu es prise dedans ! Merci pour ton com, je sens que tu es complètement dans l'action... en effet, le tableau est très noir... accrochez-vous, la surprise tient toujours... sous une forme qui vous surprendra peut-être d'ailleurs.
Ce chapitre : on y arrive... mais je pense c'est que le prochain vous fera frémir.
Concernant la confrontation sous la tente avec Mordred : il y avait certaines vérités abandonnées depuis longtemps qui devaient sortir... ça ne pouvait pas se terminer sans ça, j'aurais détesté laisser mourir les anciennes pistes... de plus, Mordred veut vraiment se révéler... tout en se réservant l'effet de surprise pour la fin... Merlin commence à avoir la puce à l'oreille, mais... fera-t-il le rapprochement à temps ?
CHAPITRE 5
Artthur regarda l'armée de Saxons qui s'étendait par-delà les remparts de la ville, en attente.
Une tente avait été dressée, à mi-chemin entre les murs de Camelot, et les troupes de Saxe immobiles. C'était là qu'il rejoindrait Mordred avec Merlin, dès qu'ils auraient hissé le drapeau blanc...
Arthur n'avait aucune idée de ce qui l'attendait sous cette tente, mais les promesses de Morgane pendant le Conseil l'avaient un peu rasséréné. Certainement, Mordred avait des centaines d'adeptes de la magie noire à ses ordres... mais six dragons ne comptaient certainement pas pour rien ?
Et Morgane était la Grande Prêtresse de l'Ile des Bénis...
Si elle combatait à leurs côtés, cela ferait sûrement une différence...
Toutes les forces d'Albion s'étaient massées à hauteur des murs.
Annis, Loth et Bayard se tenaient sur les créneaux, entourés de leurs gardes respectives.
La Reine du Nord et les deux Rois alliés portaient leurs armures complètes. Ils étaient tous les trois des combattants expérimentés, et à présent qu'ils prenaient la mesure de la situation à laquelle ils allaient devoir faire face, ils étaient calmes et concentrés avant d'affronter la tempête...
Mithian manquait à l'appel. Son serviteur et magicien, Thomas, avait annoncé en rougissant «qu'elle ne devrait plus tarder » quand on lui avait demandé où était sa maîtresse.
Il avait l'air d'en savoir plus, mais il ne déscella pas les lèvres pour le leur expliquer...
Arthur ne put s'empêcher de noter que Gauvain manquait lui aussi à l'appel.
Il se souvint que pendant leur grand voyage, le chevalier n'avait cessé de se languir de la princesse...
Peut-être avaient-ils enfin trouvé le moyen de se réconcilier, et décidé de rattraper le temps perdu ?
Si c'était le cas, Arthur ne pouvait pas les en blâmer...
Il eut une pensée pour Guenièvre, qui dormait toujours profondément dans sa chambre, enfermée à clé... et il espéra que la teinture de belladone d'Arwin l'empêcherait de s'éveiller avant la fin de la bataille, tout en songeant que s'il survivait au combat, il y avait de fortes chances pour que sa Reine le tue de ses propres mains !
Il préférait qu'elle reste en sécurité au château, où le peuple avait été rassemblé, sous la garde d'Arwin, pendant qu'il combattait ici avec la garde...
Sur les remparts, Elyan commandait aux archers.
Devant les portes, Léon et Perceval étaient sur leurs destriers côte à côte, en tête des chevaliers...
Les forces des cinq royaumes combattraient ensemble aujourd'hui...
Mais l'apport en hommes des invités de Camelot était restreint.
Ils étaient venus pour festoyer, et non pour combattre...
Arthur regarda vers Alator et Gili, les deux alliés magiciens de Merlin. Il se sentait réconforté de leur présence. Ils étaient moins imprévisibles que Morgane, et ils avaient été d'une aide précieuse lors de la bataille de Nemeth...
Ils avait réussi à prouver leur utilité en rassemblant, parmi les hôtes de passage pour la fête, plus d'une trentaine de druides dont les pouvoirs pourraient leur servir pendant la bataille.
Et bien sûr, il y avait Merlin.
Merlin, qui, comme toujours, se trouvait à la droite d'Arthur, si proche de lui qu'ils ne cessaient de s'effleurer quand ils bougeaient...
Le Roi jeta un coup d'oeil à son magicien... il était vraiment très pâle...
Et Arthur était inquiet pour lui.
Lorsque Merlin lui avait expliqué les tenants et les aboutissants de sa dernière confrontation avec Mordred, à l'époque où il n'était encore qu'un jeune homme, le Roi avait décelé en son magicien un profond sentiment de culpabilité... qui le révoltait.
Pourquoi fallait-il toujours que Merlin se sente responsable de tout le mal qui arrivait, lui qui avait consacré toute son existence à ne faire que du bien autour de lui ?
Arthur savait qu'il se sentait fautif de s'être caché pendant longtemps, mais il n'était pas responsable d'avoir vécu sous un régime qui persécutait les sorciers !
Et ce n'était pas sa faute non plus, si son Roi était resté si longtemps aveugle et obtus face à la véritable nature de la magie...
Non, Arthur se blâmait lui-même pour ça, quand il repensait à ses deux premières années de son règne, avant que son ami ne lui fasse la grâce du sort de vérité qui lui avait ouvert les yeux, avant qu'il ne goûte pour la première fois à la chaleur dorée de son merveilleux pouvoir...
La magie de Merlin était délicieuse.
Arthur n'avait pas menti en l'affirmant lorsque son ami l'avait entraîné dans le cœur de la Source après leur retour sur les terres d'Albion.
Si délicieuse, qu'Arthur en était tombé amoureux.
Cela pouvait paraître ridicule, mais il se sentait irrésistiblement attiré par elle, par sa bonté intrinsèque, par sa douceur, par sa générosité... et il avait le sentiment, que, par l'intermédiaire de Merlin, la magie le cherchait, l'aimait... et lui appartenait un peu à lui aussi. Il n'arrivait pas à comprendre comment il avait pu n'éprouver autrefois, pour la Source et ses adeptes, que de la méfiance et de la peur.
Il n'oublierait jamais non plus la manière dont la magie avait répondu à son appel à Nemeth, face à Horsa.
Il avait utilisé Merlin, ce jour-là, comme un outil, comme une arme... Il avait réveillé Emrys, et peut-être Emrys était-il le nom de la magie elle-même, transfigurée en Merlin...
Arthur se souvenait aussi de la promesse qu'il s'était faite.
Plus jamais.
L'expérience avait été trop effrayante...
Trop différente de celle qu'il avait faite le jour du sort de vérité, ou celui où ils avaient enfin rejoint les côtes d'Albion.
La magie de Merlin ne devrait jamais servir à détruire, seulement à créer, pensa-t-il.
Et à protéger, et à aimer...
Arthur était amoureux de sa lumière, et il avait peur pour Merlin quand il pensait à la bataille à venir contre les Saxons.
Il avait peur de le perdre, submergé par son pouvoir, peur de le voir se changer en meurtrier sanglant, peur de sentir s'effacer la bonté de sa magie dans le tumulte du pouvoir noir des nécromanciens.
Il avait peur de le voir souffrir face aux sorciers qui maîtrisaient les arts noirs... comme il avait souffert face à Horsa...
Si Solel n'était pas intervenu ce jour-là...
-Où est Solel ? demanda Arthur, en cherchant des yeux son bras droit, et héritier.
-Parti vérifier quelque chose au château, à ma demande, répondit Elyan en adressant au Roi un regard indéchiffrable. Ne vous inquiétez pas, Sire, il ne devrait plus tarder.
-Bien. Nous aurons besoin de lui...
Arthur frissonna.
S'il réussissait à faire la paix avec Mordred...
Merlin ne serait pas obligé de combattre les nécromanciens, et sa magie ne serait pas en danger...
-Dressez le drapeau blanc, ordonna-t-il.
La garde lui obéit.
Le Roi regarda son Merlin, et celui-ci hocha la tête, gravement.
Puis le magicien les transporta tous deux face à la tente des négociations.
Lorsqu'ils prirent pied sur le sol, Merlin vacilla sur ses jambes et faillit basculer en arrière...
Arthur se précipita pour le raffermir sur ses jambes.
-Est-ce que ça va ? demanda-t-il, effrayé.
Merlin secoua la tête, pâle comme la mort.
Non, ça n'allait pas. Ca n'allait pas du tout...
-Il y a une telle quantité de magie noire ici... souffla-t-il.
Ce qu'il avait enduré à Nemeth en présence d'Horsa n'était rien en comparaison de ce qu'il subissait depuis que les armées Saxonnes étaient apparues devant les remparts de Camelot. La nature corrompue de leur magie puissante l'agressait en permanence, drainant son énergie et lui retirant ses forces... Il avait une telle migraine qu'il avait l'impression que sa tête allait éclater, ses yeux étaient secs dans leurs orbites, sa gorge nouée, son estomac retourné par une sensation de nausée virulente, et il avait la sensation affreuse que les muscles de ses jambes s'étaient transformés en chiffons.
Il avait du mal à mettre un pied devant l'autre... et utiliser sa magie était un supplice.
Il sentait le déchirement de la Source s'accroître à chaque fois qu'il le faisait, passé au crible par la manière dont ses ennemis la souillaient...
-Ils sont trop nombreux, haleta-t-il, malade. Ils sont en train... d'inverser le flux, et je ne peux rien faire pour les en empêcher...
Il sentit le bras d'Arthur entourer son épaule.
-Tiens le coup, Merlin.
-Vous ne comprenez pas... haleta-t-il, les yeux fermés. S'ils continuent à maltraiter la Source... la magie elle-même va s'assombrir et devenir aussi mauvaise qu'ils le sont... Je ne pourrai pas l'utiliser pour combattre, Arthur. Je ne pourrai rien faire pour Camelot. Nous devons dire à Mordred d'arrêter ce qu'il est en train de faire...
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Sur l'Ile des Bénis, Aithusa eut un soubresaut, et exhala son souffle magique. Son œsophage se contracta alors que sa magnifique création remontait jusque dans sa gorge, et, dans un ultime effort, le premier oeuf étincelant de lumière bleue vint se poser devant elle sous les regards bouleversés des magiciens du Sanctuaire qui l'entouraient...
Il était parfait, d'un blanc pur, à peine un peu plus petit que la normale, mais tout de même d'une taille et d'un poids honorable... ce n'était pas facile, d'amener des quintuplés à étaient forcément moins gros que les enfants uniques.
La dragonne sentit un élan d'amour l'envahir en regardant son oeuf, et pensa : Adrinial. Ce serait le nom que Merlin donnerait un jour à son fils, le seul de ses enfants à être, comme elle, un dragon blanc...
-Tu es extraordinaire, ma Reine, murmura Wildor, en la regardant avec admiration.
-Ne crie pas victoire trop vite. Il en reste... encore quatre, répondit-elle, pantelante, au jeune magicien qui la soutenait.
Mais à présent que la voie était ouverte, les choses seraient plus faciles pour le second...
Au prix d'un violent effort, Aithusa sentit l'oeuf suivant remonter, du sac translucide qui s'était formé sur son abdomen, à son œsophage, et se prépara à la seconde irradiation magique en rassemblant ses pouvoirs épuisés.
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Dans l'Antre de Cristal, Morgane sentit la naissance du premier œuf se manifester à elle au travers du lien qu'elle partageait avec Aithusa, et ne put s'empêcher de sentir son cœur éclater de joie...
Puis, elle força son esprit à revenir à la tâche qui l'attendait, et elle se mit au travail pour commencer à construire son illusion...
A l'origine, elle avait pensé transférer les véritables œufs de la dragonne blanche à l'intérieur de l'Antre mais ce n'était pas une bonne idée d'enfermer les deux plus précieux trésors de l'avenir dans le même coffre-fort...
De plus, elle ne pouvait imaginer demander à Aithusa de se séparer de ses enfants, après tous les efforts que la dragonne avait faits pour les mettre au monde.
Enfin, Morgane ignorait pour combien de temps Merlin aurait à rester enfermé... probablement, jusqu'à ce que Mordred meure, mais qui pouvait dire quand cela se produirait ?
Elle ne pouvait pas être certaine que le magicien ne déciderait pas de faire éclore les œufs entre-temps, pour vérifier si les pouvoirs des petits dragons ne lui permettraient pas de s'échapper lorsqu'il aurait épuisé toutes ses autres idées.
Le stratagème ne fonctionnerait pas, mais Merlin ne pouvait pas le savoir avant d'avoir essayé...
Et si les petits dragons étaient confinés à l'intérieur d'une prison, ils grandiraient loin du ciel pour lequel ils étaient faits, et leur croissance en serait affectée.
C'était un risque que Morgane ne pouvait pas prendre.
Elle avait donc résolu, assez rapidement, de ne placer dans la caverne qu'une copie des œufs d'Aithusa, destinée à attirer Merlin à l'intérieur...
Mais fabriquer de toute pièce des œufs de dragons ressemblants n'était pas quelque chose de simple à réaliser...
Il ne présentaient pas seulement des contours matériels, ils avaient aussi une empreinte magique puissante que Morgane ne pouvait reproduire à l'identique malgré tout son talent...
Elle pouvait approcher le résultat, certes, mais pas le parfaire.
Un autre obstacle qu'elle avait repéré quand elle avait réfléchi à son plan était que les œufs d'Aithusa ne pouvaient pas se trouver en deux endroits à la fois.
Si Merlin pouvait sentir leur présence sur l'Ile des Bénis en sondant la magie, il saurait aussitôt que Morgane lui mentait en lui affirmant qu'elle les avait trouvés dans l'Antre de Cristal... et il comprendrait qu'elle essayait de l'attirer dans un piège.
Bien sûr, elle pouvait espérer qu'il soit suffisamment désorienté pour ne pas procéder à une telle vérification. Mais c'était Merlin, il était malin, et Morgane ne pouvait pas se reposer seulement sur sa chance : dans sa mission, elle ne voulait rien laisser au hasard.
Elle avait donc réfléchi à une solution...
Le sortilège qu'elle avait mis au point présentait le double avantage de brouiller l'empreinte des véritables œufs, les rendant impossibles à détecter à des magiciens mal intentionnés, et de lui donner une bonne excuse pour amener Merlin à venir la rejoindre de toute urgence, parce que l'empreinte factice qu'elle réussirait à créer ne pourrait pas égaler la quantité de pouvoir normale pour un œuf en pleine santé.
Merlin aurait l'impression que les œufs d'Aithusa étaient mourants ou malformés...
Et il se précipiterait auprès d'eux pour essayer de comprendre ce qui n'allait pas.
A présent, la prêtresse travaillait au même rythme que la dragonne blanche, sur l'Ile.
Elle utilisait un premier sortilège pour masquer le nœud de magie qui émanait de l'oeuf véritable, puis, fabriquait le sien en reproduisant au mieux l'empreinte qu'elle avait ressentie.
La transpiration coulait sur son front.
Elle se sentait totalement unie à Aithusa dans son effort physique pour donner la vie à ses enfants, comme si leur lien spirituel était renforcé d'instant en instant par l'épreuve qu'elles partageaient...
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En-dessous de la tente, il régnait une douce pénombre.
Une silhouette encapuchonnée se tenait debout, dans l'ombre du pavillon.
L'homme à la cape noire dont avait parlé Merlin...
-Morded, dit Arthur, en frissonnant. Cela fait bien longtemps...
-Cela fait plus de dix ans, répondit la silhouette. Mais vous ne croyiez quand même pas avoir échappé au jugement des dieux pour toujours, Arthur Pendragon.
-Quel jugement ? dit Arthur, en plissant les yeux pour tenter de distinguer les contours d'un visage sous les plis de son capuchon.
-Votre temps en tant que Roi est écoulé, dit l'homme caché dans l'ombre, d'une voix sépulcrale. Vous avez échoué. Echoué à protéger Albion. Echoué à établir une paix durable... Le monde que vous avez créé tombera en ruine et disparaîtra en proie au chaos. Vous avez failli à votre destin, et maintenant, vous allez payer le prix fort pour cet échec. Les dieux m'ont délivré une sentence de mort à votre encontre. Votre fin est toute proche.
Arthur pâlit.
Merlin se porta à ses côtés, bouleversé...
-Comment peux-tu parler ainsi, Mordred ? s'exclama-t-il, d'une voix vibrante. Arthur a rétabli la magie, il a accepté et reconnu les nôtres ! Tu ne peux le condamner pour des erreurs passées...
-Des erreurs terribles. Il a chassé et persécuté les druides comme le chien de garde de son père pendant des années. Il a semé la terreur avec son ignorance. Il a condamné ce qu'il ne connaissait pas, il s'est érigé en juge quand il aurait dû se montrer humble.
-Mais ensuite, il a ouvert les yeux, et alors, il a donné aux sorciers et aux druides de vivre en paix, enfin reconnus et respectés ! protesta Merlin.
-La paix d'Arthur Pendragon est fragile et périssable à son image, dit Mordred, d'un ton méprisant.
-Seulement parce que tu la menaces, avec ton armée ! répondit Merlin avec colère. Tout allait si bien avant que tu n'interviennes... Je t'en prie, Mordred... réfléchis à ce que tu es en train de faire... c'est toi, et toi seul,qui veux détruire Albion et qui menaces la Source, en utilisant les arts noirs vont à l'encontre de sa magie. Je comprends que tu sois en colère, à cause de ce que je t'ai fait autrefois. Et je suis vraiment désolé de t'avoir traité comme je l'ai fait...
-Désolé ? Oui, tu peux l'être. Je n'étais qu'un enfant, et tu m'aurais livré à leurs lames, gronda Mordred. Le grand prophète Emrys, le défenseur de la magie !
Arthur vit le désespoir s'inscrire sur le visage de Merlin.
-J'ai commis une erreur ! Mais je me suis racheté depuis lors... et Arthur n'a jamais été ton ennemi ! Souviens-toi, quand vous vous êtes séparés, il venait tout juste de t'aider à échapper au couperet du bourreau d'Uther... Il t'a sauvé, Mordred.
-Sauvé ?
Un rire rauque, un peu fou, s'éleva dans l'obscurité...
-Aucun de vous deux n'a ce pouvoir, murmura-t-il avec dégoût. Arthur ne m'a aidé que pour faire plaisir à Morgane. Si ça n'avait été que lui, il m'aurait laissé mourir comme un chien.
-C'est faux, dit Arthur, révolté, en secouant la tête.
-Vous étiez certainement un grand ami de l'Ancienne Religion à cette époque, répondit Mordred avec sarcasme.
Arthur prit sur lui le blâme...mais seulement jusqu'à un certain point.
-Quand mon père gouvernait le royaume, la magie était haïe et proscrite. Mais les choses ont changé depuis que je suis Roi. Pratiquer la magie n'est plus interdit par aucune loi depuis la fondation d'Albion, et les sorciers sont libres... pourvu que leurs intentions soient nobles. Alors... quelle revanche cherches-tu contre moi aujourd'hui ?
Mordred fit un pas menaçant en avant.
-Croyez-vous que j'ignore comment vous avez employé ces dernières années, ou la manière dont vous avez gouverné ? Croyez-vous pouvoir m'apprendre quoi que ce soit que je ne sache pas déjà à votre sujet ? J'étais là... Je vous observais... J'ai tout vu...
Merlin le dévisagea, incrédule.
Il tremblait légèrement...
-Non, tu mens... Si tu avais été là... J'aurais senti ta présence...
L'éclair d'un sourire apparut sous les plis du capuchon noir.
-Etant donné le temps que tu as passé à te dissimuler toi-même... je suis étonné que tu te montres à ce point sceptique. Est-il si surprenant de penser que j'ai pu apprendre à masquer ma magie ?
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Trois œufs étaient posés devant Aithusa à présent... les deux mâles, et une des trois femelles.
Mais les contractions s'étaient interrompues... la dragonne blanche était à bout de forces.
-Ma Dame, s'exclama Wildor. Que se passe-t-il ?
-Je n'y arriverai pas, souffla-t-elle.
-Elma va rappeler l'esprit de Kilgarrah pour toi. Il te soutiendra...
Aithusa tourna vers le jeune magicien ses yeux d'argent.
-C'est inutile, haleta-t-elle. Ce n'est pas la volonté qui me manque... c'est mon corps qui m'abandonne... je n'ai plus de forces, Wildor...
-Que pouvons-nous faire pour t'aider ?
Aithusa regarda les œufs qu'elle avait accouchés, effrayée. Une seule femelle... ce n'était pas suffisant... elle essaya de relancer les contractions, et sentit ses muscles se crisper dans un spasme. Impossible... Non, pensa-t-elle, furieuse. Ses flancs se soulevèrent au rythme de sa respiration entrecoupée, et elle fouilla dans les souvenirs de son espèce pour trouver une solution.
Elle la découvrit en parcourant la vie de Shaldreika, qui avait failli périr en donnant naissance à sa déscendance...
-Utilise ta magie comme une lame, ordonna-t-elle à Wildor, et perce le sac de mon abdomen.
-Quoi ? dit-il, horrifié.
-Fais ce que je dis, ordonna-t-elle. Nous n'avons plus beaucoup de temps... et il faut que je les mette au monde tous les cinq. Chacun d'eux a son importance...
Le jeune magicien se mit à trembler.
-Je ne peux pas faire ça, ma Reine, s'exclama-t-il, terrifié. Je vais te blesser... tu es déjà si faible...
-Nous avons un accord, gronda-t-elle. Ne me fais pas regretter de t'avoir à mes côtés, plutôt que Morgane... Elle n'hésiterait pas à le faire. Pas un seul instant.
La présence physique de la prêtresse lui manquait cruellement. Le lien qui avait commencé à se former entre elles était si puissant... Elle avait choisi Morgane, cinq ans plus tôt, mais c'était au travers de leur épreuve commune, dans laquelle la Prêtresse prouvait sa valeur aujourd'hui, que la dragonne blanche aurait voulu lui décerner l'honneur de devenir sa Dame aux Dragons.
Hélas, créer une nouvelle lignée de Seigneur des Dragons prenait du temps... et une énergie qu'elle n'avait pas maintenant.
-Wildor, dit Aithusa, d'un ton péremptoire.
-Très bien, ma Dame, dit le magicien effrayé. Je vais le faire.
Une lame de pouvoir apparut dans sa main, et, le visage horrifié, il perça la peau translucide de son abdomen pour libérer les formes des deux œufs qui s'y trouvaient encore. Le sang d'Aithusa éclaboussa le sol de l'Ile des Bénis, d'un rouge si sombre qu'il en était presque noir. La dragonne gronda de douleur. Wildor plongea ses mains en elle. Les larmes coulaient sur son visage quand il sortit les œufs de leur cocon de chair, les bras rougis par le sang jusqu'au coude...
-Place-les... dans ma gueule, ordonna Aithusa, noyée par la douleur. Vite, avant qu'ils ne meurent.
Le jeune magicien se mit debout, tenant les deux œufs dans ses bras comme deux trésors...
Il contourna la forme de la dragonne blanche en tremblant. Lorsqu'il arriva devant Aithusa, elle ouvrit toutes grandes ses mâchoires et il plaça les deux œufs dans sa gueule, l'un après l'autre, avec de grandes précautions...
Concentrant sa magie avec ses dernières ressources, la dragonne blanche ferma les yeux, et se focalisa sur l'ultime irradiation.
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Merlin n'arrivait pas à le croire. Que Mordred ait pu être là, à les observer, pendant tout ce temps, sans qu'il l'ait remarqué...
-Si quelqu'un avait utilisé la magie noire non loin de moi, je l'aurais perçu, s'exclama-t-il en frissonnant.
Mordred laissa échapper un rire.
-Tu as une si haute opinion de toi-même, et de tes pouvoirs, Emrys. Pense aux mystères que tu n'as jamais pu élucider au cours de ces dernières années... à commencer par le premier. La lance enchantée du Conseil de la Table Ronde... celle qui t'a valu l'exil et la disgrâce... Tu n'as jamais retrouvé le sorcier qui l'avait ensorcelée...tu as même renoncé à le chercher...
-C'était toi ! s'exclama Merlin, les pupilles dilatées.
Comment était-ce possible ?
Il n'avait pas senti de magie noire ce jour-là, dans la salle du Conseil... il n'avait pas éprouvé de malaise... il avait juste été pris de court quand la lance s'était élevée dans les airs...
-Bien sûr, que c'était moi, triompha Mordred. Sans mon aide inespérée, tu vivrais encore caché, comme le couard que tu as toujours été. Jamais tu n'aurais eu le cran de dire la vérité à Arthur. Ta lâcheté à coûté la vie à tant d'hommes, et de femmes de notre peuple... Ce jour-là, lorsque je t'ai obligé à te trahir, je l'ai fait dans le but qu'Arthur te tue de ses propres mains... une sentence à mort, pour Emrys le lâche, exécutée par son si cher Roi.
Arthur envoya à Mordred un regard assassin, la mâchoire crispée, et se rapprocha de Merlin dont le visage était exsangue...
Le jeune magicien sentit la main de son Roi chercher la sienne...
Ne l'écoute pas. Je n'aurais jamais fait une telle chose, pensa Arthur, révolté.
-Vous l'auriez fait, si vous n'aviez pas été arrêté par votre femme, dit Mordred, d'un ton supérieur. Et vous l'auriez regretté tout le reste de votre vie. C'aurait été votre punition, pour votre stupidité, et pour votre hargne.
Il observa un instant de silence, et reprit avec une satisfaction malsaine:
-Voulez-vous savoir ce que j'ai fait d'autre ?
Merlin secoua la tête et souffla « non ». Il ne voulait pas rester ici, un instant de plus...
Il était trop malade, et à cause de la souffrance physique qu'il éprouvait, il n'arrivait pas à penser...
Il avait cru que l'enfant-druide avait fui Albion, qu'il était parti très loin, au-delà des mers, avant de revenir, fort de son pouvoir, pour se venger d'eux... mais il s'était trompé.
Et si Mordred était resté... et s'il n'avait pas toujours eu recours à la magie noire... se pouvait-il qu'il ait vraiment vécu au milieu d'eux, de manière anonyme, comme il l'avait fait lui-même ?
-Je crois que nous n'avons plus rien à nous dire, dit-il, d'une voix rauque.
Il ne s'était jamais senti aussi faible de toute sa vie...
Les effluves de la magie noire des Saxons l'assaillaient de toutes parts, il avait besoin de s'éloigner.
Il fit demi-tour en titubant sur ses jambes, mais il sentit la puissance vicieuse de Mordred le saisir à la gorge, et il fut immobilisé de force. Il sentit les doigts de la magie noire ramper jusqu'à son cœur...
-J'ai tué Gaïus dans son sommeil... très exactement de cette manière-là.
Merlin sentit son cœur paniquer dans sa poitrine. Le sang battait à ses tempes... il ne pouvait plus faire un pas... Les serres ténébreuses se refermèrent à l'intérieur de sa cage thoracique et il vacilla sur ses jambes avec un hoquet en sentant son cœur faire une embardée.
-Merlin ! s'écria Arthur, en se précipitant vers lui.
Le magicien tenta de lutter pour prendre une inspiration mais la magie noire resserra son emprise sur lui. Il sentit ses genoux céder. Il avait vaguement conscience de la panique d'Arthur, mais il était presque au-delà de toute conscience dans le vertige qu'il éprouvait..
Mordred avait assassiné Gaïus dans son sommeil... Comment avait-il pu ? Merlin se souvenait, combien la mort de son mentor l'avait surprise... il avait pensé l'avoir à ses côtés encore de longues années... mais il n'avait pas poussé l'enquête. Pourquoi avait-il renoncé à chercher le fin mot de l'histoire ? Comment avait-il pu arrêter de rechercher le sorcier qui avait tenté de tuer Arthur le jour où il avait été forcé de révéler ses pouvoirs ?
Arthur se retourna vers la silhouette noire, horrifié.
-Arrête, Mordred, je t'en prie ! s'exclama-t-il.
-Pourquoi ? demanda le sorcier, perplexe. Il a obtenu tous les honneurs et toute la gloire alors qu'il n'en méritait aucun. Il n'a fait que se laisser porter par le cours des évènements sans faire preuve d'aucune initiative...
-Lâche-le, dit Arthur, d'un ton menaçant.
Il ne laisserait pas cet être ignoble jouer avec eux plus longtemps...
Il fit un pas en avant, sa main, sur la garde d'Excalibur.
Mordred eut un rire méprisant et rejeta le Roi en arrière d'une poussée de sa magie.
Arthur fut soufflé comme un fétu et retomba à terre. Il voulut se redresser mais réalisa qu'il avait perdu le contrôle de ses propres membres... Mordred l'obligea à se mettre à genoux devant lui et lui fit courber la tête.
-Vous n'avez pas le pouvoir de me donner des ordres, Sire, dit-il, d'une voix ironique. Restez donc à votre place, pendant que moi et Merlin terminons cette petite discussion.
Il se retourna vers le magicien, qui était toujours en train d'étouffer, figé sous l'étreinte de son pouvoir maléfique, et il continua d'un ton impitoyable :
-Tu vas m'écouter jusqu'au bout, que tu le veuilles ou non...Ne crois surtout pas que ton cher Gaïus ait connu une mort paisible. Il n'était pas prêt à partir. Il s'est débattu... et il a souffert, avant de mourir. Il méritait de souffrir. Il méritait de souffrir pour tous les meurtres sur lesquels il a fermé les yeux... Il s'est tenu aux côtés d'Uther l'assassin au temps de la Grande Purge. Il a regardé périr les anciennes prêtresses et laissé décimer les clans des druides. Et dire que c'est cet homme-là qui t'a formé. Je ne devrais pas m'étonner que tu aies échoué à ce point.
Merlin se tourna vers lui, au prix d'un violent effort, et ses yeux se fixèrent sur lui, écoeurés.
-Comment as-tu pu... haleta-t-il.
-J'ai pu, parce que tu étais destiné à faillir depuis l'aube des temps, grand prophète, et le Roi que tu as créé, avec toi... Arthur n'existerait même pas si tu ne t'étais pas épris de lui et de sa cause. Il ne serait rien de plus qu'un petit roitelet plein de morgue et dépourvu de la moindre envergure, voué aux mêmes petitesses que tous les autres nobles de sa lignée... A la première épreuve, il a déserté son trône, il a abandonné son peuple, et il a fui. Quel mérite est donc supposé exister en lui qui vaille que je lui laisse la vie sauve ? Quelle grâce, quel rêve ? Il règne sur une paix mensongère, sur une victoire illusoire. L'avenir est noir et sans espoir et les gens se souviendront de lui comme d'un perdant...
-Tu mens..., dit Merlin.
Les larmes coulaient le long de son visage.
-Crois-tu cela ?
Mordred le relâcha et il inspira profondément à la recherche de l'air dont il avait été privé.
-Après que tu aies été chassé, dit-il, je suis allé voir ton cher Arthur. J'ai utilisé l'un de tes propres tours pour pouvoir lui parler... un sort de vieillissement et un nom d'emprunt. Je suis allé le voir avec une jeune fille... je suis sûr qu'il ne t'a jamais raconté cette histoire-là.
Arthur détourna les yeux, rempli de honte au souvenir de la manière dont il s'était laissé convaincre d'utiliser les Rites sur Merlin. Il avait été tellement stupide...
-J'avais trouvé la jeune fille parmi les druides... elle avait tenté de me résister, et j'ai détruit son village.
Merlin n'arrivait pas à le croire... il se souvenait combien lui et Morgane avaient été perplexes en découvrant le site... Des druides, détruits par la magie ? Et Mordred était celui qui avait massacré tous ces malheureux...
Il est mauvais, pensa-t-il. Mauvais comme jamais personne ne l'a été, pas même Morgane, à l'époque où son démon régnait sur elle. Nous avons été fous, de penser que nous pourrions négocier quoi que ce soit avec lui...
-Tu t'es retourné contre les tiens, dit-il, horrifié. Tu as détruit ton propre peuple...
-J'ai eu un bon professeur en toi, répondit Mordred. Lorsque j'ai amené cette fille devant Arthur, c'était pour lui montrer comment priver un être magique de ses pouvoirs. Ensuite, je l'ai convaincu de te forcer à endurer les Rites... je voulais te voir privé de ta magie, impuissant à le sauver le jour où je viendrais pour le détruire...
-Mais Arthur a aimé ma magie, dit Merlin, en dardant sur lui un pouvoir flamboyant.
-Et il a tenté de lui rendre justice, reconnut Mordred. Je le reconnais. Mais il a échoué.
Le sorcier se désintéressa de lui et revint vers Arthur.
-A présent, l'heure est venue pour vous de céder votre trône à quelqu'un de plus méritant, Sire.
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Aithusa avait réussi... les cinq œufs étaient posés devant elle, et ils étaient tous viables...
Les jumelles seraient peut-être un peu plus faibles que les autres après leur éclosion, ayant fait l'objet d'une irradiation commune... mais elles compenseraient cette infirmité avec le temps, et elles deviendrait un jour de formidables dragonnes...
Le silence était tombé sur l'Ile des Bénis. Tous les magiciens du Sanctuaire avaient une main posée sur elle, à présent, pour saluer l'intensité de l'effort qu'elle avait fourni... Leur contact lui faisait du bien. Il éclaircissait sa douleur, il lui donnait la force de ne pas basculer vers l'inconscience...
Ces jeunes gens étaient ses enfants, aussi, ceux qu'elle partageait avec Morgane... Aithusa les aimait profondément. Elle connaissait chacun d'eux par leur nom. Elle les avait transportés sur son dos pour les amener sur l'Ile. Ils avaient joué à l'ombre de ses ailes. Elle les avait instruits avec son savoir immense... et aujourd'hui, ils l'avaient assistée dans la plus dure épreuve de toute son existence. Sans eux, elle n'était pas certaine qu'elle aurait réussi. Et elle savait que pour elle, ils n'auraient renoncé à aucun sacrifice.
Ensemble, ils étaient une famille...
-Il faut que je te soigne, ma Reine, dit Wildor, en s'agenouillant à ses côtés.
-Non ! haleta Aithusa. Nous n'avons pas le temps. Laisse ça, c'est sans importance.
-Mais ta blessure... , protesta le jeune magicien.
-Wildor. Tu as juré d'honorer ta parole envers moi... Il est temps. J'ai besoin de vous, maintenant. De vous tous.
La dragonne blanche embrassa du regard les jeunes magiciens de l'Ile. Beaucoup d'entre eux n'étaient encore que des enfants. Certains pleuraient, d'émotion ou de peur pour elle. Elle savait qu'elle avait perdu du sang. Elle savait quelle apparence devait avoir son abdomen déchiré... mais la magie ne devait pas être gaspillée maintenant. Il leur restait une chose essentielle à accomplir, avant qu'il ne soit trop tard...
Parce que si les œufs étaient là quand il arriverait, il les détruirait tous, réduisant leurs efforts à néant.
-Mettez les œufs à l'abri, ordonna Aithusa, épuisée. S'ils sont encore là quand le sorcier noir se présentera, aucun dragon ne volera jamais plus au-dessus des cieux d'Albion... Et il vient... Notre temps est presque écoulé.
Wildor hocha la tête.
-Où devons-nous les cacher, ma Reine ? demanda-t-il.
-Ensevelissez-les sous la terre, loin des regards des hommes, dans un lieu secret où nul ne pourra les trouver, haleta la dragonne blanche.
Le jeune sorcier hocha la tête, et regarda ses frères et sœurs d'un air déterminé.
-Formez le cercle, ordonna-t-il.
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-Jamais tu ne seras accepté en tant que Roi, dit Arthur, en levant sur le druide maudit un regard écoeuré.
-Tu te trompes, dit Mordred, d'une voix confiante. Je suis le souverain légitime d'Albion... et je vous laisse une chance. Une chance d'accepter votre défaite... Si vous pliez devant moi, j'épargnerai les sujets de Camelot et je prendrai la tête de ses armées sans avoir à les détruire... Je ne serai pas obligé d'utiliser contre Merlin tout ce pouvoir qu'il redoute...
Le regard d'Arthur vola de Mordred, à son ami, effrayé.
-Mais, évidemment, il y a un prix à payer...
-Ne l'écoutez pas, Arthur, s'exclama Merlin, le visage défait. Quoi qu'il vous propose, c'est un marché de dupes... Il ne songe qu'à vous détruire.
-Si vraiment c'était ce que je voulais, tu ne pourrais pas m'en empêcher... mais aussi étonnant que cela puisse te paraître, tu te trompes, répondit Mordred, avec un sourire. Je ne réclame pas obligatoirement la mort d'Arthur. Il me suffira qu'il dépose sa couronne, et qu'il finisse ses jours sous mes ordres, en tant que mon serviteur dévoué. Il chauffera l'eau de mon bain et nettoiera ma chambre, comme tu l'as fait pour lui pendant des années, Emrys... Si tu l'as fait pour lui, il peut bien le faire pour moi... ce n'est que justice après tout.
-Tu es complètement fou, dit Merlin, en secouant la tête.
-Je dirais plutôt, généreux, affirma Mordred. Je t'épargnerai la souffrance que t'inflige le contact de la magie noire en te débarrassant de la tienne.
Ses doigts se refermèrent sur le menton de Merlin, durs et glacés.
-Et je te garderai en souvenir pour montrer à tout le monde quelle est la véritable place d'un faux prophète... murmura-t-il d'une voix satisfaite. Venez voir le grand Emrys, de tous les coins du monde...enchaîné à mon trône pour l'exemple... Ne préfèrerais-tu pas cela que de le regarder mourir, Arthur ?
Le Roi ne répondit rien.
Il frissonnait, horrifié...
-Je le tuerai si tu n'acceptes pas ma proposition, tu sais.
-Il le fera de toutes façons, s'exclama Merlin.
Arthur ferma les yeux, le souffle court. Que devait-il faire ? Que pouvait-il faire ? Il n'allait pas confier son royaume à un sorcier fou...
-Si vraiment nous devons nous affronter, que ce soit sur un champ de bataille, les armes à la main, affirma-t-il.
-Ainsi soit-il, dit Mordred, en relâchant brutalement Merlin. Vous pouvez partir, tous les deux. Mais lorsque nous nous reverrons pendant le combat, n'oubliez pas... que c'est vous qui aurez voulu ce qui arrivera.
Il rappela sa magie à lui, puis, il disparut, dans un sombre tourbillon.
Brutalement libéré, Arthur se releva et fonça vers Merlin.
Recroquevillé sur lui-même, le jeune magicien secouait la tête, les traits envahis par la douleur...
-Pourquoi ne montre-t-il pas son visage, souffla-t-il.
-Peut-être parce qu'il est aussi laid qu'il est vicieux, répondit Arthur, en l'aidant à se redresser.
-Ou alors, parce que nous pourrions le reconnaître ? haleta Merlin. Il a fait toutes ces choses... comme s'il avait vécu au milieu de nous... pendant des années.
-Au milieu de nous ? répéta Arthur, perplexe. Et en tant que quoi ?
Il raffermit Merlin sur ses jambes en le soutenant fermement.
-Il pourrait être n'importe qui... dit Merlin. Un serviteur, un cuisinier, un garde... à qui nous n'aurions jamais prêté attention.
-Nous devons rejoindre les remparts, murmura Arthur. Il va déchaîner ses forces maintenant...
-Je sais, souffla Merlin, en lui adressant un regard atterré.
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Mordred arriva auprès d'Elyan sur les remparts de Camelot... Il avait jeté sa cape en hâte, et il s'était débrouillé pour arriver au pied de l'escalier de sorte que tout le monde voie "Solel" se frayer un passage jusqu'en haut. Il savait qu'il n'avait pas beaucoup de temps pour reprendre son poste en tant que prince héritier, avant le retour du Roi... mais avec un peu de chance, il avait suffisamment ébranlé Merlin pour qu'il mette quelques minutes cruciales à se ressaisir avant de conduire Arthur jusqu'aux murailles.
Comme leur entrevue l'avait défoulé ! Il garderait pendant longtemps le souvenir du grand Roi et de son cher Emrys à genoux devant lui, impuissants l'un et l'autre face à son pouvoir... Quel dommage qu'ils n'aient pas accepté sa proposition... Il se serait beaucoup amusé d'avoir Arthur à ses ordres, et cela aurait plu à Morgane, de le voir honorer sa promesse de garder son frère en vie...
Au lieu de quoi, il allait devoir le tuer, et elle serait en colère... Elle le serait de toutes façons... quand elle découvrirait ce qu'il prévoyait de faire à sa précieuse dragonne. Il attendrait qu'elle soit occupée avec Merlin pour se charger de la grande Aithusa...
Mais rien de tout ça n'empêcherait Morgane de devenir sa Reine, parce qu'il ne lui laisserait pas le choix : entre être asservie à son démon intérieur, ou à son futur mari, le choix de la prêtresse serait évident.
Mordred n'avait jamais vu personne être aussi effrayé de ses propres pouvoirs que l'était Morgane...
Et c'était pour cela qu'elle resterait à sa merci.
Il hâte que vienne le moment où elle détruirait Merlin...
C'était peut-être la partie la plus jouissive de son plan : l'obliger à achever elle-même son rival, l'homme avec lequel il avait partagé son cœur, contraint et forcé.
-Tu as pu voir ma soeur? lui demanda Elyan lorsqu'il le rejoignit.
Ah ! Il avait presque oublié son alibi.
-Oui, je l'ai vue... Elle va bien... Elle a juste choisi de rester pour protéger le peuple...
Le chevalier hocha la tête, soulagé.
Mordred jeta un regard impatient sur le champ de bataille...
En contrebas des murailles, les armées Saxonnes firent sonner leurs cors de guerre.
Les lances ennemies martelèrent le sol, et les rangs des sorciers se portèrent en avant...
Le serpent menaçant de leur magie noire commença à se dérouler au-dessus d'eux.
Le ciel s'assombrit, se chargeant de nuages d'orage qui se mirent à s'amalgamer les uns aux autres en tournoyant sur eux-mêmes...
Ce fut à cet instant qu'Arthur et Merlin réapparurent, sur les remparts.
Tout le monde se retourna vers eux...
Mordred apprécia la pâleur qu'il vit sur le visage du Roi. Quand à Merlin, il semblait totalement hors d'usage... mais il savait qu'Emrys était loin d'avoir épuisé toutes ses ressources malgré son apparente faiblesse.
C'était pourquoi l'écarter de l'action ne serait pas une mauvaise chose.
Annis, Bayard et Loth s'avancèrent vers Arthur.
-Préparez-vous à combattre, leur dit-il. Les négociations n'ont mené à rien... Le sorcier Mordred est fou de son propre pouvoir.
Il marqua une pause, puis s'exclama :
-Je vais mener la charge avec les chevaliers.
Annis hocha solennellement la tête, et affirma :
-J'ai pris ma décision, Arthur. Je vous accompagnerai.
-Les souverains d'Albion combattront ensemble, acquiesça le Roi Loth, après avoir échangé une poignée de main fraternelle avec Bayard. Faisons en sorte que notre sortie reste gravée dans les mémoires pour toujours...
-Solel... dit Arthur en regardant Mordred. Chevaucheras-tu à mes côtés ?
-Ce sera un honneur, Votre Majesté, répondit-il, en s'inclinant.
Arthur acquiesça solennellement.
-Je n'en attendais pas moins de toi, mon prince, dit-il, la fierté brillant dans ses yeux...
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Morgane sortit de l'Antre de Cristal.
Son illusion était en place...
Elle resta un instant appuyée à la roche de la caverne, pâle et épuisée.
Il faudrait qu'elle puise au plus profond de ses réserves, pour jouer le rôle qui allait être le sien maintenant...
Elle aurait besoin de tous ses talents d'actrice pour ne pas se trahir.
Lorsqu'elle eut fait le vide en elle-même, elle se tendit vers Camelot, et vers Merlin.
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-Nous avons préparé un bouclier pour les chevaliers qui monteront à l'assaut, dit Alator à Merlin. Ils seront protégés des attaques des nécromanciens, en partie au moins...
Merlin se tenait au mur, écoutant le Catha d'une oreille distraite tandis qu'il réfléchissait.
Mordred à Camelot... invisible... pendant toutes ces années.
Pouvait-il vraiment s'être dissimulé sous les traits d'un simple serviteur ?
L'humilité ne semblait pas réellement être son point fort... cet homme-là aimait le pouvoir, manifestement. Le pouvoir de plier les autres à sa volonté... le pouvoir de les transformer en marionnettes entre ses mains.
Merlin réfléchit à ce qu'il savait de l'enfant-druide...
Il se souvint de la connexion qu'il avait partagée avec Morgane, et soudain, il sut ce qui l'avait perturbé dans l'attitude de son amie pendant le Conseil. Elle était proche de la Source, et de la magie. Elle devait s'être rendue compte des bouleversements provoqués par les sorciers nécromanciens bien avant lui. Pourquoi, alors, ne l'en avait-elle pas averti ?
Soudain, alors que ses pensées se tournaient vers elle, il entendit sa voix s'élever, à travers leur lien télépathique, pleine d'effroi et de panique.
-Merlin ? Aithusa a déposé ses œufs... mais sa délivrance ne s'est pas passée comme prévu. Melin, ça a été horrible... Elle n'a pas voulu rester auprès de la Source... l'inversion du flux la troublait trop... Quand elle est arrivée à l'Antre de Cristal, elle était comme folle... Elle a abandonné ses œufs aussitôt après la ponte... Merlin, j'ai peur qu'ils soient mourants... Il faut que tu viennes, vite. Il faut que tu m'aides à les sauver...
Il se tendit aussitôt vers l'Antre... et sa terreur augmenta d'un cran.
Il pouvait visualiser les œufs... et Morgane avait raison. Quelque chose n'était pas normal avec leur charge... comme si les petits dragons étaient à l'agonie dans leurs coquilles protectrices. Il n'y avait pas de traces d'Aithusa à proximité... Comment la dragonne blanche avait-elle pu abandonner ses petits ? Etait-elle, elle aussi, affectée à ce point par le dérèglement de la magie ?
-Merlin, je t'en supplie. Je ne suis pas Dame aux Dragons, j'ai essayé de les soigner, mais je ne peux rien faire pour eux...
Il regarda en contrebas, l'armée Saxonne en approche...
Il lança un regard désespéré à Arthur, qui déscendait les escaliers, entouré par les souverains d'Albion.
- Je ne peux pas laisser Arthur maintenant... c'est impossible ! lui dit-il, déchiré. La bataille est sur le point de commencer... il a besoin de moi, Morgane !
-Si nous ne sauvons pas les derniers dragons, la magie mourra, lui répondit Morgane, horrifiée. Tu ne peux pas laisser une telle chose se produire, Merlin. Rejoins-moi à l'Antre de Cristal, je t'en supplie... Quand nous aurons soigné les oeufs, nous reviendrons aider Arthur... ensemble.
-Tu ne pourras pas venir. Le démon... lui rappela Merlin.
-Si tu es à mes côtés, je sais que même la magie noire ne pourra pas me forcer à succomber à son pouvoir... Te souviens-tu de ce que tu m'as promis autrefois ? Lorsque tu m'as sauvée. Tu m'as dit que tu saurais toujours trouver le moyen de me ramener... seuls, nous ne pouvons rien contre les sorciers noirs. Mais j'ai foi en ce que nous sommes capables de faire ensemble... Emrys.
Il se sentit rasséréné par la chaleur de son amitié.
Elle avait raison... ils avaient besoin l'un de l'autre dans cette épreuve.
Et ils avaient besoin de la magie.
Il n'allait pas abandonner les petits dragons. Il n'allait pas laisser mourir la déscendance de Kilgarrah...
-Alator, dit-il, en cherchant des yeux le Catha. Toi, et Gili, je veux que vous restiez tout proches d'Arthur pendant la bataille... prenez les druides avec vous, et défendez le Roi, quoiqu'il arrive.
-Nous serons à ses côtés, tout comme toi, lui assura le magicien.
Merlin cligna des yeux en le regardant.
-Non, Alator. Tu ne comprends pas. Il va falloir que je m'absente...
Il chercha des yeux Arthur, et le découvrit au pied des remparts, sur son cheval.
Annis, Bayard et Loth l'entouraient.
Solel était à sa droite, Léon et Perceval derrière lui...
Il le vit se retourner sur sa selle, et appeler d'un air confus :
-Merlin ? Merlin, où es-tu ?
-Conduis-moi jusqu'à lui, demanda Merlin à Alator.
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Où était Merlin ? Arthur se sentit oppressé en ne le trouvant pas à ses côtés. Il avait pensé que son ami l'avait suivi... L'espace d'un instant, il se sentit seul au monde, quand il se retourna pour découvrir que son magicien n'était nulle part. Il ressentit alors un vide atroce, qui le terrifia...
Puis, Merlin se matérialisa face à lui, soutenu par Alator.
-Je suis là, Arhur, dit-il faiblement, avec un pâle sourire.
-Viens, mon ami, dit le Roi, en lui tendant la main pour le faire monter sur son cheval. Nous chevaucherons ensemble...
Merlin regarda sa main en silence.
Mais il ne tendit pas la sienne en retour...
Au lieu de cela, il cligna des yeux, et ses cils chassèrent une larme alors qu'il levait son regard harassé sur lui.
-Non, dit-il enfin, avec douceur. Pas cette fois, Arthur...
Arthur le regarda avec effroi, et il comprit que son ami projetait de l'abandonner...
Son cœur se serra violemment dans sa poitrine, comme si on lui arrachait la moitié de lui-même.
-Le bouclier, dit Merlin à voix basse, à Alator.
Alator regarda Gili. Les deux magiciens élevèrent leurs mains... autour des chevaliers, ils incantèrent avec les druides, élevant le bouclier de lumière bleue qui protègerait la charge d'Albion.
-Merlin, tu ne peux pas partir maintenant, dit Arthur, bouleversé. Tu ne peux pas me laisser livrer cette bataille sans toi...
Il sentait son courage l'abandonner à cette pensée.
Si Merlin partait... quel espoir restait-il ?
Il se souvenait de ce qu'avait dit Mordred, tout à l'heure... au milieu de toutes ses cruautés, cette phrase l'avait frappée, par la vérité qu'elle contenait.
Arthur n'existerait même pas si tu ne t'étais pas épris de lui et de sa cause. Il ne serait rien de plus qu'un petit roitelet plein de morgue et dépourvu de la moindre envergure, voué aux mêmes petitesses que tous les autres nobles de sa lignée...
Aujourd'hui encore, sans Merlin, il n'était rien. Mais peut-être était-il égoïste de sa part de vouloir le retenir... Il connaissait son ami, il savait ce que risquait de lui faire la magie noire. Il l'avait vu devant Mordred, épuisé, impuissant. Si Merlin combattait, il mourrait sans doute... alors que s'il partait se cacher, il pourrait peut-être survivre. Et une part d'Arthur survivrait avec lui.
Le Roi sentit des larmes brûlantes couler le long de ses joues alors qu'il imprimait dans sa mémoire le souvenir de son visage aimé. Ces grands yeux tourmentés, bleus comme l'océan. Ces traits creusés par les ombres, qui accrochaient la lumière. Le cœur immense et généreux qui battait dans ce corps frêle. Et la magie merveilleuse qui couvait en-dessous, et qui était aussi un peu la sienne.
-Je reviendrai, Arthur, dit Merlin, en lui saisissant la mains. Je vous le promets... Mais... je dois m'en aller, maintenant. Il le faut...
-Je comprends, souffla Arthur, sachant que c'était un adieu.
-Arthur... je ne vous abandonne pas, est-ce que vous m'entendez ? dit Merlin, avec force. Ne croyez pas ça, ce n'est pas vrai. Je ne vous abandonnerai jamais. Ayez foi en moi... ce n'est pas un adieu. Je serai très vite de retour... je vous en fais la promesse. Je vous laisse en de bonnes mains en attendant... Alator et Gili veilleront sur vous. Débrouillez-vous pour ne pas vous faire tuer, d'accord ?
Arthur hocha la tête.
-Je tiendrai bon jusqu'à ce que tu reviennes, promit-il. Ne me fais pas défaut.
Merlin ferma les yeux, et conjura son pouvoir.
L'instant d'après, il avait disparu...
C'était comme si toute trace de lui s'était envolée...
Arthur essuya ses larmes, et sentit la main de Solel sur son épaule.
-Il n'y a plus que nous, dit-il, avec émotion.
Les portes de Camelot s'ouvrirent.
Le Roi talonna son destrier de guerre, et brandit Excalibur en se retournant vers ses hommes.
-Au nom d'Albion, de la Source, et de tout ce qui nous est cher, le moment est venu de prouver notre valeur. Les forces des ténèbres se sont assemblées contre nous... mais si nous gardons notre cœur pur, et notre foi intacte, rien, pas même tous les nécromanciens de Saxe, ne pourra nous empêcher de détruire la menace qui pèse sur le destin de notre terre bien-aimée. Combattons aujourd'hui en alliés et en frère, comme la grande nation que nous sommes devenue, avec l'épée, et avec la magie... Et prouvons à nos ennemis qu'ils ont tort de croire que ce que nous avons construit ne peut être sauvé.
Une clameur bouleversée vint accueillir ses paroles...
Et quand le cheval d'Arthur s'élança au galop vers les forces Saxonnes, ce fut comme si toute la lumière d'Albion s'ébranlait dans son sillage pour défier les ténèbres.
